Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 10 juillet 2010

Des pas dans le brouillard - Footstep in the fog, Arthur Lubin (1955)


Stephen Lowry affiche une douleur feinte à la mort de sa femme. Dans son for intérieur, il se réjouit d'autant plus malignement que c'est lui qui l'a empoisonnée. Sa jeune domestique, Lily Watkins, a trouvé le flacon d'arsenic. La voici armée d'un redoutable moyen de pression, dont elle ne se prive pas d'user. Elle contraint Stephen à faire d'elle sa maîtresse et se met à régenter la demeure. Or, Stephen veut épouser Elizabeth, la fille de son associé Alfred Travers. Il lui faut dès lors se débarrasser de l'encombrante Lily...

Un redoutable thriller remarquablement équilibré dans toutes les directions qu'il prend. La première scène donne le ton avec une scène d'enterrement où le veuf joué par Stewart Granger semble terriblement accablé. Rentrant péniblement sous une pluie battante dans la vaste demeure désormais vide nous le voyons de dos contempler le portrait de la défunte, avant qu'un plan sur son visage ne nous dévoile un triomphal sourire de satisfaction. Le récit (adapté d'une nouvelle de W. W. Jacobs) tourne autour de la relation amour/haine entre le veuf assassin et sa servante jouée par Jean Simmons qui après avoir démasqué son maître le soumet à un odieux chantage.
Les motifs des deux personnages à leur actes répréhensibles semble les même, l'argent et la réussite sociale. Granger s'est marié pour la fortune de sa femme et l'a tué pour en profiter seul tandis que Simmons soustrait différent avantages matériels et de statut en échange de son silence. Les échanges entre les deux sont d'ailleurs très mordant dans un premier temps avec un festival de dialogue à double sens et d'allusions macabres.

La servante a pourtant comme seul but de rester proche de son maître dont elle est amoureuse et qu'elle va sauver du désastre à plusieurs reprise lorsque la suspicion se fera ressentir. Jean Simmons délivre une prestation brillante avec son personnage froid et déterminé, usant de tout les moyen pour ne pas être séparé de Granger mais qui s'avère touchant de naïveté et de soumission dans l'adoration qu'elle lui porte. Au contraire ce dernier semblant incarner l'insensibilité des classe aisée s'avère un redoutable manipulateur, impulsif et froid.

L'alchimie entre Granger et Simmons (mari et femme à l'époque) fait merveille dans cette relation aux multiples contradictions mêlée de lutte des classes. C'est aussi un remarquable thriller, tendu à souhait notamment la séquence justifiant le titre qui délivre un meurtre saisissant et brutal dans la brume londonienne.

Derrière chaque sourire où geste tendre se dissimule le calcul et les arrières pensées même si sa dualité Jean Simmons s'avère une nouvelle fois la plus émouvante comme le montre la conclusion redoutable et tragique à la fois. Un vrai plaisir pour les yeux aussi, avec des intérieurs splendide (notamment la demeure de Granger qui renforce le côté Cluedo du film) et une photo magnifique de Christopher Challis bien connu pour son travail sur certains des plus somptueux Powell/Pressburger.


Trouvable en dvd zone 2 anglais doté de sous titres anglais.

Extrait

vendredi 9 juillet 2010

César et Cléôpatre - Caesar and Cleopatra, Gabriel Pascal (1945)


Au premier siècle av. J.-C., Jules César, à la poursuite de son rival Pompée, débarque en Égypte à la tête d'une armée. Appelé à prendre parti dans les rivalités entre le souverain égyptien et sa jeune sœur, Cléopâtre, il finit par faire de celle-ci la reine d'Égypte.

