Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 1 avril 2014

Une allumette pour trois - Three on a Match, Mervyn LeRoy (1932)


Dix ans après avoir réussi leurs examens, trois jeunes femmes se retrouvent: Mary est devenue actrice, Vivian a épousé le riche Henry Kirkwood, et Ruth est dans les affaires. Plus tard, Vivian donne une réception et invite ses deux amies. Elle fait la connaissance de Mike Loftus et décide de partir avec lui. Son mari la recherche avec l'aide de Mary, mais il tombe amoureux de celle-ci. Il divorce, épouse Mary et engage Ruth comme gouvernante, tandis que Vivian sombre peu à peu dans l'alcool...

Mervyn LeRoy signe un des Pré-Code les plus saisissants de l'époque, porté par un sens du tragique et une noirceur marquante. L'histoire dépeint les destinées de trois amies d'enfance, Mary (Joan Blondell), Ruth (Bette Davis) et Vivian (Ann Dvorak) de l'enfance à l'âge adulte. Le tempérament très différents des trois personnages et de leur environnement social est très marqué dès cette ouverture enfantine et semble déterminer leur avenir. Mary est une jeune fille volage et rétive à l'autorité, Vivian hautaine et capricieuse est elle issue d'une bonne famille tandis que la studieuse et sage Ruth vient d'elle d'un milieu prolétaire.

Si le cadre social annonce l'avenir matériel des personnages, LeRoy par la finesse de sa caractérisation rend dès le départ l'évolution morale plus floue et pas forcément à l'avantage de celles que l'on croit. La nature égoïste de Vivian annonce ainsi ses errements à venir tandis que même dans ses écarts Mary exprime un esprit de camaraderie la rendant immédiatement attachante (sécher les cours pour fumer avec ses amis), sans parler de Ruth qui sera la bienveillance incarnée même si l'intrigue tourne surtout autour des deux premières (et qu'on ne retrouvera plus du tout Bette Davis dans ce registre sage et effacé par la suite).

Rien n'est figé et le temps qui passe est synonyme d'évolution et de changement constant, voilà ce que semble nous dire Mervyn LeRoy avec ses transitions et ellipses se faisant sous formes de coupures de journaux et d'actualités traversant les années 20 et un monde en constante mutation. Entre chaque ellipse le point est fait sur la situation de nos trois héroïnes (Vivian épousant un riche avocat, Mary passant en maison de correction et Ruth devenant dactylo) jusqu'à leur retrouvailles où chacune semble s'être établit mais réagit différemment à son existence. Vivian est une épouse insatisfaite en dépit de son cadre de vie luxueux, Mary enfin épanouie malgré une vie d'artiste difficile et Ruth un quotidien sage mais ces retrouvailles vont faire basculer leur situation symboliquement lorsqu'elle partageront une allumette pour leurs cigarettes et selon la légende la dernière à le faire étant destinée au malheur.

Les qualités et défauts entrevus durant l'ouverture transcendent alors les origines pour le meilleur et pour le pire. L'égoïsme de Vivian l'entraîne dans une déchéance sordide où en s'amourachant d'un malfrat elle devient toxicomane et met la vie de son garçonnet en danger. Un drame qui réveille la compassion de la "mauvaise fille" Mary essayant de sauver son amie de cette situation ou au moins son fils confronté à ces fréquentations douteuses. Ce temps qui passe semble alors rétablir une sorte d'ordre moral en intervertissant la place de chacune offrir une sorte de résonance et justice en cette période de Grande Dépression.

LeRoy va loin dans les séquences où Anne Dvorak descend plus bas que terre, la mine hagarde et le pas incertain, le tout culminant dans un final glaçant et tragique. Joan Blondell n'est pas en reste en bad girl au grand cœur et malgré un rôle plus mineur Bette Davis impose une belle présence apaisée et bienveillante. On remarquera un Humphrey Bogart encore abonné aux seconds rôles diablement inquiétant en gangster impitoyable. Ce qui pourrait sembler un peu schématique disparait complètement grâce aux idées narratives et visuelles de LeRoy qui boucle le tout en à peine plus d'une heure.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

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