Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

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dimanche 30 mai 2010

L'Homme Orchestre - Serge Korber (1970)



Sans doute l'un des numéros comique les plus exceptionnel du grand Louis De Funès. On aurait même frisé le chef d'oeuvre si l'intrigue n'était pas aussi lâche, notamment dans la seconde partie. Son passé de musicien; sens de la chorégraphie et capacité à se mouvoir en rythme s'exposent là mieux que dans tout autre de ses films, ajouté à son habituelle énergie comique. La première partie du film est donc un petit bijou d'inventions, de rythme et de gags notamment une anthologique scène d'ouverture où une avenue est transformé en quasi piste de formule 1 par un De Funès automobiliste irascible.

On découvre ensuite le quotidien de son personnage, directeur d'une compagnie de danse veillant jalousement sur ces danseuses en éloignant toute présence masculine tentatrice. C'est l'occasion de quelques grands moments lorsqu'on assiste au traitement de choc subi par les danseuses entre répétition forcenées, régime draconien et traque nocturnes pour les plus dissipées. Gros changement, le personnage tyrannique habituel de De Funès se voit doté d'une étincelle passionnée qui le rend encore plus attachant dans les efforts qu'il fourni pour offrir le meilleur spectacle, tel la première scène de répétition où il entraîne toute la troupe dans un rythme endiablé qui monte progressivement ou encore une séquence d'audition où son regard s'illumine devant les prouesse d'une candidate. Tourné avant ses premier s soucis cardiaque, le film nous présente un De Funès survolté au sommet de sa forme physique.


Serge Korber offre une réalisation pleine d'invention dans les chorégraphies avec un festival de couleur et d'effets psyché sur le score excellent de François de Roubaix pour donner en définitive un bel objet pop. Le fiston Olivier De Funès est vraiment très drôle aussi en assistant ahuri et l'alchimie fonctionne bien avec le père. Vraiment dommage que la seconde partie plus vaudevillesque avec l'arrivée inopinée de bébés soit moins convaincante tant le début est parfait. Néanmoins ça se suit toujours sans ennui et quelques moment émergent comme une hilarante rencontre avec des siciliens arriérés (digne d'une séquence voisine dans "Casanova 70" de Monicelli) ou une filature par la police italienne. Un des meilleurs De Funès.

Une interview intéressante du chorégraphe du film

samedi 29 mai 2010

Quo Vadis - Mervyn LeRoy (1951)


L'empire romain est à l'apogée de sa gloire. De retour de campagne, l'un des chefs des légions victorieuses, Marcus Vinicius(Robert Taylor), revient à Rome pour recevoir les honneurs de Neron dont le nom est synonyme de tyrannie. Il va s'éprendre d'une chrétienne (Deborah Kerr) alors que Néron fomente de réduire Rome en cendres. C'est bientôt le chaos dans la capitale du plus grand empire du monde...

Troisième adaptation du roman de Henry Sienkiewicz (qui lui valu le prix nobel en 1905) après une adaptation italienne à succès en 1913 et une hollywoodienne en 1925. Cette nouvelle version fut une production de longue haleine pour la MGM puisqu'elle fut mise en oeuvre dès les années 30 avant que la crise, puis la seconde guerre mondiale (le tournage fut toujours envisagé en Italie) en recule le tournage. Entre temps John Huston se vit confier la réalisation, Gregory Peck le rôle du général romain et Elizabeth Taylor (qui abordera finalement le genre avec éclat pour le monumental Cléopatre) le rôle féminin. Peck souffrant jete l'éponge, Huston avec et c'est le grand Mervyn LeRoy qui reprend les rêne et aborde pour la première fois la fresque historique tandis que Robert Taylor (déjà censé jouer le rôle lors de la tentative des années 30) remplace Peck.

Grande prise de risque pour la MGM avec un budget colossal et un tournage à Cinecitta (en ruine durant l'après guerre et reconstruit par la MGM pour le film ce qui contribuera aux renouveaux de ses studios mythiques), le film est le précurseur de toutes la vague de fresques épique et bibliques qui vont envahir Hollywood durant les années 50, notamment La Tunique (qui inagura le cinemascope) en 1953, calqué sur son modèle mais en moins réussi. Récit de l'émergence des premiers chrétiens durant le règne du cruel Neron, le film malgré ses moyens énormes, adopte finalement un ton assez intimiste. Le récit nous narre la rencontre entre le chef romain Marcus Vinicius et la chrétienne Lygie. Marcus Vinicius est présenté pendant un long moment de la manière la plus antipathique, étendard de la fierté et de l'arrogance romaine. Méprisant envers les autres races, coureur de jupons il est cependant ébranlé par Lygie qui refuse ses avances et ne trouvera rien de mieux que de la racheter de force pour s'assurer ses faveurs. Un très belle prestation de Robert Taylor qui restera hermétique à la chrétientéé pratiquement jusqu'au bout, ne mettra sa situation en danger que pour Lygie et n'invoquera le christ que lorsque celle ci semblera perdue.

Un charisme parfait et une fière allure en armure romaine confère toute l'assurance nécéssaire avant que ses certitudes se fissurent lentement. Face à lui Deborah Kerr incarne la pureté et l'innocence virginale, à la beauté troublante (belle dernière scène sacrificielle en toge transparente) et qui expriment parfaitement le déchirement de son personnage entre l'amour (et l'attirance sexuelle) qu'elle ressent pour Marcus et sa foi inébranlable.

