Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 30 avril 2012

Mangala, fille des Indes - Aan, Mehboob Khan (1952)



Le Prince Samsher Singh et sa sœur, Rajshree, règnent sans partage sur la région. Ils vivent dans un monde luxueux qui ne connaît aucune peine, aucune contrainte et aucune privation. Ils usent de leur force pour asservir un peu plus les villageois. Un jeune homme nommé Jai soulève cependant la grogne et mène un combat contre la royauté. Il séduit Rajshree et jure d’en faire sa femme. Mais cette dernière, pédante, refuse ses avances, tandis qu’une campagnarde amoureuse de lui se sacrifie pour le sauver d’une mort atroce. Dès lors, il jure de se venger.


Manga, fille des Indes est une sorte de réponse indienne aux péplums de Cecil DeMille où se ressent notamment une forte influence visuelle de son Cléopâtre. A l’instar de son modèle, le film en met plein la vue par sa splendeur visuelle de tous les instants : palais fastes et flamboyant, extérieurs majestueux et décors studios au charme (et au kitsch) qui évoquent autant les futures productions Shaw Brothers de Hong Kong que (pour demeurer sur l’influence Hollywoodienne) Le Magicien d'Oz. Pas de demi-mesure non plus dans la réalisation emphatique et soignée de Mehboob Khan qui s’ornent d’un technicolor chatoyant (c’est d’ailleurs le premier film indien filmé en technicolor) et d'interludes musicaux très réussis.

Cette débauche de moyen sert un scénario mêlant histoire d'amour et de lutte des classes. Malgré quelques lourdeurs et revirement surprenant typique de Bollywood (une longue scène de rêve bien psychédélique en milieu de film qui n’en finit pas) l’ensemble est très bien mené notamment le long jeu du chat et de la souris auquel se livre le couple vedette.

Le valeureux héros symbolise toute cette fierté d’un peuple bien décidé à ne plus être asservi, osant aimer cette princesse incapable de dépasser son arrogance malgré ses sentiments réciproque évident. Malgré une actrice au talent très relatif (Nadira amenée à devenir une des grandes stars de Bollywood par des prestations plus convaincante comme Shree 420 trois ans plus tard) l'évolution du personnage est vraiment bien développée, et la thématique du pouvoir à confier au peuple trouve une simplification bienvenue dans ce spectacle naïf, la victoire des opprimés se jouant dans l’amour que saura susciter le héros chez l’orgueilleuse princesse alors que sa rivale amoureuse Mangala (vraie héroïne finalement et emblème de cette noblesse de coeur des démunis) aux attitudes sacrificielles lui renvoie un bien piètre reflet d’elle-même.

Le méchant est très réussi (et roulant en Cadillac !) représentant bien le sentiment de toute-puissance et d'impunité des castes élevées et la jeune actrice jouant Mangala est parfaite de candeur et de sensualité.

Pour ne rien gâcher c'est bien spectaculaire avec des moyens pharaoniques (figurants à pertes de vues, bestiaire foisonnant) l'ouverture lors de la fête aux palais évoque le meilleur du péplum hollywoodien et le final palpitant avec son climax multiple particulièrement impressionnant.

Seul gros défauts mais relatif à tous les films Bollywood (surtout pour le néophyte) en général c'est vraiment trop long (2h40). Le film aura un succès gigantesque en Indes et, récompense suprême, il valut à Mehboob Khan les compliments d'un Cecil B. DeMille admiratif. La boucle était bouclée. Vivement recommandé car très accessible pour s’initier au bariolé cinéma de Bollywood.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta qui tenta pas mal de sortie Bollywood il y a quelques années comme l'autre classique d'époque "Sholay".

dimanche 29 avril 2012

Vincent - Tim Burton (1982)


Vincent Malloy est un petit garçon de 7 ans, qui n'a qu'un seul rêve : être Vincent Price, acteur à la voix ténébreuse coutumier des films d'épouvante. C'est ainsi que sous son apparence d'enfant bien élevé, c'est un grand amateur de la littérature d'Edgar Allan Poe et rêve de transformer son chien en zombie, faire de sa tante une poupée de cire et délivrer son épouse, enterrée vivante.