Adapté de la pièce de théâtre de Bernard Shaw (par l'auteur lui même), cette production anglaise offre une relecture assez étonnante des personnages, se différenciant grandement des célèbres versions de Cecil B. de Mille et de Mankiewicz. Le récit couvre uniquement les premières années du règne de Cléopatre, la rencontre avec César et le conflit avec son frère Ptolémée. Alors que les versions les plus connues s'attardait sur l'aspect séducteur flamboyant de la reine d'Egypte, l'interprétation de Vivien Leigh surprend. Au début du film, elle n'a de reine que le titre, pour le reste c'est une adolescente ignorante et apeurée, dominée par sa tutrice rêvant de prendre le pouvoir. La rencontre avec César change tout quand il va décider de la prendre en main et lui faire assumer son statut de reine.

La relation entre les deux fait tout le sel du film. Claude Rains campe un des meilleurs César vu au cinéma, encore meilleur que Rex Harrison dans le Mankiewicz. Vieil homme rusé et fin psychologue, il fait preuve tout du long d'une finesse et d'une hauteur brillamment illustrées par quelques situations et dialogues savoureux, tel toutes les fois où il épargne (à la stupéfaction de ses généraux et Cléopâtre) plusieurs fois et à bon escient certains ennemis mortels ce qui s'avérera souvent payant. A l'opposé Vivien Leigh montre une Cléôpatre sautillante et délicieusement immature, César raillant plus d'une fois sa bêtise tandis qu'elle le titille constamment sur son grand âge.

Plus le récit avance plus, la future reine séductrice et impitoyable se dessine et malgré une certaine tension amoureuse César fera essentiellement office de mentor, souvent décontenancé par son élève.Entre le vieux sage et la nymphette insouciante, le film basculerait presque dans la screwball comedy lors de certains échanges entre les deux tel se moment où le palais est assiégé et que César passe plus de temps à réprimander Cléopatre qu'a manoeuvrer ses hommes, amusant. Ce traitement décalé s'applique aussi sur les autres personnages, tel Ptolémée qui devient ici un gamin de 12 ans manipulé par ses conseillers et ne souhaitant prendre le pouvoir que pour se venger des maltraitances de sa grande soeur.

Visuellement Gabriel Pascal livre un très bel objet. Partagé entre décors studios (pour l'essentiel) et extérieurs. Les décors sont somptueux, le technicolor si particulier des productions anglaise donne une tonalité bien différente des péplums hollywoodiens (pas encore revenus à la mode quand sort le film) et Pascal offre quelques vues et cadrages de toute beauté. Gros problème malheureusement, l'origine théâtrale du projet se fait cruellement sentir et le film est terriblement bavard, allant du passionnant au franchement irritant. Pas un vrai moment spectaculaire pour réhausser tout ça alors que les moyens sont pourtant là. Quelques amorce brillantes comme lorsque César et Cléopatre sautent dans le Nil depuis les rempart du palis pour échapper à l'assaut des hommes de Ptolémée mais une ellipse de 6 mois nous frustre de la bataille qui suit. Idem pour la conclusion lorsque les hommes de César font face à la population égyptienne et lors de la grande bataille finale, quelques vignettes brillantes entraperçues fondu enchaîné mais rien de bien probant. Vraiment dommage, du coup ça demeure une curiosité intéressante quand on aurait pu avoir un vrai bon film, pas désagréable loin de là tout de même.


Trouvable en dvd zone 2 dans une édition plutôt correcte, voir les captures chatoyantes !


jeudi 8 juillet 2010

Le Sport Favori de l'Homme - Man's Favorite Sport, Howard Hawks (1964)


Roger Willoughby est vendeur dans un magasin de pêche. À la veille d'un grand meeting au lac Wakapoogee, les clients affluent pour solliciter ses précieux conseils. Deux jeunes filles travaillant pour l'organisateur du tournoi espèrent compter ce spécialiste prestigieux parmi les participants, le patron de Willoughby l'incite à s'y inscrire mais son employé tente par tous les moyens de se désister.

