Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Morgan, marxiste tendance King-Kong, campe sous les fenêtres de sa femme, qu'il cherche à reconquérir.
Troisième film de Karel Reisz, Morgan: A Suitable Case for Treatment voyait le réalisateur progressivement s'éloigner des préoccupations du free cinema tout en offrant un prolongement idéal a son Saturday Night and Sunday Morning. La filmographie de Karel Reisz est peuplée de personnages excentriques, obsessionnel et totalement en décalage avec leur environnement. Cela peut être le Albert Finney rebelle à l'autorité de Saturday Night and sunday Morning, Vanessa Redgrave totalement absorbée par son art dans Isadora, James Caan accro au jeu dans Le Flambeur ou encore Nick Nolte meurtri par l'expérience du Vietnam dans Who'll stop the rain.Dans Morgan Reisz offre sans doute sa figure la plus emblématique et réussie dans cette veine, et qui plus est obsédée par la plus noble des causes, l'amour.
Morgan Delt (David Warner) fraîchement divorcé de son épouse Leonie (Vanessa Redgrave) décide soudain de la reconquérir par tout les moyens. David Warner compose un personnage incroyablement extravagant et survolté et la mise en scène de Reisz est entièrement au service du grain de folie de son héros. La scène d'ouverture donne le ton avec un David Warner happé par l'observation d'un gorille. C'est un des motifs visuel récurrent du film qui s'amorce puisque Morgan entièrement soumis à ses pulsions primaires voit le monde comme une jungle où chaque rencontre, évènements ou comportement se voit interprété sous l'angle animal.
Cela va du décalage sur les physiques ou des personnages croisés se voit comparés à une bête quelconque (une femme à la coiffure sophistiquée évoquant un paon, un agent de métro bien en chair un hippopotame) à l'association d'idées presque expérimentale (de nombreux stock shots animaliers offre un pendant sauvage des séquences comme la traque finale croisée à un safari chassant une girafe) voire même référentielle avec la reprises de séquences entières du King Kong original mais aussi d'un Tarzan de Johnny Weissmuler. Ces différents aspects permettent à reisz de totalement se réapproprier un matériau à déjà mis en scène à la BBC sur un scénario de David Mercer.
Le film est ainsi parsemé de scènes d'une drôlerie et d'une inventivité irrésistible à travers les stratagèmes spectaculaires de Morgan pour attirer l'attention de sa belle et faire enrager son très snob nouveau prétendant joué par Robert Stephens. S'il se plaît à signaler le décalage constant de Morgan, Reisz est loin de le condamner, bien au contraire. C'est cette dinguerie qui le rend singulier, vivant et donc humain dans un environnement très aseptisé. C'est finalement plus un fossé social qu'un désamour qui sépare le couple, ce qu'on entrevoit d'abord dans les obsessions gauchistes de Morgan opposé à la superficialité de Leonie.
Morgan est issu d'un milieu ouvrier et chaleureux (les scènes avec Iren Handl jouant la mère aimante et compréhensive dégagent une belle tendresse) quand Leonie est un pur produit de l'aristocratie. Elle entretient ainsi un rapport/amour haine avec Morgan puisque partageant la même nature extravertie mais toujours rattrapée par la culpabilité dû à son éducation. Vanessa Redgrave tour à tour espiègle ou tourmentée, légère ou glaciale mérite bien tout ses efforts et exprime avec brio toutes ces nuances quand le regard aimant s'oppose à l'attitude récalcitrante et inversement. D'une beauté et d'un naturel radieux qui irradie l'écran, elle délivre une magnifique prestation (récompensée d'un Oscar et d'un prix d'interprétation à Cannes) et l'alchimie amoureuse avec David Warner est palpable.
Reisz exacerbe de plus en plus ses différents motifs jusqu'à rendre dramatiques ce qui n'était que comédie jusque là, les moyens de séductions forcée de Morgan dépassant les bornes tout comme les conséquences qu'il a en subir en retour. La dernière partie aligne donc les moments les plus étranges (dont une mémorable apparition de Morgan déguisé en gorille...) où les fantasmes de Morgan vire au cauchemar surréaliste et psychanalytique tel cette longue séquence symbolique nous préparant au sort du héros lorsqu'une camisole surgit de nulle part dans le décor d'une décharge. Lorsqu'un personnage si entreprenant et indestructible dans sa quête baisse les armes sans prévenir on comprend que tout est fini, le joli épilogue montrant que bien que les sentiments soient intact tout rapprochement semble désormais impossible.
Sorti en dvd zone 2 anglais et ne comportant pas de sous titres anglais ou français malgré le logo Studio Canal une fois de plus...
