Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 6 mai 2011

Dune - David Lynch (1984)


En l’an 10191 AG (Après la Guilde), une seule substance permet de voyager dans l’espace : l’Épice. Cette substance, la plus convoitée de l’univers, ne se trouve que sur la seule planète Arrakis, aussi appelée Dune, planète aride et hostile, couverte de sable. Le Duc Leto Atréides remplace ses ennemis, les Harkonnens, à la tête du fief d’Arrakis, et part s’y installer avec sa concubine Jessica et son fils Paul. Les membres de la Maison Atréides pressentent un piège, tendu par le baron Harkonnen, mais ils doivent obéir à la volonté de l’Empereur. Les Fremen, peuple indigène d’Arrakis et véritable maîtres du désert attendent la venue d’un Messie qui les délivrera. Se pourrait-il que ce soit Paul ?

Dune est sans doute l'un des films de David Lynch les moins considérés, y compris par l'intéressé qui s'est réellement trouvé avec son film suivant le magistral Blue Velvet. La méfiance envers Dune vient également du fait qu'il porte en son germe un des projets avortés parmi les plus influent du cinéma (on peut même étendre à la bd) de science fiction. En 1975, le réalisateur Alejandro Jodorowski avait en effet déjà envisagé une première adaptation. Lui-même artiste aux multiple compétences, il convoque pour ce faire des talents venus des horizons les plus divers d'une certaine culture underground. Un script adaptant de manière toute personnelle le livre est écrit tandis que rien moins que Moebius, HR Giger (futur créateur de la créature terrifiante de Alien), Dan O'Bannon sont conviés pour la création visuelle de l'univers ainsi que Salvadore Dali qui devait tenir le rôle de l'Empereur.

A la musique Pink Floyd et Magma son envisagés. Faute de financement le projet n'aboutira pas mais n'en est pas mort pour autant. L'ensemble de l'équipe artistique est recrutée quelques mois plus tard par Ridley Scott pour Alien avec la réussite que l'on sait grâce à l'apport de ces génies. Jodorowski quand à lui recyclera nombre d'idées dans ses bd notamment le cycle de L'Incal et surtout dans La Caste de Méta Barons où le passage où le Méta baron stérile use d'une goutte de son sang pour féconder son épouse reprend l'idée d'une séquence similaire entre le Duc Leto et Jessica pour enfanter Paul Atreides.

Il faudra donc le succès massif de Star Wars puis du premier film Star Trek pour que naisse une mode du space opera aboutissant à un nouveau projet de film Dune. On doit cette folie au producteur Dino De Laurentis qui entre le superbe Conan le barbare de John Milius et le décalé Flash Gordon de Mike Hodges était très porté les projets fantastiques risqués à l'époque. Le choix de David Lynch peut surprendre aujourd'hui mais après Elephant Man (nominé 8 fois aux Oscars) il était plutôt perçu comme un réalisateur grand public malgré le très inquiétant Eraserhead. Pour preuve il refuse même de mettre en scène Le Retour du Jedi que lui proposait George Lucas après s'être pris de passion pour le livre.

Mais que raconte donc ce Dune de Frank Herbert qui suscite tant de convoitise ? Le livre est en quelque sorte (même si le Seigneur des Anneaux plus orienté fantasy lui a ouvert la voie) le fondateur de la conception de livre univers dans la littérature de science fiction. Sorti en 1965, Herbert y développait à un niveau jamais vu un monde en son entier avec son histoire, ses conceptions et sa véracité tangible dans un cadre purement imaginaire avec force de détails. Mélangeant space opera, mysticisme, concepts religieux et grande aventure, Dune trouva son public grâce à des thématiques dans l'air du temps tel l'absorption de l'eau de la vie par Paul changeant sa perception de l'univers et qu'on peut bien sûr associer au consommation opiacées des hippies à ce moment là.

L'adaptation de Lynch sera un échec massif à sa sortie en salle mais malgré ses défauts reste un beau film. Le principal problème viendra du fait que le script (signé David Lynch himself) ne trouve jamais le juste équilibre entre le novice et le connaisseur de Dune. Malgré quelques options explicatives (la narration en ouverture avec Virginia Madsen plutôt réussie mais qui deviendra l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire pour tout les futurs réalisateurs s'attaquant à ce type de projets, Proyas s'en mord encore les doigts pour le début de Dark City) le non lecteur est rapidement perdu dans le flot de noms farfelus et l'atmosphère étrange et lente portée par de grand conflits shakespearien ne comporte pas assez d'action pour s'y raccrocher.