Mais bien sûr celui qui vole presque le film, c'est Peter Ustinov (très inspiré de Charles Laughton dans Le Signe de la Croix) en Neron, à la frontière entre le gros cabotinage et le génie. Pitoyable, monstrueux, ridicule, terrifiant, c'est un Neron haut en couleur se croyant au dessus des hommes, croisement entre amusement enfantin et pulsion sanguinaire, qui va faire brûler Rome par seule vocation artistique. N'oublions pas également un excellent Leo Genn, point d'équilibre du film en observateur cynique et distancié des évènements qui se voit offrir une scène de mort émouvante et pleine de panache.

LeRoy décrit avec un beau pouvoir d'émerveillement le christianisme émergent, avec un bel usage de l'iconographie chrétienne lors des flashback de Pierre sur Jesus Christ avec ses cadrages inspiré et sa lumière divine (magnifique photo de Robert Surtees), lors des scène de sermons où il saisit le regard habité des croyants, occasionnant certains des plus beaux moments du film. Croyant ou pas, on ne peut qu'être captivé, porté par le score parfait de Miklos Rosza. LeRoy parvient à trouver le ton juste et éviter l'emphase qui peut gâcher d'autres films biblique un peu trop pieux pour le cinéphile qui n'en demande pas tant. A l'opposé, toute l'imagerie spectaculaire et luxueuse (avec des palais gigantesque et saisissant de détails) se fait dans la description de Rome avec son lot de moments impressionnants : l'arrivée triomphale de Marcus dans Rome, le final dans le colisé et bien sûr l'incendie de Rome par Neron. Ce dernier un sans doute la scène la plus marquantes, une pures vision d'apocalypse avec ses milliers de figurants brûlés vif ou ensevelis sous des édifices gigantesque, très grande scène.

Le final est également d'une puissance incroyable avec ses chrétiens livrés en pâture à des fauves dans les arènes, conservant chantant pour se donner du courage dans leurs derniers instants. Malgré la brutalité de la scène, on reste quand même loin du sadisme et de la sauvagerie extrème qu'offrait De Mille dans "Le Signe de La Coix" (dont ce Quo Vadis est très inspiré mais le De Mille était aussi une adaptation officieuse du livre finalement). Le pic d'intensité est atteint lorsque Deborah Kerr se retrouve seule dans l'arène attaché face à un taureau et héroïquement défendu par son serviteur Ursus, Taylor s'abandonnant enfin à la foi parallèlement.Très grand film donc, même si on a fait mieux dans un registre similaire quelques années plus tard avec Les Dix Commandements, Quo Vadis reste un film marquant du genre.

Trouvable dans une somptueuse édition zone 2 chez Warner


vendredi 28 mai 2010

L'Homme de l'Arizona - The Tall T, Budd Boetticher (1957)


Après avoir perdu son cheval dans un pari, Pat Brennan (Randolph Scott) se retrouve à pied dans le désert. Heureusement, une diligence conduite par son ami Ed Rintoon passe à proximité. Il ne s'agit pas de la ligne habituelle mais d'un transport particulier réservé par les jeunes mariés Willard et Doretta Mims (Maureen O' Sullivan) pour leur voyage de noces. Doretta est la fille du plus riche propriétaire de la région. Lorsque les quatre passagers arrivent à la station relais, l'endroit semble vide : le tenancier Hank Parker et son fils Jeff ne répondent pas aux appels de Brennan. Alors qu'ils cherchent Hank et Jeff, les quatre voyageurs sont surpris par trois bandits terrés dans la maison : Frank Usher et ses deux hommes, Chink et Billy Jack.

La réussite commerciale et artistique de l'excellent Sept Hommes à abattre avait permis à Budd Boetticher de se relancer après son renvoi d'Universal. Ce fut aussi l'occasion grâce à John Wayne qui produisait le film de la rencontre entre Boetticher et la légende du western de série B Randolph Scott, ainsi que le scénariste Burt Kennedy dont c'était le premier script pour Hollywood. Les trois hommes s'étaient entendu à merveille pour donner le chef d'oeuvre que l'on sait et allaient entamer une fructueuse collaboration tout au long des années 50 pour ce qui est la période dorée du réalisateur. Sous l'égide de la société de production de Randolph Scott, Ranown, The Tall T sera donc le premier film de ce qu'on appelle le cycle Ranown dans la filmographie de Boetticher. Pas le meilleur de la série mais déjà une belle réussite.

Randolph Scott campe ici un ancien meneur de ranch bien décidé malgré les difficultés à désormais officier à son compte. La première nous dépeint ainsi un Ouest bucolique (même si la menace pointe déjà avec le chef de relai empoignant son fusil avant de reconnaître Scott) et chaleureux. Les échanges truculents avec le chef de dilligence (joué par Arthur Hunnicutt) ou encore l'épisode où Scott tente de faire l'acquisition d'un taureau en le domptant (où la connaissance des bête de Boetticher rend la scène très réaliste et efficace) offrent des pleins détendus plein de drôlerie dont la fameuse image de Randolph Scott la selle sur le dos marchant dans le désert.

