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mardi 10 décembre 2019

Lost Chapter of Snow : Passion - Yuki no dansho - jonetsu, Shinji Somai (1985)

Iori a été adoptée très jeune et placée dans une famille où elle ne s'épanouissait pas. Un voisin la prend en charge et quelques années plus tard quand elle devient adolescente, elle éprouve des sentiments pour celui-ci.

Shinji Somai poursuit son exploration des maux de l'enfance avec ce Lost Chapter of Snow : Passion objet curieux qui, à la manière de Sailor suit and Machine gun (1981) mais dans un registre plus dramatique opère un surprenant mélange des genres. On y suit le destin de Iori (Yuki Saitō), jeune orpheline qui entre l'enfance et la fin d'adolescence se trouvera en plein questionnement dans sa raison d'être, ses sentiments. Le point le plus immédiatement frappant du film consiste en ses ruptures de ton, tant esthétiques que narrative. L'ouverture est ainsi un magistral plan-séquence de 13 minutes qui dépeint la rencontre de Iori, jeune orpheline minée par la solitude et le désespoir au sein d'une famille d'accueil lui menant la vie dure. Yuichi (Takaaki Enoki) la rencontre et s'attache à elle au point de l'accueillir et de l'élever lui-même. Le plan séquence abolit la notion d'espace et de temps pour nous plonger dans une atmosphère de conte hivernal à la Dickens où la neige fait figure d'élément pur propre à traduire la candeur de l'enfant et la bienveillance de Yuichi.

Les mouvements de grue nous emmènent d'un décor à un autre, et les états d'âmes ainsi que les situations passent par la seule image dans un jeu sur les cadrages, composition de plan et travail sur le hors-champ. L'isolation d’Iori dans sa famille adoptive se ressent donc autant par le mal-être qu'exprime à voix haute la fillette que dans sa place toujours à part (à l'extérieur dans la scène introductive, dans une pièce séparée quand elle y reviendra avec Yuichi), tout un plan d'ensemble où elle se brosse les dents avec Yuichi souligne leur lien naissant. L'élément perturbateur viendra toujours d'une voix/présence souvent féminine qui l'expulse/l'isole du foyer, dans ce début de film avec la servante méprisant ses origines (et plus tard la fiancée de Yuichi venant l'inciter à partir) tandis que les éléments masculins font figure de protecteurs - Daisuke (Kiminori Sera) meilleur ami de Yuichi la ramenant au foyer après sa tentative de fugue (élément déjà présent dans Sailor suit and Machine gun où le mentor de l'héroïne était masculin. Cette entrée en matière est d'une telle force que l'on en oublie l'incroyable virtuosité du plan-séquence pour n'en retenir que la portée émotionnelle, superbement conclue par les larmes de rage et d'apaisement de la fillette.

La suite diffère totalement par son traitement plus réaliste, mais le fil rouge du sentiment d'insécurité de Iori, désormais adolescente, demeure. Malgré l'affection de Yuichi, son entourage ne cesse lui rappeler son statut précaire et à quel point elle est supposée être un poids et l'objet de sacrifice pour Yuichi. Shinji Somai n'égale pas son incroyable entrée en matière même si les moments de ruptures et/ou de rapprochement se construisent également à travers le plan-séquence. Le meurtre qui introduit une inattendue trame policière fonctionne ainsi avec des coupes habilement placées, il en va de même pour l'errance et les confidences sur son propre passé d'orphelin de Daisuke envers Iori sur une plage pluvieuse, mais aussi du dernier moment de bonheur commun dans un parc sous un cerisier en fleur. Ces bascules de ton et genre pourrait nous perturber si ce n'était la magnifique prestation à fleur de peau de Yuki Saito (idol pop emblématique au Japon à cette période), confirmant le talent de directeur de jeunes actrices de Shinji Somai.

La joie, le désespoir, l'indécision entre la séduction naissante et la vulnérabilité enfantine, tout cela passe magnifiquement dans l'attitude corporelle (où la prostration se dispute à l'hyperactivité exutoire) et les moues changeantes de la jeune actrice que le réalisateur fige dans des situations ordinaires ou alors d'un onirisme inspiré - notamment dans le motif exutoire de l'eau que l'on retrouve dans Typhoon Club (1985) et le beau final de Moving (1993). La trame policière était sans doute de trop (mais peut-être mieux introduite dans le roman de Marumi Sasaki que Somai adapte ici) mais permet à travers la révélation finale d'élargir le spectre des conséquences d'une enfance meurtrie. La conclusion typique des grands écarts du "shojo" est d'ailleurs dans la lignée des revirements inattendus du film. Une œuvre passionnante donc malgré quelques errements et dont l'introduction justifie à elle seule le visionnage.

Disponible en dvd japonais

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