Howard Hawks en fin de carrière revient à ses premières amours de la screwball comedy loufoque avec une nouvelle génération d'acteurs, porté par des thèmes et figures au croisement des formules qui ont fait sa gloire et des idées d'une modernité étonnantes. Rock Hudson endosse un rôle autrefois taillé pour Cary Grant (désormais vieillissant) et s'en sort à merveille. C'est sa prestation qui fait le lien principal avec le Hawks ancien en brave type dépassé par les évènements. D'ailleurs mieux que de singer Grant, il s'approprie totalement le rôle en jouant de la gaucherie amené par sa carcasse imposante de citadin, irrésistible de drôlerie lorsqu'il apprend les rudiments de la pêche et de la vie en plein air.

C'est son côté prude, son innocence très "Code Hays"(venant plus du côté distrait et ahuri du personnage) face aux assauts de Paula Prentiss qui ramène aux anciennes comédies de Hawks, tandis qu'à l'opposé Paula Prentiss tout en conservant l'espièglerie des Rosalind Russel et autres Katharine Hepburn appuie la dimension érotique et cartoonesque très dans l'air du temps. Son personnage est en effet très entreprenant (ce rentre dedans osé en petit pyjama/ short rose affolant dans le bungalow de Hudson) et loufoque, Paula Prentiss craquante le rendant très attachant (sans toutefois lui amener la profondeur d'une Hepburn mais c'est cette légèreté insouciante qui fait la différence et le charme finalement).

Loin du rythme éreintant de La Dame du vendredi, Hawks prend son temps dans narration nonchalante (2h07 quand même) mais plaisante d'où surgissent les gags inoubliable débordant d'inventivité et de drôlerie : Rock Hudson trimballé par une barque dans une improbable salopette/bouée, les trois pêches heureuses amenées par des circonstances improbable, un ours qui fait de la moto et surtout tout les échanges entre Hudson et Paula Prentiss irrésistibles (l'effet du baiser symbolisé par les locomotive qui se percutent génial)...

Ici et là Hawks place d'ailleurs quelques moments plus osés qui lui sont désormais autorisés comme le gag voyant la cravate de Rock Hudson coincé dans la fermeture de la robe Easy (gag repris de L'Impossible Monsieur Bébé) , des t shirts mouillés sous la pluie ou encore le déshabillé très osé (et placé là totalement gratuitement) de Charlène Connor jouant la fiancée de Hudson. Seul relatif reproche la conclusion un peu maladroitement amenée avec un dilemme moral qui n'avait pas particulièrement été annoncé et un peu prétexte pour le rapprochement final et attendu du couple. Ca n'enlève rien au plaisir immense de visionnage.

Facilement trouvable en dvd zone 2

Bande annonce

mercredi 7 juillet 2010

Les Désemparés - The Reckless Moment, Max Ophüls (1949)


Dernier film américain de Ophüls, qui opérait là une remarquable synthèse entre entre mélodrame et film noir. Cette rencontre de ces deux grands genre du cinéma hollywoodien se fait par le drame d'une mère de famille campée par Joan Bennett contrainte de couvrir le meurtre accidentel commis par sa fille sur son petit amis peu fréquentable. L'univers du crime vient ensuite se greffer dans le cadre provincial et la cellule familiale par l'intermédiaire du personnage de James Mason, intermédiaire d'un odieux chantage sur Joan Bennett.

Ces frontières bien établies vacillent par le traitement étonnant de Ophuls. L'aspect sophistiqué du film noir intervient le plus souvent dans la maison familiale où les éclairages clair/obscurs et la mise en scène alambiquée à coup de long plans séquences donne un aspect pesant et menaçant. Au contraire les entrevues avec James Mason supposée dangereuse revêtent un aspect lumineux et aérés, avec l'ambiguité qui se prolonge sur les personnages puisque Mason malgré sa fonction s'avère finalement bienveillant alors que Joan Bennett dans sa détermination jusqu'au boutiste à sauver sa famille (scène glaciale à souhait lorsqu'elle se débarrasse du cadavre sur la plage) en parait presque froide et distante.

