Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 8 novembre 2010

Souvenirs goutte à goutte - Omohide Poroporo, Isao Takahata (1991)


Taeko, une jeune citadine de 27 ans, part en vacances à la campagne dans la famille de son beau-frère. Laissant derrière elle ses préoccupations, elle se laisse submerger par ses souvenirs d'enfance, des anecdotes survenues en 1966 alors qu'elle n'avait que 11 ans.

Toujours un peu en retrait et dans l'ombre de Miyazaki, le discret Isao Takahata aura construit une oeuvre tout aussi brillante et personnelle presque toujours en réaction de celle du réalisateur du Voyage de Chihiro. Quand Miyazaki donne dans le grand récit épique sous haute influence de la littérature et l'imagerie occidentale (Le Château dans le Ciel, Nausicaa, Porco Rosso), Takahata s'oriente toujours vers les thèmes et cadre intimiste, profondément ancré dans la culture et l'histoire japonaise (Pompoko et ses tanukis êtres de la forêt, le drame d'Hiroshima avec Le Tombeau des Lucioles, le quotidien d'une famille japonaise dans Mes voisins les Yamada). Il y a bien sûr des exceptions (Princesse Mononoké et Le Voyage de Chihiro sont imprégné du folklore fantastique japonais et Horus est le plus Miyazakien des films de Takahata) et les deux amis se rejoignent dans leurs préoccupations humanistes et écologiques même s'ils empruntent des voies différentes pour les exprimer.

Avec ce méconnu Omohide poro poro , Takahata réalisait là un de ses films les plus sensibles, touchants et subtils. On suit Taeko, jeune citadine qui décide pour l'été de partir en vacances à la campagne dans la famille de son beau-frère. Dès les premières secondes, la narration prend totalement le rythme et le ton de l'état d'esprit de son héroïne. Peu satisfaite par une existence rangée et morne, Taeko se réfugie dans une époque où celle ci était plus vibrante et passionnée, celle de ses 10 ans quand elle était en école primaire. Toute la première partie du film revient donc sur cette enfance exaltée fait de joie et de pleurs qui font le quotidien d'une petite fille : s'affirmerface à ses deux soeurs aînées, les premiers changement morphologiques, les garçons qui commencent à susciter un certain intérêt, les notes scolaires...

La Taeko enfant est autrement plus animée et vivante que son pendant adulte (les deux se rejoignant dans leur timidité) et permet de constater tout le chemin à parcourir pour retrouver cette innocence et joie de vivre qui la caractérisait. Takahata prend un malin plaisir magnifier et rendre touchant ces épisodes enfantins par de belles idées (Taeko qui semble voler de la rue à sa maison après son premier échange avec son amoureux) alors que les retours au présent sont toujours plus ternes. Le réalisme très prononcé des passages contemporains répond ainsi à la plus grande fantaisie rattachée à ce passé idéalisé.

Ce bourdonnement intérieur qui lui manque désormais, c'est par le contact avec la vie rurale japonaise que Taeko va le retrouver. Takahata distille une animation lente et contemplative à l'ambiance envoûtante où la langueur de la campagne nous gagne bientôt par les décors somptueux, la bande son très fouillée autant dans les bruitages que dans la magnifique musique Hoshi Katsu digne de Joe Hisaichi. Les flashback dans le passé se font alors plus rare avec ce présent enfin exaltant et répondent toujours à une situation précise quand ils envahissaient toute la première partie.

Le film est d'ailleurs étonnement documenté dans tout ce qui a trait aux travaux agricoles qu'effectue Taeko comme la cueillette des fleur de carthame expliquée dans le détail. Le manga dont est adapté le film (écrit en 3 volume par Hotaru Okamoto et Yūko Tone) étant issus des souvenirs personnels des auteurs, le tout es teinté d'un profond parfum de nostalgie où les références font autant appel à la culture populaire commune que japonaise : l'arrivée des beatles au Japon, l'émission de radio Rajio Taisoou sur laquelle Taeko enfant pratique sa gymnastique ou encore l'émission tv enfantine de marionnettes Hyokkori Hyoutanjima (L'île de la calebasse) qu'elle regarde.

C'est incroyablement apaisant du début à la fin, sans dramaturgie trop marquée si ce n'est la vitalité retrouvée de son héroïne et même l'histoire d'amour qu'on devine dès le départ est amenée avec la même délicatesse. Jamais elle ne vient entraver le récit et se dessine avec sobriété en se fondant à l'accomplissement de Taeko, ne trouvant sa résolution que lors du magnifique générique de fin chanté par Harumi Miyako. Très beau moment, il ne faudrait surtout pas réduire Takahata au seul Tombeau des Lucioles.

