Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 20 juin 2011

Henry V - Kenneth Branagh (1989)


1414, Le Roi Henry V d'Angleterre décide de faire valoir ses droits à la couronne de France. Il décide alors de mener une bataille contre la France. En cours de route, le jeune roi doit se battre contre la baisse de morale de ses troupes et vaincre ses propres doutes. Une fois sur le sol français, les troupes anglaises progressent sans rencontrer de grande résistance et assiègent bientôt Harfleur...

C'est comme un forme de symbole, en cette année 1989 où allait nous quitter Laurence Olivier émergeait à la face du monde (puisque déjà révélé dans le milieu du théâtre anglais) avec ce Henry V un immense talent qu'on allait (et qui se rêvait tel quel également) rapidement désigner comme son plus digne successeur. Les similitudes s'affirmait d'emblée puisque la première réalisation d'Olivier fut également une adaptation de Henry V en 1944 et que comme son modèle Kenneth Branagh allait par la suite porter haut le l'étendard shakespearien durant toute sa carrière.

Chacune des adaptations shakespearienne de Branagh portent la marquent de son auteur, que ce soit son goût pour le rococo (la Toscane de Beaucoup de bruit pour rien, certains décors de Hamlet, tout As you like it), la grandiloquence et l'emphase assumée, les transposition dans des cadres et ton inattendus (l'irrésistible comédies musicales de Peines d'amours perdues, le Japon XIXe de As You Like it) et un respect de Shakespeare qui tiens autant du verbe que du ton selon l'angle souhaité. On retrouve déjà un peu de tout cela dans ce premier essai, plus ou moins affirmé. Malgré les inévitables coupes nécessaires (pas encore la marge pour s'aventurer au 4h à la virgule près de Hamlet) la trame de la pièce est parfaitement respecté et paradoxalement c'est par les modifications et les ajouts que l'esprit Shakespearien se trouve transcendé par Branagh. Henry V concluait dans l'oeuvre de Shakespeare une tétralogie historique entamée avec Richard III et les deux parties d'Henry IV.

Branagh inclut donc tout naturellement des éléments de ses deux opus dans Henry V donnant à son héros la profondeur que les coupes auraient pu atténuer. Le flashback ou Henry désavoue Falstaff est issu de Henry IV (le personnage de Falstaff étant absent de Henry V) et affirme ainsi le renoncement du futur souverain à ses compagnons de débauche pour prendre la mesure de sa stature à venir. Plus subtilement et pour exprimer la même idée une phrase de Falstaff do not, when thou art King, hang a thief est attribué au personnage de Bardolph en flashback pour appuyer le difficile sacrifice du présent où coupable d'avoir dévalisé une église il est pendu à contrecoeur par Henry soucieux de faire un exemple à ses hommes.

La plus grande qualité du film c'est cependant de réussir à allier une ampleur toute cinématographique tout en ne perdant jamais de vue l'origine théâtrale de l'oeuvre. La scène d'ouverture fait figure de note d'intention . Derek Jacobi narrateur traverse un décor de cinéma contemporain (on voit même projecteurs et caméra en arrière plan), déclamant comme sa prose sera peu apte à retranscrire les hauts faits à venir et arrivant au bout de l'espace ouvrant une immense porte dans laquelle on s'engouffre dans un ample mouvement de caméra et figurant bien sûr des rideaux de théâtre et le début du récit. Avec pareil entame, Branagh s'absout de tout reproche de non respect d'une quelconque réalité, il ne met pas en scène un film historique mais sa vision du Henry V de Shakespeare. Dès lors cette grandiloquence qui lui va si bien brille de mille feux tout au long du film. La première apparition toute théâtrale de Henry dégage une rare puissance, simple ombre majestueuse s'avançant dans la l'embrasure d'une porte immense.

Branagh adopte en quelque sorte le parti pris de John Boorman dans son Excalibur, celui de jouer sur le pouvoir d'évocation et de la légende plutôt que le réalisme. C'est très certainement une question de manque de moyens mais ce plan d'Henry dressé sur son cheval entouré de flammes et haranguant ses troupes durant le siège de Harfleur a plus de souffle que tout les figurants numériques du monde. De même la déséquilibrée bataille d'Azincourt entre anglais et français où on a bien du mal a distinguer les dix mille combattants dont on nous parle atteint des sommets épiques par la simple puissance que Branagh parvient à conférer à la hargne désespéré de ses anglais donnés perdant à coup sûr et qui sortiront pourtant vainqueur.

Dernier très grand atout, la capacité de Branagh élever au firmament toute la puissance du verbe de Shakespeare par sa mise en scène et sa direction d'acteur. Les échanges belliqueux par messagers interposé entre le Roi de France et Henry sont d'emblée chargé d'électricité par le jeu fier et fragile à la fois de Branagh, parfait et déjà récompensé pour son interprétation du rôle sur scène. Magnifique moment également lors de la veillée d'armes où Henry parcourant anonymement ses troupes constate comme leur moral est au plus bas, l'espace se fait cette fois volontairement plus théâtral pour capter cette intimité.

La photo de Kenneth MacMillan assombri de manière totalement artificielle le décor naturel rendu factice comme une scène de théâtre où Henry se retrouve seul et en proie au doute. Pour sa première expérience au cinéma (et première collaboration avec Branagh qui lui aura donc donné sa chance) Patrick Doyle délivre un score d'une formidable puissance romanesque et épique qui associé à la virtuosité de Branagh fait passer un sacré frisson lors du discours exalté de Henry qui réveille ses troupes avant la décisive bataille d'Azincourt.

Et parfois même les mots sont inutiles lorsque la douleur des pertes vient atténuer la joie de la victoire, avec ce long travelling accompagnant Henry qui transporte le jeune page mort (joué par Christian Bale adolescent) jusqu'à un chariot.

Et après plus de 2h d'oppressante atmosphère médiévale guerrière, le marivaudage franco-anglais irrésistible entre Branagh et Emma Thomson amène une légèreté et un romantisme bienvenu qui nous prépare à la bulle de savon euphorisante que constituera Beaucoup de bruit pour rien. Bien loin du galop d'essai, c'est déjà un grand film que nous offrait là Kenneth Branagh avec cette entrée en matière.

Assez étrangement toujours inédit en dvd zone 2 français (Branagh n'est pas toujours bien servi chez nous Peter's friend ou As you like it sont toujours inédit aussi) donc se pencher vers l'édition zone 1 parue chez MGM et dotée de sous-titres français.

2 commentaires:

  1. Justin, je suis entièrement d'accord avec vous, ce film est magnifique en tous points.
    Quels talents réunis! Shakespeare, si bien servi par Branagh, cette musique splendide de Patrick Doyle, tous ces acteurs remarquables...
    Un de mes films cultes!
    Pourrait-on rêver d'une sortie en Blu-ray, comme son HAMLET?
    Isabelle

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  2. C'est clair que le film mérite une vraie belle réédition, le film semble un peu oublié aujourd'hui on dirait et son Hamlet éclipse un peu le reste c'est le seul de ses films a avoir une vraie belle édition dommage. Allez bientôt je me revoit "Beaucoup de bruit pour rien" pour le blog (j'avais traité pas mal de Branagh l'an dernier aussi si vous voulez jetez un oeil) ! ;-)

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