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jeudi 24 janvier 2013

The We and The I - Michel Gondry (2012)


C'est la fin de l'année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d'adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide.
Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…

Michel Gondry signe un de ses meilleurs films avec The We and The I qui s’impose comme un classique moderne du teen movie.  La réussite du film tient grandement à son authenticité, sa production ayant constituée une grande aventure humaine. L’idée du film serait venue à Michel Gondry se trouvant dans un bus à Paris, ce dernier se trouva envahi par des adolescents sortant du lycée. Il observa alors les changements d’attitudes chez les teenagers, l’influence du phénomène de groupe où fanfarons et bruyants en nombre, les ados se transformait leur nombre diminuant, les conversations se faisant plus intimes, les comportements plus naturels. Voulant transposer le phénomène dans une fiction, Gondry part à la rencontre d’un groupe d’adolescent d’un quartier difficile du Bronx qu’il soumet pendant près de trois ans à un atelier. 

Là, il les guidera, les accompagnera et les poussera à se livrer sur leur quotidien, leurs anecdotes nourrissant le script sur lequel ils ont un droit de regard et auquel ils amènent une vérité dans les échanges et comportement des personnages. Après cette longue préparation, Gondry décidera de recruter ses acteurs amateurs pour pratiquement jouer leur propre rôle dans le film, au générique on peut d’ailleurs constater que les prénoms des personnages étaient ceux des vrais ados.

A la sortie du film, on l’a beaucoup comparé au français Entre les murs avec lequel il partage cette approche sur le vif et authentique d’adolescents d’aujourd’hui. Le film de Gondry s’avère bien plus riche et surtout se frotte en fait à un autre modèle. The We and The I constitue en fait une relecture  moderne de Breakfast Club (1984), reprenant à son compte la structure et les thématiques du classique de John Hughes. On a ainsi un groupe d'adolescents confiné ensemble dans une unité de temps et de lieu (journée de colle au lycée chez Hughes/bus sur un long trajet pour Gondry) où au fil du temps les personnalités et les fêlures de chacun vont se révéler.

Comme chez Hughes les personnages sont au départ des clichés et archétypes du paysage lycéen et de teen movie (les tyrans, les souffre douleurs, la jolie fille populaire avec Laidychen préparant sa fête) et sous le foutoir de façade Gondry au fur et à mesure que le bus se vide laisse les jeunes passagers restant se montrer de plus en plus naturel. Il nous y aura préparé avant en plaçant les moments les plus comiques au départ tant que le bus est bondé tout en cernant la personnalité de certains personnages sur lesquels il se sera plus attardé au sein des groupes de plus en plus restreint. L'humour ou la méchanceté la plus prononcée c'est  We du titre où chacun veut se montrer à son avantage quitte à humilier les autres (la bande du fond du bus) ou soit même (le mythomane poseur et ses histoire abracadabrante de séduction) tandis que le I nous les montre moins sûr d'eux même, plus fragile et attachant. 

Le principe marche sur de courtes scènes et personnages furtifs (la fille qui accepte une fois descendue du bus de sortir avec le garçon auquel elle a mis un mémorable râteau devant ses copines) puis ensuite en révélant les vrais héros que tout opposent : le très antipathique Michael qui aura malmené et moqué ses camarades avant de se révéler bien plus intéressant débarrassé du regard des autres la très attachante et complexée de Teresa. Michael se voit confronté à ses contradictions et à sa schizophrénie de façon assez magistrale par le camarade le plus discret et taiseux dans la foule, direct et franc dans l’intimité. Ainsi mis à nu, le film se conclu sur un joli moment, sobre et chaleureux entre le tyran et sa souffre-douleur bien plus semblables qu’il n’y parait.

Gondry adapte la forme à la génération Facebook/Youtube avec un visuel inventif et énergique mais sachant se faire oublier.  La caméra virevolte d'un coin à l'autre du bus, scrute l'omniprésence du portable dans les interactions des personnages et fait même de ce qui semble un gimmick formel  (le running gag du copain filmé se cassant la figure) un ressort dramatique qui ne révélera qu'en toute fin. Le film ne cède au démonstratif qu'une seule fois de manière peu convaincante avec la dispute et la confession du couple gay un peu trop larmoyante. 

Sous l’énergie et le foutoir apparent laissant croire à de l’improvisation, le script est pourtant très rigoureusement écrit et construit et paradoxalement cette seule scène à ne pas fonctionner est pourtant une extension de la réalité. Gondry pas convaincu par un des deux acteurs leur avait demandé d’échanger leur rôles et au cours d’un dialogue évoquant la tromperie de l’un d’entre eux, une vraie dispute éclata, les caméras continuant à tourner et le moment étant conservé tel quel dans le film. Et donc paradoxalement la scène la plus "vraie" qui sonne le plus faux (et le pour coup moins forte que la grande confession finale d'un Breakfast Club), étonnant. 

Le film ne se noie jamais dans son concept grâce à l'énergie du jeune casting, au script osant des respirations inattendues (la séquence où en plein bouchon les ados s’évadent du bus pour aller commander une pizza, les flashbacks et séquences oniriques absurdes typiques des clips de Gondry surgissant sans que l’on s’y attende). On s'amuse beaucoup tout en reconnaissant forcément l’adolescent que l’on est ou que l’on a été au milieu de ce festival de vannes, de vacherie, de tendresse et de larmes. LE teen movie des années 2010 et la plus belle réussite de Gondry avec son magique Eternal Sunshine of spotless mind. Un des grands films de 2012.

Sorti en dvd zone 2 français chez France Télévision

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