Sorti en dvd zone 2 français chez Buena Vista dans la collection Ghibli


samedi 6 novembre 2010

(500) jours ensemble - (500) Days of Summer, Marc Webb (2009)



Tom (Joseph Gordon Lewitt) croit encore en un amour qui transfigure, un amour à la destinée cosmique, un coup de foudre unique. Ce qui n'est pas du tout le cas de Summer. Cela n'empêche pourtant pas Tom de partir à sa conquête, armé de toute sa force et de tout son courage, tel un Don Quichotte des temps modernes. La foudre tombe le premier jour, quand Tom rencontre Summer (Zooey Deschanel) la nouvelle secrétaire de son patron, une belle jeune fille enjouée. 

Un garçon tombe amoureux de la fille de ses rêves, et malgré tout ces efforts ses sentiments ne parviendront jamais à être tout à fait réciproque. Une histoire ordinaire racontée de manière extraordinaire voilà ce que se propose de raconter Marc Webb avec son premier film.

This is not a love story. This is story about love. 

La note d’intention donne le ton et effectivement Marc Webb use de tout les artifices à disposition pour narrer cette relation amoureuse en long en large et en travers : la première rencontre, les tentatives d'approche laborieuse, l'euphorie après la première nuit, le bonheur quotidien, la lente désagrégation finale, la déprime et les faux espoirs de reprises... La naissance de l'amour, les hasards et coïncidences menant à son épanouissement ou sa déliquescence, c'est le grand mystère que cherche à illustrer cette histoire. L’un des atouts majeurs et rarissimes dans ce type de film sentimental, c’est d’adopter le point de vue du garçon qui offre la facette fleur bleue du couple tandis que la fille adopte une attitude plus détachée.

Joseph Gordon Lewitt est absolument parfait de justesse et d'émotion, l’empathie est maximale pour les hauts et les bas qu’il rencontre tout au long de l’histoire. Zooey Deschanel en objet de désir inaccessible et idéalisé est parfaite de charme, de candeur et d'esprit. La quête désespéré de son coeur par Tom n'en prend que plus de sens tant Zooey Deschanel (Marc Webb aurait choisit spécifiquement ses objectifs pour pouvoir mettre en valeur ses grands yeux bleus) est supposée incarner un idéal de fiancée ingénue. Elle y parvient et se créé une image qui la suit jusque dans sa carrière musicale dans son groupe She and Him.

Webb saisit tout cela dans un tourbillon pop, ludique et un peu triste débordant d'invention. La séquence où Deschanel aborde Lewitt dans l’ascenseur en fredonnant un fameux titre des Smiths est irrésistible, la séquence de comédie musicale jubilatoire après le premier soir, la sortie au magasin Ikea également Webb construisant des instants personnels et universels à la fois dans la construction de l’intimité et complicité du couple. La narration déconstruite (qui peut rappeler pour les connaisseurs la géniale sitcom How I met your mother) passant de la passion dévorante des débuts aux abîmes de désespoirs de la fin est très réussie notamment un montage parfait (le moment où le héros monte dans l’ascenseur plein d’entrain et sourire béat pour en ressortir la seconde suivante et quelques mois plus tard la mine défaite) dans sa gestion des va et viens temporels.

C’est pourtant quant il use de ses artifices à des fins purement dramatiques que le film touche définitivement au cœur. En témoigne une mémorable séquence (sans doute la plus marquante) où lors d’un ultime rendez-vous avec Summer, l’écran se divise en splitscreen présentant la réalité (et son issue douloureuse) et les attentes du héros pour la soirée, le fossé de plus en plus grand entre les deux provoquant un effet bouleversant. Le film n’est pas sans défauts notamment les clichés d’un cinéma indé américain type Little Miss Sunshine dont il ne se départit pas complètement comme la bande son rock indé (mais bon un film avec les Pixies, les Smiths et Belle and Sebastian qui s’en plaindra?) ou la petite sœur (jouée par Chloé Moretz starifiée cette année avec l’excellent Kick Ass) de 11 ans apprentie conseillère matrimoniale.

Le film évite de finir sur une note trop négative avec un ultime échange salvateur où des vérités douloureuses sont dites (j’ai su avec lui ce dont j’avais toujours douté avec toi terrible à entendre) afin que le héros puisse passer de l’été à l’automne de sa vie amoureuse. Un des meilleurs films sentimentaux vu ces derniers années avec le diptyque Before Sunrise/Before Sunset (encore meilleur bien que plus naïf) de Richard Linklater dont devrait reparler par ici.

