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mercredi 9 septembre 2015

Le Repas de noces - The Catered Affair, Richard Brooks (1956)

Apprenant, au cours d’un repas de famille, que leur fille va se marier, un couple d’origine modeste décide de tout mettre en œuvre pour offrir à Jane (Debbie Reynolds) la cérémonie rêvée. En dépit de la préférence de cette dernière pour une fête sans fioriture, ses parents se sentent en compétition avec ceux du futur époux, Ralph (Rod Taylor) dont la sœur a eu droit à un mariage somptueux.

La filmographie de Richard Brooks durant les années 50/60 se partage le plus souvent entre grands sujets (la délinquance juvénile dans Graine de violence (1955), le fanatisme religieux pour Elmer Gantry (1960)), adaptations prestigieuses (F. Scott Fitzgerald avec La Dernière fois que j'ai vu Paris (1954), Tennessee Williams sur La Chatte sur un toit brûlant (1958)), Dostoïevski dans Les Frères Karamazov (1958) Joseph Conrad avec Lord Jim (1965) voire les deux pour le sommet De sang-froid (1967) d'après Truman Capote. Bien que placé sous patronage haut de gamme (Gore Vidal au script adaptant une pièce télévisée de Paddy Chayefsky) Le Repas de noces détone par sa modestie dans cette ensemble.

Le drame du film se noue autour d'un évènement supposé heureux, lorsqu’Agnes (Bette Davis) et Tom Hurley (Ernest Borgnine) apprennent le mariage futur de leur fille Jane (Debbie Reynolds). Cette annonce va pourtant provoquer la discorde au sein de la famille à cause de la volonté de Jane de faire un mariage modeste et intime. Les Hurley se trouvent donc dans un premier temps confrontés à leurs limites financières, Agnes ne pouvant se résoudre à ne pas offrir un somptueux mariage à sa fille. Le script semble d'abord illustrer ce désir contrarié à travers une dimension sociale et le regard des autres, que ce soit la suspicion autour de cette cérémonie précipitée (Jane se trouvant peut-être dans "l'embarras") ou le complexe d'infériorité face à la famille nantie du marié Ralph (Rod Taylor). Les tensions naîtront donc de ce côté bassement pécuniaire et du déséquilibre qu'amène la démesure annoncée de ce mariage dans le quotidien des Hurley, bouleversant les projets d'une vie pour Tom et n'étant plus en adéquation avec la modestie de leurs entourage (la meilleure amie de Jane ne pouvant payer la robe de demoiselle d'honneur).

On devinera pourtant progressivement les raisons de cet acharnement d'Agnes à travers le jeu subtil de Bette Davis. La star détone dans ce rôle modeste de mère de famille dénué des excès esthétiques ou dramatiques des interprétations qui ont fait sa gloire. Elle reste digne dans sa quête maladive d'une cérémonie fastueuse, car la surface superficielle dissimule une fêlure bien plus grande pour le personnage. Les révélations sur le passé de la famille (avec la disparition d'un fils mobilisé à la Guerre de Corée) illustrent la culpabilité cette mère au moment de perdre sa fille mais aussi sa terreur face à la solitude d'une maison vide où elle s'annonce le tête à tête inédit avec ce mari dont elle se sera éloignée au fil des années.

Des questionnements ordinaires que Richard Brooks rend captivant par sa mise en scène sobre capturant avec une tendresse bienveillante le quotidien de cette famille, bien aidé par une interprétation touchante. Outre Bette Davis (dont c'était un des deux rôles favoris), Ernest Borgnine est très attachant en patriarche bourru et dépassé, offrant une bouleversante scène de confession où s'exprime tout le dépit des parents ayant tout sacrifié à leur progéniture. Barry Fitzgerald est très amusant en oncle quelque peu encombrant. Au passage Brooks fait montre d'une sensualité assez inattendue dans la manière de filmer Debbie Reynolds, érotisée dans des moments assez anodins qui interpellent ou dans une scène trouble où les vœux du mariage ne sont pas loin d'être prématurément rompus. Une belle histoire, pleine de bienveillance sans jamais tomber dans la mièvrerie.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

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