Le fan de Dune quant à lui peut être assez décontenancé par certains choix bien que l'adaptation soit vraiment très fidèle. La fameuse ouverture sur Virginia Madsen est très bien vue puisque dans le livre son personnage la princesse Irulan ouvre tout les chapitres par des appendices sur ces mémoires apportant complément d'informations, il est donc judicieux d'en faire notre guide au départ. Herbert usait grandement du dialogue intérieur pour ses héros afin de faire ressentir leur émotion et un second degré de perception des situations. Lynch reprend cette idée qui a bien du mal à fonctionner à l'image et amène une lourdeur certaine. Le format de deux heures sacrifie des personnages essentiel du livre comme le professeur Kynes (joué par le grand Max Von Sydow) et si la première heure est plutôt bien équilibrée, dès l'arrivée chez les fremens on a l'impression que la découverte de leur moeurs par Paul, sa transformation en guide la rébellion se fait en un clin d'oeil.

La réussite de Dune tient donc grandement dans la direction artistique, les personnages extravagants et l'atmosphère mystique que parvient à instaurer Lynch. L'aspect film-univers se ressent parfaitement dans les trois cadres que parcours l'histoire, la planète Caladan berceau des Atreides paisible et baignant dans une douce nature, l'oppressant monde industriel des Harkonnens et bien sûr Arrakis (autre nom de Dune) lieux de toutes les convoitises. Kenneth McMillan obèse et purulent Baron Harkonnen est un extraordinaire méchant tandis que le débutant Kyle MachLachlan (futur acteur fétiche de Lynch) lui oppose grâce et pureté juvénile tout en détermination. Le casting est d'ailleurs assez prestigieux dans l'ensemble (dont un superbe Jurgen Prochnow en Duc Leto, Sting débutant en Feyd Rauta) de Laurentis plaçant même son épouse Silvana Mangano en pretresse Bene Gesserit.

Si Lynch est peu à l'aise dans l'action et que certains effets spéciaux supportent mal l'épreuve du temps, l'ambiance de Dune est unique en son genre. Le réalisateur offre des tableaux envoutant et hypnotique totalement intégré à la dramaturgie du récit et capte au plus près le ton onirique et mystique du livre. On retiendra cet incroyable voyage stellaire aux images fabuleuses et bien sûr Paul prenant l'eau de la vie par laquelle il va achever son cheminement spirituel annoncé dès le départ par le leitmotiv Le dormeur doit se réveiller.

Idées saugrenue sur le papier, la musique du groupe de rock FM Toto est une grande réussite (ils n'auraient vraiment dû faire que ça) tout à la fois électrique, symphonique et synthétique, exprimant tout le mystère et le souffle épique dégagé par les images. En prime Brian Eno signe le sublime morceau Prophecy accompagnant l'expérience de Paul dans ce qui est la meilleur scène du film.

Le final épique est des plus réussis avec l'assaut des vers (à l'esthétique discutable de Carlo Rambaldi) décimant les armées de Sardaukars impériales dans des cadrages impressionnant. Le meilleur est cependant pour la fin avec cette génial trahison du livre (à nouveau on peut imaginer que Proyas s'en est inspiré pour la fin de Dark City qui relève d'une idée proche) ou Paul définitivement devenu le Kwisat Haderach divinité omnisciente réalise l'impossible et fait tomber la pluie sur Dune. On peut se demander comment ils comptaient lancer les suites envisagées avant le bide avec pareille séquence, mais à l'écran cela donne une conclusion magistrale.

Dune connaîtra une seconde adaptation télévisée dans les années 2000, plus fidèle mais visuellement hideuses et sacrifiant au tout numérique. Une nouvelle version était envisagée jusqu'à il y apeu mais il semble que le projet soit tombé à l'eau. En attendant une autre vision, la magie du film de David Lynch nous suffit amplement...


Sorti en dvd zone 2 français dans une belle édition chez Opening


jeudi 5 mai 2011

Saboteur sans gloire - Uncertain Glory, Raoul Walsh (1944)


Jean Picard, un criminel français devant être exécuté, est sauvé fortuitement par un bombardement anglais. Le train qu'il emprunte est saboté par la Résistance et les Allemands exigent le coupable sinon ils fusillent des otages. Jean Picard va se dénoncer sur la suggestion du policier à ses trousses afin de se racheter.