Disponible en dvd zone 2 français chez Fox

vendredi 5 novembre 2010

Le Vieux Fusil - Robert Enrico (1975)


Montauban, 1944. Julien Dandieu, chirurgien, envoie son épouse et sa fille dans un château à la campagne pour les mettre à l'abri des Allemands. Au bout d'une semaine, il se décide à les rejoindre et découvre avec effroi que les soldats ont investi le village...

Un film que je voulais voir depuis longtemps, le "César des césar" un des grands chef d'oeuvre du cinéma français et la déception est un peu à la hauteur de l'attente. Le film s'inspire sans l'évoquer directement du terrible massacre d'Oradour sur Glane mais également pour la thématique au coeur du récit d'une anecdote racontée au scénariste Pascal Jardin sur un paysan qui avait trouvé un allemand ivre dans sa cave après qu'il ait violé et tué sa femme. C'est donc précisément l'idée de faire ressentir ce qui se passe dans l'esprit d'un homme face à une perte si violente, injuste et barbare qui intéressera Robert Enrico.

Le cadre du récit avec cette armée allemande en déroute et aux abois donnent le ton dès les premières images où on aperçoit une rangée de milicien pendus le long d'une route. Un peu plus tard, ce sentiment de danger omniprésent se reproduira lors de la violente arrestation d'un résistant dans l'hôpital où officie Philippe Noiret effectué par des français. Le seul refuge dans ce monde sombrant dans le chaos est pour Noiret sa famille avec une Romy Schneider qui n'a jamais été plus belle et sa fille. En quelques courtes scène, l'amour unissant ce couple, cette famille offre un contrepoint saisissant à l'enfer de l'extérieur qui pour un temps n'existe plus. Et c'est en voulant préserver ce cocon que Noiret le perdra à jamais.

C'est à la fois la grande qualité mais aussi le plus gros défaut du film, tout miser sur l'émotion. La séquence où Noiret découvre le sort réservé à sa famille par les SS est absolument insoutenable et la douleur ressentie dans son hurlement muet est réellement poignante. Arrive donc l'heure de la vengeance et le film perd progressivement de son intérêt... L'idée est d'apporter un contrepoint à la violence implacable déployé par Noiret avec des flashbacks reproduisant ce bonheur serein aperçu au début, mais dans un passé idéalisé et figé désormais disparu à jamais. La prestation habitée de Philippe Noiret est le principal point d'ancrage de Enrico dans cette approche. Le regard perdu qu'il arbore lorsque caché il observe les allemands regardant ses films de vacances ou encore la rencontre en forme de coup de foudre avec Romy Schneider sont de vrais beaux moment mais ces retours en arrière se répètent trop sans égaler ces deux moments et donnant finalement l'impression qu'on joue avec nos sentiment pour justifier les actions de Noiret.

La manière caricaturale dont sont présenté les nazis assassins (si on sait la violence avérée par les faits historiques et leur monstruosité pourquoi cette interprétation grotesque), la façon limite "ludique" dont il les piège (on serait presque tenté d'y voir un Piège de Cristal sur le mode drame intimiste) et les explosions de violence vraiment plus extravagantes (le lance flamme final) que cathartique finissent par faire décrocher du film. La réelle virtuosité de l'action (la gestion de l'espace est remarquable) pose problème car Enrico n'a que cette émotion crue et ces flashbacks à proposer en réponse, jamais l'escalade de cet homme calme et réfléchi en vengeur impitoyable n'est questionnée, le souvenir du regard bleu azur de Romy Schneider devant balayer toute interrogation.

Ca marche en partie et c'est ce qui a fait le succès et la renommée du film, le rendant sans doute de plus en plus difficilement attaquable avec le temps. Pourtant le film paraît bizarrement trop court ou trop long pour ce qu'il cherche à raconter (car appelant par moment une hauteur qui ne vient jamais) , soit trop simple ou trop complexe pour les réflexions qu'il peut être amené à susciter. Les Chiens de paille de Sam Peckinpah est autrement plus ambigu et intéressant sur un sujet similaire. On est en droit d'en ressortir insatisfait même si les motifs qui ont justifiés le film sont finalement atteints, en témoigne la déchirante scène finale ou Noiret réalise soudainement que plus rien ne sera comme avant et fige une dernière fois le souvenir d'une paisible ballade à vélo. La réelle émotion ressentie par intermittence ne suffit pas à écarter l'approche trop simpliste de Enrico dont l'humanisme s'exprime bien mieux dans d'autres de ses films comme Les Grandes Gueules ou Les Aventuriers...