Le film bascule ensuite dans une vraie noirceur lors de la rencontre avec trois redoutables tueurs qui vont prendre Scott et ses acolytes en otages. La nature de série B du film ne permettant pas les grands instants spectaculaire, le script de Kennedy (adapté de Elmore Leonard) fait preuve d'un détail et d'une subtilité brillante pour dépeindre les interactions entre les personnages. C'est tout d'abord l'étonnant méchant campé par Richard Boone qui surprend. On devine en lui un passé tragique qui l'a poussé à devenir criminel, tant son attitude est ambigüe.

Très différent des deux tueurs sanguinaires et ignare qui l'accompagne, il fait preuve d'un vrai respect envers Randolph Scott dans lequel il devine un homme de sa trempe (et auquel il aimerait ressembler) mais est d'un autre côté capable d'actes révoltant (le chef de station et son enfant qu'il laisse se faire tuer) s'ils les estiment nécéssaires ou mérités. Le personnage de vieille fille désespérée joué par Maureen O' Sullivan s'avère très touchant également et se rapprochement avec le viril Randolph Scott (en opposition avec son lâche mari qui la vend littéralement au tueurs) est très réussi, celle ci découvrant enfin les bras d'un homme aimant et protecteur qui va lui ouvrir les yeux.


Boetticher nous mène suffisamment bien en bateau avec un rythme alerte (76 minutes à peine) qu'on en oublie que le seul moment d'action intervient lors de la conclusion. La grande question traversant la filmographie de Boetticher "Qu'est ce qui définit un homme, un vrai ?" se dessine lors du face à face final entre Scott et Boone. Se retirer avec honneur où tenter une ultime traitrise sera l'enjeu d'une ultime confrontation qui rappelle (en moins fort) celle de Scott et Lee Marvin dans Sept hommes à abattre. La violence crue du film (pour du pré Peckinpah) surprend pas mal également avec du sang bien visible et surtout deux adversaires abattu d'une balle dans le visage. Très bon western donc et le meilleur était à venir.


Disponible en dvd zone 1 sur le magnifique coffret Sony consacré à Boetticher. Le disque contenant The Tall T comprend d'ailleurs un documentaire captivant aux intervenants prestigieux (Tarantino, Eastwood, Peter Bogdnanovich...) revenant sur les spécifités de l'oeuvre de Boetticher et surtout sur une existence assez incroyable...

jeudi 27 mai 2010

Le Facteur sonne toujours deux fois - The Postman always ring twice, Bob Rafelson (1981)



Un remake du classique des années 40 et nouvelle adaptation du roman de James Cain (également adapté à la sauce néo réaliste par Visconti dans Les Amants Diaboliques) assez réussie. La trame suit plutôt fidèlement celle de l'original avec quelques petits changement qui en modifie quelque peu la portée. Le bon gars dépassé par les évènements incarné par John Garfield devient un petit escroc sans envergure sous les traits de Jack Nicholson, Jessica Lange s'avère plus fragile et attachante que l'archétype de femme fatale incarnée par Lana Turner et la portée sociale est évincée pour se focaliser sur le couple vedette.

La voix off fataliste typique du film noir et la narration en flashback disparaissent aussi. Si la scène la plus chaude de l'original était la mythique apparition de Lana Turner en mini short blanc, l'ambiance est nettement plus torride et moite ici. Libérée du poids de la censure le récit libère son côté charnel avec des amants qui ne cesse de se poursuivre, se battre et se griffer avec en point culminant la célèbre scène où Jack Nicholson prends sauvagement Jessica Lange sur la table de la cuisine ou encore celle où pour simuler les séquelles d'un accidents il se frappe mutuellement le tout finissant par une étreinte sauvage en plein air.

Un peu comme l'original le récit tire un peu en longueur sur la conclusion qui s'éternise en poussant les conflits des personnages jusqu'au point de rupture. Cela reste néamoins plus intéressant que du neo film noir façon La fièvre au corps qui se contentait de singer les codes classiques avec une touche d'érotisme soft.

Pour sa seconde collaboration avec Rafelson, Jack Nicholson offre une de ses meilleurs prestations, mélange de dureté masculine et d'amour pathétique typique des héros désarçonné des 70's et se demarquant de celle de John Garfield dans l'original. Jessica Lange est quant à elle impressionnante de sensualité et d'émotion et prouvait là qu'elle n'était pas la potiche entrevu dans le remake de King Kong, premier rôle qui ne jouait que sur sa plastique.

mercredi 26 mai 2010

Grand Hotel - Edmund Goulding (1932)



Grand Hotel est l'adaptation évènement d'un des plus grand succès littéraire de l'époque d'après le livre du même nom de l'auteur Vicki Baum. Ayant terminé le livre tout récemment, j'étais assez curieux de voir ce que donnait cette version filmée récompensée de l'Oscar du meilleur film en 1932. Dans l'ensemble c'est très fidèle mais ça manque vraiment du souffle et de la puissance du roman. L'histoire dépeint la manière dont bascule le destin d'un groupe de personnages en difficulté et gravitant autour d'un palace berlinois.

Parmi eux un modeste comptable mourant bien décidé à passé ses dernièrs jours en menant la grande vie dans l'hôtel de luxe joué par Lionel Barrymore. Une étoile du ballet sur le déclin incarné par la grande Greta Garbo. Un baron fauché et cambrioleur joué par Lionel Barrymore, une jeune et jolie secrétaire ayant les traits de Joan Crawford, un grand patron un peu gauche joué par Wallace Berry et tel le spectre des lieu un docteur mutilé de guerre joué par Lewis Stone.