Premier film « professionnel » de Tim Burton (les œuvres adolescentes The Island of Doctor Agor, relecture de L’Île du Docteur Moreau et Doctor of Doom auront précédé, ainsi que son film d’étudiant Stalk of the Celery Monster) Vincent s’affirme d’emblée comme un de ses plus personnels. C’est alors une époque de confusion pour Disney sur le déclin et qui patine sur la direction artistique à opter.

Cette période donnera des œuvres à l’esthétique et à la tonalité surprenantes comme le film de SF Le Trou noir (1979), l’heroic fantasy ténébreuse du Dragon du lac de feu (1981) ou encore le dessin animé Taram et le chaudron magique (1985). Tous seront des échecs commerciaux retentissant mais sont la preuve que Disney en crise laisse à cette époque les talents personnels s’exprimer afin de se relancer. Tim Burton bénéficie donc de ce contexte en se voyant confier ce court métrage en forme de carte de visite.

Conscient d’abriter un talent unique, les exécutifs Julie Hickson et Tom Wilhite vont lui donner ce petit espace pour s’exprimer. Visuellement, tout Burton est déjà là, avec nombre de partis-pris forts. Le noir et blanc, l’esthétique gothique ténébreuse et la tonalité de film muet montrent déjà l’influence de l’expressionnisme allemand chez lui, qui s’épanouira pleinement au sein de la Gotham City de Batman (1989).

Le paisible pavillon familial plié aux pensées morbides de Vincent prend alors des atours oppressants par un jeu d’ombres splendide, où la seule source de lumière est notre héros éclairé dans les ténèbres pour signifier son isolement d’avec le monde qui l’entoure. Le choix de l’animation image par image avec ces mouvements saccadés accentue le lien avec le muet et la direction artistique, à mi-chemin entre tradition gothique et une tonalité plus décalée, fait merveille. Ainsi à travers les fantasmes de Vincent, de grandes figures du fantastique ressurgissent, notamment Frankenstein lorsqu’il rêve des expériences auxquelles il soumettrait sa tante ou son chien (le compagnon canin, une figure constante des œuvres à venir).

Ces facettes référentielles et personnelles fusionnent dans ce qui est le cœur du film : la figure de Vincent Price et son identification par Vincent/Tim Burton. Burton ne fait qu’un avec son héros et l’isolement, le refuge dans l’imaginaire qu’il exprime à travers lui est celui des siens, bien réels durant cette enfance et adolescence ingrates, où il s’est toujours senti marginal. Vincent est donc une grande œuvre sur la solitude et l’impossibilité du « freaks » à se mêler au monde réel, à avoir une vie normale (symbolisé par la réprimande de la mère l’obligeant à aller jouer dehors).

Burton use du prisme du cinéma pour dévoiler cette part de l’intime grâce à Vincent Price et Edgar Allan Poe. Price fut surtout reconnu pour ses interprétation dans les adaptations de Poe signés Corman et les références sont nombreuses entre La Chute de la Maison Usher ou Le Corbeau qui semble avoir inspiré la narration en vers de Vincent. Cerise sur le gâteau pour le jeune réalisateur, c’est son idole Vincent Price en personne qui viendra assurer la voix-off maniérée du film.

Tout Burton est déjà là (notamment Beetlejuice) et particulièrement certains éléments de sa future filmographie liée à l’animation : on entraperçoit ainsi Jack Skellington mais aussi le visage de Victoria future fiancée des Noces Funèbres. Malgré toutes ses qualités, la noirceur de Vincent effraiera les cadres de Disney, ramenant Burton à sa modeste condition. Ils lui laisseront une seconde chance avec un autre court live cette fois, Frankenweenie (relecture canine du mythe de Frankenstein) pour le même résultat brillant et le même accueil dubitatif. En tout cas ses 5 minutes sont plus précieuses que toute sa filmographie des années 2000.

Disponible en bonus du dvd de "L'Etrange noël de monsieur Jack". Sinon il suffit de cliquer sur le lien en dessous.

vendredi 27 avril 2012

Qui a tué Vicky Lynn? - I Wake Up Screaming, H. Bruce Humberstone (1941)


Frankie Christopher (Victor Mature) est soupçonné d'avoir assassiné Vicky Lynn (Carole Landis). L'inspecteur Ed Cornell (Laird Cregar) est convaincu que Christopher est coupable.

