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samedi 5 janvier 2013

Les Complices de la dernière chance - The Last Run, Richard Fleischer (1971)


Un ancien bandit vivant reclus dans un village de pêcheurs au Portugal accepte un dernier contrat, qui consiste à conduire un prisonnier évadé jusqu'en France.

Richard Fleischer réalise un superbe polar désenchanté et crépusculaire avec The Last Run, titre plutôt méconnu de sa filmographie bien fournie. Cette dimension crépusculaire est d'ailleurs bien plus parlante avec le titre original (quel titre français ridicule tout de même) qui illustre bien la nature de baroud d'honneur signifiée par les actes menés par le personnage de George C. Scott. Ancien bandit retiré des affaires depuis neuf ans, Harry Garmes (George C. Scott) vit une existence solitaire dans une petite cité portuaire au Portugal.

On découvrira qu'il abandonna la vie criminelle pour s'installer avec sa famille mais la mort accidentelle de son fils suivi du départ de sa femme en fait désormais un être éteint et reclus. La longue introduction le voyant bricoler sa voiture puis faire vrombir son moteur sur les routes désertes du Portugal illustre bien le caractère éteint de cet homme désormais plus animé au contact de sa machine qu'à celui des humains. C'est uniquement là qu'il se sent encore vivant et c'est précisément ce qui va l'inciter à reprendre du service en acceptant dernier job, conduire le tueur évadé Paul Rickard (Tony Musante) et sa fiancé Claudie (Trish Van Devere) en France.

La remarquable première partie quasiment sans action (si ce n'est la scène d'évasion) sert donc à poser les liens qui vont unir le trio. Paul jeune chien fou rouleur de mécanique va d'abord prendre de haut le "fossile" Garmes avant d'être virilement mis au fait de ses capacités intactes (géniale séquence où Scott accepte sans répondre les petites humiliations de Musante avant de le prendre à part pour une rouste sévère). On constate ainsi le fossé entre les deux générations de malfrat avec un Scott taciturne, professionnel et vigilant s'opposant à un Musante expansif et arrogant.

C'est ces différences qui vont créer un surprenant triangle amoureux avec une Claudie de plus en plus séduite par la droiture (et la fragilité qu'elle dissimule) de Garmes. Fleischer dépeint cela avec brio s'appuyant sur ses acteurs sans surligner par le dialogue tel ce moment où Paul envoie Claudie séduire Garmes pour l'amadouer et que surprise par la douceur et le respect de celui-ci on la devine amoureuse en un plan sur son regard soudain moins superficiel. L'enjeu de la fuite s'ajoute ainsi à celui du choix de cet homme attentionné et synonyme de sécurité.

Le film connu un tournage quelque peu mouvementé où John Huston initialement engagé quitta le navire après une bagarre avec George C. Scott, ce dernier trouvant également le moyen de se battre avec Tina Aumont qui devait au départ jouer le premier rôle féminin repris par Trish Van Devere. Dans tout ce tumulte George C. Scott et Trish Van Devere tombèrent amoureux se marièrent après le tournage. Cela se ressent à l'écran dans le lien sobre et touchant unissant leur personnage et constitue vraiment le ciment du film, le superbe score de Jerry Goldsmith restranscrivant bien cette mélancolie latente.

Ce n'est qu'une fois les enjeux chargé de cette facette émotionnelle que l'action peut se manifester car désormais impliquante. Les morceaux de bravoures sont peu nombreux mais rondement menés avec le savoir-faire habituel de Fleischer avec un gunfight tendu dans une usine abandonnée et surtout une longue poursuite en voiture sur les routes sinueuses de la campagne portugaise, tout en dérapages effrénés et tôle froissée. Le final résigné et poignant fait merveille à nouveau grâce à l'alchimie entre Scott et Van Devere comme leur ultime échange où ils nient pudiquement leurs espoirs et attentes surtout le dernier regard de Claudie trahissant à nouveau ses vrais sentiments.

La dernière course de Garmes n'était pas de se prouver qu'il était toujours un homme d'action mais un être pouvant aimer et l'être en retour. Un vrai petit classique étonnamment sous-estimé dans la carrière de Fleischer et une des grandes prestations de George C. Scott qui n'en manque pas. Les deux se retrouveront l'année suivante pour un chef d'œuvre du polar, Les Flics ne dorment pas la nuit.

Sorti en dvd zone 1 dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres

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