Le grand atout du film c'est vraiment ce casting prestigieux (réunion des plus grandes stars de la MGM à l'époque) faisant magnifiquement vivre les personnages de papiers malgré quelques différences comme Lionel Barrymore un peu trop vieux pour le rôle. Le travail d'adaptation est remarquable en condensant idéalement le livre et en présentant tout les personnages en un temps record lors de l'ouverture dans le hall de l'hôtel. Seul soucis un aspect figé et machinal qui peine à éveiller l'émotion, et surtout un côté démonstratif qui fait passer toutes les émotions retenues du livres de manière très explicite comme la crise de vieillesse de la Groussinkaïa jouée par Garbo.

Il y a tout de même de belles idées quand le film décide de s'éloigner de l'oeuvre de Vicki Baum. Dans le livre la Grousinkaïa ignore (ou feint d'ignorer) que le Baron l'ayant sauvé du suicide était venu lui voler ses bijoux. Dans le film l'émotion est d'autant plus forte puisqu'il lui avoue son méfait et lui rend les perles pour lui prouver son amour. Quelque petites édulcorations interviennent également comme le fait que Joan Crawford vende son corps (même si c'est clairement suggéré) ou l'addiction à la morphine du personnage du docteur. D'un autre côté, l'érotisme latent est bien exprimé tel la nudité de Garbo largement dévoilée et les scène explicite et très tendre avec Lionel Barrymore.

Le personnage du comptable Kringelein, pathétique et touchant dans le roman est assez raté par contre car sa maladresse de nouveau riche est plus tourné en ridicule qu'en gaucherie émouvante. Le scénario passe ainsi à côté de l'aspect social de cet homme subalterne toute sa vie et s'affirmant quand sa vie touche à sa fin. Le rapprochement avec Joan Crawford, autre brisée par sa condition est donc nettement moins fort que ce même passage d'une toute autre portée dans le livre. Le personnage du grand patron Preysing bien plus subtil dans le livre est également fort simplifié pour en faire le simple "méchant" du récit.

Du coup le final paraît assez expédié et se suit distraitement, même quand un personnage clé meurt dans d'affreuse circonstances (et ce malgré la très bonne idée dramatique de conserver présent le personnage de Garbo jusqu'au bout contrairement au livre où elle sort du récit à mi parcours). Bonne adaptation littérale mais qui rate pas mal le coche sur le fond, dommage. Le livre de Vicki Baum est cependant vivement conseillé, ça serait dommage de passer à côté.

mardi 25 mai 2010

Ariane - Love in the afternoon, Billy Wilder (1957)

Claude Chavasse, détective privé, habite un modeste appartement parisien avec sa fille Ariane, élève au conservatoire de musique. Pour le compte d'un client, il doit épier les faits et gestes de l'épouse de celui-ci et de son amant, un certain Frank Flannagan, homme d'affaires américain d'âge mûr et fameux don Juan, qui loue toujours la même suite au Ritz lors de ses séjours à Paris. Lorsque Chavasse fait son rapport au mari trompé, celui-ci prend un coup de sang et menace d'aller tuer son rival sur-le-champ. Ariane, séduite par la prestance de Flannagan qu'elle a vu en photo, cherche par tous les moyens à le prévenir. Jusqu'à se rendre elle-même dans sa garçonnière...


Charmante comédie romantique comme Wilder en a le secret, avec la légère dose de provocation qui fait son style. Confrontation entre la jeune fille innocente incarné par Audrey Hepburn et le coureur insensible joué par Gary Cooper (un pur rôle à la Cary Grant dans les moment les plus comique). Une suite de circonstances rocambolesque amène la rencontre entre ces deux être aux mondes totalement différent et Hepburn sous le charme ne trouve pas d'autres moyen pour mettre le grappin sur Gary Cooper que de se faire passer pour son égal féminin en s'imaginant une foule de conquête masculine. Le défaut et la qualité du film sont le temps qu'il prend pour montrer Cooper tout d'abord amusé, puis intrigué avant de tomber réellement amoureux de Hepburn, lui qui fuit jusque là les femmes en demande.

Le film est audacieux en montrant les réactions que peuvent causer (même si cela s'avère faux) une femme qui à l'égal des hommes, multiplierai les aventures sans états d'âmes et au grand jour, chose pas encore admise à l'époque comme le montre les réactions du personnages de Cooper peu à peu agacé puis réellement jaloux du passé tumultueux de Ariane. Audrey Hepburn est excellente, bien espiègle dans les tours qu'elle joue à Flannagan et la dernière scène où elle poursuit son mensonge à la gare les larmes au yeux alors que Cooper a tout deviné est parmi les séquences les plus touchante de Wilder.

Belle alchimie entre un Cooper vieillissant et la candeur de Hepburn, Maurice Chevalier père et détective cynique est tout aussi bon. Sinon foule de petits détails comiques typique de Wilder comme l'ironique séquence d'ouverture qui nous présente Paris comme l'idéal romantique sous toute ses formes avant de conclure sur une scène d'adultère, Chavasse qui se contente de demander ses honoraires à un client qui projette de tuer sa femme ou encore le groupe de musicien tziganes qui suis Gary Cooper à la trace et ce jusque dans un hammam. Très joli film qui souffre juste de sa longueur (2h10 quand même) quoique en cherchant difficile de dire ce qu'il aurait fallu couper, ça prend son temps et ce n'est pas plus mal finalement. En collaboration Wilder/Hepburn j'ai une nette préférence pour celui ci, injustement moins célébré que Sabrina auquel j'accroche beaucoup moins.