Sorti la même année que Le Faucon Maltais, I Wake Up Screaming (aussi connu sous son premier titre Hot Spot) sans en égaler la qualité se pose tout autant comme un jalon fondateur du film noir. C'est tout d'abord par sa construction que le film impose les codes du genre une introduction diablement efficace. Des coupures de journaux nous apprennent l'assassinat du mannequin Vicky Lynn (Carole Landis) et nous voilà aussitôt plonger dans la pénombre sinistre d'une salle d'interrogatoire où est cuisiné le principal suspect Frankie Christopher (Victor Mature).

Le récit en flashback de celui-ci résume parfaitement les évènements qui ont précédés : Découvreur de Vicky Linn alors qu'elle n'est qu'une modeste serveuse et dont il lance la carrière, Christopher est abandonné par sa protégée partie tenter l'aventure à Hollywood. Parallèlement, un lien semble se nouer avec Jill (Betty Grable), la soeur Vicky elle aussi soumise à l'interrogatoire au même moment. Humberstone par des panoramiques fluides fait ainsi passer le récit d'une salle d'interrogatoire à l'autre, le spectateur ayant les deux points de vue à travers une narration très bien menée.

Passé cette mise en place parfaite le rythme est nettement plus laborieux, entre les allers et retours de Victor Mature au commissariat et sa romance naissante avec Betty Grable. Ce qui maintient l'attention, c'est la formidable ambiance délétère et inquiétante instaurée par H. Bruce Humberstone.

Si ce n'est les flashbacks plus lumineux, la photo d'Edward Cronjager nous plonge dans une obscurité menaçante où l'on se sent constamment oppressé (les scènes d'interrogatoire où hormis l'accusé on ne distingue aucun visage) et observé, notamment avec le très intimidant Inspecteur Cornell joué par Laird Cregar.

L'acteur lui prête sa carrure imposante auquel Humberstone ajoute une dimension quasi surnaturelle dans sa manière de surgir des ténèbres (formidable moment où on le découvre dans la chambre de Mature qu'il observe dans son sommeil), d'apparaître de manière toujours inattendue, son phrasé lent et glacial accentuant la menace.

Le script est très prévisible et même si l'innocence de Mature n'est jamais totalement admise, le capital sympathie de l'acteur (malgré une prestation formidablement vicieuse cette même année dans Shanghai Gesture) nous convainc notamment grâce aux séquences romantiques avec Betty Grable. Malgré cet aspect attendu, la pirouette finale est réellement surprenante (et justifie la caractérisation de Laird Cregar) et apporte une dimension fantasmatique et obsessionnelle plutôt marquante. Pas parfait mais truffé d'idées novatrices qui feront école, bon film.

Sorti en dvd zone 2 français mais la copie est digne d'une vhs donc plutôt prendre le zone 1 disponible chez Fox et doté de sous-titres anglais.

jeudi 26 avril 2012

Bank Holiday - Carol Reed (1938)


Une jeune nurse qui s'évade pour un week-end avec un son amant. Sa patiente délaissée mourant en accouchant, la jeune femme sera bouleversée par le désarroi du mari.

Sorti la même année que Lady Vanishes, Bank Holiday contribue avec le film de Hitchcock à asseoir la notoriété de celle qui sera la plus grande star anglaise de la décennie suivante, Margaret Lockwood. A la mise en scène on trouve un tout jeune Carol Reed (32 ans à l'époque) qui se situe ici aux antipodes des thrillers qui feront plus tard sa réputation. Le film est en effet un curieux mélange de mélodrame et de comédie, de gravité et de légèreté. Le Bank Holiday en titre désigne la tradition des quatre jours fériés en Angleterre (à l'époque du film en tout cas aujourd'hui ils sont plus nombreux) et le film s'ouvre sur l'imminence de l'un d'entre eux (le 1er mai on suppose vu l'ambiance estivale) à travers différente saynètes comiques en ouverture où les ouvriers jettent soudain leur pelles au loin, les secrétaires tapent frénétiquement à la machine en surveillant l'horloge ou encore les maçon abandonne sac de ciment dès que la cloche retentit...

L'intrigue adopte ainsi un ton contrasté en voguant d'un groupe à l'autre de personnages au destin léger ou dramatique, de leur départ de Londres en train jusqu'à leur séjour au bord de la mer. Pour les plus anodins mais amusant on a un deux jeunes écervelées qui vont participer à un concours de beauté (René Ray et Merle Tottenham délicieusement jolies et superficielles) ou encore une mère de famille (très attachante Kathleen Harrison) qui a bien du mal à gérer sa marmaille turbulente puisque son rustre de mari goute aux divers plaisir locaux plutôt que de l'aider.