Pour libérer sa bien aimée d’un mal étrange, Hercule doit descendre aux enfers, là d’où aucun être vivant n’est jamais revenu, pour y prendre la pierre de vie. Accompagné d’un fidèle compagnon, il entame le voyage qui va d’abord le mener au jardin des Hespérides…
Après Hercule et la Reine de Lydie la série des Hercule allait perdre de son unité en étant systématiquement réalisée par une équipe différente et un metteur en scène qui y appliquerais sa personnalité. La donne avait donc changée avec le troisième volet La Vengeance d'Hercule où Pietro Franscisci écarté par les producteurs et Steve Reeves renonçant au rôle par solidarité se voyaient remplacé respectivement par Vittorio Cottafavi et Mark Forrest avec une grande réussite.Nouveau changement avec cet opus où Mario Bava directeur photo (voire plus) des deux épisodes de Francisci est intronisé réalisateur et Reg Park, un des principaux rivaux de Steve Reeves dans les concours culturistes reprend le rôle.
Parmi les grosses faiblesses on pointera un scénario moins riche et intéressant que les deux premiers volets (le rapport à la mythologie est bien plus superficiel), une interprétation dans l'ensemble assez fade notamment un Reg Park composant un Hercule très balourd et mono expressif qui peine à faire oublier Steve Reeves et Mark Forrest. Mario Bava de son côté n'est vraiment pas à l'aise dans les scènes de péplum classique et le début fait un peu peine à voir comparé au beau classicisme de Francisci.
Par contre une fois que le récit est lancé, c'est un spectacle flamboyant qui nous est offert pour une réussite essentiellement visuelle. Peu intéressé par le genre péplum, Bava réoriente progressivement le film vers l'épouvante gothique pour un mélange improbable et réussi. Doté d'un budget bien inférieur aux volets précédents, le tournage se fait essentiellement en studio où Bava par sa maitrise des éclairages, du système D (décors réutilisés masqués par la fumée, sous une lumière différente, arrières plans dessinés) et son sens du cadrage parvient à créer un environnement foisonnant et onirique.
Les grands moments expressionnistes et débordants de couleurs ne manquent pas comme l'arrivée en bateau dans le jardin des Hespérides dans une lumière rougeoyante sous un ciel se modifiant à coup de filtre ou encore la traversée d'un lac de lave. Le tout nous apparait évidemment factice mais foisonnant et cauchemardesque car renforçant l'aspect irréel et la tonalité fantastique du film. Certains décors demeurent sacrément impressionnant aujourd'hui encore comme l'arbre abritant la pomme d'or ou les extérieurs du palais de Christopher Lee.
Mieux encore, Bava orchestre certains moment semblant directement issu du cinéma d'épouvante, encouragé par la présence de Christopher Lee qui offre une facette du vampire bien éloigné de ses rôle à la Hammer. On peut citer le début où Dejanira se redresse d'une tombe, les apparitions furtives de Christopher Lee dans les pièces du palais tel un certain Dracula et surtout le formidable affrontement final qui voit Hercule assailli par une horde de spectres surgissant du du sol, grand moment de terreur se concluant de manière plus musclée à coup de lancer de rocher... Les entrevues surréalistes avec la Sybille entretiennent largement cette l'ambiance oppressante qui à de rares exceptions est essentiellement nocturnes.
Bava prouvait làune nouvelle fois son grand talent en s'appropriant un genre bien éloigné de ses prédilections et en lui conférant une classe et une identité visuelle inespérée vu les moyens à dispositions. Un péplum atypique (l'expérience sera retentée par son ancien complice Riccardo Freda avec moins de réussite pour le médiocre Maciste en enfer où Maciste surgit en plein XIXe gothique !) et un de ses tout meilleurs films.
Sorti en dvd zone 2 français français chez Opening
Charles Wills, correspondant de guerre, épouse Helen, une américaine rencontrée à Paris. Mais le bonheur est de courte durée...
Un joli mélo où Elizabeth Taylor offre une de ses plus touchante interprétation. L'histoire est une adaptation de la nouvelle Retour à Babylone de F. Scott Fitzgerald où il s'inspirait en partie de l'animosité entre l'auteur et sa belle soeur Rosalind qui lui reprochait par son train de vie de contribuer aux problème mentaux de son épouse Zelda et tenta de lui arracher la garde leur fille une fois cette dernière interné. Le couple du film (et de la nouvelle donc) s'inspire grandement de celui bien réel et destructeur Fitzgerald/Zelda ainsi que des conflits qui naquirent entre eux durant leur séjour à Paris bien que la période passe du lendemain du crash de 1929 sur papier à celui de la Seconde Guerre Mondiale dans un Paris libéré à l'écran.
L'image de liberté symbolisée par Paris garde son sens néanmoins, sorte d'idéal propre à la romance en réponse à une période et des évènements douloureux. C'est ainsi qu'on le voit au début du film avec de glorieuse images de joie et de communion parmi lesquelles vont se rencontrer Van Johnson et Elizabeth Taylor qui échangent déjà un baiser furtif dans le tumulte sans se connaître. Brooks filme ce Paris euphorique de manière idéalisé avec une photo de Joseph Ruttenberg donnant une aura féérique au monument de la capitale, en captant l'énergie festive des multiples célébrations se déroulant en parallèle. C'est d'ailleurs ce qui offre une des plus belles scènes du film lorsque Elizabeth Taylor rejoint Van Johnson lors du premier allumage des lumières sur Paris depuis la libération et que lorsque tout s'éclaire en un regard échangé on ressent le coup de foudre qui saisit nos héros.