Ressorti l'an dernier dans une belle édition zone 2 chez Carlotta

Chungking Express - Chong qing sen lin, Wong Kar Wai (1994)


L'histoire de deux flics lâchés par leur petite amie. Le matricule 223, qui se promet de tomber amoureux de la première femme qui entrera dans un bar à Chungking House, où il noie son chagrin. Le matricule 633, qui chaque soir passe au Midnight Express, un fast-food du quartier de Lan Kwai Fong, acheter à la jolie Faye une salade du chef qu'il destine à sa belle, une hôtesse de l'air.

Suite à une énième interruption de tournage de son Wu Xia Pian Les cendres du temps, Wong Kar Wai s'offre une récréation avec un petit film tourné à l'arrache dans Hong Kong avec une équipe réduite et un script rachitique. Essentiellement destiné à lui redonner le plaisir et l'envie de tourner avec un film plus modeste et libre en opposition à la lourde logistique des Cendres du Temps, le "petit" film constituera finalement un des joyaux de sa filmographie avec Nos Années Sauvages et In the Mood For Love.

Le pitch très conceptuel offre une variation sur le même thème avec deux histoires aux point de départ similaire (un flic en proie au chagrin d'amour réconforté par une rencontre féminine improbable) mais au traitement bien différent.

La première histoire confronte un couple improbable constitué de Takeshi Kaneshiro et Ling Ching Hsia. Essentiellement nocturne, l'ambiance fait la part belle au spleen introspectif à travers les tourments affectifs d'un Takeshi Kaneshiro inconsolable. Wong Kar Wai capte parfaitement la détresse ressentie dans ces moments là, à laquelle il offre sa touche drôle et poétique avec les défis improbable que se lance Kaneshiro dans l'espoir qu'elle revienne (comme avaler 30 boîte d'ananas périmées, le soir de son anniversaire et un mois après leur rencontre) où la manière étonnante dont il décide de tomber amoureux de Ling Ching Hsia. Cette dernière nous offre là son rôle le plus mystérieux et iconique (bien que plus féminine la dureté de ces personnages androgyne de wu xia pian est intacte), perruque blonde,lunettes noires et gros imper masquant son apparence et es sentiments avec un personnage tout en froideur. Mêlées à des affaires louches, elle offre au film un aspect polar léger ainsi qu'un aperçu cosmopolite de Hong Kong avec ses émigrants pakistanais (visibles également dans la seconde histoire).

Wong Kar Wai distille une ambiance nocturne typique de son style et préfigurant notamment "Les Anges déchus" (notamment l'utilisation de morceaux trip hop accompagnant les déambulations de ses personnages) et quelques idées visuelle développées dans "As tears Go By" comme ces dilatations du temps dans les mouvements saccadés des personnages lors des poursuites leurs donnant une aura abstraite et picturale à la Enki Bilal. La rencontre Kaneshiro/Lin se fait tout en non dit et silence platonique sur fond de musique jazzy et le jour levé tout est fini, chacun ayant donné du courage à l'autre : oublier et passer à autre chose pour Kaneshiro revigoré par une Ling Ching Hsia reconnaissante et moins froide qu'en apparence, celle ci étant enfin en état d'en finir définitivement avec ces ennemis.

Totalement à l'opposé, la seconde histoire part de la même base pour un récit lumineux, enjoué, ludique et débordant de charme.Cette fois c'est Tony Leung Chiu Wai fraîchement largué qui va voir débouler l'ouragan Faye Wong dans sa vie. Des idées narrative brillantes comme le changement de menu progressif de Tony Leung au fast food annonçant puis confirmant son célibat tandis que dans un coin la serveuse Faye Wong trépigne sous la timidité apparente.

Ensuite le sourire béat ne nos quittera plus jusqu'au bout (acompagné des Mamas and Papas)lorsque Faye Wong s'introduit en douce chez Tony Leung pour arranger son appartement à son insu, que ce dernier voit sa déprime inexplicablement s'estomper tandis que le récit se fait de plus en plus enlevé et romantique alors qu'une nouvelle fois la relation reste en apparence platonique (procédé poussé à l'extrême dans In the Mood For love). Tout spectateur normalement constitué doit terminer amoureux de Faye Wong qui offre une prestation éblouissante de fraîcheur et de spontanéité à travers des scènes merveilleuses tel sa réaction quand Tony Leung lui rapporte son disque, le massage de pied et bien évidemment le ménage sur fond de reprise de Dreams* (morceau des Cranberries à l'origine) en cantonais.

On sent pas mal l'influence du Godard des débuts avec ce sentiment de fougue, de liberté et de jeunesse qui imprègne le film, ancré pour le meilleur dans un ton et une ambiance typique de la première moitié des années 90 (les pager, les boîtes vocales à consulter...) tout en illustrant l'architecture atypique de Hong Kong comme personne (la fenêtre de Tony Leung donnant sur un escalator !). Après multiple visionnages le charme ne s'est jamais estompé, et malgré une filmo impeccable jusqu'à In the mood for love Wong Kar Wai ne retrouvera jamais plus cette grâce, et certainement pas dans sa tentative raté de renouer avec le ton de Chungking Express dans le récent et poussif (malgré quelques moments sympas) My Blueberry Nights.