La facette dramatique sera évidemment la plus intéressante. On y voit Margaret Lockwood, jeune infirmière assister impuissante à la morte d'une patiente en couche. Touchée par la détresse de l'époux (John Lodge), elle le quitte la mort dans l'âme et il ne quittera plus ses pensées durant son weekend de vacances.

Loin des rôles de garces magnifique à venir de The Wicked Lady ou The Man in Grey, Margaret Lockwood est ici très touchante en infirmière compatissante et amoureuse. Reed amène avec brio les sentiments naissant de cette jeune femme pour cet homme anxieux puis accablé par la perte de son épouse. Le dialogue entre eux avant le drame noue superbement le lien en captant l'étincelle dans le regard d'une Margaret Lockwood surprise d'être si troublée et John Lodge est l'homme idéal et passionné incarné avec sa prestation tout en fragilité.

C'est par leur relation que le film trouve tout son intérêt. En vacances avec son pressant et immature petit ami (Hugh Williams sorte de sosie de Kyle MacLachlan) elle ne songe qu'à cette homme qu'elle a laissé à Londres seul en détresse tout comme ce dernier se partage entre mélancolie et pensée pour celle qui sut si bien le réconforter de à sa perte. Carol Reed use de belles idées visuelles pour tisser ce lien fragile.

Parmi les plus beaux on retiendra ce fondu au noir où le regard de Margaret Lockwood se perd dans les eaux de la Manche pour remonter les eaux de la Tamise dans la scène suivante et capturer le visage tout aussi abattu de John Lodge, illustrant magnifiquement leur pensée commune l'un pour l'autre. Il y a aussi les déambulations de John Lodge dans un Londres vidé de sa population le renvoyant à sa solitude, les souvenirs affluant en flashback refaisant apparaître les mêmes rues grouillantes d'une vie symbolisée par sa compagne encore à ses côtés.

Le film aurait vraiment dû s'axer essentiellement sur cette facette dramatique et approfondir. Les apartés comiques sur les autres personnages sans être raté font au mieux sourire mais on attend constamment de revenir à Margaret Lockwood et John Lodge malgré les interactions que le script tente entre les personnages secondaires. Du coup c'est assez inégal avec pas mal de péripéties inutiles et une fin un peu expédiée alors qu'il y avait mieux à faire. Cependant le beau spleen qui souffle sur le film retient vraiment l'attention grâce à la maîtrise de Carol Reed et Margaret Lockwood irradie l'écran de sa jeunesse, de sa beauté et fragilité. Un joli moment tout de même malgré les défauts.

Sorti en dvd zone 2 anglais dans le coffret consacré à Margaret Lockwood déjà évoqué plusieurs fois sur le blog et doté de sous-titres anglais.

Extrait

mercredi 25 avril 2012

True Legend - Su Qi-Er, Yuen Woo Ping (2010)



Général réputé de la dynastie Qing, Su Chan met fin à sa carrière militaire pour réaliser son rêve : fonder une famille et sa propre école d'arts martiaux. Mais sa paisible existence est réduite à néant quand Yuan Lie, son frère adoptif qui cherche depuis toujours à venger son père naturel, exécute le père de Su Chan provoquant ce dernier en duel. Grâce à sa maîtrise des cinq venins mortels et à une armure le rendant quasiment invulnérable, Yuan Lie triomphe de Su Chan et enlève son fils Feng.

Lieu d’ébullition créative à l’influence énorme pour le cinéma mondial dans les années 80/90, la péninsule de Hong Kong s’est vue quelque peu éclipsée par la Corée du Sud durant les années 2000. Sans retrouver les hauteurs de son âge d’or, la production locale n’a pourtant pas démérité notamment grâce aux polars d’un Johnny To ou d’un Derek Yee, même si on peut déplorer que les boursouflées et moribondes coproductions avec la Chine signées Zhang Yimou (les mauvais Hero, Secret des Poignards volants et La Cité interdite) aient eu la primeur d’une sortie en salle. Ces dernières années, ce cinéma retrouve un vrai souffle qualitatif et il semble bien que cela soit dû au regain de forme de ses grands anciens. John Woo nous a offert une époustouflante œuvre guerrière et épique avec Les Trois Royaumes et Tsui Hark a démontré une inventivité et une fougue intactes récemment dans l’excellent Detective Dee.