Longtemps indisponible à cause de problème de droits, le film est enfin sorti récemment chez MGM.

jeudi 4 novembre 2010

Mademoiselle Fifi - Robert Wise (1944)


En 1870, dans une France occupée par les Prussiens, une diligence quitte Rouen et se dirige vers Dieppe. A son bord, un couple d’aristocrates, deux marchands et leurs épouses, un journaliste, un jeune prêtre et une blanchisseuse, Elisabeth Rousset. Ces trois derniers ne tolèrent pas la présence des ennemis dans leur pays ; les autres ‘font avec’. La diligence fait une halte dans un relais où se trouve le brutal lieutenant Von Eyrick, surnommé Mademoiselle Fifi. Il refuse de laisser repartir les voyageurs tant que la jolie Elisabeth n’aura pas accepté de dîner à sa table dans ses appartements.

Mademoiselle Fifi naît de la volonté du producteur Val Newton de sortir du carcan des série B fantastiques où il reste cantonné à la RKO et pour lesquelles il a obtenu tant de succès artistiques comme commerciaux notamment La Féline. Malheureusement la RKO ne lui accorde qu'un budget faible pour ce type de film en costume luxueux et Newton se voit contraint de réutiliser et remettre en état les décors de la superproduction de 1939 Quasimodo de William Dieterle (c'est assez amusant quand on vu le film tout les éléments réutilisés sont bien identifiables) pour donner la facture souhaitée à son film. Il fait également confiance à la réalisation à Robert Wise jusqu'ici monteur brillant pour Orson Welles (Citizen Kane, La Splendeur des Amberson) et les chef d'oeuvres de Jacques Tourneur et qui dirige là son premier film.

Mademoiselle Fifi est une adaptation d'une nouvelle de Maupassant publiée dans le recueil éponyme en 1882 soit quelques années après la Guerre contre les Prussiens en 1870. Le ressentiment contre les Prussiens se ressent autant dans le texte que dans le film, ce dernier faisant bien évidemment écho à une situation plus contemporaine avec une France occupée par les allemands en 1944. Fougueux hymne à la résistance face à l'envahisseur, le film conserve son intérêt malgré son cadre dépassé par l'excellente interprétation. L'histoire dépeint la manière dont la fierté française est amenée à reposer sur les frêles épaules d'une indomptable et jolie blanchisseuse jouée par Simone Simon.

Subissant les avances d'un odieux et brutal officier allemand, sa volonté vacille sous la pression de ses compagnons de voyage mécontents d'être bloqués à cause de ses refus. La communauté riche et et les intellectuels sont montrés comme plus préoccupés par leurs intérêt personnels que par la nation, toujours prêt à des arrangements avec l'ennemi si nécessaire. Les deux séquences en voiture où Simone Simon partage volontiers sont repas avec les voyageurs quant plus tard lorsqu'elle est au plus mal après sa rencontre avec Von Eyrick ils n'auront pas un regard pour elle sont très fortes notamment la manière dont la fragilité de Elisabeth si dure jusque là se dévoile.

L'enjeu se déplace donc ensuite à une cloche de village que le curé refuse de faire sonner tant que l'envahisseur Prussien est présent malgré les pressions. C'est l'occasion pour le personnage de John Emery seul à regretter sa conduite envers Elisabeth de retrouver sa fierté et redorer le blason français. Le patriotisme exacerbé a beau être profondément rattaché à son époque (c'est quasiment un film de propagande) ça fonctionne le lieutenant allemand "Mademoiselle Fifi" est joué avec une délectation sadique par un Kurt Krueger (dont le physique rappelle un peu Hardy Krueger) bien détestable et entièrement voué à humilier et briser la volonté des plus courageux.

La conclusion est donc un appel au maquis, à la résistance et l'honneur français retrouvé (le prêtre du village en étant aussi !) où la Marseillaise peut à nouveau retentir triomphalement. Plutôt réussi malgré les limites évidentes donc.

Sorti en dvd zone 2 français aux éditions RKO

Extrait

mercredi 3 novembre 2010

Les Bons Vivants - Georges Lautner et Gilles Grangier (1965)


1/La fermeture : Mr Charles, patron d'une maison close, remet à l'une de ses pensionnaires la lanterne.
2/ Au tribunal : une femme à qui l'on a volé des bijoux, ne cherche qu'a récupérer une lanterne.
3/ Les bons vivants : Une jeune fille s'installe chez un homme et attire tous les membres de l'Athletic-club.


Un film à sketch coréalisé par Gilles Grangier et Georges Lautner et qui a pour thème central le "drame" que constitua la fermeture des maisons close pour toute une communauté...

