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mardi 26 février 2013

Entrée des artistes - Marc Allégret (1938)


François, Cécilia et Isabelle sont élèves de la classe d'art dramatique du conservatoire que dirige le professeur Lambertin. François est amoureux d'Isabelle qui l'aime également, mais il est poursuivi par Cécilia, son ancienne maîtresse.

Mettre un peu d'art dans sa vie et un peu de vie dans son art. Le leitmotiv du personnage de professeur incarné Louis Jouvet résume idéalement la trame d'Henri Jeanson et André Cayatte où se mêle la découverte passionnante de l'apprentissage de l'art dramatique au conservatoire et le chassé-croisé amoureux de ses élèves. Le lien se fait avec un brio constant et ce dès l'ouverture avec l'effervescence et l'angoisse du concours d'entrée qui expose et tisse les rapports entre les différents aspirants acteurs. François (Claude Dauphin) ancien amoureux éconduit et moqué par l'orgueilleuse Cécilia (Odette Joyeux) va tomber amoureux le temps d'une répétition endiablée d'Isabelle (Janine Darcey).

La scène et la fiction offre un reflet déformant, un mimétisme comique et tragique constant à la réalité à travers le marivaudage amoureux se jouant ici. C'est en jouant une scène plutôt légère de La mégère apprivoisée que se noue la romance entre Isabelle et François, tandis que le geste désespéré de la pièce se rejoue dans la réalité lors d'un rebondissement final surprenant. Le triangle amoureux est ravissant avec les jeunes premiers romantiques que sont Claude Dauphin alternant tirades désabusés ou passionnées, Janine Darcey amoureuse dévouée à son art et surtout Odette Joyeux jamais aussi enflammée que lorsqu'elle est repoussée.

L'intrigue et sa résolution pourrait sembler un peu trop conventionnelle et attendue si ce n'était la prestation étincelante de Louis Jouvet en professeur Lambertin. Si les élèves se perdent dans les méandres de leurs amours entre leur jeu et la réalité, Jouvet se sera pourtant chargé de les guider tout au long de remarquable scènes d'apprentissages.

Les scènes de cours sont fascinantes avec un Jouvet cherchant constamment à amener ses élèves dans une quête de la vérité de leurs personnages et de la fiction dans laquelle ils s'inscrivent. Que ce soit une porte imaginaire non ouverte/fermée par Bernard Blier, une tirade parfaitement exécutée mais qui pêche par le décalage de sa gestuelle où l'origine sociale de l'interprète qui ne s'efface pas derrière son personnage, Jouvet multiplie les remarques judicieuses et les conseils à travers les dialogues cinglants de Henri Jeanson.

Tu joues mollement. Tu t'installes confortablement dans un métier où il n'y a pas de confort. Tu es bourgeois. En scène, tu fais du tricot.

Mireille, mon petit, ce n'est pas mal, mais tu es un peu trop coquette. Tu as de très jolies jambes et je t'en félicite mais ton rôle n'est pas un rôle à jambes, c'est un rôle de sentiments. Il faut qu'on oublie les jambes.

Je te remercie. Tu ferais un excellent critique : tu parles fort bien de ce que tu connais mal.

Totalement dédié au jeu et à la scène, ce regard se prolonge dans la réalité tel cette manière dont il désigne les blanchisseuses comme des candidates au conservatoire en les qualifiant d'un emploi possible d'après leur allure (ingénue, amoureuse) lors de l'épatante scène où va convaincre les parents d'Isabelle de la laisser suivre sa voie. Lambertin est une figure quasi abstraite par cette rigueur et dévotion mais paradoxalement incarne une plus grande vérité que les intrigues sentimentales au premier plan (et qui n'en sont pas néanmoins prenantes). Contrairement à ses élèves, son choix est fait tandis que l'hésitation de ses derniers les plonge dans le tourment, tout en les rendant humains et vivant quand Jouvet s'avère l'incarnation d'un idéal, d'un absolu inaccessible.

Sorti en dvd chez René Chateau

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