Le reste du film bien plus sombre ne fait alors que courir après la grâce de ses premiers instants dont le souvenir de bonheur s'éloigne de plus en plus. Tout les éléments qui réunissait le couple dans cette ouverture s'inversent progressivement. De ville animée Paris devient soudain un nid de tentations et de rencontres peu recommandable, de la nécessité heureuse on passe à une opulence faussement bénéfique lorsque le train de vie s'améliore. Les premières frustrations apparaissent alors avec les ambitions littéraires contrariées de Van Johnson et la dépression progressive de Liz Taylor. Cette dernière est aussi troublante en jeune fille délurée qu'en épouse mûre et malheureuse et offre une prestation splendide et contenue quant Van Johnson sans démériter s'avère un peu trop démonstratif dans les instants les plus dramatique.
On signalera au passages une des toutes premières apparitions de Roger Moore coureur prétendant de Elizabeth Taylor, Donna Reed excellente également en belle-soeur dissimulant sa jalousie et ses rancoeurs et un savoureux Walter Pidgeon en père immature. La structure en flashback alourdit un peu le film, autant au début que lors de l'épilogue et surligne inutilement ce qui se devinait sans se dire (la jalousie de Donna Reed) même si la conclusion s'avère touchante. Hormis ces petits défauts (dont quelques longueurs tout de même) un joli moment dont le titre plus touchant que celui de la nouvelle s'inspirait d'une chanson à succès de Joseph Kern (déjà entendue dans le film Lady Be good en 1941) dont la mélodie se fait entendre à plusieurs reprises durant le film.
Sorti en dvd zone 2 français chez Aventi mais la copie est assez moyenne donc mieux vaut éventuellement tenter le zone 1 mais là aussi il va falloir jongler entre plusieurs éditions douteuse pour trouver la bonne. Si quelqu'un le possède en zone 1 il pourra préciser l'édition à prendre en priorité en commentaires.
Hercule est en train d'accomplir le Douzième et dernier de ses Travaux : maîtriser Cerbère, le chien à trois têtes gardien des Enfers. A Œchalie, tout le monde le croit mort, à commencer par le roi Eurytos, son ennemi de toujours. Ce dernier s'est mis en tête de conquérir Thèbes, sa rivale, et Hercule était l'unique obstacle à son ambition. L'unique ? Non, il reste encore son fils Hyllos. Or Hyllos est amoureux de Théa, la fille d'Eurytos. Il devrait lui être facile de d'attirer le jeune homme dans un traquenard... Or, contre toute attente, Hercule revient des Enfers, où il a conquis le rubis mystique qui est l'œil du Dieu-Cyclope de la Vengeance. Hercule restitue l'œil au dieu, dans son temple. C'est alors que la Sibylle lui prophétise de nouveaux malheurs. Hercule rentre à Thèbes, retrouve son ami le roi Androclès, mais aussi son épouse Déjanire et son fils Hyllos. Inexplicablement, Hercule s'oppose aux fiançailles de celui-ci avec Théa. Sa véhémence laisse présager un douloureux et honteux secret...
La Vengeance d'Hercule est le troisième et sans doute meilleur film de la saga Hercule qui mêle parfaitement le classicisme et la dimension mythologique des deux premiers volets et l'ambiance fantastique des deux qui suivront. De plus le rôle titre est cette fois porté par un excellent interprète, aussi charismatique et imposant qu'un Steve Reeves tout en étant un vrai bon acteur, ce qui en fait la meilleure incarnation du demi dieu à l'écran.
Le duo gagnant Steve Reeves/Pietro Francisi(Steve Reeves solidaire de Pietro Francisi évincé par la production abandonne le rôle qui l'a rendu célèbre) laisse donc ici la place au touche à tout Vittorio Cottafavi pour sa première incursion chez Hercule (avant de livrer dans la foulée l'excellent Hercule à la conquête de l'Atlantide) accompagné du culturiste Mark Forrest qui en plus de sa carrure a donc une vrai formation de comédien. On regrettera d'autant plus que ce soit sa seule apparition dans le rôle avant de laisser la place au gros balourd Reg Park dès l'épisode suivant dirigé par Mario Bava.
Une vraie dimension tragique, une tonalité sombre et désespérée règne dès les premiers instants du film, bien plus prononcée encore que dans le Hercule contre les vampiresde Bava qui devait tout à son esthétique tandis que Cottafavi parvient à donner une vrai tonalité dramatique en plus de livrer un film plastiquement superbe. On pense d'ailleurs très fort à Bava lors de la scène d'ouverture où Hercule doit descendre au enfers pour effectuer l'ultime de ses travaux et affronter le Cerbère. Ambiance inquiétante et étouffante qui bascule dans l'horreur pure lorsqu'on découvre le fameux Cerbère, étonnement réussi et menaçant, Cottafavi parvenant à rendre le combat palpitant grâce à un sens du montage aiguisé (de même plus tard avec le combat avec un ridicule homme déguisé en ours qui passe plutôt bien). Le ton fantastique et mythologique se poursuit lorsque Hercule va payer son tribut au dieu de la vengeance après sa victoire.
