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vendredi 4 septembre 2015

Les Conquérants d’un nouveau monde : Essais sur le cinéma hollywoodien - Michel Ciment

Les Conquérants d’un nouveau monde est une édition révisée de l’ouvrage de Michel Ciment initialement publié en 1980. Le livre est la réunion de différents textes d’analyses et de réflexions autour du cinéma classique hollywoodien écrits par Ciment des années 60 à aujourd’hui, pour la plupart issus de la revue Positif. A travers les différentes parties, Ciment explore à la fois l’œuvre de certaines personnalités marquantes, les mues de genres fondateurs comme le western mais aussi quelques questionnements critiques sur la notion d’auteur.

Bien évidemment on retrouvera de grands textes autours des cinéastes avec lesquels il entretint une relation privilégiée et à qui il consacra des documentaires ou des ouvrages références. L’évocation de l’influence de la culture viennoise et de la Mitteleuropa à Hollywood nous amène ainsi tout naturellement sur une passionnante série de textes sur Billy Wilder, tour à tour richement analytiques et audacieux surtout au moment de leur parution initiale avec une belle défense de la filmographie mal-aimée des années 60/70 (y compris pour Wilder qui les renie pour leur insuccès) : Embrasse-moi, idiot, Un, deux, trois ou encore La Vie privée de Sherlock Holmes évoqué en détail. Un texte plus trivial et attachant dresse d’ailleurs un joli portrait de Wilder venu à Rome pour un colloque/hommage qui lui était consacré et où on savourera l’esprit caustique intact du vieux maître alors en fin de carrière prématurée (l’article date de 1983 et bien que décédé en 2002 Wilder ne signera plus de réalisation dans les vingt années suivantes). De même on appréciera la parfaite connaissance et l’acuité des textes consacrés à Elia Kazan, notamment son acte de délation qui le voua un temps aux gémonies critiques. La documentation (voir les riches appendices) et les sources fouillées permettent d’ailleurs de dénoncer tout en relativisant cette faute, révoltante tout en étant guidée par de bonnes intentions au vu du contexte complexe et de l’aveuglement des communistes (reniant les génocides du régime soviétique) finalement pas si éloigné de l’acharnement obtus des anti-rouges qui provoqueront une série de drames humain.

Cette recherche historique fouillée offre des textes absolument captivant comme celui consacré à Hollywood face au nazisme et les actes peu glorieux des patrons de studios se voilant la face sur l’horreur sous couvert de profit durant les années 30, le plus droit étant le non-juif Darryl Zanuck à la Fox, les plus concernés de par leur origines Harry Cohn (Columbia), Adolphe Zukor (Paramount) ou Carl Laemmle (Universal) pactisant avec le régime nazi pour continuer à sortir leur production en Allemagne. Cette approche pointilleuse servira aussi à dénoncer les travers de ses collègues critiques, exercice où excelle Michel Ciment qui ne cède jamais à l’emportement stérile pour une idéologie ou une chapelle. Ainsi la grande Pauline Kael, auteur dans les 70’s d’un texte polémique affirmant qu’Orson Welles n’était pas le véritable auteur de Citizen Kane (mais plutôt son scénariste Herman Mankiewicz, frère de Joseph)  se voit contredite dans les grandes largeurs par Ciment qui citations multiples d’intervenants (et dont toutes les sources sont bien sûrs en appendice) à l’appui (y compris de Welles que Kael n’a pas daigné interroger un comble) montre l’étroitesse de sa réflexion qui sert justement plus sa vision du cinéma (les formalistes tels que Welles l’insupporte et un David Lean en fera les frais à l’époque) que la réalité.

En resituant certains écrits dans leur contexte, on apprécie d’autant plus l’audace de Michel Ciment. Le corpus sur le western inclus ainsi une chronique d’époque élogieuse sur Il était une fois dans l’Ouest (même s’il suscite moins de méfiance Leone est alors bien loin de la sacralisation qui suivra) qui tisse le lien à la fois évident et impossible du film au western classique américain. La mise en avant d’auteur négligé, ou injustement associé à « la qualité américaine » permet une belle ode à l’art de Robert Mulligan et la réhabilitation (à l’époque puisque son statut semble rétablit dans le paysage cinéphile actuel) d’un William Wyler. La connaissance de Ciment excelle autant à dépeindre certains aspects de cet environnement hollywoodien (le texte sur le destin assez douloureux des grands écrivains exilés à Hollywood comme F. Scott Fitzgerald), mettre en avant certaines de ces personnalités brillantes et oubliées (le texte sur le travail du producteur Dore Schary à la RKO) ou illustrer un pan méconnu de figures emblématiques comme les films muets de Cecil B. DeMille. Un ouvrage captivant de bout en bout donc comme souvent avec Michel Ciment et dont la richesse n’est que très partiellement évoquée ici (Howard Hawks, Von Stroheim, Von Sternberg, Leo McCarey ou Frank Capra auront droit à une approche riche et fouillée aussi entre autre). 

Edité chez Folio Essais

2 commentaires:

  1. J'hésitais à le lire mais votre critique est alléchante. Merci. Sandor K.

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  2. Merci Justin! Et hop, un bouquin en plus dans ma liste de Noël!!! Stéphanie Es

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