Uncertain Glory est certainement la plus originale des collaborations guerrières entre Errol Flynn et Raoul Walsh, on est là assez loin de la simplicité frontale de Sabotage à Berlin et Northern Pursuit, et si le patriotisme de rigueur est toujours bien là vu le contexte de production il s'accompagne d'une gamme de sentiments bien plus complexe.

Au départ on est assez loin du film de guerre attendu et le cadre de la France occupée ne semble être qu'une toile de fond pour une intrigue qui évoque bien plus le polar. Errol Flynn est donc Jean Picard, bandit de grand chemin emprisonné et destiné à être guillotiné au petit matin. Miracle au moment de l'exécution, un bombardement anglais pulvérise la prison et lui permet de s'échapper. L'inspecteur Bonet, ennemi juré du truand se lance alors à ses trousses à travers la France et suite à un concours de circonstances parvient à l'arrêter à nouveau pour le ramener à Paris. L'intrigue prend alors un tour étonnant puisque parallèlement cent hommes sont menacés d'exécution par les allemands dans l'attente de la reddition de l'auteur du sabotage d'un pont. Afin de gagner du temps pour trouver un nouveau moyen de fuir, Flynn décide d'endosser le crime et se rend alors dans le village à proximité des lieux de l'attentat afin de récolter les informations qui lui permettront d'être crédible quand il se dénoncera.

La trame est très originale donc et portée par une prestation de haute volée de Errol Flynn. Malgré le capital sympathie certain dont il bénéficie, l'acteur incarne ici un vrai criminel égoïste et sans remords. Le début du film fait tout pour appuyer cette facette sombre, entre la mine teigneuse qu'il arbore avant son exécution avortée, la trahison envers son acolyte assurant sa fuite dont il séduit la petite ami et le reste du film le montrera toujours sous ce jour ambigu. C'est donc une opposition parfaite dans le duo qu'il forme avec Paul Lukas qui est la droiture incarnée en flic tenace.

Le récit fonctionne donc comme une forme de rédemption pour Flynn qui tombé amoureux d'une fille du village, va peu à peu s'ouvrir à une conscience plus noble. Errol Flynn apporte toute la nuance nécessaire pour ne pas rendre cette transformation simpliste puisqu'il qu'il conserve sa nature de filou individualiste jusqu'au bout, que ce soit par l'humour (hilarante scène de fausse confession pour ses crimes) ou la duperie son but étant bien sûr de s'échapper.

Parallèlement le scénario développe très bien également les protagonistes du village condamnés à voir leurs hommes injustement exécuté. Des questionnements et actes complexes se font jour pour sauver coûte que coûte les innocents (comme dénoncer arbitrairement un faux saboteur) et donnent un tour passionnant à l'ensemble. La romance entre le héros et Jean Sullivan peut paraître un peu trop simple et directe mais la prestation très sincère de l'actrice fait finalement bien passer la chose contrebalancée par un Flynn plus subtil. Plus intimiste que les autres films de guerre Flynn/Walsh, Uncertain Glory comporte néanmoins quelques morceaux de bravoure spectaculaires comme le bombardement d'ouverture ou l'exposition impressionnante du pont en ruine (magnifique maquette). Peut être le plus intéressant du décidément excellent coffret Errol Flynn doté d'une conclusion des plus poignantes.

Comme les autres films de guerre Walsh/Flynn évoqués sur le blog, disponible en dvd zone 1 Warner dans le coffret "Errol Flynn Adventures". Comme souvent chez Warner c'est multizone et compatible partout et doté d'une vf et de sous-titres français.

mercredi 4 mai 2011

L'Homme à la Ferrari - Il Tigre, Dino Risi (1967)


Francesco Vincenzini est grand-père pour la première fois mais le couple que forment son fils et sa belle-fille, Carolina, bat de l'aile. Quand la charmante femme décide de quitter son fils, Francesco n'a qu'une idée en tête : essayer de leur faire entendre raison et de les rabibocher. Mais voilà, lorsqu'il débarque chez Carolina, il oublie presque tout et se laisse séduire par les charmes de la belle, le réconfortant dans sa peur grandissante de devenir vieux.

