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vendredi 18 janvier 2013

La Maja nue - The Naked Maja, Henry Koster (1958)


En Espagne, à la fin du XVIIIe siècle, le peintre Francisco de Goya fait la connaissance de la duchesse d'Albe. Elle devient son mécène, son modèle et sa maîtresse...

La Maja nue est une grande source de frustration pour le cinéphile, sachant la splendeur qu'il aurait pu être. Le film est au départ un projet d'Albert Lewin (qui en co signe le scénario) qui devait y retrouver son égérie de Pandora Ava Gardner dans un récit prolongeant les thématiques du chef d'œuvre et au cœur de l'œuvre de Lewin avec ce questionnement sur le mythe, l'inspiration et l'amour fou s'inscrivant dans un cadre historique.

Malheureusement Lewin victime de problèmes cardiaques à la fin des années 50 doit désormais se reposer et se retire du projet, il décèdera dix ans plus tard sans avoir pu repasser à la réalisation. On ne peut vraiment pas dire que l'on gagne au change avec le rarement inspiré Henry Koster mais le résultat reste tout à fait honorable finalement et Ava Gardner qui retrouvait sa liberté (et la perspective de cachet plus mirobolants) avec ce dernier film sous contrat avec la MGM porte littéralement le film.

La Maja nue est un biopic du peintre Francisco Goya et de ses supposées amours avec la duchesse d'Albe qui selon la légende soutenue par le film (mais fausse puisqu'il s'agissait de Pepita Tudó maîtresse puis épouse de Manuel Godoy) lui aurait inspiré ses deux fameux tableau La Maja nue et La Maja vêtue. Même s'il prend une tournure largement romanesque, le récit s'inscrit dans un contexte plutôt bien amené avec cette Espagne sous l'Inquisition, son roi et sa cour détaché des réalités et notamment de l'invasion imminente du pays par les troupes de Napoléon approchant dangereusement des frontières. C'est dans ce cadre agitée que se croisent les routes de Goya (Anthony Franciosa) et la duchesse d'Albe (Ava Gardner) chacun rétif à leur environnement.

Goya bouscule les codes esthétiques établis en cherchant à capturer crûment la réalité dans toute son imperfection au sein de ses peintures, Maria quant à elle fuit les frivolités et l'hypocrisie de la cour pour s'évader dans le tumulte du peuple plus authentique. Ces deux facettes passionnantes tournent court malheureusement malgré de bonnes amorces (la scène où le directeur des arts critiques une fresque religieuse de Goya) pour mettre en avant la romance et les intrigues de palais. La relation entre Goya et Maria captive suffisamment cependant notamment tout le début où les personnages se jaugent faussement. Maria avertit Goya quand elle pense voir celui-ci négliger son art pour les plaisir de la cour dont il est devenu le peintre officiel et lui constatant peu à peu la corruption qui y règne la pense solidaire de ces différents abus.

Tout comme la réflexion sur la création, la facette sociale est juste survolée en dépit de ces pistes intéressantes mais la romance des plus flamboyantes finit par happer. Koster laisse exploser cette attirance sous-jacente le temps d'une merveilleuse scène de danse filmée avec grâce et illuminée par la gestuelle parfaite des amants notamment une Ava Gardner divine de sensualité.

 Des enjeux qui les dépassent vont séparer le couple dans la douleur et l'incompréhension par les manigances de personnages machiavéliques et ambitieux (Amedeo Nazzari excellent en premier ministre comploteur et Lea Padovani est une bien perfide reine d'Espagne jalousant Gardner) avec quelques rebondissements qui donneront un tour sacrificielle à Maria signant la profession de foi de peintre du réel de Goya. Coproduction entre United Artist et Titanus (Italie), le film bénéficie de moyens conséquents pas toujours bien mis en valeur par Koster qui comme dans La Tunique peine à exploiter son cinémascope.

Les splendides décors de Piero Filippone paraissent parfois bien étriqués (la fresque dans l'église, les intérieurs du château malgré une majestueuse scène où l'on découvre la bâtisse de l'extérieur en pénétrant dans le domaine par le portail en plongée) et la pourtant sanglante bataille finale entre les troupes de Napoléon et les révolutionnaires espagnols n'a pas l'ampleur attendus malgré quelques fulgurances et compositions de plan directement repris de peintures de Goya.

Koster se montre par contre particulièrement inspiré pour dépeindre ses amoureux, la scène de danse donc mais également la cavalcade de Goya pour rejoindre Maria en exil ou encore leurs épanouissement sous la photo ensoleillée de Giuseppe Rotunno (Ava Gardner affirmant qu'il était le meilleur directeur photo avec lequel elle avait travaillé et effectivement dans Le Dernier Rivage ou La Bible il la magnifia dans son approche de l'âge mûr, et l'éclaira aussi sur L'Ange Pourpre) lorsque Goya la peint en pleine campagne.

