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dimanche 13 novembre 2011

Les Quatres Plumes Blanches - Four Feathers, Zoltan Korda (1939)


À la fin du XIXe siècle, quatre jeunes gens sortant d'une école militaire doivent rejoindre leurs unités au Soudan, pendant la guerre des Derviches. L'un d'eux démissionne la veille du départ. Les trois autres ainsi que sa fiancée lui remettent chacun une plume blanche, symbole de lâcheté. Il va tout faire pour prouver son courage et leur restituer les plumes blanches.

Quatrième et réputée meilleure des sept adaptations du roman de A.E.W. Mason, Four Feathers est une des plus célèbres et spectaculaires productions Korda. C'est aussi un des plus fameuses odes à l'armée et l'impérialisme britannique mais sous l'exaltation et la fierté du drapeau le film s'avère plus subtil qu'il n'y parait par l'entremise de son héros. Harry Faversham (John Clements) est le dernier descendant d'une famille à la longue lignée militaire et héroïque. Baigné depuis sa plus tendre enfance dans les récits des haut faits guerriers de ces ancêtres, ce n'est pourtant pas ceux qui l'ont le plus marqués comme va le souligner la remarquable scène d'ouverture.

Notre héros assiste adolescent à une réunion d’anciens camarades de régiment entre son père et ses amis et celui-ci pour fortifier son fils qu'il juge trop mou (le malheureux aime lire de la poésie une honte) exhorte ses amis à le terroriser avec de tragiques histoires sur le sort dramatiques des lâches au combat. Faversham en restera traumatisé et plus effrayé par l'idée de sa possible lâcheté (et de ne pas être à la hauteur) que de la réalité du front.

Le film souffle ainsi le chaud et le froid dans ses velléités de patriotisme. La veille du départ de son unité pour l'Afrique et la reprise de Khartoum (perdue 10 ans plus tôt) il démissionne car n'estimant pas croire en ce culte belliqueux. Humilié par ses amis qui lui envoient quatre plumes blanche (symbole de lâcheté) et abandonné par sa fiancée il décide finalement de partir affronter ses peurs et rejoindre ses camarades. On peut donc autant voir un cheminement personnel qu'un culte de l'armée à travers Faversham et d'ailleurs l'aspect nationaliste n'est pas sans ambiguïté (même si on est loin de la finesse d'un Colonel Blimp, c'est tout de même l'aventure qui prime). Que dire de cette fiancée en apparence progressiste mais qui se détourne de son homme dès qu'il renonce à l'uniforme ?

De même le vieux et va t en guerre général excellemment joué par C. Aubrey Smith sous ses airs virils a bien du mal à retenir ses larmes lors du départ de son propre fils au front. Le sort des protagonistes questionne également la nature de vrai héros. Ralph Richardson (superbe de romantisme tragique), archétype de l'officier anglais charismatique poursuit cet idéal jusqu'à la folie en masquant sa cécité à ses hommes et finira seul tandis que la gloire adviendra à celui qui aura su se montrer humain et accepter ses failles.

Cet équilibre semble dû aux volontés divergentes du producteur Alexander Korda et de son frère Zoltan à qui il avait confié la réalisation. Le premier plus anglais que les anglais malgré ses origines hongroises souhaitait une pure célébration de la gloire britannique tandis que le second était plus intéressé par la description du cadre dépaysant et des populations locales.

Le film possède ainsi un ton guerrier et exaltant mais pas excessivement manichéen (moins qu'un Zoulou en tout cas même si la fin de ce dernier atténuait cela) malgré des arabes bien évidemment sanguinaires et barbares. Faversham grimé en sangali fait ainsi comprendre les maltraitances reçues par ce peuple tout en nous faisant quitter l'unique point de vue britannique pour une traversée de ce pays foisonnant au climat brûlant.

Il faudra sans doute attendre David Lean et son Lawrence D'Arabie pour voir le désert filmé avec autant de puissance. Zoltan Korda déploie une mise en scène ample (plan large avec sable à perte de vue impressionnant) et hypnotique (on est accablé avec Ralph Richardson lorsque le soleil de plomb lui ôte la vue) où il exprime la touche exotique autant dans l'approche picturale que "documentaire" et naturaliste.

Formellement le résultat est somptueux avec la crème des techniciens de l'époque dont un Andre de Toth à la seconde équipe, Jack Cardiff assistant George Perinal à la photo, Vincent Korda aux décors et un Miklós Rózsa qui pour sa première production d'envergure délivre un formidable score épique.

Les morceaux de bravoures sont grandioses et disséminés avec intelligence. On retiendra une étouffante traversée du désert, un lendemain de défaite aux allures d'apocalypse avec vautours picorant un monceau de cadavres à perte de vue et surtout une extraordinaire bataille finale, spectaculaire et aux multiples rebondissements. L'assaut de l'innombrable armée ennemie face aux anglais solidement campé sur leur position agrippé à leurs fusils fait vraiment son petit effet.

L'euphorie de la fierté retrouvée se dispute à une certaine mélancolie lors de la conclusion quant au sort de Ralph Richardson. Le tout s'achève cependant sur une touche mordante en remettant en cause avec humour l'héroïsme de la bataille de Baclava qui nous aura été asséné plusieurs fois durant le film. Désormais les vrai héros ce sont ceux dont on vient d'admirer les exploits et écrire leur propre légende. Parmi les autres version, la suivante de 1955 fut même réalisé par Zoltan Korda à nouveau en collaboration avec Terence Young (pas vu), une en 1977 avec Beau Bridges et Jane Seymour et la plus récente et plutôt sympathique date de 2002 avec le regretté Heath Ledger en héros.

Réédité récemment dans une superbe édition en zone 1 chez Criterion et doté de sous--titres anglais.

Le générique pour savourer le beau score de Miklós Rózsa

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