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vendredi 9 août 2013

Double Chance - Lucky Partners, Lewis Milestone (1940)


David Grant partage un billet de loterie avec Jean Newton. Avec leurs gains, ils entreprennent alors une lune de miel « imaginaire ».

Lucky Partners est un des plus gros succès de la RKO de 1940 et voit la rencontre entre le charme distingué de Ronald Colman et la gouaille de la populaire working class girl Ginger Rogers dans une délicieuse comédie romantique. Dès l'ouverture, tout semble prédestiné pour lier les destins de David Grant (Ronald Colman) et Jean Newton (Ginger Rogers). Charmé par l'allure de Ginger Rogers qu'il croise dans la rue, Ronald Colman lui lance un amical et innocent "Bonne chance !" dont il ne devine pas les conséquences. Soudainement auréolée d'une chance étonnante après ce salut d'un inconnu, elle décide de reprendre sa marotte abandonnée pour la loterie et de partager un billet de loterie avec Colman. Celui-ci accepte mais au lieu d'empocher sa part du gain potentiel lui propose de lui un voyage en commun, une fausse lune de miel platonique vu qu'elle s'apprête à se marier avec le balourd Frederick (Jack Carson).

Ce pitch improbable (et en fait remake du Bonne chance ! (1935) de Sacha Guitry) fait reposer tout son charme sur la personnalité des deux interprètes et des étincelles naissant de leurs caractère opposé. C'est par cette opposition constante que l'impossible sera constamment permis, que ce soit les hasards et rencontres lorgnant sur le conte de fée (la "victoire" à la loterie, la rencontre et le serment avec le vieux couple) et surtout le passif des personnages.

David Grant vit une existante bohème sans se soucier de l'opinion des autres, Jean est une fille ordinaire n'ayant jamais quitté son quartier pour qui ce regard extérieur importe justement. Cette attitude de David Grant est due à une déconvenue passée qu'on ne découvrira qu'en conclusion (qui en fait un peu un personnage à la Mon homme Godfrey (1936) William Powell reprendra d'ailleurs le rôle de Ronald Colman à la radio avec Ginger Rogers) et il cherche avant tout à amener un regard plus vaste à une Jean dont l'existence s'annonce plutôt quelconque après son mariage. L'apport mutuel sera finalement commun, puisque en tombant amoureux de Jean David va bien malgré lui être ramené à des préoccupations plus intimes alors qu'il cherchait à être détaché de tout.

Milestone parvient à exprimer toutes cette gamme de sentiment avec une grande finesse. L'amour naissant se devinera le plus souvent par les gestes (Ginger Rogers entre confiance et méfiance fermant à clé ou laissant ouverte la porte de sa chambre ou guettant en vain les tentatives de séduction de Colman) ou les regards (le début où Ginger Rogers en une moue craquante regrette d'avoir envoyé son homme casser la figure de Colman et bien sûr la merveilleuse scène dans le jardin isolé).

L'alchimie et la complicité des deux acteurs est palpable et se ressent d'autant plus par cette approche subtile, Ronald Colman bienveillant puis fuyant quand il sent ses sentiments basculer et à l'inverse une Ginger Rogers renfermée qui ne demande qu'à s'épanouir. Du coup on regrettera un peu la conclusion avec une amusante mais lourdement explicative scène de procès qui surligne lourdement tout ce qu'on nous avait fait subtilement deviner jusque-là. Un très joli moment tout de même.

Sorti en dd zone 2 français aux Editions Montparnasse dans la collection RKO

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