On passe rapidement sur les deux premiers segments réalisé par Grangier, sympathiques mais assez anecdotiques au final. Dans le premier, ambiance mortifère de mise avec un Bernard Blier en patron de lupanar contraint de fermer son établissement. Blier au summum du désespoir est génial, et si notre regard contemporain ne peut partager son amertume, la tristesse et la nostalgie des autres personnages (les filles ne voulant pas partir) est étonnement touchante tout en maintenant un second degré féroce (le déménagement de tout les "accessoires" farfelus de la profession est un grand moment ).

Le second sketch au tribunal ne vaut que pour les bons mots d'Audiard avec cette ancienne prostituée (joué par Bernadette Laffont) qui cherche à récupérer une lampe souvenir de sa glorieuse jeunesse dans les maisons de plaisir. Le récit offre un sacré défilé de visages connus avec Jean Lefevbre et Jean Carmet en cambrioleurs pieds nickelés ou encore Darry Cowl en avocat allumé. On rit une nouvelle bien fort notamment cet instant de communion où tout le tribunal, juges, policier, témoins et accusés compris se mettent à regretter de concert le bon vieux temps des maisons close en plein procès...

Le gros morceau, c'est bien évidemment le dernier sketch de Lautner véritable bijou de comédie qui bien que ce soit une de ses oeuvres les moins connues est un sommet de sa collaboration avec Audiard. Louis de Funès campe un chef d'entreprise psychorigide et acariâtre qui va par un concours de circonstances tomber dans les filets de la prostituée jouée par Mireille Darc et voir sa maison transformée en maison close à son insu et visitée par tout ses amis.

De Funès commence par faire du pur de Funès colérique et nerveux avant de livrer une prestation hilarante d'innocence et de naïveté lorsqu'il se fait progressivement amadouer par une Mireille Darc toute en candeur qui fait tourner les têtes. L'efficacité comique est redoutable avec la maison de De Funès dont le mobilier devient de plus en plus coquin, l'ironie mordante de la narration en voix-off (de Philippe Castelli) et les filles de plus en plus nombreuses et de toutes nationalités qui envahissent les lieux sans que De Funès infantilisé ne se doute de rien. Les second rôles sont parfaits dont un Jean Richard nettement moins froid que quand il joue Maigret, ici drôlissime en vieux pervers provincial à l'oeil torve. Pas mémorable donc mais assez plaisant et qui vaut donc surtout pour son grandiose dernier sketch. Pour l'amateur de ce type de cinéma franchouillard truculent ça reste néanmoins un petit régal.


Disponible en dvd zone 2 (sous son autre titre "Un Grand Seigneur") chez Universal

Bande annonce



Le troisième sketch est semble t il complet sur Dailymotion en bonne qualité


mardi 2 novembre 2010

Chérie, je me sens rajeunir - Monkey Business, Howard Hawks (1952)


Barnaby Fulton, chimiste de talent, tente de mettre au point une eau de jouvence. La guenon qui lui sert de cobaye s'échappe et l'imitant, concocte sa propre mixture. Barnaby en boit et se conduit comme un gamin. Puis c'est sa femme qui en ingurgite..

Monkey Business est à ranger parmi les comédie les plus loufoques et extravagantes de Howard Hawks. Le principe comique simple et efficace (un chimiste et son entourage subisse les aléas des effets d'un élixir de jouvence qu'il a testé sur lui même) fonctionne sur le mode de l'exagération jusqu'au point de rupture de l'idée de départ. Le scénario est cependant plus profond qu'il n'y parait en questionnant à travers le couple Cary Grant/Ginger Rogers la question de la nostalgie pour sa folle jeunesse et l'acceptation de la voir s'éloigner, la relance du mariage enclavé dans la routine... Ben Hecht et I. A. L. Diamond mêlent ses interrogations profonde à un récit désopilant et mouvementé.

La scène d'ouverture où Cary Grant est rappelé à l'ordre plusieurs fois à l'ordre par Hawks car il intervient trop tôt avant le générique donne le ton de l'aspect décalé à venir. Howard Hawks prend un malin plaisir à donner des traits terne et presque quelconque à Cary Grant et Ginger Rogers, si actifs d'ordinaire. Cary Grant force ainsi génialement le trait en scientifique distrait et timoré ce qui ne rendra que plus forte sa mue en adolescent fougueux et intenable. Ginger Rogers est tout aussi "normale" en femme aimante avant que l'absorption de l'élixir ne la transforme en jeune mariée agitée.