Tout ces détours sont là pour nous amener vers l'étonnante conclusion, "le méchant" va effectuer le grand sacrifice que la mère s'apprêtait à faire et suite à une déchirante scène de séparation, le final où tout rentre dans l'ordre laisse contre toute attente un goût amer. Le doux foyer nous sera apparu comme une belle cage dorée tant ses limites se seront révélées pour Joan Bennett dans cette situation critique, lui révélant son statut de femme dépendante même cela vient aussi en grande partie de l'état mental du personnage.

Quelques petits défauts quand même, la scène du crime initial est particulièrement mal amenée et il faut la prestation fabuleuse de James Mason pour vraiment faire le lien entre monde du crime (entraperçu à peine) et imagerie banlieusarde americana le faible budget étant sans doute la cause de ce manque de profondeur. Et les très bons bonus m'ont confirmé que c'était une influence majeure de "Loin du Paradis" de Todd Haynes avec une scène identique dans les deux films (celle où Joan Bennett pleure dans son lit reprise par Haynes au même moment dans son film avec Julianne Moore) et en plus anecdotique le servantes noires qui s'appellent Sybill.

Longtemps invisible, le film est sorti dernièrement dans une très belle édition chez Carlotta.


Extrait

lundi 5 juillet 2010

Mosquito Coast - Peter Weir (1986)


Allie Fox ne trouve plus l'Amérique a sa hauteur, c'est un visionnaire, un inventeur maniaque et surdoué, l'idole de sa femme et de ses enfants. Son pays est devenu un rêve avorte, un pays tombe aux mains de boutiquiers médiocres. Des que l'occasion se présente, il quitte ce vieux monde pour le Honduras ou il débarque avec toute sa famille en pleine jungle "au royaume des moustiques". Voila un pays enfin a sa mesure. Il va faire des miracles et son esprit inventif s'épanouit. Mais les dieux jalousent ce titan...Un scénario ambitieux de Paul Schrader questionnant sur le rapport de l'homme face à une civilisation engoncée dans son confort, dans un monde où il n'y plus rien à découvrir ni à conquérir, où tout les plus grands exploit et réussite semble avoir été accomplis. C'est la sentiment du personnage de Harrison Ford, surdoué exalté qui se morfond dans une société peu disposée à accepter tout ce qu'il à lui offrir.

Et le récit de s'enfoncer au coeur de l'ambition et de la folie de cet homme lorsqu'il décide d'emmener femme et enfant dans la jungle pour accomplir sa destinée. Sans doute la dernière très grande prestation de Ford, en tout celle où il se met le plus en danger avec ce personnage exalté à l'enthousiasme et à l'énergie débordante mais capable de se transformer en terrible tyran lorsque les évènement tournent contre son ambition démesurée. L'influence de Schrader se ressent par la facette religieuse du scénario, avec cette idée de la machine à glace représentant une sorte de Tour de Babel, symbole du défi de Ford aux Dieux dont il s'est cru l'égal....

On sent le scénario prêt à tourner à l'odyssée à la Joseph Conrad avec un Ford dépassé par son pouvoir envers les autochtones mais Peter Weir n'ose jamais complètement verser dans ce registre là, même si des scènes comme l'expédition pour apporter de la glace au indigène ou encore la manière dont il abandonne le village une fois ses plans détruit questionnent sur son altruisme supposé. De même pour le final où l'opposition entre Ford et ses fils ne dépasse pas le cadre du film tout public, vraiment dommage que le scénario reste si sage sur certains points (dont le final un peu décevant et expédié) malgré quelques risques (la séquence où Ford tente de tuer les mercenaires installés au village). La présence de Ford malgré qu'il mette à mal son image pousse donc le tout vers un côté grand public et familial en dépit de la noirceur sous jacente.

Reste donc la prestation de Ford, mais aussi Helen Mirren excellente en femme introvertie et écrasée par la personnalité de son mari et le jeune River Phoenix parfait, entre fascination, remise en question et haine de son père. Weir nous gratifie de superbe vues de la faune sud américaine, et parvient à capter à merveille les tourments intérieurs de ses personnages comme souvent.

