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mercredi 16 septembre 2020

Murder on D Street - D-Zaka no satsujin jiken , Akio Jissoji (1998)


Murder on D Street est une adaptation d'Edogawa Ranpo qui s'inscrit dans le regain d'intérêt que trouve l'écrivain au Japon dans les années 90, bénéficiant de rééditions prestigieuses, d'études universitaires et de transpositions cinématographiques nanties. Alors que les adaptations des années 60/70 (Le Lézard noir de Kinji Fukasaku (1968), La Bête aveugle de Yasuzo Masumura (1969), Horror of Malformed Men de Teruo Ishii (1969), La Maison des perversités de Noboru Tanaka (1976)) travaillent une forme de provocation notamment dans la violence et l'érotisme, celles des 90's, fortes de ce retour en grâce de l'auteur, creusent plutôt un sillon méta et référencé. C'est le cas du fascinant The Mystery of Ranpo de Rintaro Mayuzumi et Kazuyoshi Okuyama (1994), objet inclassable entre adaptation et biopic fantasmé d'Edogawa Ranpo. On retrouve de cela dans Murder on D Street qui adapte la première aventure de Kogoro Akechi, le plus célèbre personnage de Ranpo et sorte Sherlock Holmes à la japonaise.

C'est le succès de cette nouvelle qui incita Ranpo, à la demande de ses éditeurs, d'en faire un héros récurrent que l'on retrouvera tout au long de douze romans et nouvelles. Dans la version écrite de Murder on D Street, Akechi n'est donc pas encore le gentleman détective charismatique et perspicace, mais plutôt un jeune homme féru d'énigme policière qui va se trouver par hasard à une affaire criminelle qu'il va résoudre. Le film se démarque de cet aspect et entretient une connivence avec le grand public japonais connaissant le personnage, pour le montrer à la fois sous son jour le plus iconique mais aussi le déconstruire. Ainsi Akechi nous est d'abord présenté comme un reclus hirsute et désabusé, retiré des affaires policières malgré une célébrité qui demeure après ses exploits passés (l'occasion de faire dans le référentiel lorsqu'un personnage lui cite certaines anciennes affaires résolues qui firent la une des journaux, et donc autant de citations de roman).

 La mise en abime est au cœur même du récit. Tokiko Sunaga (Yumi Yoshiyuki) est une séduisante veuve qui va réclamer les services de Fukiya (Hiroyuki Sanada), peintre et faussaire de génie. Elle attend de lui qu'il peigne des copies parfaites des originaux d'un peintre controversé qu'elle a en sa possession. La première mise en abime intervient lorsque Fukiya comprend que le modèle des sulfureuses peintures bondage n'est autre que sa commanditaire au passé sulfureux sous ses airs respectables. L'égo de Fukiya va donc l'inciter à être le seul dépositaire de l'œuvre du peintre et que sa copie se substitue à l'original. Pour cela il doit tuer Tokiko, seule preuve vivante du subterfuge qu'il envisage. La mise en scène scrute les poses les plus scandaleuses des peintures en adoptant le point de vue fasciné de Fukiya, et les mets en parallèle des vrais ébats SM d'un couple adultère vivant dans la même rue.

Un montage alterné entremêlera même plus tard les étreintes passionnées des amants avec la scène de meurtre par étranglement, faisant du sexe une danse de la mort typique du style d'Edogawa Ranpo - et ce jusque dans la réaction de la victime, excitée puis apeurée en voyant que cette violence ne relève plus du seul jeu sexuel. Le traitement du décor participe également à cette mise en abime. On voit littéralement lors de la scène d'ouverture la construction de la maquette de ce pan de rue, les arrière-plans sur fond noir sont surplombés d’immenses pages blanches bardées de kanji (avec des extraits d'ouvrage de Ranpo peut-être ?) tandis que les passants sont des silhouettes cartonnées.

Tout cela travaille l'artificialité volontaire du film, qui nous plonge dans une bulle onirique dédiée à l'univers d'Edogawa Ranpo. La photo diaphane et stylisée travaille cette idée dans les scènes d'intérieurs, une forme de pastiche policier nourrit certains passages comme l'interrogatoire des suspects braqués par une lampe blanche dans le visage. C'est donc pour démonter le vrai du faux, la copie de l'original, la réalité de la mise en scène, que Akechi revient aux affaires pour résoudre le meurtre.

Dès lors sous le regard du détective, l'artifice principal arme de Fukiya, vole en éclat lors de la superbe scène du test psychologique (qui fait d'ailleurs référence à une nouvelle éponyme où Akechi en use) où le travail sur la couleur vient contredire l'assurance du meurtrier. Kyusaku Shimada incarne est excellent Akechi, froid et réfléchi qui manœuvre brillamment son adversaire par l'égo démesuré de celui-ci. C'est à la fois austère et stylisé, avec le risque de perdre le non lecteur de Ranpo par sa distance assumée quant à son récit policier. Cela n'en demeure pas moins un travail très original en termes d'adaptation.

Sorti en dvd japonais

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