Trouvable facilement en dvd zone 2 et ressortie récemment en Blue ray

Un des plus beaux moments du film



Autre joli moment Faye Wong démasquée !



*Les reprises de tubes pop anglo saxon en cantonais sont fréquents chez Wong Kar Wai, dès As Tears Go By on avait droit à une savoureuse version du Take My breath away, ou encore Karma Koma dans Les Anges Déchus.

lundi 24 mai 2010

Les Grandes Manoeuvres - René Clair (1955)



Au début du siècle dans une petite ville de garnison, Armand de la Verne, lieutenant des dragons fait le pari de séduire une femme désignée par le hasard. Marie-Louise Rivière se trouve être l'innocente victime du pari, mais Armand en tombe malgré lui éperdument amoureux.Un beau drame sentimental, parmi ce qui a pu se faire de mieux dans la veine romanesque au sein du cinéma français. Gérard Philippe de nouveau dans une grande figure de séducteur, qui campe ici un lieutenant au charme dévastateur et à la goujaterie étincelante comme le montre une mémorable entrée en matière où quittant une amante, il en trouve une autre dont il avait oublié la présence en rentrant chez lui. Sur un pari, il se lance dans une cours éfrennée de Michelle Morgan, un repas étant l'enjeu s'il la fait sienne. Cependant, loin des jeunes provinciales naïves (dont une toute jeune Brigitte Bardot) ou des femmes mariées esseulée auquel il a affaire d'ordinaire, Marie Louise Rivière est une femme distinguée venue de Paris qui voit clair dans son jeu.

C'est cette distinction et cette opposition qui va prendre en défaut le séducteur pris à son propre jeu, car c'est en tombant réellement amoureux et se dévoilant qu'il finit par progressivement gagner le coeur de Michelle Morgan. Sous l'aspect sentimental, le film s'avère d'une terrible cruauté dans sa description du mode de vie provincial bourgeois. Toutes les femmes se montrent défiantes et distante envers Michelle Morgan, jalouses de son allure et de sa beauté. Chaque faits et geste est épié, étudié et commenté par la communauté pour faire circuler la calomnie, notamment lors d'une belle séquence de ballade romantique totalement détournée car constamment perturbée par les voix des harpies observatrices en voix off.

Si la solitude entraînée aboutit au rapprochement du couple de héros, il sera aussi la cause de la rupture définitive car impossible de reparaître à la face du monde après avoir vu son nom bafoué. Michelle Morgan est magnifique d'assurance et de distinction, ce qui rend les moments où elle cède d'autant plus fort face un un Gérard Phillippe parfait qui montre bien l'impasse de son personnage prisonnier e sa réputation et ses mécanisme hypocrite. Visuellement c'est vraiment un des plus beaux films français de l'époque, couleurs chatoyantes, intérieur studios de tout beautés et filmage élégants de cette ville bourgeoise de province.

Une dernière scène poignante qui montre toute l'impasse ayant parcouru le film, les sentiments des personnages sont intact mais le poids des regards (les rires des camarades de régiment en fond sonore uand Gérard Philippe tente de s'expliquer durant l'avant dernière scène sont terriblement cruels) et la fierté à afficher empêche tout retour en arrière.

Disponible en dvd zone 2 chez René Chateau ou pour encore moins cher en dvd zone 2 anglais de très bonne qualité.

Extrait avec la séduction très agressive de Gérard Philippe

dimanche 23 mai 2010

Dans la nuit des temps - Hua yue jia qi, Tsui Hark (1995)


Lors d'une "fête des affinités", soirée destinée aux célibataires, un jeune homme, Kong, et une jeune fille, Yan Yan, se croisent à plusieurs reprises, sans s'apercevoir qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Bientôt, Kong est assassiné par des gangsters. Son fantôme demande alors à Yan Yan de remonter le temps avec lui afin d'empêcher sa mort...


En 1994, Tsui Hark réalisait ce qui reste un de ces plus beaux (et accessibles) film avec le sublime The Lovers adaptation de la célèbre légende chinoise des amants papillons. Succès énorme à Hong Kong, le film reposait grandement sur le charme juvénile et l'alchimie entre ces deux acteurs, Nicki Wu et la belle Charlie Yeung. En producteur avisé, Tsui Hark décide de réunir à nouveau son couple vedette dans un autre film qui sera donc Dans la nuit des temps. Les amateurs du romanesque contemplatif de The Lovers en seront pour leur fais puisqu'il s'agit là d'un des films les plus fous du réalisateur.

Le film offre un spectacle étourdissant et éreintant qui croise une love story émouvante entre la vie et la mort façon Ghost croisée à un récit de voyage dans le temps avec paradoxes temporels tarabiscotés à la Retour vers le futur 2. On oublie bien vite ces deux références face à la narration survoltée de rythme et de rebondissement, aux ruptures de ton constantes (grosse comédie scato puis drame poignant s'alternant dans la même scène parfois) et aux foisonnement d'idées folles dont une seule suffirait à nourrir 10 films chez d'autres (l'incroyable création qu'est le monde electrique des pylones où son enfermées les âmes bloquées dans l'espace temps par l'electricité). Tsui Hark parvient en un clin d'oeil à créer un univers propre avec ses règles sans s'embarrasser d'explication superflues (l'idée des pensées tristes et amoureuses pour effectuer le saut dans le temps) et nous offre une de ses réalisations les plus inventives tout en parvenant à ménager de beaux instants à son couple de héros (la transmission de pouvoir, Charlie Yeung qui explique le sens de la chanson chantées par son père, le final).