Facilement trouvable en dvd zone 2

samedi 3 juillet 2010

Tu seras un homme mon fils - The Eddy Duchin Story, George Sidney (1956)


Biopic de Eddy Duchin, pianiste de jazz très populaire dans les années 30 et 40. Le scénario a bien du mal à se sortir des poncifs du genre avec une démarcation bien sentie et visible entre les moments de bonheur, les épreuves, la rédemption, tous bien appuyés et assez mécaniques dans leur déroulement. La première partie est ainsi idyllique avec l'irrésistible ascension de Duchin (Tyrone Power un peu jeune au départ en jeune diplômé aspirant musicien) des petits club new yorkais jusqu'à avoir son propre orchestre, tandis qu'il séduit et épouse sa muse Kim Novak.

Puis après la perte de cette dernière c'est la dépression et l'errance au cours de laquelle il délaisse son fils qu'il rend responsable de sa mort, avant de se reprendre et de reconquérir sa progéniture même si la fatalité n'est jamais loin (pour ceux qui connaissent l'histoire de Duchin). La bande son est particulièrement réussie, reproduisant la frénésie des big band des années folles, et Tyrone Power (même si ce n'est sans doute pas lui qu'on entend jouer) a fait de vrai effort pour être crédible et de nombreux plan séquences dévoile que c'est bien ses mains qui s'affole sur le piano.

Le côté film de studio formaté (la reconstitution est particulièrement luxueuse) est légèrement atténué par la prestation des acteurs qui font un peu vivre cette mécanique trop bien huilée. Kim Novak malgré un rôle bref marque le film de son empreinte (et rend Victoria Shaw second amour du film très fade), la douceur et l'amour de son personnage imprégnant tout le reste de l'intrigue et créant l'empathie au chagrin de Tyrone Power. Ce dernier sorti de ses rôles d'aventurier dévoile une belle fragilité, et la mise en scène de Sidney est un vrai atout dans toutes les tonalités que prend le film. Des cadrages et mouvements de caméras surprenants pour traduire la frénésie des débuts, et surtout une magnifique idée lors de la dernière scène de traduire la mort de Duchin par le fait que son fils se retrouve soudainement seul à jouer tandis qu'un travelling arrière nous dévoile l'absence de Power. Pas inoubliable mais agréable à suivre donc.


Disponible en dvd zone 2 chez Paramount

Petit passage musical

vendredi 2 juillet 2010

Moulin Rouge - Baz Luhrmann (2001)


Au XIXe siècle, Christian, un poète désargenté, tombe sous le charme de la meneuse de revue du Moulin Rouge, Satine. La plus célèbre courtisane de Paris hésite entre l'amour et la gloire que lui offre un riche aristocrate obsédé par sa beauté.

Avec son 3e film, Baz Luhrmann concluait en apothéose ce qu'il nomme sa trilogie du Rideau Rouge entamé avec Ballroom Dancing et poursuivie dans sa relecture de Roméo et Juliette. Moulin Rouge apporte une synthèse à ses deux films, narrative (la narration virevoltante et surtout le crescendo du final identique à celui de Ballroom Dancing) esthétique (le mélange de romanesque classique et d'esthétique MTV syncopée inventée dans Roméo et Juliette) et thématique avec cette fois l'histoire d'amour flamboyante se mêlant à l'ode au monde du spectacle. Moulin Rouge se démarque pourtant par une richesse et une profondeur insoupçonnée sous le clinquant.

Le film détone avec le tout venant de la comédie musicale puisqu'il n'est ni une adaptation d'un standard de Broadway, ni une création complètement originale (hormis le superbe morceau Come what may) les chansons brassant un éventail très large allant des standards oubliés (et référenciels comme Complainte de la Butte écrit par Jean Renoir pour son French Cancan et ici repris par Rufus Rainwright) à l'hommage à d'autres comédies musicale comme La Mélodie du Bonheur et surtout une réinvention complète de 40 ans de musique pop à travers les réorchestration de tube connus de tous. Le collage pourrait sembler indigeste s'il n'y avait un vrai lien entre toutes ces sources.

