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mardi 13 août 2013

Cobra - Space Adventure Cobra (1982, 2010)


Lors d'une séance de rêve artificiel, un homme nommé Johnson retrouve la mémoire : il est en fait un aventurier redoutable supposé mort. Il découvre ensuite que son bras gauche dissimule une arme redoutable, le rayon delta Psychogun. Après avoir retrouvé son identité, Cobra décide qu'il est temps de reprendre sa vie de flibustier galactique en affrontant de nouveau la terrible Guilde des Pirates de l'Espace. Le robot à la personnalité féminine du nom d'Armanoïde qui l'accompagnait autrefois accepte de l'assister dans sa tâche…

Cobra est un des personnages emblématiques du manga et de l’animation japonaise, symbole de cet héroïsme intrépide et viril ayant cours dans les grandes productions d’aventures jusqu’aux années 80 (d’animation ou pas d’ailleurs). La dérive avec des héros de plus en plus hypertrophiés et indestructibles (les années 80 et le duo bodybuildé Stallone/ Schwarzenegger) a un peu tué ce type de personnage, désormais adoucis (James Bond) et laissant place à des héros plus faillibles, perturbés et torturés. Il n’était plus question d’avoir un personnage principal auquel le spectateur veuille ressembler mais plutôt auquel il pourrait s’identifier malgré ses facultés surhumaines. Au cinéma cela donnera le Peter Parker mal dans sa peau des Spider-Man, le Jason Bourne amnésique incarné par Matt Damon. En japanimation les exemples sont innombrables de ce revirement, le plus probant étant les adolescents chétifs à l’équilibre mental précaire de l’Evangelion de Hideaki Anno. Un vrai coup de fouet thématique et narratif a été porté par cette nouvelle donne mais on y a perdu en figure iconique et charismatique pouvant susciter l’admiration du public (et les tentatives d’en imposer de nouvelles se sont soldées par un échec comme les Riddick de Vin Diesel tandis que la relance des anciennes donne un résultat sinistre avec le quatrième Indiana Jones).

Cobra nous ramène donc à cette glorieuse époque où les personnages masculins devaient en imposer puisque, comme on le sait, Buichi Terasawa s’est inspiré du physique et de la personnalité de Jean-Paul Belmondo (son ancien visage reprenant lui les traits d’Alain Delon) pour créer son héros. Pour ce qui est de sa fameuse arme, le rayon delta (ou psychogun en vo) dissimulé dans son bras gauche, l’idée était déjà en place dans des œuvres de jeunesse de l’auteur. 

La source d’où Terasawa façonne son personnage le plus célèbre trahit donc une influence nettement plus occidentale que japonaise. En effet, en toile de fond des trépidantes aventures de notre pirate se dessine un univers bariolé où se croise le space opera, le western spaghetti ou encore le conte des Mille et Une Nuits

L’inspiration pop psyché 60’s est flagrante notamment dans les décors extravagants et les créatures de rêves aux formes de déesse directement issus de Barbarella (la bande dessinée de Jean Claude Forrest comme le film de Roger Vadim). On peut également ajouter James Bond parmi les influences, notamment à travers les divers gadgets qu’utilise Cobra en toutes circonstances (dont son cigare multi-usages), où certaines aventures reprenant ouvertement des situations connues des amateurs de 007 comme l’affrontement avec les Snow Gorilla dont les poursuites à ski lorgnent sur Au service secret de Sa Majesté. Star Wars vient évidemment à l’esprit aussi lors des passages où Cobra fréquente les bars mal famés à la faune extraterrestre cosmopolite. Enfin, le point de départ de la série voyant notre héros retrouver son identité est directement inspiré de la nouvelle de Philip K. Dick Souvenirs à vendre adaptée plus tard par Paul Verhoeven avec Total Recall (1990).

Cependant la grande attraction rendant le tout inoubliable, c’est évidemment Cobra. Bouffon, charmeur et charismatique à la fois, c’est une sorte d’idéal de héros rigolard et insouciant. Malgré quelques indices distillés ici et là, ses origines demeurent un mystère et sa quasi-invulnérabilité n’empêche pas ses aventures d’être hautement trépidante et divertissante par la grâce des scénarios survoltés et inventifs de Terasawa. Les ennemis mythiques du héros y sont également pour beaucoup, notamment L’Homme de verre (Crystal Boy en VO).  Fort de ses différents atouts, le manga lancé en 1979 dans la revue Jump Comics sera un succès immense au Japon et dans le monde, Terasawa revenant régulièrement à son personnage fétiche puisque après la fin de la première série, une seconde verra le jour en 1995 en couleur où l’auteur revisite d’anciennes aventures et en invente de nouvelles.