On revient ensuite dans la tonalité des deux premiers épisodes avec des ennemis bien humains et redoutable, entre le tyran Eurytos (superbe prestation de Broderick Crawford) et son conseiller aux plans machiavéliques. Ces méchants animé de motivations guidées par la passion (comme l'amour non réciproque pour Alcinoé) entraînent dans leurs complot des personnages innocents comme le couple Hyllos/Thea, la femme de Eurytos et surtout le personnage tragique de Alcinoé, le plus intéressant du film qui entre vengeance personnelle et son amour pour Hercule va subir de grands tourments. La relation complexe entre Hercule et sa famille monté contre lui par les complots anime toute la première partie presque dénuée d'action mais passionnante. Mark Forrest déborde de charisme et est parfait pour le ton dramatique adopté par le film en Hercule las et aspirant à la paix mais poursuivi par la violence.
La dernière partie qui voit Hercule défier les Dieux pour contrer la prophétie dont il est victime est ainsi palpitante de bout en bout. Cottafavi livre un spectacle de haute volée multipliant les morceaux de bravoures fabuleux : Hercule qui affronte un éléphant pour sauver son fils, défiant un Centaure qui s'est emparé de sa femme et surtout le grand final où il fait s'écrouler les remparts de la citée de son ennemi (pourtant bâtis par les Cyclope) avant un épique assaut final.
Les moyens sont énormes (décors et costumes splendide) et l'écroulement des remparts fait son petit effet tandis que la dernière bataille regorge de détails et de péripéties avec un sens du cadre prodigieux de Cottafavi. En ramenant Hercule à une dimension plus humaine et dramatique (et plus seulement le surhomme venant prêter main forte aux conflits des mortel comme dans les premiers films) Cottafavi réalise le plus palpitant et épique des 5 épisodes de ce qui est la meilleure saga du péplum italien. Pour l'heure parallèlement à ce volet était donc tourné le baroque Hercule contre les Vampires de Mario Bava sur lequel on reviendra très vite.
Sorti en dvd dans la série péplum de la collection Atlas comme les autres épisodes déjà évoqués.
L'amusante bande annonce américaine ou on constatera la disparition de toutes les facettes évoquant la mythologie grecque y compris le non de son héros rebaptisé Goliath !
Le 3 septembre 1939 à Prague — juste avant la déclaration de guerre —, le professeur Axel Bomasch, inventeur d'un procédé de blindage, ne voulant pas que sa trouvaille tombe aux mains de l'Allemagne nazie, parvient à s'enfuir à Londres, mais laisse derrière lui sa fille Anna, arrêtée par la Gestapo et envoyée en camp de concentration. Là, elle rencontre Karl Marsen, prisonnier comme elle. Ils parviennent à s'évader et à gagner Londres à leur tour. Par l'intermédiaire d'un agent des services secrets britanniques, Gus Bennett, la jeune femme retrouve son père, mais Karl, en réalité un officier nazi, kidnappe les Bomasch qui sont transférés à Berlin. Gus se rend alors dans la capitale du Reich, sous l'identité d'un officier allemand du Génie — il est germanophone —, pour tenter de ravir Anna et le professeur à la Gestapo et de les ramener en Angleterre... Un Reed très mineur mais pas désagréable puisque si l'on ressent aisément ses objectifs de film de propagande la décontraction et le rythme enlevé de l'ensemble offre un bon moment. On peut même parler d'exercice Hitchcockien revendiqué puisque l'accumulation des péripéties invraisemblables rappelle grandement les extravagances dont le Maître du Suspense se plaît à truffer ses intrigues. Plus précisément c'est à Une Femme disparaît que l'on pense ici puisqu'on en retrouve l'interprète principale Margaret Lockwood, le cadre du train et surtout le duo de scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder qui en signent une intrigue voisine où ils replacent même le duo de personnages comiques Charters et Caldicott incarné par Basil Radford et Naunton Wayne.
L'intrigue dépeint donc une course poursuite et un jeu de faux semblants entre nazis et anglais pour s'assurer les connaissances d'un savant tchèque et de sa fille. Si le début alignant les images oppressantes de la mainmise nazie progressive sur l'Europe donne dans la gravité, c'est vraiment par sa tonalité presque légère que le film surprend. D'abord par la double face de ses héros masculins, Paul Heinreid avec son allure athlétique a tout du héros en puissance avant que l'on déchante grandement à son sujet et à l'inverse Rex Harrison tout en décontraction paraît bien inoffensif en agent dissimulé en chanteur populaire.
Ce relâchement de l'ensemble peut également jouer contre le film puisque tout les éléments sont là pour susciter un suspense au cordeau et que finalement la tension ne se fait guère sentir malgré quelques rebondissements bien amenés.
