Larry Shannon (Richard Burton), un
pasteur alcoolique suspendu pour « fornication et blasphème » est
contraint de se reconvertir en guide de voyage organisé sur le thème : «
Le monde de Dieu vu par un homme de Dieu. » Au Mexique, à la tête d'un
groupe de vieilles Américaines, il est l'objet des avances d'une
nymphette (Sue Lyon), au grand désespoir de son chaperon (Mary Boylan),
une bigote hystérique et frustrée qui tente alors de le faire renvoyer
en contactant son employeur. Affolé, Shannon "échoue" le groupe au Costa
Verde Hotel à Mismaloya, hôtel de son vieil ami Fred et de son épouse
Maxine Faulk (Ava Gardner), qu'il espère dénué de moyens de
communications.
Fidèle à son goût de l'aventure, John Huston instaurait un contexte explosif à la production de
La Nuit de l'iguane
afin de pouvoir créer toute la tension propice à cette adaptation
fiévreuse de la pièce de Tennessee Williams. Le réalisateur embarque
ainsi son équipe et trio de star (Richard Burton, Ava Gardner et Deborah
Kerr) loin du confort des studios dans la zone portuaire alors sauvage
(mais devenu un incontournable touristique grâce au film) de Puerto
Vallarta surplombée par une jungle épaisse.
A cela s'ajoute la présence
sur le tournage d'Elizabeth Taylor accompagnant Richard Burton (et
veillant sans doute au grain au vu de la présence de cette croqueuse
d'hommes d'Ava Gardner) et le couple encore illégitime après les
soubresauts de Cléopâtre entraine avec lui une armée de paparazzi qui
ajoute encore à la tension ambiante sur le plateau. Huston jamais aussi à
l'aise que dans le chaos calmera tout le monde avec humour en offrant à
chaque membre du casting un pistolet en or avec le nombre de balles
correspondant aux partenaires, cette solution extrême amusant tout le
monde et détendant l'atmosphère.
Ce contexte sert donc
parfaitement un récit intense et en huis-clos. Dans un hôtel isolé,
différents personnages devront faire face à leurs démons en pleine
moiteur mexicaine. En premier lieu Larry Shannon (Richard Burton) prêtre
défroqué et déchiré entre sa foi, ses désirs charnels et son attrait
pour la boisson et se trouve au bord de la rupture. Cet intenable
dilemme place le personnage dans des accès de rage et d'hystérie épique
où Burton peut donner sa pleine mesure dans le registre excessif qu'on
lui connaît, notamment la mémorable ouverture où il craque face au
regard accusateur de ses paroissiens ou encore le trop plein d'émotion
qui le voit marcher pieds nus sur du verre brisé, n'y tenant plus face
aux assauts de la nymphette Charlotte (Sue Lyon de nouveau en tentatrice
juvénile après
Lolita).
La
problématique de Burton est la plus explicite, portée par l'exubérance
de l'acteur mais Huston s'y prendra de façon plus subtile avec celles
qui complètent ce curieux triangle amoureux, Ava Gardner (son amour) et Deborah Kerr (sa conscience, Sue Lyon plus en retrait étant son désir et sa culpabilité). Loin de la beauté inaccessible qu'elle sut si bien incarner, Ava Gardner
mise en confiance par Huston joue sans doute le personnage le plus
proche de sa vraie personnalité.
Garçon manqué durant son enfance et
jusque la manifestation de sa féminité, Ava Gardner en aura gardé des
traces une fois star puisque capable de jurer et lancer les pires plaisanteries
grivoises dénotant avec son aura glamour et on retrouve tout cela dans
ce personnage de Maxine débraillée et rigolarde. L'actrice assume
pleinement sa quarantaine entamée et sous l'excès apparent distille
subtilement au détour d'un dialogue ou d'un regard la profonde solitude
de Maxine, son amour non avoué pour Shannon tout en laissant exploser sa
sensualité lorsqu'elle s'abandonne aux bras de ses "boys".
Face à ses
deux monstres Deborah Kerr, s'illustre avec un personnage tout en
retenue et subtilité qui a trouvé la paix et sera une béquille pour ses
compagnons torturés. Ce calme intérieur et cette compréhension la condamne aux seuls plaisirs spirituels mais c'est bien elle qui s'allègera le
plus simplement de sa croix avec la fin de son grand-père poète (Cyril
Delevanti) trouvant enfin ses ultimes vers dans une scène magnifique.
Huston
confère une énergie formidable à l'ensemble qui évite constamment le
théâtre filmé tout en donnant tout l'espace aux acteurs pour déclamer
avec passion les tirades de Tennessee Williams le tout étant largement
connoté d'aspect et situations scabreux explicité comme ce moment où Ava
Gardner est sur le point de mettre à jour l'homosexualité latente de
Mrs Fellowes (Grayson Hall).
Huston capte à merveille l'atmosphère
nocturne, la moiteur ambiante et l'étrangeté de ce moment qui verra
enfin chacun se révéler à lui-même. On quasiment l'impression de se
réveiller dans un lieu tout différent lorsque le jour fait son
apparition lors de l'épilogue, voyant s'éloigner la détachée Deborah
Kerr et donnant un futur possible à ses héros enfin apaisés.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
c'est pour moi le plus beau John Huston. j'ai beaucoup d'affection pour Tennessee Williams. Si Ava est si séduisante, en jeans, pieds nus c'est qu'elle joue un "personnage le plus proche de sa vraie personnalité".
RépondreSupprimerIci tout le monde surprend à chaque instant, la très distinguée Deborah Kerr donne un coup de hache à une tête de requin, comme si elle faisait ça tous les jours. Et je ne sais pas si l'on doit rire ou pleurer quand elle raconte les deux expériences amoureuses de sa vie. Je ne sais pas si Tennessee Williams jouit en France de la reconnaissance qui lui est due. Ce film a détrôné Les Misfits qui ont eu longtemps la place d'honneur. J'ai revu ce film au moins six fois. Cette fois-ci on éteint la lumière.