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vendredi 20 juillet 2012

Demain est un autre jour - There's Always Tomorrow, Douglas Sirk (1956)


Un prospère fabricant de jouets mène une vie confortable mais sans relief. Jusqu'au jour où il rencontre Norma, son premier amour, qu'il n'a pas oublié.

Douglas Sirk retrouvait sur There's Always Tomorrow Barbara Stanwyck, son interprète de All I Desire qui préfigurait tous les grands mélodrames à succès qu'il réaliserait les années suivantes. Tout comme ce dernier, Demain est un autre jour est un mélo qui inscrit son émotion en pointillé et dans la retenue, le noir et blanc semblant associé chez Sirk à une approche plus feutrée et loin de la flamboyance visuelle et narrative (pas de rebondissement rocambolesque façon Le Secret Magnifique ici) de ses grands mélodrames en couleur.

C'est dans cette tonalité intimiste que nous allons assister au récit de cette romance avortée. Clifford Groves (Fred MacMurray) et Norma Vale (Barbara Stanwyck) ancien collègue de travail s'étaient quitté 20 ans plus tôt bien que secrètement amoureux pour suivre des destins bien différent. Norma aura privilégié la carrière à ses sentiments et est désormais une styliste réputée. Clifford quant à lui s'est marié et a fondé une famille tout en étant le patron d'une fabrique de jouet.

Ils se rejoignent pourtant dans la profonde solitude et frustration qu'ils ressentent sur leur existence. Etouffé dans une routine domestique, Clifford voit les journées monotones et sans saveur se succéder tandis qu'il est délaissé par sa femme et ses enfants. A l'inverse Norma s'est réfugié dans le travail où son ascension ne masque pas ce qu'elle lui a sacrifié : un foyer. Les deux personnages se retrouvent à un moment clé de leur vie où ce vide respectif leur pèse et où ils pensent pouvoir ranimer la flamme qu'ils ne surent entretenir autrefois.

Sirk retrouve ici le motif de Tout ce que le ciel permet avec ce foyer en forme de tombeau et nid de toutes les frustrations pour Fred MacMurray. Le surgissement du hasard et de l'anodin n'a aucune vertu romanesque ici servira toujours noyer toute tentative d'évasion au quotidien. D'abord dans le cadre respectable de la famille où une sollicitation des enfants viendra toujours interrompre un moment d'intimité entre Clifford et son épouse Marion (Joan Bennett). Plus tard ce seront presque toutes les amorces de grandes envolées romantiques entre Clifford et Norma qui seront brutalement éteinte par une rencontre impromptue, une révélation inattendue et au final une douloureuse prise de conscience.

Douglas Sirk ne laisse pointer son lyrisme que de manière diffuse notamment par le leitmotiv de la pluie utilisé avec une grande finesse (le reflet des gouttes perlant de la vitre de Barbara Stanwyck sur son visage remplaçant les larmes qu'elle se refuse à laisser couler) ou une emphase sobre lors de la poignante séparation finale. Le film n'est qu'une longue attente pour une romance qui ne s'épanouira jamais, sur un espoir condamné à être déçu et sur lequel joue ironiquement le titre original optimiste.

Tous les chemins mènent ici à cette solitude dans ce qui est peut-être le film le plus désespéré de Sirk. L'accomplissement professionnel qui permettait de progresser et se rapprocher des autres dans Le Secret Magnifique (le héros incarné par Rock Hudson) n'est plus ici qu'un palliatif mince à l'isolement, Norma observant admirative le foyer de Clifford. Ce foyer s'avère pourtant bien intolérant (le fils soupçonneux à rapprocher des enfants de Jane Wyman dans Tout ce que le ciel permet) ou tellement engoncé dans les codes de cette société (Joan Bennett sorte de cliché forcé de femme d'intérieur) qu'il sera aveugle à la détresse de son chef de famille.

L'analogie insistante entre Clifford et le jouet robot qu'il commercialise est ainsi éloquente, on attend d'eux qu'ils reproduisent à l'infini les même gestes et actions sans qu’ils n’en dérogent jamais. Avec ce questionnement de la place de l'homme dans ce modèle familial américain des 50's, Sirk suit une préoccupation au cœur de mélo contemporain comme L'Homme au complet gris notamment et annonce Les Liaisons Secrètes de Richard Quine ou L'Arrangement de Kazan où ces thèmes seront abordés plus frontalement encore. Ici cela se manifestera par la cinglante tirade de Barbara Stanwyck aux enfants de Clifford venus défendre les intérêts de leur mère. Et le père qu'en est-il de ces sentiments ?

Après Assurance sur la mort et le magnifique Remember the night, l'alchimie entre Fred MacMurray et Barbara Stanwyck n'est plus à démontrer. MacMurray représente l'espoir déçu avec cette homme qui ne demande qu'à vibrer à nouveau tandis que Stanwyck (cette fois du côté de la tentation adultère au contraire de All I Desire) symbolise elle la résignation douloureuse de ce qui aurait pu être. Jamais l'on ne croira à un nouveau départ possible entre eux, Sirk leur refusant même la moindre scène romantique commune.

Il n'y cédera réellement que de la plus poétique et triste des manières lors de la conclusion où de nouveau captif de son foyer, Clifford entend puis observe de sa fenêtre l'avion le séparant pour toujours de Norma en larmes à son siège. Par une douce ironie, jamais les personnages n'ont été plus en osmose et plus éloigné à la fois. Cette ironie porte aussi sur le faux happy-end où la famille est sauve, l'habitude et la tradition prenant définitivement le pas sur les aspirations personnelles.

Sorti en dvd zone 2 chez Carlotta

Extrait

4 commentaires:

  1. Hé hé je me souviens que tu m'avais dis que c'était ton Sirk favori avec "Tout ce que le ciel permet" ;-)

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  2. Réponses
    1. tiens ,c'est aussi mon préféré après "All that heaven allows"(dont j'adore la photo )

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