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mardi 17 juillet 2012

Le Voyage vers Agartha - Hoshi wo Ou Kodomo, Makoto Shinkai (2011)


Depuis la disparition de son père, Asuna une jeune écolière, a pris pour habitude de s’isoler dans les collines pour écouter les chants étranges provenant d’un émetteur qu’il lui a légué. Sur la route menant à son refuge secret, elle est attaquée par un monstre gigantesque et sauvée par Shun, un garçon à l’allure héroïque. Avant de disparaître, ce dernier lui dit venir d’un monde oublié appelé Agartha. Grâce à l’aide de son mystérieux émetteur et accompagnée de l’un de ses professeurs, Asuna va partir à la recherche d’Agartha, la légendaire Terre des Dieux où se trouve caché le secret permettant de ramener à la vie des êtres disparus. Mais jusqu'où sera-­‐t-­‐elle prête à aller pour retrouver l’être qui lui est cher ?

Nouvelle production de Makoto Shinkai, Le Voyage vers Agartha représente une étape essentielle de son œuvre. Le réalisateur s’était révélé au grand public à travers des récits creusant constamment le même sillon, avec une maîtrise et une emphase émotionnelle toujours plus prononcée. Son premier court-métrage Voice of Distant Star narrait ainsi les amours contrariés de deux adolescents séparés d’un bout à l’autre de la galaxie. Plus ambitieux encore, le film La Tour au-delà des nuages reprenait ce motif de la séparation en amplifiant le cadre (un futur alternatif), la portée de la séparation de ces amoureux (l’âge adulte, le monde réel et celui des rêves) et surtout son romantisme avec une conclusion en forme d’accomplissement sentimental époustouflant.

5 centimètres par seconde, l’OAV qui suivit, semblait voir Shinkai incapable de se détacher de cette imagerie en exploitant une nouvelle fois ces mêmes éléments de manière presque autiste. Il réalisait pourtant là son chef-d’œuvre, dont les trois sketchs le montrait faisant ses adieux à ce passé récent (l’histoire Fleur de cerisier est la quintessence du romantisme dépressif à la Shinkai) et ouvrir la voie au futur avec une conclusion plus adulte où une résignation plus amère prenait le pas sur le romantisme.

Makoto Shinkai se remet donc grandement en question avec Le Voyage vers Agartha où il parvient à maintenir ses préoccupations tout en les renouvelant dans une tonalité plus universelle. Grand admirateur d’Hayao Miyazaki et des œuvres du studio Ghibli, Shinkai cherche ici à en retrouver l’équilibre miraculeux entre accessibilité et thématiques personnelles. Plus précisément, c’est la magie du Château dans le Ciel (1986) qu’il cherche à retrouver, celui-ci étant son Ghibli favori et la dernière grande œuvre de la japanimation à réunir totalement ce mélange de grande évasion et de réflexion sous-jacente. Pour le plus voyant, on remarquera l’esthétique du film très proche de l’univers de Ghibli dans la description du monde d’Agartha et Shinkai qui cite des pans entiers du studio.

Entre autres allusions, la rencontre entre les jeunes héros et le Quetzalcóatl (dont la gestuelle rappelle celle de Sans-Nom dans Le Voyage de Chihiro) du monde d’Agartha les dominant de sa taille et de son allure étrange reprend celle de Pazu et Shiita avec le robot pacifiste à leur arrivée sur Laputa dans Le Château dans le Ciel. Le départ en mission de Shin à cheval évoque, lui, l’envolée épique de celui d’Ashitaka au début de Princesse Mononoké. L’histoire en elle-même est archétypale du genre avec la collégienne solitaire Asuna qu’une rencontre avec un jeune homme mystérieux, Shun, venu d’un autre monde va entraîner dans une grande aventure.

On pourrait alors craindre que Shinkai ait troqué sa personnalité pour une tonalité plus identifiable et commerciale mais il n’en est rien. Après avoir prouvé qu’il était un artiste singulier avec ses précédentes œuvres, il s’agit ici pour Shinkai de montrer qu’il peut être un vrai conteur d’histoires qui plierait ses thèmes à la progression du récit et non plus l’inverse. Shinkai a désormais également fondé son propre studio, ce qui lui permet d’offrir un visuel toujours identifiable mais désormais plus ample. Ses thèmes de prédilection sur la distance et la solitude s’expriment à nouveau au cœur de ce récit d’aventures mais dans une veine très différente. La tonalité adolescente et le spleen seront véhiculés par le personnage d’Asuna qui est magnifiquement caractérisée en quelques vignettes. Collégienne timide et sans vrais amis, elle est également livrée à elle-même dans son foyer où, entre un père décédé et une mère prise par son métier d’infirmière, elle est le plus souvent esseulée.