Pour amener à cette situation Hawks concocte nombre de moments savoureux notamment les séquences avec les chimpanzés incroyables dans leur expressivité et leur timing comique, il faut voir les mimiques de la primate Esther lorsqu'elle effectue le mélange des formules hilarants. Les personnages délirants accompagne les pérégrinations de nos héros comme Charles Coburn en patron envahissant et surtout une Marilyn Monroe dans un de ses premiers rôles important qui égrenait avec génie les atours de la blonde idiote et sexy qui lui collera un peu trop à la peau par la suite. Ici qu'elle présente une jambe parfaitement galbée à Cary Grant, qu'elle multiplie les oeillades ahuries où aligne les répliques bourrées d'auto dérision elle est également fabuleuse, Hawks lui donnant la part belle durant la première partie du film.

Barnaby: All set. Is you motor running?
Lois Laurel: Is yours?
Barnaby: Takes while to warm up.
Lois Laurel: Does, me too.


Le film atteint des sommets dans sa dernière partie en poussant dans leur dernier retranchements délirants les situations (le couple régressant jusqu'à l'enfance) et y ajoutant des quiproquos et rebondissements inattendus à hurler (Cary Grant pris pour un bébé). Ginger Rogers et Cary Grant revenu au niveau mental du jardin d'enfants offrent un très grands moments en couple infantile chamailleur et Hawks une nouvelle fois n'hésite pas à pousser le bouchon cartoonesque le plus loin, tel cette séquence où l'envahissant ami avocat (et sous entendu rival amoureux) finit scalpé par Grant et ses petits copains, coupe d'iroquois à la clé.

La science du rythme de Hawks fait merveille (toutes cette avalanches de péripéties n'aura pris que 1h30) et entouré par des acteurs dont la brillance comique n'est (ou ne sera plus) à prouver le résultat est extraordinaire. Tout cela au service d'une leçon à méditer, la jeunesse se doit d'abord d'être conservée dans l'esprit plutôt que d'avoir recours à de vain artifices.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

Le génial générique de début

lundi 1 novembre 2010

La Renarde - Gone To Earth, Michael Powell et Emeric Pressburger (1950)

A la fin du XIXe siècle, en Angleterre. Hazel Woodus vit avec son père dans la campagne. Passionnée par les animaux, elle a apprivoisé un petit renard. Au cours d'une balade en forêt, elle fait la connaissance de Jack Reddin, le châtelain du pays.

Paradoxalement, le duo Powell/Pressburger eut beaucoup plus de mal à financer ses projets audacieux durant la période de paix des années 50 qu’au temps où ils oeuvraient pour l’État (trop occupé pour mettre concrètement son nez dans le contenu des films) en temps de guerre. Leur collaboration s’étiola lentement et les films se firent moins grandioses (mais toujours aussi soignés, tel le film de guerre stratégique La Bataille du Rio de la Plata déjà évoqué sur le blog) au point de voir Powell réaliser seul Le Voyeur. La violence du film (pourtant véritable réussite artistique) scandalisa l’opinion et mit Powell au ban de l’industrie britannique. La Renarde (ainsi que le somptueux Les Contes d’Hoffmann l’année suivante) peut donc être considéré comme un des derniers très grands films des Archers (du nom de leur société de production). Powell se montra peu satisfait par la suite du film, du fait de la collaboration difficile avec David O’ Selznick, mais c’est pourtant le mélange de sa sensibilité et de celle du nabab hollywoodien qui offre au film tout son pouvoir magnétique. 

En proie à des difficultés financières, le producteur Alexander Korda se vit contraint de s’associer au légendaire David O’ Selznick lorsqu’il envisagea de lancer la production de son nouveau projet, La Renarde. Celui-ci possède, à juste titre, une aura aussi prestigieuse et mythique que les plus grandes stars et réalisateurs hollywoodiens. Découvreur de talents au flair de génie, on lui doit l’arrivée à Hollywood d'Alfred Hitchcock, l’émergence des Katherine Hepburn, Ingrid Bergman ou encore Vivian Leigh. Il est surtout à l’œuvre derrière certains des plus grands films de l’Âge d’or du cinéma hollywoodien comme Une étoile et née ou encore Autant en emporte le vent. Ce dernier, immense succès au tournage chaotique (qui épuisa pas moins de trois réalisateurs) est en quelque sorte l’aboutissement artistique de la carrière d'O’Selznick, celui auquel tous ses futurs projets devront se mesurer.

Il ne cessera donc par la suite de chercher à égaler ce film mythique, notamment avec Duel au soleil (réalisé par King Vidor en 1946), flamboyant western, aussi sulfureux que visuellement époustouflant, ou encore l’adaptation de L’Adieu aux armes d'Hemingway en 1957. Il ne sera finalement pas étonnant de le voir s’intéresser à une adaptation de La Renarde, tant le roman de Mary Webb recèle tous les éléments de la formule O’Selznick : le triangle amoureux, le cadre rural ainsi que la teneur sulfureuse et érotique véhiculée par le personnage de Jennifer Jones.

