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mercredi 20 février 2013

Le Professeur - La prima notte di quiete, Valerio Zurlini (1972)


Daniele Dominici (Alain Delon) remplace un professeur malade au lycée de Rimini. Bien que séparé de sa femme (Lea Massari), il vit toujours avec elle. Riches et oisifs, ses élèves l'ennuient, exceptée Vanina (Sonia Petrovna), une jeune fille qui éveille son intérêt par la blessure secrète qu'il décèle en elle.

Avec Le Professeur, Valerio Zurlini creuse le même sillon que dans les grands mélodrames qui firent sa renommée comme La Fille à la valise et Été violent. Dans La Fille à la valise, les clivages sociaux brisaient l'histoire d'amour naissante entre Claudia Cardinale et Jacques Perrin tandis quel le contexte historique d'une guerre empêchait la romance entre Eleana Rossi Drago et Jean Louis Trintignant dans Été violent. La différence d'âge des amants relie Le Professeur à ces œuvres mais là où le contexte magnifiait ses histoires d'amour désespérées dans le mélodrame flamboyant, Zurlini nous plonge ici dans un ordinaire sordide et austère.

 Daniele Dominici (Alain Delon) fraîchement intronisé professeur au lycée de Rimini traîne son spleen entre des élèves superficiels dont il se désintéresse, son épouse (Lea Massari) avec laquelle il cohabite plus qu'il ne vit et les parties de cartes jusqu'au bout de la nuit. Ce mal être passif est issu d'une fêlure passée qui ne se dévoilera qu'en toute fin et Daniel en reconnaissant ce même désespoir chez une de ses élèves, Vanina (Sonia Petrovna) va tenter de se rapprocher d'elle.

On sent bien l'esprit des années 70 dans l'absence totale de questionnement moral sur ce professeur s'intéressant d'un peu trop près à l'une de ses (jolies) élèves. On voit surtout deux solitudes se rapprocher et deux acteurs incarnant la dépression et la mélancolie avec une grande force. On a rarement vu Alain Delon aussi fragile et vulnérable qu'ici, trait tirés, tenue négligé et totalement apathique à son environnement. Sonia Petrovna poignante mêle allure virginale et innocente avec le regard de celle qui en a trop vu, trop fait...

Ayant cédé par le seul attrait qu'on semble lui reconnaître elle sera touchée par la délicatesse de Delon (avec cette superbe réplique lorsqu'un amant jaloux l'interroge sur son choix "Il m'a parlé...") qui semble voir au delà de cette beauté.Tous deux sauront se reconnaître et s'aimer peu à peu mais autour d'eux la fange les assaille. Le romantisme est bien plus intermittent ici que dans d'autres Zurlini, la plate réalité amenant moins d'envolée que là la dramatisation exacerbée que su offrir le réalisateur qui nous apparaît bien plus désabusé dans ce qui est son avant-dernier film.

Point de grands conflits et enjeux pour séparer notre couple torturé ici, juste la médiocrité provinciale sordides où entre secrets scabreux, dépravations et flambe ordinaire tous paraissent aussi déplaisant les uns que les autres. Le sexe est déplaisant et glauque, les rares scènes d'amours sont intenses mais brèves comme une courte bouffée d'oxygène (magnifique première étreinte entre Delon et Sonia Petrovna) et chacun, les héros comme les seconds rôles bienveillants semblent dissimuler une part d'ombre peu glorieuse à l'image d'un excellent Giancarlo Giannini. La ville portuaire de Rimini se résume pour Zurlini à son port brumeux, ses soirées grivoises et ses bars et quand on explorera la beauté d'une demeure abandonnée ce sera pour éveiller un douloureux souvenir.

Les obstacles les dépassant intensifiait la flamme des amants de Zurlini autrefois, la nature triviale de ce qui les retient dans Le Professeur semble les clouer au sol sans espoir de se relever. Ce sera évidemment le cas lors de la superbe conclusion où l'on ne sera pas dupe malgré tous les éléments en place pour un nouveau départ. Le malheur surgira de nulle part, agrippant dans la brume, le métal et les flammes notre héros inadapté au bonheur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Pathé, dommage tout de même de ne pas avoir la version italienne incluse.

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