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lundi 14 janvier 2013

Marie-Antoinette - W. S. Van Dyke (1938)


Hollywood revisite avec brio l'histoire de France dans ce Marie Antoinette qui constitue avec Autant en emporte le vent la grande épopée romanesque de la fin des années 30 pour la MGM, autant au niveau des moyens déployés que de l'immense succès rencontré par le film. Marie Antoinette constitua le dernier projet de Irving Thalberg décédé en 1936 et son épouse et star de la MGM Norma Shearer (souvent accusé d'être privilégiée par ce statut) s'y attela donc malgré sa peine. Divisé en deux parties, le film bien que très fidèle aux évènements brode plutôt dans sa première partie en agençant les fait de façon à nouer le drame le plus captivant possible tandis que la seconde centré sur la Révolution suit dans une marche funeste et implacable la grande Histoire.

 Le début narre donc le mariage et la découverte de la cour de France par Marie Antoinette (Norma Shearer). Du jeu d'adolescente délurée de Norma Shearer au faste déployé pour les grandioses séquences d'arrivée à la cour et de noces du couple de dauphins, tout est fait pour nous plonger dans une pure atmosphère de conte fée.

 Magnificence des costumes, photos immaculée et figurant à perte de vue, le charme ne va brutalement s'interrompre que lorsqu'on découvrira l'air benêt, l'allure lourde et la diction hésitante du future Louis XVI (Robert Morley). Robert Morley réalise une prestation étonnante, pitoyable et risible lors de cette première apparition il deviendra pourtant de plus en plus touchant dans cette figure pathétique d'homme enfant paisible aux habits trop grands pour lui.

Il est comme extérieur à cette cour par sa simplicité et son manque d'ambition, tout comme le sera Marie Antoinette progressivement isolée par son statut d'étrangère même si les deux finiront par nouer une sorte d'affection fraternelle. Si elle ne peut être une épouse et une dauphine aimée du peuple elle sera l'égérie de Paris W.S Van Dyke de nous plonger dans un montage virtuose pour un tourbillon de fêtes et de plaisirs tapageurs où Adrian s'en donne à cœur joie dans les costumes et atmosphères extravagants.

Sous cette frivolité le scénario dépeint bien les jeux de pouvoir qui se joue à la cour et que ne maîtrise pas, cible facile pour ses adversaires (Gladys George belle et perfide en Comtesse du Barry) et trop naïve pour voir le double jeu de ses "alliés" (Joseph Schildkraut méconnaissable poudré et en perruque compose un savoureux Duc d'Orléans fourbe et séducteur).

Dans ce monde de faux-semblants le seul à lui dire la vérité quand elle se fourvoie et à la réconforter le temps d'une (courte) disgrâce sera le Comte de Fersen (Tyrone Power). Le script est d'une fatalité parfaite en donnant un espoir d'ailleurs à Marie Antoinette prête à renoncer à la reconnaissance et l'amour de son mari précisément au moment où ils sont à portée de main mais vain.

La scène de déclaration entre Fersen et Antoinette est superbe Norma Shearer touchante d'abandon et Tyrone Power admirablement mis en valeur dans cette beauté juvénile et sincère dont on ne peut douter, le tout avec une ellipse savante suggérant leur unique nuit passé ensemble (roi et reine devenant mari et femme avec des enfants après cette scène...). Van Dyke annonce la seconde partie ténébreuse avec cette scène de couronnement funeste qui s'éloigne de l'éclat qui a prévalu jusqu'alors.

La deuxième partie est d'ailleurs une sorte de réponse austère à l'opulence qui a précédé, comme une punition à l'indifférence des souffrances du peuple (lourdement souligné par un montage avec une voix off inquisitrice). On ressent bien ce ressentiment dans une haine des nobles centralisée par la reine dans l'intrigue et accentué par le récit de quelques mésaventures qui annonceront sa chute comme l'affaire du collier.

La narration est nettement moins aventureuse et surprenante Van Dyke maintien notre attention par l'atmosphère pesante et claustrophobe ne faisant que s'accentuer et donnant une intensité puissante au jeu de Norma Shearer jusqu'à cet incroyable final où sur le point d'être guillotinée on la découvre vieillie et totalement brisée par les épreuves (toute cette dernière scène cédant à un symbolisme issu du muet).

 Les responsabilités de Marie Antoinette auront été soulignées dans la première partie et donc là on a droit à des séquences illustrant les facettes les moins valeureuses de la Révolution à travers les opportunistes et revanchards cédant à la barbarie et la cruauté pour servir leur ambition.

 Quelques moments sont marquants à ce titre comme l'assaut de Versailles par les révolutionnaires face à une famille royale sans défense ou les touchants derniers instants en famille de Louis XVI donnant encore du crédit à la prestation de Morley plus fine qu'il n'y parait. Une belle fresque donc, à la vision pas si éloignée de celle plus récente et réussie de Sofia Coppola.




Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésor Warner

2 commentaires:

  1. je n'en ai vu que la moitié ce soir : c'est somptueux.
    Le casting est formidable : Tyrone Power irrésistible,
    et les dialogues (Du Barry/Marie A.) du pur Molière.
    C'est probablement un autre joyau des années 30 !

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  2. vu la fin du film. Le registre n'est plus celui de la comédie.
    Comme nous connaissons l'histoire de France, il n'y a plus véritablement de
    mystère, mais une affection réciproque et sincère est née enfin entre les deux époux. Louis n'a jamais ignoré l'idyle de son épouse avec Fersen (Tyrone Power), mais ne lui en a jamais fait le reproche. Deux enfants leur sont donnés.
    Le peuple gronde, la fièvre monte. La famille royale
    prisonnière aux Tuileries tente de fuire à Varennes pour y être escortée par des alliés du royaume en pays ami. Le roi y est reconnu par son confesseur et la famille royale ramenée à Paris où elle est prisonnière de la Conciergerie.
    L'Assemblée Nationale vote la peine de mort pour le couple royal. Toutes ces dernières scènes sont traitées avec discrétion et mesure. La tête de Thérèse, amie intime de Marie Antoinette (décapitée) n'est pas montrée comme elle a pu l'être dans des films français. On voit seulement la reine s’effondrer ou s’évanouir, à ce terrible spectacle.
    Donc ici aucune scène de grand guignol. L'empathie de Van Dyke pour Louis et son épouse se communique au public américain (et français, maintenant) qui est loin, certes, de savourer cette fureur sanguinaire qui n'épargnera aucun des régicides. Une page essentielle de l'Histoire de France a été illustrée avec élégance, brio et un jeu d'acteurs qui est la perfection même. La pompe de la Cour, les décors et costumes de Cedric Gybbons,
    traduisent en noir et blanc, la polychromie imaginée dans cette sphère hors du commun.


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