 
Ce qui n'aurait pu être qu'une énième histoire de démon de midi et d'adultère devient une réjouissante comédie à l'écran grâce au talent de Risi et à l'abattage d'un Vittorio Gassman en grande forme. Le début est des plus amusant avec un Vittorio Gassman aux antipodes de ses rôles de rustres vulgaires puisque ici en chef d'entreprise omnipotent, mari parfait et traditionaliste. Tellement droit d'ailleurs qu'il faudra plusieurs tentatives à la jeune et jolie Ann Margret pour réussir lui mettre le grappin dessus. La trame est bien connue mais Dino Risi apporte une foule d'idées ludiques et inventives à sa narration et à sa mise en scène pour dynamiter le tout notamment des petits apartés en noir et blanc illustrant les rêves ou les souvenirs fantasmés de Gassman entrecoupant ainsi certains moment clés du film.

Parmi les plus amusants de ces délires entre rêve et réalité on trouve une scène où Gassman se bat avec son fils pour lui raccourcir sa coiffure de hippie ou un autre où il tire dans le dos d’ Ann Margret qu’il soupçonne de le tromper, sans parler des flash-back audacieux savamment placés.

Quelques belles astuces de montages ajoutent également à cette touche décapante tel ce moment où l’épouse (Eleanor Parker) de Gassman lui propose des vacances pour se ressourcer, la séquence suivante enchaînant sur les dites vacances, mais avec sa maîtresse... Risi inscrit le film dans la tonalité pop 60's du moment pour montrer le décalage entre Gassman et la jeune génération avec un festival de couleurs, de coupes à frange (dont un savoureux gag où il arbore une coupe au bol à la Beatles) et de mini jupes, un zeste d'érotisme et interludes musicaux bien placés.

On retrouve également l'irrévérence habituelle de Risi envers la religion lors de ce moment où Gassman va se confesser chez un prêtre, le tout montré comme une vulgaire consultation chez un psy (prescription de ave maria comprise) avec une salle d'attente bondée.

Toutes ces idées transcendent donc grandement les scènes de vaudeville plus classiques et attendues qu'on s'attend à trouver dans ce type de récit. Vittorio Gassman livre un grand numéro, incarnant la lâcheté masculine dans toute sa splendeur, perdant la tête et incapable de faire son choix jusque dans les derniers instants (d'où un astucieux The End ? pour conclure) et la charmante Ann Margret lui offre une répartie parfaite entre manipulation et amour sincère. Un Risi mineur mais plaisant donc et qui semblait préparer en tout point un de ses grands chef d’œuvres à venir Au nom du peuple italien (dont on reparle bientôt) autrement plus corrosif et où Gassman incarne un personnage assez proche.


Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait

mardi 3 mai 2011

La Blonde explosive - Will Success Spoil Rock Hunter?, Frank Tashlin (1957)


Rockwell Hunter est un publicitaire chargé de trouver un slogan sensationnel pour la promotion d'un rouge à lèvres, "le rouge qui tient". Il demande à une grande vedette d'Hollywood en voyage à New York, Rita Marlowe de déclarer qu'elle n'utilise que ce fard. Elle accepte à condition que Rockwell veuille bien passer pour son gigolo, afin de rendre jaloux son fiancé Bobo qui joue Tarzan à l'écran.

En 1956 avec La Blonde et Moi (The Girl Can't help it) Frank Tashlin réalisait une des comédies les américaines les plus inventives et révolutionnaire de son temps. Sorte de synthèse parfaite des influence de Wilder, Preston Sturges ou Hawks, le film intégrait à la perfection la notion de parodie, burlesque à tendance cartoonesque (univers d'où vient Tashlin et qu'il expérimenta dans un premier temps dans les films de Jerry Lewis et Dean Martin qu'il réalisa) et une vraie modernité de la forme par un ses multiples clins d'oeils au spectateur mais aussi un ton dans l'air du temps avec l'intégration de music rock'n'roll en pleine explosion. On y découvrait également le potentiel comique de Jayne Mansfield (jusque là cantonnée à des rôle plutôt dramatique dans des films noirs) en avatar hypertrophié de Marilyn Monroe provoquant des ravages sur son passage.

Réalisé un an plus tard, La Blonde Explosive semble donc mis en route pour capitaliser sur le succès de ce premier film, bien que Mansfield ait en fait déjà joué le rôle à la scène (pièce écrite par George Axlrod) avant même la mise en route de The Girl Can't Help it. Tout semble d'ailleurs en place pour rappeler la parenté avec son prédécesseur en amont lorsque Tashlin cherchera à réunir le couple Jayne Mansfield/Tom Ewell mais indisponible ce dernier sera remplacé par Tony Randall.