Tout comme dans ses deux premiers films, Luhrmann veut dépeindre une grande histoire d'amour perturbée par l'oppression du monde extérieur ainsin que par les contrainte de celui du spectacle, enchanteur et prison dorée à la fois. De l'aveu de Luhrmann, le scénario mêle ainsi le mythe d'Orphée (avec Christian s'enfonçant et se perdant dans "les bas fonds" du monde du spectacle/enfer par amour pour Satine/Eurydice), l'opéra La Traviatta (et plus précisément le livre de Dumas fils La Dame au Camélia qu'il adaptait et où on retrouve une histoire entre un poète pauvre et une courtisane atteinte de phtisie) avec pour revenir au cinéma Les Chaussons Rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger.

On pourrait même qualifier Moulin Rouge de remake du film de Powell puisque l'histoire est la même : Un jeune auteur tombe amoureux d'une étoile du ballet/meneuse de revue pour laquelle il écrit un spectacle inspiré des contes d'Andersen/Bollywood mais la jalousie de l'entrepreneur/Directeur de ballet les guettent bientôt. Luhrmann déplace juste le thème du choix impossible entre monde du spectacle et vie personnelle de Powell à un ode à la vie de bohème permettant de fusionner les deux. Le choix des chansons reprises revenant de manière réccurente tout au long du film en devient plus évident comme Children of Révolution de T-Rex, dont une première après une absorption d'absinthe mémorable. Marius De Vries (producteurs des premiers album de Madonna) et le compositeur Craig Armstrong ont d'ailleurs fourni un travail de réinvention impressionnant.

Après une ouverture mélancolique, le début du film est assez éreintant et presque pénible avec son déferlement d'information, un montage survolté correspondant au repères perturbés de Christian rencontrant les joyeux drilles de Toulouse Lautrec (excellent John Leguizamo) et pénétrant pour la première fois au Moulin Rouge. Le tout se fige avec la première apparition de Nicole Kidman, filmée comme les plus grande stars hollywoodien de l'âge d'or vantant les vertus matérialistes du Sparkling Diamonds (de Marylin Monroe dans Les hommes préfères les Blondes) et Material Girl de Madonna. Le ton oscillera ainsi entre excès, comédie et grosse farce jusqu'au basculement lors de l'entrevue entre Christian et Satine suite à un quiproquos.

La séduction agressive et de façade de Kidman est totalement balayée lorsque McGregor entonne le Your Song de Elton John. Un très grand moment, le regard de Nicole Kidman qui change soudainement, troublé la notion d'espace et de temps qui s'efface avec le décor changeant au fil du coup de foudre naissant (et où Luhrmann applique comme dans d'autres instants du film les motifs de la mythique séquence de ballet de 20 minutes des Chaussons Rouges).

D'autres grands moments suivront tel cette reprise tango incandescente du Roxanne de Police, Like a Virgin de Madonna sous un jour inattendu et où les chansons ne fonctionnent jamais comme un interlude mais comme une vraie avancée narrative. Difficile parfois de revenir aux originaux tant le lien se fait dans l'esprit avec la trame du film, tel The Show Must Go On sacrificiel chanté par Satine et Ziedler. Luhrmann n'oublie en effet jamais sa dimension d'artiste, Christian constituant son double à qui il confronte des situations qu'il a lui même rencontré tel le financier envahissant, I don't like this end.

Nicole Kidman trouvait là un de ses très grands rôles : séductrice, gouailleuse, fragile, une des plus belle héroïnes des années 2000 à l'allure princière et changeant de tenue à chaque séquence. Le couple formé avec McGregor est magnifique, ce dernier montrant des aptitudes insoupçonnées (son rôle le plus fameux jusque là était le junkie de Trainspotting) en grand héros romantiques. Tout deux ayant pris des cours de chant sont très convaincant, et le reste du casting est excellent notamment Jim Broadbent tout en excès dans la peau de Ziedler.