Comme souvent il n'a pas forcément les moyens de ses ambitions et on dénombre pas mal d'effets visuels ratés (tout les pouvoirs de Niki Wu) même s'ils font preuve d'une inventivité constante (les scènes avec les doubles surprenante, le fascinant monde des pylones). Le récit emporte suffisamment pour que à la manière d'un Green Snake (dont la poésie transcandait complètement les effets spéciaux limités) on passe vite ces détails pour se laisser porter par l'aventure.

Seul vrai défaut, un trop plein de péripéties dans le dernier quart d'heure qui finit tout de même par perdre le spectateur le plus attentif (et habitué à la frénésie du cinéma de Hong Kong). Belle reconstitution à la hauteur des meilleurs production Workshop et Niki Wu et Charlie Yeung confirme leurs incroyable alchimie de The Lovers asur un ton plus déjanté mais tout aussi émouvant. Une bien belle musique aussi par Wu Wai Lap qui avait collaboré avec James Wong sur celle de The Lovers, le film laisse souvent penser qu'il aurait pu constituer une suite thématique à Shanghai Blues et Peking Opera Blues (petite bafouille à lire ici) avec ses personnages évoluant dans le théâtre mais s'en éloigne complètement par la suite. La folie expérimentale du film ne touchera pas autant les spectateur hongkongais que The Lovers mais pour l'amateur du cinéma de Tsui hark, un de ses films les plus passionnants.

Sorti dans une belle édition zone 2 chez HK Vidéo

samedi 22 mai 2010

Bienvenue à Gattaca - Gattaca, Andrew Niccol (1997)

Dans un monde futur, on peut choisir le code génétique des enfants. Gattaca est un centre d'études et de recherches spatiales pour des gens au patrimoine génétique impeccable. Jérôme, candidat génétiquement idéal, voit sa vie détruite par un accident tandis que Vincent, enfant naturel, donc au capital génétique « imparfait », rêve de partir pour l'espace. Chacun des deux va permettre à l'autre d'obtenir ce qu'il souhaite en déjouant les lois de Gattaca.


Premier film de Andrew Niccol qui signait là une des oeuvres les plus marquantes de la science fiction utopique et alarmiste. Dès les premières minutes, nous pénétrons un monde froid et aseptisé où déambulent des êtres parfaits au physique longiligne et au visages sans défauts. C'est la société de Gattaca (terme associant les quatres éléments essentiels composant le génome humain Guanine, Cytosine, Adénine et Thymine), pratiquant l'eugénisme à l'échelle moderne et faisant de vos gènes le critère essentiel pour accéder à de haute fonction.

Dans cet univers, Jérôme (Ethan Hawke) est un des meilleurs éléments mais on va bientôt découvrir qu'il n'est pas ce qu'il prétend être. Andrew Niccol fait des miracles avec un budget limité pour illustrer son futur, à la fois très avancé stylisé et dépouillé et fuyant tout clinquant inutile. On pense bien évidemment au THX1138 de George Lucas pour l'esthétique (des scènes ayant même été tournées au "Marin County Civic Center", ouvrage réalisé par l'architecte américain Frank Lloyd Wright en 1957 à San Rafael qui abrita le tournage du film de Lucas également) désincarnée et les personnages glaciaux mais aussi au Meilleur des Mondes de Aldous Huxley au message similaire.

Niccol rend pourtant le film unique associant ses influences à un vrai drame humain. Gattaca est un monde où plus aucune chance n'est laissée au hasard et où tout est prédéterminé. C'est contre ce destin tout tracé que se dresse Vincent dont le rêve est d'aller dans l'espace. Un flashback puissant nous fait découvrir le véritable chemin de croix traversé par "les enfants de l'amour" mis de côté par leur failles potentielles (et non avérées) et cela dès le jour de leur naissance comme le démontre une sordide scène d'accouchement où la sage femme dénombre toutes futures caractérisques physiques et mentales du nourrisson (y compris le jour de sa mort).

Est ce les gènes dont nous avons été doté qui nous rende légitime ou la volonté de ce que l'on souhaite faire de nos atouts qui nous rend légitime ? Là est la grande question du film avec un Vincent imparfait mais habité d'une vraie foi pour son projet auquel il sacrifie tout à l'inverse de Jérôme (premier rôle de Jude Law qui n'a jamais été meilleur) possédant le physique mais pas l'envie de s'élever au firmament. La relation de Jérôme avec son frère génétiquement parfait (Niccol semble vraiment avoir mis beaucoup de lui même dans cet rapport) est également passionnante, à travers cette éternelle rivalité où une nouvelle fois le mental et l'envie vont faire la différence lors de deux scène clé où ils se défient à la natation. C'est en battant son frère une unique fois que Jérôme découvre que rien n'est déterminé, s'il s'en donne les moyens il peut renverser des montagnes.

Niccol distille également une ambiance de thriller très originale à travers les stratagèmes que doit employer Vincent pour donner le change. Dans ce monde hyper contrôlé, la perte d'un cil devient soudain dramatique et Vincent doit constamment rester sur ses gardes pour ne pas se trahir. L'enquête policière parallèle (très bon Alan Arkin en policier génétique) maintient la pression sur notre héros avant son départ pour l'espace.

