Lonesome Pine. Un coin perdu de
l'Amérique sauvage où deux familles, les Tolliver et les Falin, se
livrent un combat ancestral. Cette haine a été jalonnée de nombreuses
morts, de part et d'autre. Un jour, Jack Hale, un ingénieur, vient
construire une voie ferrée à travers le pays. Il trouve une conciliation
avec les deux clans, qui lui permettent de traverser leur territoire
respectif afin d'y poser les rails du futur chemin de fer. Mais Hale est
un homme instruit qui amène avec lui les mœurs de la ville dans cette
région où les hommes sont restés sauvages et illettrés et où le progrès
n'a pas pénétré. Des tensions se font bientôt jour au sein de chaque
famille, tensions qui vont les précipiter dans une tragédie dont chacun
sortira anéanti.
La Fille du bois maudit est une des réussites méconnue de la prolifique carrière d'Henry Hathaway. Le film est la quatrième adaptation du roman
The Trail of the Lonesome Pine
de John Fox Jr. (paru en 1908) après celles muettes de 1914, 1916
(signée Cecil B. DeMille) et 1923) et sera une des premières productions
hollywoodienne en Technicolor. Le film traite d'un des thèmes
emblématiques du western, celle de la fin de l'ère des pionniers pour
une bascule vers la modernité représentée ici par l'arrivée du chemin de
fer. La tradition est ici synonyme de proximité et d'amour familial
dans la description chaleureuse de la famille Tolliver mais aussi d'une
perpétuation de la justice armée à travers le conflit ancestral qui les
oppose à leur voisin les Falin.

Le film s'ouvre sur une fusillade
opposant les deux familles et le scénario ne cherche pas à expliquer
l'origine de l'antagonisme tant les deux parties semblent mutuellement
fautive sur la longueur. Les hommes semblent être les moteurs de ce
cycle de la violence quand les femmes doivent en souffrir, que ce soit
la matriarche aux traits usés incarnée par Beulah Bondi et bien sûr la
jeune fille impétueuse et sauvage jouée par Sylvia Sidney. Les premiers
se complaisent dans leur démonstration de force à l'image d'un Henry
Fonda aux traits durs et au regard glacial quand les femmes sont
condamnées à ne jamais dépasser leur condition.

Les magnifiques
extérieurs et la profondeur de champ filmée par Hathaway dès les
premières minutes semblent pourtant nous dire qu'il y a plus à vivre,
que notre regard et connaissance peuvent nous porter plus loin que cet
insignifiant conflit local. Cet ailleurs sera représenté par Jack Hale
(Fred MacMurray), un ingénieur venu apporter le chemin de fer dans la
région et qui devra concilier avec la haine des deux familles.

Pour le
benjamin des Tolliver Buddie (Spanky McFarland) il représente un monde
inconnu fait de machines et d'invention qui élève son regard et l'incite
à se cultiver, de même pour June auquel s'ajoute un désir pour cet
homme élégant et cultivé bien loin des rustres qui l'entoure. Cette
confrontation avec l'extérieur fera comprendre aux locaux leur ignorance
(l'épisode du chèque que personne ne sait lire) et d'un côté les
incitera à s'élever quand de l'autre il renforcera le repli sur soi. Ce
sera le cas pour Dave (Henry Fonda) dont ce refus se mêle à la jalousie
qu'il éprouve pour Hale dont l'aura éloigné June de lui. Il n'en faudra
pas moins pour que la guerre recommence et menace les progrès à venir.

Le
film est visuellement somptueux, Hathaway multipliant les vues
majestueuses de cette contrée sauvage dont le Technicolor donne des
allures féériques. Les teintes pastels et automnales sont assez
éloignées de l'usage plus agressif du Technicolor qu'on verra à
Hollywood à l'époque (le pétaradant
Robin des Bois
(1938) de Michael Curtiz en tête et sur lequel officie aussi le
directeur photo W. Howard Greene présent ici, son travail sur le
Hathaway se rapprochant du
Brigand bien-aimé
(1939) de Henry King) et évoquerait plus l'usage qui en sera fait dans
le cinéma anglais. L'environnement prend ainsi un tour à la fois sauvage
et stylisé, représentant parfaitement les hésitations de Sylvia Sidney
entre nature et culture.
Elle dégage une érotisme et une sensualité
palpable qui annonce la Jennifer Jones de
La Renarde (1950)
mais exprimant plus la candeur que la provocation dans l'expression de
son désir. Fred MacMurray en amoureux qui s'ignore sous couvert
d'éducateur offre une prestation subtile dont il a le secret et Henry
Fonda en laissant progressivement son armure guerrière s'effriter est
formidable. La dernière partie exacerbe ainsi les passions et les
haines, la paix ne pouvant être rendue possible que par des pertes
tragiques et absurdes faisant enfin prendre conscience au protagoniste e
l'impasse où ils se trouvent. Les deux magnifiques chansons et
leitmotiv du film
Twilight on the Trail et
The Trail of the Lonesome
Pine (la première fut même nommée à l'Oscar) font ainsi autant office de
renouveau que de nostalgie d'un monde amené à disparaitre.
Sorti en dvd zone 2 français chez Universal
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