Le final est déchirant, l'amour triomphe mais est perdu aussitôt (grand moment où Satine à bout de force entonne une ultime fois Come what may pour retenir Christian) pour ne plus laisser que les souvenirs, une histoire, un lieux dont les évènement reste à rapporter. L'art du montage alterné usité tout au long du film trouve là son aboutissement dans cette conclusion tragique et apaisé. Malgré la souffrance, la mort et la perte, la vie bohème est sauve (et son motif Freedom,Beauty, Truth and Love). The Show Must Go On...

Belle édition zone 2 datant de quelques années déjà et gorgées de bonus qui laisse d'ailleurs quelques regrets quant au film. Les chorégraphies et danse était bien plus élaborées et riches que ne le laisse apercevoir le côté brouillon et trop rapide du film, notamment le final Bollywoodien. La belle direction artistique du Paris fantasmée aurait mérité mieux aussi... Une version longue un jour peut être ?

Your song


jeudi 1 juillet 2010

Pain, Amour, Ainsi soit il - Pane, amore e..., Dino Risi (1955)

Le "maréchal" Carotenuto revient à Sorrente pour s'engager dans la police municipale. Mais la maison de ses parents est occupée par une affriolante veuve, Sophia, qui est loin de le laisser insensible. Ce qui oblige Carotenuto, sur les conseils de son frère Don Mattéo, curé de la paroisse, à etre hébergée par une paroissienne austère.

Troisième et dernier volet des mésaventures amoureuses du Maréchal, sans doute le moins intéressant des trois aussi car ne se contentant désormais que d'appliquer la formule bien rodée. Un petit pincement au début en quittant le village et les personnages des deux premiers films, mais l'apport de la couleurs et le format scope change déjà beaucoup l'imagerie que l'on s'en était fait et ce n'est pas un mal de changer de cadre. Le noir et blanc et les paysages montagnards laissent donc la place aux couleurs flamboyantes et à l'ambiance méditerranéenne du Sud de l'Italie (une chose est sûre ces films donnent sacrément envie d'y aller) avec un Dino Risi ayant pris le relai de Comencini.

Hormis la servante Caramella (beaucoup moins présente) et évidemment le Maréchal peu de liens narratifs avec les précédents si ce n'est l'intrigue qui offre un quasi remake du premier film avec quelques variantes. Gina Lollobrigida devenue superstar ayant refusé de rempiler, place à Sophia Loren dans un rôle voisin mais plus mature, un méridionale séductrice et roublarde en lieu et place de la paysanne volcanique et ingnorante incarnée par Lollobrigida. Même si Loren est de très loin une bien meilleure actrice, son personnage n'est pas aussi vrai et touchant et on ressent moins de complicité avec De Sica. Ce dernier vient de nouveau s'intercaler bien malgré lui dans l'histoire d'amour orageuse de deux tourtereaux mais là aussi la jolie innocence du premier film est atténuée par le couple peu intéressant de Sophia Loren et son amant.

De même, malgré quelques moments amusant, la seconde intrigue avec la bigote (en remplacement de la sage femme jouée par Maria Merlini dans le 1er ressemblance physique volontaire en plus) peine à susciter l'intérêt malgré une jolie scène à la fin lorsqu'elle apparait en séductrice. Ca se suit néamoins sans ennui grâce à l'abattage de De Sica toujours aussi drôle et charmeur, Risi même si peu concerné (au point que De Sica dirigera certaines scène quand il aura passé des nuits en bonne compagnie et incapable de se présenter sur le plateau) emballe bien le tout avec un film très beau plastiquement mais qui ne porte pas sa patte thématique. En gros assez routinier mais assez agréable tout de même, il était temps d'arrêter en tout cas le filon semblait épuisé.

Extrait avec le mambo endiablé de Sophia Loren