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lundi 18 février 2013

Le Crabe-tambour - Pierre Schœndœrffer (1977)


Un officier de la marine nationale française se voit confier un dernier commandement, l'escorteur d'escadre Jauréguiberry dont c'est également la dernière mission avant son désarmement. Il est chargé de l'assistance et de la surveillance de la grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve. Le commandant mène aussi une quête personnelle, enracinée dans les guerres coloniales françaises : croiser une dernière fois un homme qu'il a connu, devenu patron d'un chalutier. Sa quête est relayée par les souvenirs du médecin du bord et de l'officier mécanicien, qui évoquent un lieutenant de vaisseau surnommé le « Crabe-tambour ». Les souvenirs et les témoignages se succèdent ; ils évoquent cette figure légendaire qui a marqué ceux qui l'ont connue, et les fait s'interroger sur leur propre vie.

Intimiste et ambitieux, Pierre Schœndœrffer adaptait son roman éponyme paru l'année précédente avec Le Crabe-tambour. Le récit mêle harmonieusement les propres souvenirs de l'auteur avec une biographie romancée du de Pierre Guillaume, fameuse figure militaire rebelle ayant participé à la Guerre d'Indochine et actif participant du putsch d'Alger. L'histoire se partage ainsi entre souvenirs et fascination en flashback pour ce Crabe-tambour qui aura marqué tout ceux ayant croisé sa route et un présent plus résigné et nostalgique.

Le ton se partage constamment entre nostalgie pour ses campagnes militaires passées transpirant le souffle de l'aventure, du dépaysement et de l'inconnu avec une vraie ambiguïté sur la nature de ces conflits. Les scènes aux présents portent le poids de ce regret avec les personnages de Jean Rochefort et Claude Rich dont l'existence semble comme s'être arrêtée une fois ces contrées et le charismatique Crabe-tambour (Jacques François) perdu de vue. Jean Rochefort tout en retenue délivre une prestation fascinante (récompensée par un César du meilleur acteur) avec cet homme mutique et marqué dont la seule volonté et énergie est désormais consacrée à croiser une dernière fois la route de ce compagnon resté alerte en ne renonçant pas à ses idéaux, aussi discutables soit-ils.

Claude Rich, médecin vétéran tout autant prisonnier du passé s'avérera tout aussi pathétique quand on devinera progressivement ce qu'il lui a abandonné. Jacques Perrin n'impose malheureusement pas tout à fait la même présence en Willsdorff « Crabe-tambour », semblant toujours trop tendre symboliser l'aura de ce soldat pas comme les autres. Schœndœrffer a pourtant de belles idées pour le caractériser comme ce chat noir ne le quittant en aucune circonstance quelques soit les situations et les époques, le figeant ainsi dans une image quasi mythologique et immortelle pour ceux qui l'ont connus. Cela reste à l'état d'idée vue que la présence quasi spectrale de Rochefort n'est pas suffisamment contrebalancée par un frêle Perrin.

L'ambiguïté du film réside dans l'écart entre l'exaltation éteinte de ces hommes usés et les conflits discutables qui en forment le souvenir. L'imagerie élégiaque des paysages d'Indochine (la tonalité de L'Adieu au Roi autre fameux roman de Schœndœrffer - plus tard brillamment adapté par John Milius- plane dans cet exotisme, tout comme le futur Apocalypse Now-là aussi inspiration de Milius auteur du script- de Coppola avec cette carlingue remontant le fleuve) côtoie donc des échanges plus amers et coupables sur l'armée et ses guerres coloniales coupables (le procès après le putsch d'Alger, l'échange après l'enterrement du frère la photo avec le visage de Bruno Crémer faisant le lien La 317e Section son chef d'œuvre).

La première partie est formidable et captive avec ces va et vient entre passé et présent, le quotidien quasi documentaire de ce navire de guerre (Schoendoerffer tourna durant sept semaines dans l'escorteur d'escadre Jauréguiberry, pendant l'hiver dans l'Atlantique nord) et les images absolument somptueuses magnifiées par la photo de Raoul Coutard. Un grand ennui va cependant céder à cet attrait initial et malgré l'ambition et les qualités manifestes on va se détacher de ce qui se déroule à l'écran.

En privilégiant la langueur dépressive, Schœndœrffer perd progressivement notre attention dans un récit manquant de nerf, d'intensité. La confrontation finale tant attendue tombe donc bien à plat faute d'une réelle montée en puissance pour l'introduire. A défaut d'être complètement réussi, un film néanmoins intéressante et un des plus beaux rôles de Jean Rochefort (ne pas oublier un excellent Jacques Dufilho également vainqueur d'un César du second rôle).

Sorti dvd zone 2 français chez Studio Canal

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