Dans une moindre mesure, on peut donc largement intégrer Yuen Woo Ping dans le lot avec ce True Legend. Yuen Woo Ping est surtout connu en occident pour ses contributions en tant que chorégraphe et fut fort sollicité au début des années 2000. Les frères Watchowski firent appel à lui pour le premier Matrix (et ses suites) et le succès et l’influence du film (ainsi que de Tigre et Dragons) sur le cinéma hollywoodien d’alors en firent une figure incontournable du cinéma d’action puisqu’on lui doit également les affrontements des Kill Bill de Tarantino ou Danny the Dog.

Loin de n’être qu’un chorégraphe l’homme est aussi réalisateur et c’est d’ailleurs dans ses travaux hongkongais qu’il faut chercher ses plus grandes réussites. On lui doit les combats virtuoses des Il était une fois en Chine de Tsui Hark et lorsqu’il est derrière la caméra, le spectacle relève de la folie pure. Entre humour débile assumé (il aida à lancer Jackie Chan avec Le Chinois se déchaîne), manichéisme primaire et chorégraphies délirantes éloignées de toute réalité, la plutôt mince carrière de réalisateur de Yuen Woo Ping propose son lot d’ovnis comme Tai chi Master ou Miracle Fighter.

C’est un peu de tous ces éléments qui imprègnent ce True Legend, à la limite du pastiche et qui nous replonge au début des années 80. On retrouve deux héros s’affrontant sur fond de rivalités martiales, fraternelles mais aussi amoureuses (le méchant Yuan semblant avoir une attirance quelque peu incestueuse pour sa sœur) dans un récit alignant les archétypes du genre. Trahisons, vengeance et revanche sur fond d’entraînement douloureux rythment donc le film sur un scénario prévisible mais à la naïveté et premier degré agréables.

Yuen Woo Ping évite la routine grâce à son inventivité coutumière lors des séquences de combats. Le méchant dope ainsi ses aptitudes par un usage surprenant de magie noire et notre héros brisé s’entraîne avec un maître qu’on soupçonne d’être issu de son imagination pour un usage inattendu de la schizophrénie dans un film martial. Malgré l’usage un peu abusif du numérique, le savoir-faire de Yuen Woo Ping n’est plus à démontrer et l’ensemble est assez jubilatoire notamment lors de l’utilisation de la légendaire boxe de l’homme ivre.

Seul souci, une dernière demi-heure qui s’ajoute lourdement à l’ensemble alors que la trame principale était pourtant achevée. Là le héros et son jeune fils défient en Russie des combattants européens cruels et méprisants (menés par un David Carradine venu cachetonner peu avant sa mort) de la boxe chinoise. Un élan xénophobe bien appuyé et assez étrange, clin d'oeil aux productions nationalistes où les ennemis européens sont souvent montrés comme brutaux et stupides.

L’outrance et le second degré sous-jacent désamorcent ainsi le fond douteux car il est plus question ici d'un hommage à une certaine époque du cinéma de Hong Kong (ce que les nombreux caméos tendent à prouver, on croise ainsi brièvement Jay Chou, Gordon Liu ou Michelle Yeoh. Le héros est lui joué par Chiu Man Cheuk, légendaire héros de The Blade et Green Snake). Malgré cette dernière partie dont on serait passé, True Legend offre un agréable spectacle, qui réveillera quelques souvenirs donc.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal


mardi 24 avril 2012

Il boom - Vittorio De Sica (1963)


Marié avec Silvia, Giovanni Alberti s'est, désormais, lancé dans les affaires. Il mène un train de vie luxueux et fréquente les milieux huppés. Mais il s'est endetté et se retrouve bientôt assailli par des difficultés financières. Il tente, sans succès, d'emprunter de l'argent auprès d'un important entrepreneur. L'épouse de celui-ci, une femme vieille et plutôt laide, lui propose alors un marché invraisemblable : que Giovanni échange son œil valide contre l'œil de verre de son mari...