Épouse d'O’ Selznick à la ville, elle vit sa carrière lancée par son mari en endossant un type de rôle récurrent qu’on retrouve dans La Renarde (elle fut imposée à Powell et Pressburger). Sa sensualité brûlante et son allure provocante l’ont souvent destinée au rôle de jeune fille innocente et sauvage à la fois, en proie au désir violent des hommes. Son rôle le plus fameux dans le genre reste Duel au Soleil, avant qu’elle ne dévoile un registre plus varié, chez Lubitsch notamment dans La Folle Ingénue. Tous les atouts de la fresque romanesque hypertrophiée qu’affectionne O’Selznick sont donc présents. Pourtant, l’essence du roman de Mary Webb et la présence envoûtante de Jennifer Jones vont permettre à Powell et Pressburger d’y apposer leur sceau.

L’œuvre de Mary Webb dont est adapté La Renarde se caractérise par la fascination qu’elle avait pour la nature. Profondément marquée par son enfance campagnarde dans le Shropshire où elle vécut toute sa vie, elle confère à la nature un statut mystérieux et solennel, en en faisant un personnage à part entière de ses récits. Michael Powell, lui-même imprégné de cet attachement à la beauté rurale anglaise (et randonneur émérite) était donc tout désigné pour mettre en image les écrits de Mary Webb.

Le film s’ouvre et se ferme sur une partie de chasse où « Foxy », le petit renard d'Hazel, est la proie des chiens et de leur maître, signant ainsi l’apparition et la disparition de son héroïne. L'ouverture magistrale à travers la fuite de l’animal dévoile progressivement les atouts visuels du film, avec ses forêts aux arbres imposants et ses clairières plongées dans une pénombre irréelle. Bien que concrètement dénué d’éléments surnaturels, il se dégage une atmosphère de paganisme troublant tout au long du récit.

Excalibur de John Boorman traitait en partie de la disparition de toute cette culture païenne celtique dévouée à la magie et la nature au profit du Dieu monothéiste tout puissant de la religion chrétienne. Antérieur par la date de sortie du film mais postérieur par l’époque qu’il dépeint, La Renarde montre au contraire l’affrontement encore vivace des deux mondes par le déchirement intérieur de Jennifer Jones.

Fille de gitane, Hazel ressent, grâce aux enseignements de sa mère, toute l’harmonie des éléments dévolus aux créatures de la forêt, en être sauvage et indompté. C’est une promesse malheureuse qui scellera son destin : sur la pression de son père, elle jure sur les montagnes d’accepter la demande en mariage du premier qui se présentera. Ce sera le trop prude et timoré Edward Marston (Cyril Cusack), pasteur du village, alors que sa nature volcanique réclamait l’étreinte virile et passionnée de Jack Reddin (David Farrar), châtelain également fou amoureux d’elle. Les deux hommes représentent les deux aspirations contradictoires d'Hazel et les oppositions idéologiques du récit : une vie rangée et acceptée de tous avec le pasteur symbolisant la chrétienté, ou céder aux sirènes du désir avec un David Farrar sans tabous ni inhibitions.

Jennifer Jones livre une prestation incroyable, entre candeur enfantine et provocation sensuelle, à mi-chemin entre l’héroïne incandescente de Duel au soleil et de celle piégée qu’elle interprétera dans Madame Bovary. David Farrar et sa brutalité ténébreuse est tout aussi convaincant, se complétant bien avec la retenue de Cyril Cusack en pasteur.

Powell décrit une Nature se posant en juge et observatrice des événements. Les cadrages et compositions de plan, magnifiés par la photo fabuleuse de Christopher Challis (qui prenait le relais de Jack Cardiff et allait de nouveau faire des merveilles sur Les Contes d'Hoffmann ) sont foisonnants de détails et confèrent une tonalité de rêve éveillé, accentué par le technicolor si particulier du cinéma anglais. Ces aspects fantastiques dans les éclairages vont crescendo tandis que les sentiments se déchaînent.

D’une première partie mystérieuse mais encore relativement sobre, la rencontre secrète entre Hazel et Reddin se voit nimbée d’une lumière de solstice d’été, tandis que la conclusion offre des éclairages rougeoyants et baroques (Autant en emporte le vent n'est pas bien loin). Partout la nature est omniprésente, menaçante et bienveillante à la fois avec ses montagnes imposantes, ses rochers aux formes inédites. La bande son particulièrement fouillée participe de cet onirisme, où le murmure du vent se mêle au chant des oiseaux, accompagné par le score inspiré de Brian Easdale. Rejetée par le conformisme du monde des hommes, et ayant failli à Dame Nature en brisant sa promesse, Hazel paiera le prix fort pour ses hésitations lors d'une ultime partie de chasse pendant laquelle elle tentait de sauver « Foxy ».

