Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 3 mars 2011

L'Argent de la vieille - Lo Scopone Scientifico, Luigi Comencini (1972)


Une vieille milliardaire américaine (Bette Davis) sillonne le monde au gré de sa fantaisie et, dans chaque pays, elle se plaît à affronter les gens des bidonvilles dans de grandes parties de cartes pour prouver qu'elle est riche parce qu'elle est plus astucieuse. En quelque sorte, sa fortune serait méritée. Son jeu préféré est la scopa, jeu de mémoire et de réflexion.
Mais la donne est faussée, précisément parce qu'elle est très riche. Comme il s'agit d'un jeu d'argent et qu'à chaque fois elle double la mise, elle est certaine au final de pouvoir poursuivre indéfiniment, et donc de gagner de manière écrasante.
Peppino (Alberto Sordi) et Antonietta (Silvana Mangano) sont ses adversaires, mais également serviteurs, amis, dans une interminable partie à épisodes où tout un bidonville de Rome se cotise pour défier la vieille.


Voilà ce qui est sans doute une des comédies les plus féroces et réussies du grand Luigi Comencini. Le film anticipe fortement une des futur grands chef d'oeuvres de la comédie italienne à savoir le Affreux, sales et méchants de Ettore Scola à travers sa vision à double tranchant sur le statut des démunis et les comportements qu'il entraîne. La différence se fait au niveau du ton puisqu'aux déchets de l'humanité dépeint par Scola Scola Comencini oppose lui un vrai regard amusé et attachant sur son couple de héros, leurs famille et la communauté du bidonville.

La première partie du film décrit donc les difficultés matérielles de toutes sorte auxquelles doivent faire face les héros et qui pourraient être résolues par une victoire aux cartes face à la vieille. La misère ambiante est montrée sans complaisance, mais de manière bien réelle avec une bonne touche d'humour pour alléger le tout, en opposition au luxe opulent dans lequel vit la patronne incarnée par Betty Davis. Alberto Sordi en mari simplet et gaffeur est excellent comme souvent et forme un duo parfait avec une Silvana Mangano au rôle plus ambivalent. Après plusieurs parties où le couple est ridiculisé, gros tournant en milieu de film où ils se trouvent en position d'arracher une vraie fortune à la vieille.

C'est là qu'intervient alors plus précisément un des grand thèmes du film, les rapports de classe (d'ailleurs le choix d'acteurs étrangers avec Betty Davis et Joseph Cotten pour jouer les riches n'est pas innocent). Le couple grisé par la fortune qui lui sourit enfin poursuit le jeu selon le bon désir de la vieille, qui de dame affable et souriante montre son vrai visage de mégère cruelle incapable d'accepter la défaite et usant de tout son pouvoir pour l'éviter. Bette Davis excelle (certes plus toute jeune mais poussant son légendaire art du transformisme très loin par ce maquillage qui l'enlaidit et la vieillie encore plus lui donnant des airs de harpie) en vieille peau manipulatrice et faussement amicale joue pour beaucoup dans la tension extrême dégagée par les partie de scopa dont les règles parleront plus aux spectateur italiens mais dont la tension est largement communicative.

Comencini montre comme la fortune peut monter à la tête des gens de modeste condition à travers le personnage de Silviana Mangano, grisée par l'enjeu et incapable de s'arrêter même lorsque la vieille est mourante, le rapport dominant/dominé s'exprimant dans leurs incapacité à stopper la partie de leurs propre fait. Cette relation entre la vieille et le couple de héros est ainsi très ambigu et loin d'être manichéen, chacun faisant preuve d'un comportement détestable à un moment donné et révélant ainsi les travers de chaque classe par une cupidité, un orgueil et un sentiment de revanche bien humain qui les lient tous finalement.

Comencini délivre là une oeuvre bien plus fine que le principe de départ le laissait entendre. Bien que son amour des personnages ne lui fasse pas oser une conclusion plus sombre (bien que drôle elle n'est guère positive non plus) réussit là une de ses oeuvres les plus originales et brillante, fleuron de la Comedia all'italiana.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal


3 commentaires:

  1. Comme dans Affreux sales et méchants, il y a le personnage de la fillette (d'une dizaine d'années), qui semble différente, pas comme eux. Presque inaltérable.
    Et puis la cruauté des deux films finit par toucher dans les deux cas le personnage de la fillette. Dans un cas toujours laborieuse et appliquée, avec ses mêmes bottes jaunes, mais enceinte, et dans l'autre cas, toujours aussi raisonnable (c'est bien la seule), mais devenue radicale d'un certain point de vue puisqu'elle donne le gâteau empoisonné à la vieille. Les deux films dans leur férocité n'épargnent pas l'enfance.

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    1. Oui tout à fait dans les deux cas le milieu sinistre finit par contaminer l'innocence. Même si je trouve Comencini (grand cinéaste de l'enfance meurtrie même si ce n'est pas le sujet principal ici) moins extrême que Scola, la dernière scène de "Affreux, sales et méchants" reste un sacré traumatisme, gros retour sur terre après la rigolade (certes bien glauque).

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  2. Oui, cette dernière scène jette un froid terrible, poignant.
    Chez Comencini, j'avais trouvé bouleversant son film L'incompris.

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