On se raccrochera donc au rythme enlevé (il y aurait de quoi nourrir au moins 2 ou 3 films avec ce qui se déroule ici en 90 minutes), la mise en scène élégante de Reed (qui a bénéficié de gros moyens le temps de quelques séquences spectaculaires ou de décors impressionnants comme les maquettes de l'usine tchèque, l'intérieur du QG de la Gestapo) et d'un Rex Harrison épatant en espion précieux et insouciant (pour un peu James Bond n'est pas loin dans certaines de ses attitudes).
Le final spectaculaire en téléphérique fait son petit effet (malgré là encore cette mollesse et manque de tension qu'on peut déplorer) annonçant une scène proche du futur Quand les aigles attaquent et conclu de manière satisfaisante cette production peu mémorable (dans ce mélange de tension et de second degré Reed fera bien mieux plus tard notamment Notre Homme à la Havane) mais sympathique.
Sorti en dvd zone chez Critérion et doté de sous-titres anglais
Francesca (Doris Dowling) et Walter (Vittorio Gassman) sont un couple de jeunes délinquants. Ils viennent de dérober un collier de valeur dans un hôtel. Poursuivis par la police, ils se cachent dans un convoi de mondine en partance pour les rizières de la plaine du Pô. Francesca dissimule le collier que lui a confié Walter. Celui-ci, pensant passer ainsi inaperçu danse avec la jeune Silvana (Silvana Mangano) mais se fait repérer par les policiers et s'enfuit. Dans le train, Silvana est intriguée par Francesca et, pour l'aider, lui fait obtenir un travail de mondina clandestina (sans contrat).
Riz amer est un film charnière dans l’aventure néoréaliste. Le film sort alors que le genre s’apprête à entamer un lent déclin symbolisé par la défaite de la gauche aux élections en cette année 1948. Giuseppe De Santis, sans doute un des réalisateurs les plus engagés du néoréalisme (il fit partie de la résistance italienne en lutte contre Mussolini et l’Allemagne durant la Deuxième Guerre Mondiale) l’avait sans doute senti venir, tant avec ce troisième film il trouve l’équilibre parfait entre message et destins individuels.
Comme nombre de réalisateurs de l’époque, Giuseppe De Santis a débuté par la critique, plus précisément au sein de la revue Cinema. Là, son ancrage à gauche (notamment au sein du Parti communiste) l’amène à être un des premiers défenseurs d’un cinéma décrivant la réalité du prolétariat. Les paroles font bientôt place aux actes lorsqu’il collabore au scénario du Ossessione de Visconti qui l’engage même comme assistant. Sur le tournage se produit un fait anodin mais d’une importance capitale pour De Santis. Lors d’une séquence montrant le couple de héros arpenter la campagne, De Santis propose à Visconti de garder au sein de l’image en arrière plan les paysans effectuant les moissons. Visconti accepte et scelle là la profession de foi de De Santis.
En effet, le réalisateur applique à la lettre cette méthode sur Riz amer tout en se démarquant légèrement des canons néoréalistes. Dans la plupart des films néoréalistes première période, l’aspect documentaire et l’expression d’une certaine vérité primaient sur la dramaturgie classique. Le focus se faisait donc progressivement sur les personnages après s’être appliqué à dépeindre l’ensemble d’une communauté (ouvrier, paysans…).
Dans Riz amer, c’est exactement l’inverse et ce, dès la scène d’ouverture qui fait écho à la tentative d'Ossessione. Au premier plan, une pure intrigue de film noir où l’escroc Vittorio Gassman (son emploi odieux habituel se teinte d’une aura menaçante délestée du comique qui l’allègera à l’avenir) est traqué par la police au sein d’une gare pour le vol d’un collier précieux. Sur le point d’être capturé, il confie l’objet à sa petite amie Francesca (Doris Dowling) qui va se mêler pour un temps aux journalières en partance pour la récolte de riz dans la plaine du Pô. La fuite des deux héros aura en effet été entrecoupée d’images du départ massif de ses « mondines », ouvrières agricoles officiant chaque été à l’époque dans la région de la Lombardie notamment. L’arrière plan réaliste s’inscrit ainsi de manière diffuse avant de devenir un élément clé de l’intrigue principale. Point d’astuce narrative à y voir cependant, ce transfert du cadre et des enjeux obéit totalement à la thématique du film qui va voir le comportement de la fille de mauvaise vie Francesca transformé au contact des ouvrières.