Contrairement à ses habitudes, David O’Selznick n’interviendra pas particulièrement durant le tournage mais se montrera fort mécontent du résultat. Il remontera le film pour les USA (rebaptisé The Wild Heart là-bas), fera retourner des scènes par Rouben Mamoulian et ajoutera nombre de gros plans de Jennifer Jones. On comprend la rancune tenace et la faible estime de Powell et Pressburger pour le film. Pourtant, les esprits de la forêt qu’ils ont ressuscités, associés à la grandiloquence d'O’Selznick, imprègnent durablement les rétines pour ce qui demeure un de leurs plus grands films.

Toujours pas sorti en dvd zone 2 français, il existe un zone 2 anglais doté de bonus intéressant (mais non sous titré) aujourd'hui épuisé et qui s'arrache une fortune sur amazon. Film très difficile à voir donc mais il existe une solution pour les anglophones (pas de sous titres français ni anglais, pas de vf, une édition all zone coréenne à l'image très bonne (voyez les captures) est trouvable à prix abordable sur internet. La vhs sous titrée français se trouve également sur priceminister.

Extrait

dimanche 31 octobre 2010

Divorce à l'italienne - Divorzio all'italiana, Pietro Germi (1961)

Un noble sicilien veut se remarier, mais comme le divorce est illégal en Italie, il fait tout pour que sa femme tombe amoureuse d’un autre homme, pour pouvoir les surprendre ensemble, la tuer et n’avoir qu’une peine légère pour crime d'honneur. 

Divorce à l’Italienne fut le film du grand changement pour Pietro Germi. Auparavant apparenté à un cinéma sérieux et intellectuel le réalisateur tente sur les conseils de son ami Mario Monicelli (qui vient de triompher avec Le Pigeon et La Grande Guerre) de se réorienter vers la comedia all'italiana soit la comédie italienne grinçante désormais genre phare depuis le succès du Pigeon. Le regard acerbe de Germi se fait donc désormais sous la forme de l'ironie, la distance, l'humour noir et force est de constater qu'il déploie des capacités extraordinaire pour cette première tentative.

Sous l’enrobage de la comédie, le film dénonce un archaïsme de l’Italie d’alors, l’interdiction de divorcer qui ne sera autorisée qu’en 1971. Le scénario délivre une critique grinçante et tordante du pouvoir encore prédominant de l'église dans le quotidien des Italiens de l'époque, où la bondieuserie grotesque et hypocrite va pousser Mastroianni à monter un plan rocambolesque pour tout simplement quitter sa femme et aller avec celle qu'il aime. Germi fustige également les mœurs moyenâgeuses qui règnent encore en Sicile avec ce fameux article de loi italien sur le crime d'honneur, moins sévèrement puni s'il est attesté, et dans lequel va s'engouffrer le héros pour arriver à ses fins.

Les années ont passées et on a cette fois l'impression par instant de regarder une version bien plus méchante des Pain, amour et fantaisie dont toute la tendresse a disparu pour ne garder que le côté moqueur. L'ouverture est un grand moment avec Mastroianni décrivant en voix off la petite communauté avec acidité et annonce la tonalité générale du film. Ce héros totalement blasé profitant des travers de son monde occasionne pas mal de grands moments : le running gag de la soeur constamment trouvée en situation compromettante avec son fiancé, la très irritante femme de Mastroianni (Daniela Rocca fabuleuse) toujours en demande de preuve d'amour ou les voisins du château et le père frisant l'arrêt cardiaque dès qu'il est question de la vertu de sa fille.

Timing comique une nouvelle fois extraordinaire de Mastroianni, visage placide toujours détaché, la mine fatiguée et toujours le petit tic génial qui vous fait plier de rire, ici un petit claquement de bouche machinal de satisfaction dès que les choses tournent en sa faveur. Un petit chef d’œuvre corrosif qui est également l’occasion de découvrir une toute jeune Stefania Sandrelli au visage virginal et à l'allure provocatrice affolante, notamment lors d’une dernière scène d’une ironie mordante.

Le film est un véritable triomphe commercial en Italie (et sera récompensée de l'Oscar du meilleur scénario tandis que Germi sera nominé pour le meilleur réalisateur) et lance Germi dans le genre pour d'autres immenses réussites futures. Séduite et abandonnée prolongera les thèmes et le cadre sicilien de Divorce... pour aborder la question du mariage forcé et l'extraordinaire Signore & Signori offrira un regard mordant sur la bourgeoisie provinciale italienne.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC

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