Dans le film le lien se fait dès le générique avec un Tony Randall qui interpelle le spectateur mais on déchante assez vite devant une histoire moins immédiate que The Girl Can't Help it, un Tony Randall loin d'avoir l'empathie de Tom Ewell et une Jayne Masfield qui avaint auparavant réussi à se rendre attachante sous ses formes voluptueuse et qui là semble sombrer pour de bon dans la caricature de la blonde écervelée. Tout cela est pourtant bien volontaire, si La Blonde et Moi se voulait une excroissance délirante de Sept ans de réflexion, La Blonde Explosive brouille les pistes sous ses allures de décalque pour ce qui cache en fait une authentique et féroce satire faisant feu de tout bois.

Rockwell Hunter (Tony Randall) est donc un publiciste au bord du renvoi faute d'une idée révolutionnaire qui va sauver sa tête en intégrant la star Rita Marlowe (Jayne Mansfield) à sa future campagne, cette dernière se servant de lui pour rendre jaloux son petit ami joué par le futur mari de Mansfield Mickey Hargitay. S'ensuit alors une série de quiproquos et de malentendus Hunter étant déjà fiancé mais devant jouer le jeu et accédant soudain à une notoriété et une réussite surdimensionnée. Le scénario se pose ainsi en portrait au vitriol de ce qui fait le clinquant de la success story à l'américaine à travers la célébrité et la réussite sociale.

La supposée idiote Jayne Mansfield est bien celle qui mène le jeu avec la manipulations des médias et un public ignare accroché au moindre de ses gestes, les femmes tombant en pamoison devant le charme très relatif de Rockwell "Lover Doll" Hunter et cherchant en tout point à lui ressembler (grandiose moment où la très ordinaire fiancée de Randall corset resserré se met à imiter les déhanchés et les petits cris de Mansfield). Le monde de l'entreprise est également mis en boite avec ses cadres ambitieux mesurant leurs élévation dans la hiérarchie à l'acquisition de leur toilettes attitrée. On a ainsi droit à un scène fabuleuse où au firmament de son ascension Randall se voit doté des clé de toilettes des cadres et que sous les trompettes et choeurs religieux il y pénètre d'un pas triomphant et assuré, il a atteint son objectif.

Tashlin raille à un tel point des rêves et des distractions de son public qu'il réserve son meilleur fiel à la télévision, nouvelle attraction du moment. Le générique du début préfigure tout les futurs délires des ZAZ de Hamburger Film Sandwich avec ses détournements publicitaires corrosif et comble de l'ironie Tony Randall (à l'origine star de la télévision) se moque de la télévision (et des drama, soap opera radio) le temps d'un interlude publicitaire (pour ne pas décontenancer les spectateur qui y sont habitué) où l'image raille le format étriqué et les sautes d'images du petit écran.

Jayne Mansfield fausse coquille vide et vraie génie comique montre là tout ce qui la séparait finalement d'une Marylin Monroe. Ce qui rend Marilyn si touchante c'est que même dans ses comédies elle semble finalement toujours subir ce sex-appeal ravageur, à l'inverse Jayne Mansfield (qui avait réussit à s'imposer avant d'être associée à cette image pulpeuse et du coup s'en amusait bien plus) en joue en poussant cet aspect dans les derniers retranchements. Les tenues les plus moulantes, flashy et dénudée s'enchaînent donc toutes les scènes, l'actrice en fait des tonnes à coup de déhanchés lascif et de petit cris idiot de satisfaction.

C'est pourtant bien son personnage qui s'impose comme le maître du jeu et connaît le destin final le moins artificiel (au bras de Groucho Marx !) car ne reposant pas justement sur la réussite social tandis qu'un faux happy end expédié pour la forme installe les autres personnages dans le même conformisme en dépit des apparences. Grand film tellement inondé d'allusions, de gags et de dialogues subversifs qu'il faut presque le revoir dans la foulée pour le savourer pleinement, tel une pique assez énorme contre les texan qui passe inaperçue au milieu de toute cette frénésie.


Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side et le tout aussi indispensable premier film Tashlin/Mansfield "La Blonde et moi" est quant à lui disponible chez Carlotta.

Extrait

lundi 2 mai 2011

La Solitude du coureur de fond - The Loneliness of the Long Distance Runner, Tony Richardson (1962)


Colin Smith est un jeune révolté, qui, à la suite d’un vol commis dans une boutique, est placé dans un centre d'éducation surveillée. Pratiquant la course de fond, il s’évade en rêveries de son morne quotidien durant ses courses solitaires. Il gagne sa notoriété dans l'établissement grâce à ses performances de coureur et prend le parti de suivre les ambitions qu’a pour lui Ruxton Towers, le directeur du centre...