Vittorio De Sica, contrairement à l'idée reçue maintint dans son cinéma ce regard si lucide sur l'Italie même lorsqu'il délaissa durant les 60's la mise en scène de drame pour de pétaradantes comédies. Le film à sketch Hier, aujourd'hui et demain explorait ainsi avec un humour acéré diverse couches sociales et régionale du pays et Mariage à l'italienne en parallèle de son beau portrait de femme montrait en toile de fond une Italie en reconstruction. Il boom le voit s'aventurer de manière plus prononcée sur les terres ironique et cruelle de la commedia all'italiana porté par un script féroce de Cesare Zavattini. Le film dénonce ici les comportements suscités par le miracle économique italien qui du début des années 50 jusqu'à 1970 voit le pays sinistré de l'après-guerre prospérer de manière spectaculaire.

Si cela est un bienfait pour le pays, elle va créer une génération de viveur dépensier à l'image du héros incarné par Alberto Sordi. Celui-ci est un employé aisé mais pas richissime qui aime mener la grande vie, entre voiture dernier cri, cadeaux luxueux pour son épouse et flambes assumée durant les sorties entre amis. Seulement ce mode de vie a un coût que Giovanni (Alberto Sordi) ne peut plus assumer et criblé de dettes il tente de dissimuler le désastre à sa femme (Gianna Maria Canale la superstar du péplum des années 50 étonnante dans un cadre moderne) et emprunter a ses amis de quoi s'en sortir.

La situation ne faisant qu'empirer, la solution se présente de la manière la plus inattendue et sordide qui soit : la femme d'un riche entrepreneur qu'il a sollicité le paiera au prix fort s'il daigne vendre son œil en lieu et place de celui de verre de son mari... La première partie montre en parallèle la détresse de notre héros ainsi que le mode de vie superficiel qui en est la cause.

On se pose finalement la question sur l'intérêt qu'il y a à se sauver tant les valeurs défendues là son détestables. L'épouse de Giovanni le quitte ainsi les premières difficultés venue sans le soutenir, ne pensant qu'à la honte vis à vis de leur amis qui auront fait la sourde oreille lorsqu'on aura sollicité leur aide (mais qui accourront dès que la fortune sourira à nouveau à Giovanni). De Sica dépeint ainsi un monde du paraître, luxuriant, sans âme et hypocrite (la scène ou amants et maîtresses se font joyeusement du pied sous la table de restaurant) où l'amitié et les les liens ne reposent que sur celui qui épatera le plus l'autre.

De Sica et Zavattini parviennent pourtant sous cette méchanceté à apporter la même humanité sensible qu'à leur drame néoréaliste. Alberto Sordi par sa grande prestation exprime ainsi les deux facettes du récit. D'un côté un pur produit de cette génération (comme le soulignera un brillant dialogue) qui veut tout et tout de suite sans fournir les efforts nécessaires, au contraire de celle qui a précédée qui reconstruisit lentement le pays en ruine pour finalement s'élever à l'image de l'entrepreneur borgne.

De l'autre Sordi bouleverse en homme éperdument amoureux contraint à ses dérives pour garder près de lui la femme qu'il aime (la réciproque étant plus que discutable). L'acteur est ainsi partagé entre fanfaronnade hilarantes (la manière dont il ne se démonte pas face à son usurier, la grandiose scène de fêtes où il dit leur vérité à chacun) et détresse touchante à travers ce regard triste et égaré. Cette tonalité atteint son summum lors de la scène où il lui est faite l'infâme proposition, la mine d'hébétude stupéfaite de Sordi étant à hurler de rire en dépit de la situation finalement pathétique.

La conclusion s'avère sinistre et glaçante. Le "boom", c'est un monde déshumanisé où tout s'achète, aucune dérobade possible pour les plus faibles. La scène finale où le héros disparait derrière une circulation de véhicule bardés de publicité est d'une terrible lucidité.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait

lundi 23 avril 2012

Une femme disparaît - The Lady Vanishes, Alfred Hitchcock (1938)


Dans un train en provenance d'Europe centrale, Iris Henderson voyage en compagnie de Miss Froy, une vieille dame britannique comme elle, dont elle a fait connaissance dans un hôtel la veille. Au cours du voyage, Miss Froy disparaît mystérieusement. La jeune femme s’inquiète, mais personne ne veut la croire et on tente de la convaincre qu'elle a tout imaginé.

