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mercredi 25 mai 2022

L'Eau froide - Olivier Assayas (1994)


 1972. Gilles et Christine forment un jeune couple mal dans leur peau. En prise avec des difficultés familiales (des parents divorcés), ils finissent par décider, Christine convainquant Gilles, de fuguer ensemble vers une hypothétique communauté d'artistes vivant dans le sud de la France, en Lozère.

Cinquième long-métrage d’Olivier Assayas, L’Eau froide est la version cinéma et rallongée du téléfilm La Page blanche produit par Arte dans le cadre de la collection Tous les garçons et les filles de leur âge.  Cette série de téléfilm avait pour but d’offrir des portraits contrastés de l’adolescence, ouverte à des réalisateurs plus ou moins confirmés avec une certaine liberté malgré quelques contraintes. Parmi celle-ci il fallait livrer une fiction d’une heure, d’un budget restreint de 5 millions de francs, se soumettre à un tournage de 25 jours et de tourner en format super 16. Cet espace permettra la production de plusieurs œuvres majeures notamment dans leur exploitation au cinéma, comme Les Roseaux sauvages d’André Téchiné (1994, Le Chêne et le Roseau dans sa version téléfilm), Travolta et moi de Patricia Mazuy (1994) et l’émergence de toute une nouvelle génération d’acteur comme Virginie Ledoyen, Elodie Bouchez, Romain Duris… La période traitée était libre de choix en un environnement contemporain ou antérieur avec néanmoins l’obligation d’inclure une scène de fête. Dans ses premiers films et notamment Désordre (1986), Olivier Assayas avait déjà abordé ce thème de la jeunesse et du rock, fort de passif de journaliste au sein de la revue Rock & Folk

Assayas choisit d’évoquer l’époque de sa propre adolescence en 1972. Si le film est largement autobiographique, le réalisateur conscient d’une certaine complaisance lors de l’écriture du scénario va néanmoins tenter de s’en éloigner en s’attachant plus particulièrement au personnage féminin de Christine (Virginie Ledoyen) – c’est surtout vrai pour le téléfilm tandis que la version cinéma est plus équilibrée avec le personnage de Gilles (Cyprien Fouquet). Le film se situe dans la période charnière du début des années 70, alors que la joyeuse insouciance des sixties et les idéaux de mai 68 s’estompent, et que la rébellion punk n’aura lieu que quelques années plus tard. Assayas capture ainsi le mal-être des deux amis et possibles amoureux Gilles et Christine, l’ennui de la vie lycéenne, la sinistrose du cadre de banlieue et les difficultés familiales de chacun. 

Christine est une personnalité instable naviguant entre des parents séparés, un père sévère ne souhaitant plus la gérer et une mère remariée à un homme maghrébin (élément alors mal vu qui l’ostracise) et adepte de l’église de scientologie. Gilles est quant à lui livré à lui-même par des parents absents et impuissants et ressent une profonde détresse malgré le milieu plus nanti dans lequel il évolue. Christine et Gilles expriment ainsi leur dépit par diverses provocations et larcins qui ne font que les enfoncer, et causer leur éloignement respectif l’un de l’autre.

Olivier Assayas capture parfaitement ce moment d’impasse de l’adolescence où l’on souhaite s’échapper d’une existence morne, pas encore adulte et suffisamment mature pour savoir quoi faire de la liberté à laquelle on aspire, et encore enfant en quête de d’attention dans ses réactions épidermiques. Virginie Ledoyen et Cyprien Fouquet expriment parfaitement cette instabilité, cette sensibilité à fleur de peau et incapacité à exprimer ses désirs. C’est un âge où l’on ne se sent vivre que dans l’excès et où personne ne nous comprend réellement, le réalisateur plaçant le climax du film lors d’une longue scène de fête en pleine nature où l’hédonisme, la furie et la liberté de ces jeunes gens peut s’exprimer à plein – portée par les tubes de Janis Joplin, Roxy Music ou Creedence Clearwater Revival en belle capsule temporelle et musicale. Après cela, la redescente résidera en trouver un équilibre entre cette fougue et la réalité, ou s’abandonner définitivement et tragiquement à ses démons. C’est tout le sens de l’errance finale sans but qui explicitera dans une douloureuse conclusion le sens de son titre. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Arte

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