Un des très grands films du "free cinema" anglais que ce The Loneliness of the Long Distance Runner dont le titre poétique tient parfaitement ses promesses. Après le succès critique et commercial du Saturday Night and Sunday Morning qu'il produisit pour son ami Karel Reisz, Tony Richardson transposait à son tour un écrit de Alan Sillitoe qui adapte à nouveau lui-même sa nouvelle.

Comme dans nombre de films issus des kitchen sink drama, il est à nouveau ici question d'un jeune homme en colère contre son environnement et en plein questionnement existentiel. Colin Smith (Tom Courtenay) est un jeune délinquant fraîchement débarqué dans un centre d'éducation surveillé. Teigneux, la langue bien pendue et insolente et rebelle à toute autorité, il n'y a guère d'espoir à entretenir pour ce qui nous semble d'emblée un irrécupérable en puissance. Seulement Colin a un talent particulièrement utile dans le programme du centre, il est très doué pour la course de fond. Rapidement repéré par l'ambitieux directeur (Michael Redgrave), il est pris sous son aile et mis dans les meilleure condition pour concourir à la compétition scolaire qui va opposer nos jeunes voyous aux élèves d'un établissement huppé.

Le film justifie alors son titre à travers les séquences d'entraînement de Colin où durant l'effort il s'évade dans de longues rêveries en flashback qui nous permettront de savoir comment il en est arrivé là. Tony Richardson était un des réalisateurs anglais les plus aventureux formellement (se souvenir du traitement de choc qu'il administre au film en costume l'année suivant avec son délirant Tom Jones) de l'époque et le prouve à nouveau ici. L'esthétique la plus austère et naturaliste côtoie donc les expérimentations les plus déroutantes.

Un caméra portée en vue subjective accompagne ainsi les courses saccadées de Colin pour s'évader vers la cimes des arbres et du ciel lorsqu'il se perd en pensées, la bande son se fait soudain silencieuse en plein tumulte dans les gros plan sur Courtenay soudainement absorbé par tout autre chose et le montage ose les enchaînement les plus surprenants (dont l'usage de l'accéléré qu'il réutilisera dans Tom Jones et précurseur d'une scène culte du Orange Mécanique de Kubrick) d'un lieu où d'une temporalité à une autre.

Tout ses artifices sont là pour faire le parallèle entre le passé peu reluisant de Colin et la manière dont sa situation présente peu y répondre. Nous découvrons ainsi certes un jeune voyou mais pas pire que les autres et dont les possibilités du monde des adultes ne disent rien de bon : un père mourant qui s'est éreinté à la tâche en vain dans un travail pénible, une mère qui s'abandonne au premier nanti venu et qui lui rappelle à chaque incartade que c'est bien elle qui détient le porte monnaie et donc le pouvoir... La vie adulte et rangée ne semble qu'un appel à la course à la consommation (on a d'ailleurs une brillante scène de shopping tournée et monté comme une réclame tapageuse) et au renoncement (autre beau moment où un discours politique télévisé de d'abnégation et de soumission est raillé par Colin), soit tout ce que rejette Colin le rebelle.

Bien moins avenant et fragile que dans Billy Liar, Tom Courtenay offre une prestation étincelante et tout en intensité. Son physique malingre, son visage en lame de couteau l'identifie immédiatement à cette jeunesse anglaise mal dans sa peau mais qui ne sait vers quel autre destin se tourner que celui des parents. Les seuls moments apaisés sont du coup ceux d'une innocente romance adolescente où les héros peuvent pour un temps se détendre notamment lors d'une très belle séquence d'excursion en couple à la plage.

C'est pourtant lors de sa conclusion que l'histoire dévoile pleinement son ambition. Loin d'être une porte de sortie, la course de fond n'est qu'une autre voie pour entrer dans le moule. Colin se rend alors compte qu'en se prêtant au jeu du directeur, il se renie et suit finalement le même chemin de conformisme qu'il déteste. Jamais le scénario n'évoque une jalousie quelconque des autres camarades durant tout le film si ce n'est une rivalité avec un autre coureur délinquant. Ce dernier semble plus motivé par les avantages dus à son statut de sportif vedette, de la mise en avant de sa personne que d'une réelle motivation pour la compétition. c'est donc dans une démarche inverse que s'attèle Colin dans la magistrale conclusion où il prouve sa valeur durant l'épreuve tout en délivrant un formidable camouflet à tout ceux faisant reposer leurs ambition sur lui.