Anthony Franciosa adepte de l'actor's studio en fait des tonnes en Goya transi d'amour et jaloux, bouillonnant et surlignant chaque émotion. Cela ne dérange pas finalement et offre un habile contrepoint à Ava Gardner et son jeu tout en retenue et façade (à l'image de son personnage faussement superficiel) faisant surgir ses sentiments avec un maintien désespéré. Chaque pic dramatique est ainsi assez magistral par cette différence : la première étreinte avec Goya suffocant et Maria fuyant effrayé par l'intensité de sa passion, la magnifique scène où elle lui sauve la vie en le rendant jaloux (en un regard elle bouleverse plus que toute les grimaces de Franciosa) et le grand final mélodramatique la voyant mourante et immobile faire ses derniers adieux à son amant toujours aussi agités.

Le tableau de La Maja nue est amené avec un habile mystère dans l'intrigue dont il constitue un fil rouge ténu mais censure oblige on ne verra jamais distinctement la peinture alors que la conclusion appelait une vue pleine écran dans toute sa splendeur (ou alors une reproduction avec Ava pour modèle c'eut été quelque chose !). Bien meilleur que la piteuse réputation dont il bénéficie, La Maja nue faute d'être le prolongement ambitieux de Pandora espéré offre néanmoins un joli mélo avec une Ava Gardner magnifique.


Film assez difficile à trouver, uniquement sorti en dvd zone 2 espagnol sans sous-titre et même si le film demeure tout à fait regardable l'image n'est tout de même pas géniale. A part ça ne reste qu'à guetter une rediffusion sur TCM ou au Cinéma de Minuit en attendant une édition digne de ce nom.

Extrait (le film est en entier sur youtube mais doublé en espagnol par dessus les dialogues en anglais ^^)

6 commentaires:

  1. Henry Koster + Tony Franciosa = grosse boule de poils dure à avaler.
    Trop indulgent, Justin. Ou aveuglé par ta passion gardnerienne. Ce film est une brique indigeste (moins qu'AP, mais pas loin). On connaît ton amour pour Ava, mais là, justement, le Koster, il est carrément totalement impardonnable (et criminel) de lui flanquer cette choucroute noire sur le crâne, tellement lourdingue, tellement postiche, qu'elle a du mal à ouvrir des yeux déjà pas mal alcoolisés à l'époque et fardés ,ici, par je ne sais quel maquilleur assassin... Pauvre Ava. Koster n'a jamais été un léger mais alors là...
    On connaissait son Napoléon croquignolet avec Brando. J'ai revu, cet été, sa comédie avec Stewart "M.Hobbs takes a vacation", puis "Harvey" : deux super grosses briques là aussi, pas drôles et bien démonstratives.
    Y a qu'à comparer son "The Robe" avec "Les Gladiateurs" de Delmer Daves pour voir comment, avec un même matériau, deux réalisateurs peuvent faire le jour et la nuit.
    Le prends pas mal, hein. Mais franchement, Koster...
    Tiens, Borderie est un génie du film historique à côté.
    Lisa Fremont

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  2. Ah mais je n'aime pas du tout Koster d'habitude (et d'accord sur la comparaison entre Les Gladiateurs et La Tunique) mais j'étais préparé à une telle catastrophe vu la réputation du film que j'ai trouvé ça largement regardable même si j'admets volontiers être aveuglé par ma passion gardnerienne oui ^^. Là c'est un joli mélo bien relevé par Ava même si on ne peut que regretter ce que Lewin en aurait fait (on voit bien toutes les pistes passionnantes qui resten jachère avec Koster c'est frustrant).

    Pour le pire Koster j'avais parlé ici de son adaptation désastreuse de "Ma cousine Rachel" que j'avais vu après avoir lu le livre de Daphné du Maurier c'était assez douloureux... Donc non je ne suis pas fan de Koster je te rassure mais bon quand on s'attend on pire on ne peut qu'être agréablement surpris !

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  3. Oui.
    Mais non.
    Moins mauvais que ce qu'on croyait très mauvais, ça reste mauvais.
    Bon, tu es en train de me dire que tu t'attendais tellement à du Kinder surprise que, du coup, la plaque de chocolat Poulain Franprix (^^) t'a parue la truffe artisanale de chez Jean-Paul Rochoux ?
    Ouais. Essaie le verre d'eau entre 2 bouchées, ça remet les papilles en place.

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  4. Je reformuler alors, je m'attendais à un mauvais film et j'ai eu un film honnête sans être exceptionnel. Je reconnais aisément être bon public ceci dit je ne me monte pas la tête sur ce qui doit être de bon gout ou pas seul compte mon plaisir de spectateur et même avec tous les défauts que j'ai quand même relevé dans le texte j'en ai pris à la vision du film. Voilà voilà je te laisse faire une indigestion de caviar et de foie gras et je retourne à Franprix...

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  5. Et tout de même Lisa je te le redis quand même il va falloir faire la différence entre échange d'opinion différentes sur un film (ce que tu fais très bien dans ton premier commentaire) et avis péremptoire qui n'incite vraiment pas à poursuivre la discussion (ton deuxième comm) même pour Henry Koster. Ca s'appelle communiquer, je ne vois pas trop l'intérêt sinon à part faire un duel de bon mot dès que notre avis diverge sur un film (et ressortir Amélie Poulain à toute les sauces ^^). Bref...

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  6. Oui, pardon...
    Mais je tue sans hésiter père et mère pour un bon mot qui balance bien. Mais alors, sans hésiter.
    Même si je suis la seule que ça fait rire.

    Infréquentable.

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