L’animation devait bien sûr rapidement s’intéresser à Cobra et ce sera chose faîte tout d’abord par l’intermédiaire d’un film de cinéma préfigurant une série TV. Sorti en 1982, le film s’avère assez atypique en comparaison du manga et de la future série. Le scénario croise l’histoire des filles du Commandant Nelson et celle de La Porte Dorée (ces deux histoires étant plus tard adaptées individuellement dans l’ancienne et la nouvelle série) dans un scénario rendant Cobra plus humain, faillible et jouet du destin. 

Toutes les influences précitées sont bien présentes mais exploitées d’une manière retenue dans un récit onirique proche du conte ou de la fable. Hormis quelques modifications discutables (le bras dissimulant le rayon delta se volatilisant au lieu d’être ôté lorsque Cobra l’utilise, la tenue pas entièrement rouge…), c’est donc surtout ce Cobra malmené et vulnérable qui frappe même s’il ne se départit pas de sa décontraction. Crystal Boy le domine comme jamais dans la série et il ne pourra totalement éviter le drame qui se joue.

Techniquement, ce film est assez exceptionnel. Réalisé par le légendaire Osamu Dezaki, il bénéficie à l’époque de moyens sans précédent pour un film d’animation. La mise en scène inspirée, l’atmosphère étrange et l’émotion du récit en font un véritable chef d’œuvre du genre (pour l’anecdote entre autre technicien chevronné, Hayao Miyazaki lui-même officiera dans l’équipe). Buichi Terasawa se montrera pourtant fort mécontent du résultat final vu le traitement réservé à Cobra et reniera le film qui est également fort décrié parmi les fans. 

En France il faudra attendre le milieu des années 90 pour le découvrir (Jean- Claude Montalban revenant doubler Cobra pour notre plus grand plaisir) dans une version malheureusement tronquée (reprise du montage américain) que ce soit dans les images (le splendide générique à la James Bond se voit masqué par d’horribles bandes noires affichant les crédits en français) ou le scénario puisque le doublage simplifie grandement les enjeux. Seul point réussi, le changement de la musique originale passable de Shoji Osamu pour celle tout en synthé new age du groupe suisse Yello, se prêtant bien mieux à l’ambiance du film. Quoiqu’il en soit, ce film demeure avec le tout aussi grandiose Macross, Do You remember love ? (d’ailleurs à quand un dvd pour celui-ci ?) sorti deux ans plus tard, un des monuments de l’animation japonaise.

La même année débute alors la mythique série qui étonnement ne rencontrera pas le succès au Japon dans un premier temps (d’où le faible nombre d’épisodes : 31, fort peu comparé aux séries à rallonge de l’époque), le public n’étant pas prêt à accueillir un héros tel que Cobra. Tout comme le film, la série est un summum technique, le nec plus ultra de ce qu’on pouvait faire à l’époque au point qu’elle n’a quasiment pas pris une ride à la revoyure aujourd’hui. Beaucoup plus fidèle au manga, la série le transcende même en mettant en couleur, mouvement et musique l’univers de Terasawa. La réalisation dynamique de Osamu Dezaki et l’animation fabuleuse de Akio Sugino (LE duo magique de la japanimation à ce moment-là, notamment sur Lady Oscar) rendent encore plus palpitantes les aventures de Cobra. 

Le sommet étant atteint lorsqu’ils affichent leur marque de fabrique, à savoir les arrêts sur image crayonnés lorsque le suspense est à son comble. Ultime touche : la musique de Kentaro Haneda, très grand compositeur japonais qui fera des merveilles également sur Macross. Easy listening, ambiance funky et disco ou envolées de guitares psychées, la bande son est un véritable bijou parfaitement dans l’esprit des images jusque dans l’esprit référentiel à la culture pop puisque l’un des thèmes musicaux laisse clairement entendre la mélodie de Initial BB de Serge Gainsbourg ! Tous ces atouts élèvent au firmament le pouvoir d’évasion des histoires de Terasawa, en particulier les deux sagas les plus célèbres et réussies, celle des filles du Commandant Nelson et du Rugball (la préférée de nombreux fans).