Cette dernière course nous offre une ultime évasion de Colin en kaléidoscope où se bousculent toute les séquences du film, l'arrivée correspondant à un esprit enfin en paix avec lui-même. On a rarement vu appel à la rébellion plus virulent symbolisé par cette scène de conclusion où Tom Courtenay désormais dénigré se fond dans la masse des autres élèves, ayant choisi l'anonymat et l'individualité plutôt que la gloire de façade et l'acceptation de tous. Un grand film où on tutoie un peu l'état d'esprit du Fountainhead de King Vidor.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane, pour les anglophones préférant une édition moins chère se pencher vers les zone 2 anglais plus abordable mais pas forcément doté de sous-titres ou alors le zone 1 sorti chez Warner qui lui a des sous-titres anglais.

dimanche 1 mai 2011

Intimate Confession of a Chinese Courtesan - Ai Nu, Chu Yuan (1972)


La belle Ai Nu (Lily Ho), kidnappée par des brigands, est tenue prisonnière dans une maison close dirigée par l’envoûtante Lady Chun (Betty Pei Ti). Elle devient rapidement la proie des hauts responsables de la ville qui viennent assouvir leurs fantasmes. Après une tentative d’évasion échouée, elle mettra au point sa terrible vengeance contre tous ceux qui ont abusé d’elle …

Les mythiques studios Shaw Brothers, lorsqu'ils avaient réorienté leur production vers le cinéma d'arts martiaux au début des années 60 avaient conservé un certain élan féminin issue de la tradition de l'Opéra de Pékin. Dans celui-ci, tout les rôles devaient être tenus par des femmes, vraies vedette de cet art y compris les rôles masculins et cette tradition fut conservée pour un temps au cinéma. Ainsi dans le premier succès massif du studio dans le genre L'Hirondelle d'Or de King Hu l'actrice Chang Pei Pei tient elle un double rôle masculin/féminin, et bien que l'on distingue aisément ses traits féminins c'est une convention tout à fait acceptée par le public local (mais qui décontenancera un temps celui qui découvre ce cinéma). La donne allait changer avec l'arrivée du réalisateur Chang Cheh dont les films étaient truffés de héros masculins à la virilité hypertrophié, chantre de l'amitié virile (certains y virent même un homosexualité sous-jacente) et du combat sacrificiels.

Le basculement se fit notamment ressentir dans Le Retour de L'Hirondelle d'Or réalisé par Chang Cheh qui relègue donc Chang Pei Pei héroïne du premier film au second plan au profit de Johnny Wang Yu et son charisme animal. Durant des années la donne sera donc inversée et les femmes désormais réduite aux utilités dans les films d'actions de la Shaw Brothers. Jusqu'à ce fameux Intimate Confession of a Chinese Courtesan qui ramène la femme au centre dans un élan sulfureux et féministe.

Pour faire passer les excès les plus divers dans un film d'exploitation, la vengeance est le motif le plus efficace qui soit et Chu Yuan réalise là un des fleurons du genre. Ai Nu (Lily Ho) est une jeune fille enlevée par d'infâme tenancier de maison close qui dressent ensuite leur prisonnière de la manière la plus impitoyable. Les premières scènes donnent le ton avec des images à l'érotisme bien plus prononcé que ce que la relativement prude Shaw Brothers a donné voir jusqu'ici, avec la nudité de ces jeunes filles et les maltraitances sadiques qu'elles ont à subir. Ai Nu plus résistante et rebelle que les autres va pourtant être contraintes de céder face à la détermination de la plus redoutable des adversaires, la tenancière lesbienne Lady Chun (Betty Pei Ti) qui nourri une trouble attirance pour elle. Ai Nu va ainsi subir un terrible baptême du feu en étant livrée en pâture à quatre notables libidineux lors d'une séquence cauchemardesque. Après ce traumatisme, elle revient à des disposition plus amicales et cède même aux avances Lady Chun, mais ce n'est que pour mieux nourrir sa vengeance.