L'histoire d'amour entre la distante Uma Thurman qui fend l'armure progressivement (et dépasse ses préjugés) au contact de Vincent réserve également de beaux moments tel ce lever de soleil au petit matin (pour l'encdote Ethan Hawke et Thurman sont tombé amoureux sur le tournage et l'alchimie se resssent). Ethan Hawke est formidable de bout en bout et se débarrassait définitivement là de l'image de jeune rebelle de la Génération X pour prouver qu'il était un grand acteur, il retrouvera Niccol sur Lord of War en 2005.

Produit sur la foi du script de Niccol par la société de production de Danny De Vito, le film attire un casting prestigieux puisqu'en dehors du duo vedette on retrouvait Anan Arkin, Loren Dean ou le grand Ernest Borgnine. Succès relatif à l'époque, le film est devenu culte avec le temps. On est pas prêt d'oublier la dernière séquence et le regard de Vincent prenant enfin son envole sur les score envoutant de Michael Nyman, grand film.

Facilement trouvable en dvd zone 2

mercredi 19 mai 2010

La Fille de Ryan - Ryan's Daughter, David Lean (1970)

Après les succès colossaux de ses 3 précédents films (Le Pont de la Rivière Kwai, Lawrence D'Arabie, Docteur Jivago) également salué par la critique, David Lean revient là à un scenario original pour ce qui sera son dernier grand chef d'oeuvre.

Comme d'habitude la petite histoire se mêle à la grande pour dépeindre le destin des personnages même si le ton se fait plus intimiste (sur le fond du moins) ici que dans ses trois précédents film. On suit le destin de Rose jeune fille ne rêvant que de grande épopée romantique et donc forcément à l'étroit dans ce petit village isolé. Amoureuse de son professeur dont l'érudition est synonyme d'ouverture vers l'extérieur elle l'épouse mais une scène de nuit de noce assez pathétique lui fait vite comprendre la vie assez morne qui l'attend, arrive alors un bel officier anglais bien torturé qui va faire basculer son destin.

Lean capte parfaitement l'atmosphère de ces petits villages où règne le poids du quand dira t on, des regards, ici exacerbé par un patriotisme violent dû à l'occupation anglaise entrainant une forte tension pleine de complots potentiels, la rancoeur et la suspicion s'avérant avoir des conséquences tragiques: on passe ainsi à la cruauté ordinaire envers l'idiot du village en début de film à une traumatisante scène de lynchage collectif au final.

L'interprétation est assez inégale, et c'est les vieux briscard s'en sortent le mieux. Trevor Howard en curé gueulard en impose énormément, figure d'autorité néanmoins compréhensive et à l'écoute tandis que Mitchum en contre emploi total campe un instituteur rural simple et touchant. John Mills en idiot du village est aussi pathétique et bouleversant (oscar à la clé) et la galerie de trognes jouant composant les villageois est parfaite. Sarah Miles (femme du scénariste Robert Bolt) parait un peu tendre pour son personnage mais apporte une fraicheur et un spontanéité inouïe surtout en début de film mais Christopher Jones s'avère d'une rare fadeur en officier amoureux (plus convaincant en soldat traumatisé par le front) manquant de plomber l'histoire d'amour pilier essentiel du film.

C'est là qu'intervient le principal atout du film la mise en image d'un David Lean au sommet de son art. Pour compenser les carences de l'interprétation Lean se repose plus que dans tout autre de ses films sur l'image pour raconter son histoire. Les amants échangent finalement très peu de mots mais une stupéfiante scène de coup foudre (on ressent comme rarement le sentiment d'intensité et d'oubli de tout ce qui existe autour dans situations là) et une scène d'amour en pleine forêt (où l'éclosion de la faune accompagne l'épanouissement des amants) d'une tétanisante beauté suffisent à nous faire partager les sentiments des héros.

La photo de Freddie Young est une splendeur et nous offre des vues majestueuse de la cote irlandaise, de ses colline verdoyante et ses plaines immenses. Malgré le côté un peu hypertrophié (récit moins riche qu'un Jivago ou un Lawrence D'Arabie) on ne peut qu'être subjugué par la beauté des images.

Sans oublier des scènes d'anthologie comme l'union du village pour repêcher des armes destiné à la résistance irlandaise ou encore l'éprouvante scène de lynchage où on retrouve toute la cruauté dont peut faire preuve David Lean et on tient le travail le plus impressionnant du maître en terme de mise en scène (même si le romanesque Docteur Jivago conserve ma préférence). Le beau score de Maurice Jarre étant utilisé avec plus de retenue qu'à l'accoutumée.

Le contexte historique moins fouillé qu'à l'ordinaire mais toujours très bien vu également et sans manichéisme avec des soldats anglais parachutés là qui font ce qu'ils peuvent (un brillant dialogue dans le pub l'illustre bien et des Irlandais hargneux et revanchard qui veulent leurs libertés.

Sorti en plein avènement du Nouvel Hollywood où les figures d'un certain classicisme étaient montrées du doigt, le film fut injustement éreinté par la critique. David Lean subit également l'humiliation d'une conférence de presse transformée en lynchage par la journaliste Pauline Kael et ses sbires qui l'incita à s'éloigner de la réalisation les 15 années suivantes avant de terminer sa carrière sur La Route des Indes.

Disponible dans une belle édition zone 2 warner comme le prouve les belles captures ci dessus.