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vendredi 8 février 2013

Le Château de Cagliostro - Rupan sansei: Kariosutoro no Shiro, Hayao Miyazaki (1979)


 Le célèbre Edgar de la Cambriole est un voleur virtuose. Accompagné de son ami Jigen Daisuke, il parvient à dérober le coffre-fort du casino de Monte-Carlo à bord d'une Fiat 500. L'euphorie des deux compagnons face à cette réussite laisse place au désarroi lorsqu'ils réalisent que tous les billets sont faux. Il s'agit de la Goat Monnaie. L'intuition d'Edgar le mène, lui et Jigen, à la petite principauté de Cagliostro, soupçonnant le comte de Cagliostro d'être à l'origine de la fabrication de cette fausse monnaie. En route ils viennent en aide à une jeune fille poursuivie par des hommes armés. Ces hommes ne sont autres que les hommes de main du comte. La jeune fille est en réalité une princesse, elle est capturée et enfermée dans la plus haute tour de l'immense château du méchant comte.

Hayao Miyazaki signe un éclatant coup de maître avec cette première réalisation cinéma où il s'affranchit magnifiquement d'une commande et dévoile déjà des motifs majeurs de ses classiques à venir. A l'époque, Miyazaki ronge son frein depuis de longue années déjà au sein de la production d'animation japonaise à travers de nombreuses séries télé, cadre où son exigence technique, son imagination et les grands thèmes qui l'habitent déjà ne peuvent bien sûr pas s'exprimer pleinement. Cette période s'avère néanmoins formatrice par les voyages en Europe qu'il effectue pour des repérages (dans le cadre des World Masterpiece Theater toute cette grandes vagues de série de la fin 70's et début 80's inspirés de classique de la littérature enfantine occidentaux) qui façonnent son esthétique et également par les échelons que son talent lui permet de gravir rapidement au sein des équipes technique.

La récompense arrive ainsi en 1978 lorsqu'il obtient la réalisation et la conception de la série Conan, le fils du futur, sorte de brouillon de Nausicaa (1984) et surtout du Château dans le ciel (1986) qui durera 26 épisodes. Sur la série, il exige la présence du directeur de l'animation Yasuo Ōtsuka qui à l'époque bouleverse également les standards rigides de l'animation japonaise dans son travail pour la télévision notamment sur la série Lupin III (Edgar détective cambrioleur). Miyazaki lui est ainsi redevable et lorsque la production du second film dérivé de la série Lupin III se trouve dans l'impasse il accepte d'en assurer la réalisation pour dépanner son ami.

Au départ cette adaptation d'un manga et série à succès ne semble pas être un projet très gratifiant et motivant pour Miyazaki. Pourtant le cocktail d'aventures et d'humour échevelé et l'inspiration européenne du personnage (Lupin III est le descendant d'Arsène Lupin mais des problèmes juridiques avec les descendants de Maurice Leblanc n'autorise l'usage du nom qu'au Japon et donc rebaptisé Edgar lors de la diffusion de la série en France) entre pleinement dans les préoccupations d'alors de Miyazaki. 

En étant bien conscient, le réalisateur également auteur du scénario s'approprie totalement le personnage et son univers en opérant un mariage réussi entre la décontraction et l'humour du matériau original qu'il tire vers une tonalité de conte. Le manga et la première série avaient ainsi un ton très adulte et réaliste qui s'estompe ici au profit d'une ambiance plus onirique, enfantine mais tout autant imprégnée de gravité.

Tout le film semble d'ailleurs une lente progression du Edgar rigolard, plein d'assurance et fougueux vers une introspection et un romantisme de plus en plus prononcés. La scène d'ouverture nous montre ainsi une course poursuite typique de la série avec Edgar et son complice Jigen filant à toute allure après avoir dévalisé un casino. Problème les billets issus du butin bien que très réalistes sont faux et Edgar décide de remonter la piste des faux monnayeurs à sa source supposée, la principauté de Cagliostro. Le scénario oscille ainsi constamment entre péripéties enlevées avec les tentatives d'Edgar de s'introduire dans le château de Cagliostro et un ton plus grave quant aux raisons qui motive notre héros avec le sauvetage d'une princesse prisonnière et liée à son passé.

Miyazaki emprunte grandement au Roi et l'oiseau quant à l'esthétique majestueuse du château et dans certaines péripéties lorsqu'Edgar se trouve piégé dans les tous-terrains ou encore la palpitante évasion aérienne (et l'occasion de découvrir son attirance pour les machines volantes). Ce côté européen se manifeste aussi dans la sophistication apportés aux intérieurs du château avec ses lustres, statues et tableaux témoins du raffinement de l'infâme Comte de Cagliostro. A l'inverse quant Edgar s'introduira dans la geôle de Clarisse Miyazaki apporte au décor une forme de dépouillement à la Moebius (autre grande influence plus manifeste sur le suivant Nausicaa) isolant les personnages dans une très belle séquence intimiste.

L'ensemble est baigné dans une naïveté qui humanise grandement Edgar, archétype de ces héros baroudeurs et insouciant (à la Cobra dont l'excellent film cinéma d'Osamu Dezaki prendra le même parti pris mélodramatique de fragiliser son héros habituellement indestructible) apparait étonnamment vulnérable ainsi confronté à ses souvenirs. Miyazaki se montre d'ailleurs connaisseurs et brillamment cohérent avec l'œuvre de Maurice Leblanc puisque le roman La Comtesse de Cagliostro en narrant la première aventure d'Arsène Lupin y montrait un gentleman cambrioleur bien plus faillible, celui-ci étant paru après les volumes montrant le personnage à son zénith.

Dans cette atmosphère étrange, l'inquiétude peut ainsi se manifester dans des scènes déroutantes telle cette incursion macabre dans les sous-sols du château jonchés de squelettes ou encore les apparitions spectrales de l'armée de ninjas de Cagliostro. L'ambiance se fait plus oppressante, Edgar finalement dépassé avant un attendu triomphe final et le film n'en est que plus imprévisible et captivant.

Miyazaki rend sa vision d'Edgar plus innocente et à la fois plus grave que le manga de Monkey Punch pour un film d'aventures grandiose où il dissémine toutes les pistes de ses réussites à venir esthétiquement comme narrativement : la poursuite en voiture façon Sherlock Holmes au début, le secret héréditaire de Clarisse qui rappelle celui de Shiita dans Le Château dans le ciel, l'arrivée aux ruines qui rappelle celle à Laputa dans Le Château dans le ciel encore... Les pleins pouvoirs et l'autonomie de Ghibli sont encore loin (Miyazaki retournant même réaliser quelques épisodes tv de Lupin 3 l'année suivante) mais Miyazaki montre déjà un brio et une inspiration de haut vol avec ce premier film.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Kaze 

1 commentaire:

  1. Le seul Miyazaki que je n'ai pas (encore) vu... Étant donné ton papier et combien j'adore ce réa, je crois que ça ne va pas durer bien longtemps :)

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