L’idée du film sera d’ailleurs venue à De Santis et son scénariste Carlo Lizzani alors qu’eux mêmes assistaient à un des grands départs estivaux de ses travailleuses. La vision de cette grande procession féminine, unies, chantante et d’une beauté sans égale dans leur vigueur travailleuse les aura durablement marqué. C’est là qu’on saisit le brio de De Santis et sa démarche à contre courant. Tous les éléments extérieurs tendent à se mêler à cette inaltérable vision de communion collective des ouvrières. La trame policière devient une tranche vie du quotidien de ces femmes, la grâce du moment est privilégiée au rythme enlevé du début. Plus symboliquement, les rôles s’inversent entre la starlette américaine de série B Doris Dowling (recrutée pour attirer le public d’outre atlantique) et la vraie vedette révélée par Riz amer, Silvana Mangano. L’ouvrière soudainement objet de tous les regards et la « star » gagnée par les vertus de la vie en communauté, tout un signe…
Riz amer, en plus de cet éloge de la collectivité est aussi (et surtout) une belle ode à la féminité. Sans se délester de son aspect documentaire, la caméra de De Santis s’attarde amoureusement sur la beauté de ces femmes au travail. Leur dur labeur semble les magnifier, tant dans leurs formes engoncées dans leurs tenues de travail que la pâleur de leur jambe ou de leur visage radieux et marqué à la fois par l’effort. La photo d'Otello Martelli est irradiée de l’atmosphère estivale de la province de Verceil où fut tourné le film. Cette chaleur palpable intensifie les moments de tension telle cette très originale scène où ouvrières sous contrat et clandestines s’affrontent dans une joute chantée. C’est également cette même fièvre qui les accompagne lors des instants plus sensuels et apaisés, le languissant repos quand la pluie empêche de se rendre à la rizière ou durant les bains.
Cet aspect charnel trouve sa manifestation concrète à travers Silvana Mangano. C’est le chassé croisé de destin entre son personnage Silvana et Francesca (Doris Dowling) qui constitue le cœur du récit. Silvana fille du cru n’a connu que la misère et rêve de la grande vie tandis que Francesca lasse de suivre les arnaques de son petit ami trouve enfin paix et solidarité parmi les mondines. Le physique plantureux de Silvana Mangano, sa présence torride et la manière dont elle s’impose peu à peu dans le film affirment cette volonté d’émancipation. Bien avant Sophia Loren ou Gina Lollobrigida, elle imposa cette image de la star italienne charismatique aux formes généreuses. Le côté brut donne pourtant toute sa vérité à Silvana. C’est d’ailleurs ce qui détermina le choix de De Santis pour l’actrice qui trop maquillée et superficielle ne l’avait guère convaincu au casting. C’est en la rencontrant par hasard sans artifices alors qu’elle venait de traverser une averse qu’il pense tenir son héroïne. Sublime ironie, le producteur Dino De Laurentis sera le plus farouche opposant à l’engagement de celle qui sera sa fidèle compagne durant les quarante années à venir.
Moins important sur le papier, le rôle de Silvana s’étoffe donc à l’écran sans qu’une ligne de scénario ne soit changée, par la seule prestation fragile et torride de Silvana Mangano. Bien qu’un tel fait n’ait pu être calculé, il participe à la thématique du film, puisque Silvana Mangano exprime cet érotisme latent et Doris Dowling (au charme moins imposant mais tout aussi transcendé) la beauté s’affirmant au travail. Quand l’une se fond dans le bloc que constitue les mondines, l’autre n’a de cesse d’en sortir. Plusieurs séquences mettent en avant cette dichotomie. Le conflit entre travailleuses sous contrat et clandestines (ces dernières intensifiant le rythme de travail pour être bien vues) se résout quand toutes décident d’agir dans un intérêt commun, les premières exigeant que les secondes bénéficient du même statut.
Plus tard, l’union sacrée se fera lorsque toutes décideront d’aller travailler sous la pluie pour ne pas perdre de journée de travail, les clandestines gagnantes quoiqu’il advienne allant malgré tout rejoindre leurs amies sous les flots. Durant ces différents moments, Silvana Mangano est constamment en retrait ou absente à l’image, soit parce qu’elle est la cause du conflit (c’est elle qui entonne la première les chants contre les clandestines dans la séquence précédemment évoquée), soit parce qu’entre temps elle est devenue une fille perdue en s’acoquinant à l’infâme Vittorio Gassman. Au contraire, Francesca qui ne devrait guère se sentir concernée est à chaque fois au cœur de l’action durant toutes ces scènes, notamment celle du travail sous la pluie ou les clandestines agissent à son initiative. Cette logique trouve son aboutissement quand les mondines font corps autour de l’une d’elles, victime d’une grossesse prématurée, alors qu’en montage alterné Silvana cède au désir pressant de Gassman. Les regrets n’y feront rien et la séparation inéluctable dans cette image saisissante où Silvana poursuit sans réussir à les rattraper ses camarades transportant leur amie enceinte.
Ce jeu de miroir joue également dans les couples qui se font et se défont tout au long du film. Francesca délaisse peu à peu le manipulateur Gassman pour le soldat au cœur pur joué par Ralf Vallone (qui transpire l’authenticité pour son premier rôle à l’écran). Ce dernier au départ sous le charme de Silvana finira avec Francesca touchée par la sincérité et le respect qu’il lui témoigne. Dès lors, la suite inéluctable est prévisible. Celle qui aura avec modestie fait le chemin inverse d’un individualisme vain vers une plénitude et une paix intérieure en communauté s’en sortira. L’ambitieuse qui aura emprunté des chemins de traverse pour échapper à sa condition sera elle victime d’un terrible destin.