The Lady Vanishes est l'avant-dernier dernier film de la période anglaise d'Hitchcock (le dernier étant La Taverne de la Jamaïque l'année suivante) dont l'immense succès lui permettra de négocier en position de force son futur départ à Hollywood après l'échec commercial de ses trois précédents films. Au départ cette production Gainsborough ne lui est pourtant pas destinée. Un an plus tôt, le réalisateur Roy William Neill devait réaliser le film sous le titre The Lost Lady mais parti en repérage en Yougoslavie, l'équipe est prise à part puis expulsée par la police locale qui a découvert le portrait peu reluisant fait des autorités du pays dans le script. Hitchcock hérite donc du projet après l'éviction de la première équipe et comme à son habitude remanie considérablement le roman The Wheel Spins d'Ethel Lina White à l'origine du script pour le plier à sa vision.

Par rapport au premier projet Hitchcock invente la contrée imaginaire de la Bandrika en lieu et place de la Yougoslavie, modifie le rôle désormais un peu moins innocent de Miss Froy, introduit les duettistes amateurs de cricket Charters and Caldicott et modifie plusieurs évènements (le trouble de l'héroïne causée par la chute d’un pot de fleur et plus un coup de soleil, le McGuffin ou encore la conclusion alors que le train ne s'arrête jamais dans le livre). Au casting le réalisateur fait confiance à deux inconnus, Margaret Lockwood qui n'a alors que quelques seconds rôles derrière elle et Michael Redgrave surtout célèbre au théâtre à l'époque (et qu'il ne souhaitait guère quitter son ami John Gielgud le convaincant d'accepter le rôle qui ferait de lui une star).

The Lady Vanishes est un des films d'Hitchcock où s'entremêlent le mieux sa causticité et son art du suspense. La première partie est ainsi un régal d'humour anglais où s'illustrent quelques moments savoureux présentant les différents protagonistes coincés dans un hôtel après le retard de leur train. On retiendra ces anglais choqués par le sans gêne de cette femme de chambre locale se changeant en toute décontraction dans leur chambre ou encore l'amusante altercation façon screwball comedy entre le bruyant musicien Michael Redgrave et Margaret Lockwood.

La tension s'instaure de manière fort inattendue le temps d'une brève et mystérieuse séquence annonçant une suite moins détendue. L'intrigue se noue donc durant le voyage en train où Margaret Lockwood perd la trace de l'avenante vieille dame Miss Froy (Dame May Whitty) se volatilise et que personne ne semble l'avoir aperçue. Hitchcock instaure une paranoïa oppressante où la langue inconnue, les personnages double (les plus avenant étant toujours les plus fourbes) et les idées visuelle née de la confusion de Margaret Lockwood créent l'empathie en lui faisant progressivement perdre pied.

A cela s'ajoute une veine plus critique et décalée entre le couple adultère qui par peur d'être découvert refuse d'appuyer les dires de Lockwood ou encore le duo Charters et Caldicott qui fait de même par peur qu'une enquête retarde le train et leur fasse rater un match de cricket (obéissant à un motif récurrent du cinéma anglais de l'époque où les personnages sont punis de leur "anglicité").

Charters and Caldicott sont de pures création des scénaristes Sidney Gilliat et Frank Launder qui les feront réapparaître (toujours incarnés par Naunton Wayne et Basil Radford qui réclameront sans succès une part plus importante dans les intrigues) dans d'autre films comme Train de nuit pour Munich de Carol Reed (très voisin du Hitchcock avec toujours Margaret Lockwood plongée dans un suspense ferroviaire) et le film à sketch Ealing Au cœur de la nuit.

Alors que son argument principal permettrait de tenir un film entier chez un autre, Hitchcock amène lui de nombreux rebondissement surprenant qui relance constamment l'action. Après la paranoïa pure, c'est le jeu de piste, la course poursuite puis le siège qui s'alterneront au sein du train tout au long de l'intrigue trépidante. Hitchcock multiplie les idées ludiques sollicitant constamment notre attention tel les divers indices prouvant la véracité des dires de Lockwood mais que ces interlocuteurs ne voient pas ou trop tard.