Les épisodes isolés (loners diront les aficionados de série) ne sont pas en reste, comme le Bondien en diable Menace sous la mer ou le très sombre En pleine guerre. Nachi Nozawa offre un doublage mémorable de Cobra et la version française n’est en reste avec un Jean-Claude Montalban tout aussi à l’aise. La série, diffusée en France d’abord sur Canal Plus puis sur Antenne 2 dans l’émission Récréa 2, remportera un succès immédiat. Le ton adulte, l’érotisme dégagé par les figures féminines aux formes insensées, les méchants mémorables (hormis Crystal Boy, d’autres auront marqué les esprits comme le terrible Homme Plante) et surtout la personnalité de Cobra marqueront durablement les jeunes spectateurs.

Au Japon, la tendance s’inversera progressivement au fil des rediffusions et la série battra des records de vente lors de ses diverses exploitations vidéo. Alors que Terasawa reprend le manga en 1995, un nouveau film intitulé The Psychogun est alors envisagé et s’annonce sous les meilleurs auspices puisque pris en charge par le studio Madhouse. Malheureusement la société devant financer le projet fait faillite peu de temps avant le lancement de la production et le projet est abandonné. Il faudra donc attendre 2009 pour voir Cobra relancé. Tout d’abord sous la forme de 6 OAV (produit destiné à la vidéo) très décevantes (mise en scène par Buichi Terasawa lui-même) préfigurant une courte série de 13 épisodes diffusés sur le câble japonais. Rythme poussif, musique symphonique passe partout loin des envoilées de Haneda et animation paresseuses (à laquelle s’ajoutait d’hideux effets numériques) : les OAV relevaient tout de même le niveau sur la fin avec une des plus palpitante histoires de Cobra, Time Drive. 

Contre tout attente, la série, sans égaler sa mythique devancière (qui offrait le maximum des possibilités de l’époque ce qui n’est pas le cas ici) est une grande réussite. Adaptant anciennes et nouvelles histoires, elle retrouve l’esprit décontracté et aventureux du personnage désormais doublé par Naoya Uchida, Nachi Nozawa l’ayant incarné une ultime fois dans les OAV (le passage de relais se fait dans le récit même qui narre la rencontre de l’ancien et nouveau Cobra sur fond de voyage temporel) et qui nous a quittés récemment victime d’un cancer. La grandiloquence, le sadisme et le foisonnement d’idées de Terasawa font merveilles dans les meilleurs épisodes. On retiendra la saga de La Porte Dorée où Cobra retrouve un sosie de Dominique et doit sauver l’univers d’une collision entre le soleil et une planète.

L’ascension du Mont mirage est une merveille de tension et de paranoïa lors de la périlleuse escalade d’un col, La légende des belles errantes est une aventure maritime au twist étonnant, le très inquiétant Les Mandrades et ses plantes meurtrières ainsi que la grosse aventure à la Star Wars que constitue Galaxy Nights sont aussi mémorables. C’est un vrai plaisir de retrouver le personnage (Jean-Claude Montalban reprend avec brio du service même si sa voix a un peu vieillie). La mise en scène, sans retrouver le niveau de Dezaki (mais qui reprend avec talent ses effets d’arrêts crayonnés), est assez efficace, portée par une animation honnête. Nostalgie mise à part, c’est donc plutôt bon et constitue la seule production convenable dans la vague de revival récent du genre.

Pour l’instant, pas encore de nouvelles à une poursuite éventuelle de cette nouvelle série mais on en a certainement fini avec Cobra. Le réalisateur français Alexandre Aja, biberonné à la série, aurait depuis quelques années acquis les droits en vue d’une adaptation live. En espérant que le projet se concrétisera (rien n’est moins sûr le personnage étant peu connu du public américain, pays d’où viendra probablement la majorité du financement), on ne à peu que suggérer à Aja le candidat idéal (après quelques heures en salle de sport tout de même) : Owen Wilson !

L'indispensable première série est sortie en dvd zone 2 français chez Déclic Images dans un coffret incluant également le film et la seconde série est disponible chez Kaze

Générique très James Bond du film de 82


Et le tout aussi beau générique japonais de la première série

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