Affirmé comme cela, on pourrait croire à une implacable morale judéo-chrétienne mais il n’en est rien. On l’a dit, Silvana Mangano aura vampirisé l’idéologie servant le film et c’est bien de ses danses, ses sourires et ses pleurs dont on se souvient. Les erreurs et égarements s’avèrent au final plus touchants que l’illustration (réussie) de la cause rejointe par Francesca. Giuseppe De Santis l’a bien compris, puisqu’il s’attarde plus longuement dans les derniers instants sur les mondines jetant leurs grains de riz sur la dépouille de leur amie disparue.
En Chine au XIVe siècle, des chinois se révoltent contre la domination mongole incarnée par le prince Lee Khan. L'auberge du Printemps de madame Wan Jen-mi est le théâtre d'une confrontation entre rebelles chinois et hommes de mains du prince, sur fond d'espionnage, de traitrise et de secrets militaires.
L'Auberge du Printemps conclu de manière magistrale ce qu'on appelle "la trilogie des auberges" dans l'oeuvre de King Hu. Le cultissime L'Hirondelle d'Or, classique absolu de la Shaw Brothers entamait le cycle avec un King Hu inventant toute les figures imposée du wu xia pian (et lançant le studio sur le genre) moderne dont les fameuses confrontations dans les auberges, véritable lieux de tension où les adversaires se jaugent et s'observent. Trop perfectionniste pour le régime d'usine de la Shaw Brothers, King Hu claque la porte du studio et par à Taiwan réaliser le deuxième volet de sa trilogie Dragon Gate Inn (à quand un dvd pour celui là ?) succès colossal en Asie et où l'utilisation du cadre de l'auberge revêt un atour bien plus dramatique et stratégique que dans L'Hirondelle d'Or (Tsui Hark en réalisera un remake extraordinaire bien plus tard avec L'Auberge du Dragon).
L'Auberge du Printemps, réalisé par un King Hu au sommets de ses possibilités (l'hypnotique A Touch of Zen aura précédé) atteint ainsi une sorte de perfection en reprenant les motifs de L'Hirondelle d'Or (les faux semblants, l'atmosphère électrique) et Dragon Gate Inn (l'intrigue politique et historique, le jeu sur les apparences) pour les sublimer. Si on se perd légèrement lors de la présentations des multiples personnages et des enjeux lors de l'introduction explicative, une fois arriver dans l'auberge en titre tout devient limpide par la maestria narrative et visuelle du réalisateur. On a donc un groupe de rebelle chinois dissimulés en tenanciers d'auberge dans le désert chargé d'intercepter un document transporté par un prince mongole ennemi amené à séjourner dans les lieux.
Dès lors l'intrigue devient le cadre d'un captivant jeu d'échecs où personne n'est ce qu'il parait être et où il faut constamment démêler le vrai du faux, les amis des ennemis et où le personnage en apparence le plus insignifiant peut s'avérer un allié précieux ou un adversaire redoutable. Hormis quelques escarmouches isolées et un final furieux, le film est plutôt avare en séquences d'arts martiaux. Celles ci ne sont pas une fin en soit et ne sont que l'aboutissement d'un jeu de faux semblants où il faut se montrer plus fin que l'ennemi. King Hu, le plus érudit et raffiné des réalisateurs hong kongais expérimente là les intrigues de palais à venir de ses films à venir, qu'elles soient poussées à la quasi abstraction dans le mémorable Raining in the Mountain ou dans le cadre du pur film historique comme son All the King's Men (là aussi à quand un dvd ?).
La mise en scène de King Hu se fait par instant théâtrale par le fait de cette unité de lieu (même si quelques séquences se déroulent en extérieur) mais c'est un statisme de façade où le montage joue grandement dans le jeu de regard entre les personnages devant dissimuler leur connivence et qui sais se faire bien plus dynamique quand la tension s'installe. Le scope de King Hu est d'une maîtrise impressionnante et il faut constamment être attentif à ce qui se déroule dans chaque coin du cadre (la poursuite du cambrioleur, la première tentative de vol du document) et le réalisateur joue autant de la profondeur de champs que de la verticalité et de l'horizontalité de cette auberge sur étage. Presque à la manière d'un Mission : Impossible à la sauce wu xia pian les héros sont presque réduits à leur seule fonction (hormis les jolies serveuse revêches dont Angela Mao) et on retient finalement surtout le fabuleux duo de méchant retors magistralement incarné par Tien Feng et Hsu Feng (actrice fétiche de King Hu).
Après ce jeu de chausse-trappe à la tension palpable, King Hu laisse enfin exploser l'action lors d'un long final virtuose et sacrificiel ou les affrontements sanglants s'enchaînent sans interruptions. Un des tout meilleurs et des plus nerveux films de King Hu, excellent !
Sorti récemment en dvd zone 2 français chez HK Vidéo.Espérons que Dragon Gate Inn suive bientôt !