Cette solitude s’exprime d’ailleurs dans son seul vrai plaisir lorsqu’elle est sur une colline environnante pour capter des sons avec son poste de radio, jusqu’au jour où elle entendra un chant mystérieux venu d’Agartha amenant avec lui l’étrange Shun. La grande aventure à suivre sera donc pour elle un moyen de s’évader de cet isolement et de s’ouvrir aux autres. Shinkai quitte le pur enjeu romantique des précédentes œuvres pour quelque chose de plus universel qui se manifestera avec le personnage du professeur Morisaki.

Lui aussi veut rejoindre Agartha pour se guérir d’une séparation et d’une solitude plus concrète en en appelant au Dieu de ce monde (symbole de paradis rédempteur ou d'enfer) pour exaucer le vœu de ressusciter sa femme disparue. Shinkai revisite donc sa thématique sous l’angle plus adulte révélé par la conclusion de 5 centimètres par seconde et une nouvelle fois plus que la réunion, l’enjeu sera surtout d’accepter la séparation. D'ailleurs l'accroche de l'affiche japonaise ne dis pas autre autre chose avec la phrase "un voyage pour dire au revoir".

Ce thème du deuil traverse l’ensemble du récit à des degrés divers : Asuna espère revoir Shun qui a amené une ouverture à son quotidien étroit, Shin vit lui dans l’ombre de son frère et cache la douleur qu’il ressent de sa disparition et bien sûr Morisaki n’accepte pas le décès de son épouse.

La puissance dramatique dont est capable Shinkai émeut constamment dans l’expression des fêlures de ses héros qui s’abandonneront tous à un moment ou un autre à la douleur qui les ronge (le magnifique flashback sur le passé de Morisaki notamment). Cette acceptation de la mort en tant que cycle naturel de la vie s’exprimera d’ailleurs de manière très poétique à travers le destin de la petite créature Mimi qui accompagne Asuna et qu’on suppose longtemps comme simple élément« kawaï » avant de symboliser de manière bouleversante la problématique du récit.

Tous ces éléments s’insèrent avec une aisance narrative parfaite par Shinkai qui délivre un récit d’aventures picaresque fantasy plus qu’à la hauteur de son modèle Ghibli (et supérieur à tous les Ghibli récents). L’univers d’Agartha, terre de désolation d’un savoir oublié et brisé par la violence des hommes s’avère des plus mystérieux et foisonnant. La beauté la plus irréelle côtoie l’ordinaire le plus chaleureux (la longue séquence dans le village) ainsi que le cauchemardesque le plus prononcé avec notamment les terrifiantes créatures de l’ombre que sont les Izoku.

Shinkai s’approprie finalement ces figures bien connus du récit épique et familial (l’amorce de romance platonique entre Asuna et Shin typiquement Ghibli, la relation père fille entre Asuna et Morisaki) en y insérant une noirceur et une tristesse qui n’appartiennent qu’à lui. Le climax en forme de douloureuse catharsis est ainsi des plus intense et révélateur avec au bout du chemin sans doute la sérénité retrouvée pour chacun. Makoto Shinkai en s’ouvrant au plus grand nombre touche au cœur à nouveau et se réinvente superbement.

Sorti récemment en dvd zone 2 français chez Kaze

2 commentaires:

  1. Je suis tombée sur la bande-annonce de ce film par hasard et me suis empressée de le regarder ! Il est devenu l'un de mes films d'animation préféré !
    J'aime beaucoup le mélange entre l'influence des studios Ghibli et la noirceur sentimentale du producteur Shinkai, la thématique fantastique m'a également beaucoup plu ! J'ai été charmée du début à la fin, je m'étonne de ne pas l'avoir aperçu au cinéma...
    En tout cas votre chronique lui rend un bel hommage !

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  2. Merci Rasperry ! Si vous avez aimé celui-ci il faut absolument voir les précédentes oeuvres de Shinkai vous serez tout autant subjuguée je pense.

    C'est plus introspectif que celui-ci plus grand public avec ce côté aventure (même si on sent la nuance avec du Ghibli) mais "La Tour au delà des nuages", "5cm par secondes" ou "Voice of Distant star" sont vraiment des chef d'oeuvres de l'animation japonaise je vous les recommande vivement. Je les ais tous évoqué sur le blog si vous voulez vous faire une idée ;-)

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