L'ensemble est rondement mené avec comme toujours chez Hitchcock son lot de péripéties extravagantes tel cet acolyte adepte de la magie (et une longue et laborieuse scène de bagarre) où cet épilogue où ne voit même pas être neutralisé un comparse qui menaçait nos héros d'une arme ! Un excellent suspense et un des meilleurs Hitchcock de sa période anglaise.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 et pour les anglophones le Criterion est recommandé voire le coffret Margaret Lockwood où la copie est très belle.


dimanche 22 avril 2012

Un dimanche à la campagne - Bertrand Tavernier (1984)


Eté 1912. Depuis la mort de sa femme, M. Ladmiral, un vieux peintre sans génie, vit seul avec Mercédès, sa domestique. La routine de ses vieux jours est ponctuée par les visites dominicales d'Edouard, son fils, un garçon rangé, épris d'ordre et de bienséance, qu'accompagnent invariablement son épouse, Marie-Thérèse et leurs trois enfants, Emile, Lucien et Mireille. Mais un dimanche, sans crier gare, Irène, sa fille, une jeune femme joviale et anticonformiste, vient bousculer ce paisible rituel...

Bertrand Tavernier réalisait une de ses œuvres les plus réussies et plébiscitées avec Un dimanche à la campagne dont la spontanéité découle également des circonstances de sa production. Ne parvenant pas à monter un projet onéreux de Tavernier avec Nathalie Baye nécessitant un tournage à l'étranger, le producteur Alain Sarde lui demande de s'atteler à une œuvre plus modeste. Tavernier ne semble guère inspiré lors de l'entrevue quand Sarde remarque parmi ses affaires un exemplaire du court roman de Pierre Bost Monsieur Ladmiral va bientôt mourir. Le producteur dépité lui suggère d'adapter le roman, Tavernier lui rétorque qu'il est sans doute trop court pour faire un film mais s'attèlera néanmoins au script. Finalement très inspiré, il en tirera suffisamment de matière pour lancer la production modeste et bien aidée par l'unité de temps et de lieu de l'intrigue.

Le film est placé sous le signe de la nonchalance et de l'habitude. Le vieux peintre M. Ladmiral (Louis Ducreux) accueil comme tant d'autres dimanche son fils et sa famille passer la journée avec lui à la campagne. Le rituel suit son court, les échanges sont amicaux, quelconques et attendus et chacun fait preuve d'une bienveillance infantile envers le vieil homme. Les personnalités ternes du fils Edouard (Michel Aumont) et de son épouse Marie-Thérèse se révèle dans les dialogues où la voix off littéraire à la Truffaut de Tavernier lui-même.

Dans cette atmosphère ronronnante, la langueur du début d'après-midi semble déjà signifier la fin de la journée quand un ouragan débarque. Irène (Sabine Azéma), exubérante et énergique fille cadette de Ladmiral vient bousculer tout cela. Tavernier déploie alors une gamme de sentiments touchants dans cette atmosphère joyeuse et feutrée où la saveur du moment accompagne aussi les interrogations de chacun. Irène éclatante de joie de vivre dissimule sous les rires ce qu'on devine être un dépit amoureux, Ladmiral voit lui sa fille préférée lui échapper de plus en plus tandis qu'Edouard le fils modèle souffre en silence de cette préférence affiché.

Tous les comédiens sont parfaits notamment Sabine Azéma qui rayonne et séduit devant la caméra de Tavernier (qui avait hésité à l'engager à cause d'un rôle plus introverti qui avait précédé chez Resnais) pour un de ses plus beaux rôles, Louis Ducreux apporte quant à lui cette fragilité et ce décalage (sa petit fille coincée dans un arbre il ne se préoccupe que de la préparation du thé) qui sied si bien à Ladmiral à travers ce regard aimant et mélancolique. Pas de conflits ni de grand rebondissements dramatiques, tout passera par des échanges sensibles (le dialogue père/fille au bal où le conformisme du premier est remis en cause par la modernité de la seconde) ou les regards, geste à la dérobées bien plus révélateurs.

Tout cela est capturé avec une recherche esthétique raffinée d'un Tavernier s'inspirant des impressionnistes dans de superbes compositions de plans où la photo de Bruno de Keyzer fait merveille. Cette tonalité éveille autant la nostalgie des souvenirs d'enfance que la mélancolie du temps qui passe dans une belle harmonie. Joli moment qui offrira un de ses grands succès à Tavernier notamment aux Etats-Unis.

Sorti en dvd chez Studio Canal

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