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mardi 15 septembre 2020

Cinémiracles, l’émerveillement religieux à l’écran - Timothée Gérardin


L’ouvrage de Timothée Gérardin se penche sur un thème passionnant et pas si souvent analysé, le traitement du miracle religieux à l’écran. L’auteur va donc décortiquer les différents motifs du miracle à l’écran, sa portée sociale, politique et philosophique à travers un large et hétérogène cursus de films à l’angle essentiellement chrétien. Dès le départ Timothée Gérardin observe la faible frontière séparant, dans sa dimension spectaculaire du moins, le miracle et le tour de magie, le fait religieux et le conte. Cela se joue dans la création même avec un Méliès illustrant une vie de Jésus par seul intérêt pour la mise en scène des miracles qu’il aborde dans son approche de prestidigitateur (et donc païenne) plutôt que pieuse. C’est tout l’inverse beaucoup plus tard d’un Cecil B. DeMille explicitement croyant et qui filme le miracle dans une veine pompière et spectaculaire dans ses deux versions de Les Dix commandements (1923 et 1956) – et qui théorise durant la scène des serpents cette différence entre magie et miracle.

Cette piété peut à l’inverse passer par une forme d’austérité formelle où le miracle brille par son absence et survient au moment le plus inattendu tel  Ordet de Carl Theodore Dreyer (1955). Une figure comme Jésus-Christ se prête ainsi à l’épure où le miracle n’intervient pas par l’artifice formel mais par un subtil travail sur le montage, le découpage, refusant la facilité de l’explicite pour prouver la présence divine. Timothée Gérardin observe aussi comme l’emphase peut être travaillée dans une certaine forme de retenue avec la stupéfiante résurrection de Lazare dans La Plus Grande Histoire jamais contée de George Stevens (1965). La seule présence de Jésus instaure cette atmosphère de miracle et influe sur le destin des héros bien humains d’œuvres comme Ben-Hur de William Wyler (1959), La Tunique de Henry Koster (1951) ou Barrabas de Richard Fleischer (1961). La facette pompière intervient désormais pour désacraliser Jésus et oser le montrer douter dans le controversé La Dernière Tentation du Christ (1987).

Cela nous mène donc à des films bibliques contemporains qui distillent désormais le doute dans leur manifestation du miracle. Noé de Darren Aronofsky (2014) montre son personnage-titre comme un exalté, sans parler de sa scène d’ouverture où la voix-off dépeint la Création en lisant le livre de la Genèse tandis qu’à l’image cette origine du monde est filmée selon les principes du Darwinisme. De même dans Exodus : Gods and Kings de Ridley Scott (2014) les apparitions divine procèdent plus d’une interprétation de Moïse, d’une projection mentale, que du miracle pompier et emphatique d’un DeMille. Désormais le miracle se confronte à son envers néfaste ou tout du moins à l’imperfection humaine dans des mises à l’épreuve tour à tour terrifiante dans L’Exorciste de William Friedkin (1973) ou hilarante dans Bruce tout puissant de Tom Shadyac (2003) où Jim Carrey se voit temporairement doté des pouvoirs de Dieu.

Après cette réflexion sur l’illustration du miracle, Timothée Gérardin aborde tout naturellement son envers, la façon dont on peut le remettre en question. Le doute est au cœur des différentes adaptations de la vie de Jeanne d’Arc lorsque celle-ci voit son sacerdoce malmené par ses oppresseurs. Tout tient à la grâce de la jeune femme qui exalte un souverain et un peuple avant que les aléas politique mettent à l’épreuve celle qui fit figure de guide. L’instrumentation politique est de mise aussi dans Le Miracle de Fatima de John Brahm (1952) où le prétexte du miracle est un message anticommuniste, loin du traitement subtil d’un Henry King dans Le Chant de Bernadette (1943) au postulat voisin. Le miracle est moqué dans Le Miraculé de Jean-Pierre Mocky (1987), détourné dans Dogma de Kevin Smith (1999) et finalement soumis à la défiance d’un monde contemporain moins dépendant de cette foi chrétienne. Des cinéastes habités comme Lars Von Trier savent allier cheminement douloureux et manifestation divine catharsis tel Breaking the Waves (1996), ou dans une veine plus sobre Ponette de Jacques Doillon (1996). L’ambiguïté ne tient plus au questionnement entre merveilleux et démonstration céleste comme au temps de Méliès, ni même entre foi austère et expressive, mais plutôt à la réalité de ce miracle dans un monde qui n’y croit plus. Timothée Gérardin explore une grande variété de pistes, par l’angle de la source cinématographique bien sûr, mais aussi théorique et théologique. C’est fouillé et captivant de bout en bout. 

Edité chez Playlist Society

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