Un jeune homme, qui se hisse tant bien que mal hors du milieu ouvrier dans lequel sa famille baigne depuis des générations et qui essaye de faire son chemin comme employé, est pris au piège quand sa petite amie tombe enceinte et qu'il se voit contraint de l'épouser et, à cause d'une crise du logement qui touche leur ville du nord de l'Angleterre, de venir habiter chez sa belle-mère.
Premier film de John Schlesinger, A Kind of Loving bien que s'inscrivant dans la vague des kitchen sink drama qui imprègne le cinéma anglais du début 60's porte déjà tout les grands thèmes des films majeur à venir du réalisateur. Le principal qui se dégage de tout ses premiers films c'est la recherche d'un ailleurs par les personnages, d'un sens à leur vie et pour lequel il triomphe des obstacles comme dansLoin de la foule déchaînée ou échouent lamentablement par manque de courage où en s'égarant dans leur de quête tel Billy Liar, Darling ou Macadam Cowboy.
Les films du free cinéma anglais sous leur approche réaliste réussissaient toujours à apporter une touche de d'extravagance par leur mise en image ou idée concept de départ. Billy Liar par ses apartés fantasmés extravagant des rêve du héros, Saturday Night and Sunday Morningpar son extraordinaire personnage principal ou The Loneliness of The Long Distant Runner par sa narration alambiquée et son concept sportif à la mise en scène sensitive. A Kind of Loving est totalement à contre courant de ses films puisque s'en tenant à une pure austérité visuelle et narrative qui ne sera jamais ébranlée. Le titre lui même (le titre français passe complètement à côté en soulignant la nature exceptionnelle de la romance, soit l'idée inverse du titre original) définit l'idée poursuivie par Schlesinger en l'inscrivant dans une forme de banalité, autant dans ce qui nous est raconté que par les personnages que l'on va suivre.
Vic Brown (Alan Bates) est donc un jeune ouvrier qui va s'amouracher de Ingrid (June Ritchie) une jolie collègue avec qui il entame une relation. Les atermoiements et la séduction de nos deux amoureux offre des scènes du belle fraîcheur tel la maladroite tentative de discussion dans le bus et la gêne commune sous l'attirance qui s'ensuit, tout comme le premier rendez vous ou chacun cherche ses marques. Pourtant quelques signes avant coureur nous alertent de l'impasse à venir, que ce soit l'immaturité de Vic subissant encore l'effet de groupe du détachement attendu par ses amis masculins, ou la fragilité d'Ingrid encore sous l'influence de sa mère.
Un moment d'égarement faisant tomber Ingrid enceinte (une scène à l'érotisme fort prononcé pour la très tatillonne censure anglaise) fait basculer leur destin et les oblige à se marier comme le veut la tradition. La banalité touchante de l'amourette cède alors progressivement la place à la banalité oppressante du mariage, synonyme de prison à tout les niveaux. Il faut voir cette scène de mariage qui équivaut à un enterrement (le mariage pétaradant ouvrant le film n'étant là que pour établir le fossé avec celui à venir) où l'union se fait par devoir sans joie ni folie chez les mariés et leur famille.
Les défauts précédemment constatés constaté se voient hypertrophié par cette promiscuité forcée : Ingrid n'est encore qu'une petite fille sous le joug de sa mère (chez laquelle ils vivent et qui méprise ce gendre lui ayant volé sa fille et son milieu social) et Vic désarmé cède par frustration au renoncement et à la colère. Quelques scènes montre la forme d'étau que peut représenter un tel mariage tel ce montage alterné où le couple se voit forcé de rester à la maison regarder un banal programme télévisé tandis que parallèlement on voit les deux siège vide d'un concert auquel il devait assister. Bien que prolongeant inutilement certains moment (le retour de Vic chez lui fortement imbibé) le film dit certaines vérité fortes sur la société anglaise du moment à travers les réponses donnée à Vic par son entourage lorsqu'il exprime sa détresse. Les femmes (sa soeur et sa mère) le rende coupable de la situation où il a mis Ingrid et solidaire l'incite à assumer ses responsabilités. Les hommes (son père et ses copains) à l'inverse (notamment suite à un rebondissement qui changera la donne) l'incite à fuir et expriment leur regret ou leur joie de sur la situation intenable que vit Vic, qu'ils ont connus ou cherchent eux même à fuir.
Dans tout les cas le mariage est vu comme une formalité, un passage par lequel on doit passer tôt ou tard sans pouvoir y couper, où la vie se doit de nous rattraper. Le mariage radieux qui ouvre le film apporte heureusement une certaines nuance à la noirceur à venir et Schlesinger laisse une chance à son fragile couple dans sa conclusion, où ils s'éloignent au loin accolés l'un à l'autre voguant peut être vers une possible indépendance. Une bien belle entrée en matière pour Schlesinger qui signe là un bien joli film. Le roman de Stan Barstow qu'adapte le film connaîtra par la suite plusieurs transposition que ce soit au théâtre, en série télévisé ou en programme radio.
Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres anglais comme français (donc accrochez vous pour les accents du nord de l'Angleterre !) ce qui est dommage vu que Studio canal a les droits.