Chu Yuan est un des réalisateurs les plus doués de la Shaw Brothers (et qui triomphera quelques années plus tard avec ses adaptations de Gu Long le Alexandre Dumas de Hong Kong) et si le résumé laisse à imaginer un film vulgaire et putassier, tout n'est en fait que subtilité et élégance. Le film fit sensation à sa sortie par l'illustration d'un amour saphique donnant ici dans l'érotisme soft et tout en retenue. Chu Yuan gorge le film de symbole qui permettent de distinguer les émotions des personnages à divers moments au delà des prestations ambigües de Lily Ho (formidable de fragilité puis de haine vengeresse) et Betty Pei Ti (impitoyable et aimante à la fois et d'une beauté renversante).

Pour qui connaît la culture chinoise la symbolique de la couleur est très importante. Lorsqu'elle est exhibée aux notables qui vont la violer Ai Nu est vêtue d'une robe jaune, symbole de la fertilité et appuyant donc la toute puissance masculine à ce moment là. Lorsque heureuse elle accepte la vie de courtisane, elle arbore une robe blanche synonyme de deuil en Chine qui exprime ainsi son innocence perdue mais aussi les desseins vengeurs qu'elle médite sous son masque de bonheur. Plus tard c'est dans une robe rouge écarlate qu'elle tuera un des notables qui ont abusé d'elle.

Cette vengeance dévoile d'ailleurs les élans féministes du film sous les excès puisque Ai Nu punit ses agresseurs dans leurs travers typiquement masculins. Parmi les plus marquants on peut citer ce vieux pervers que par malice Ai Nu amène à s'empoisonner par abus d'aphrodisiaque. Pourtant étrangement le propos se fait plus trouble au fil de l'avancée du film. La jeune innocente dont nous accompagnons la vengeance se fait progressivement aussi impitoyable et retorse que ses ennemis quand à l'inverse Lady Chun tombée amoureuse se fait moins cruelle et défend Ai Nu envers et contre tout.

Cette volte face morale se ressent d'autant plus dans la conclusion et donne tout son sens au titre (Ai Nu en plus d'être le nom de l'héroïne signifie esclave de l'amour en chinois) puisque Ai Nu trébuche par les derniers sentiments nobles qui lui restent (preuve qu'elle n'a pas totalement basculé) alors que son amante la soumet à son amour intense par un ultime acte de détermination froide.

Ambiance trouble et sensuelle, sophistication et raffinement extrême des décors et joutes martiales sangle et virtuose, Ai Nu est un des joyaux les plus vénéneux de la Shaw Brothers. Un grand film au féminin. Chu Yuan fera un remake raté de son oeuvre en 1984, l'esthétique léché cédant au kitsch et l'érotisme retenu cédant à une vulgarité plus explicite...

Sortie en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo



Et extrait du beau générique de début

vendredi 29 avril 2011

Samedi soir, dimanche matin - Saturday Night and Sunday Morning, Karel Reisz (1960)


Dans les années 1960, à Nottingham, Arthur, un ouvrier de 24 ans, le week-end venu, s’étourdit dans les pubs pour oublier sa condition sociale précaire malgré son travail consciencieux à l’usine. Dès le samedi, la bière coule à flots pour lui et ses copains. Sa maîtresse, Brenda, une femme plus âgée que lui et épouse d’un de ses collègues de travail, lui est très attachée. Mais Arthur est bientôt attiré par une jeune fille de son âge, Doreen, une nouvelle relation qui a pour effet de rompre avec son morne quotidien.

Saturday Night and Sunday Morning est un des films manifeste du "free cinéma" anglais, mouvement britannique des sixties équivalent à la Nouvelle Vague française même si plus politiquement engagée que cette dernière. Le phénomène trouve d'ailleurs en partie son origine du côté littéraire puisque certaines de ses préoccupation se retrouvent déjà chez les Angry Young Men, groupe de jeunes auteurs britanniques apparus durant les années cinquante. Leurs écrits se caractérisaient par la touche authentique et réaliste des milieux prolétaires dépeints, que ce soit les personnages type working class heroes favorisant une écriture au langage simple ou dans les situations issues du quotidien qui leur vaudront également le qualificatif de kitchen sink drama (variation du terme Kitchen sink painters attribué au peintres réalistes anglais des années 40/50). Le film de Karel Reisz adapte donc un des livres les plus culte du mouvement, écrit par Alan Sillitoe (qui en signe également le scénario) en 1958 et qui verra un autre de ses écrits transposé dans le cadre du free cinéma avec La Solitude du Coureur de fond réalisé en 1962 par Tony Richardson (ici producteur).

Saturday Night and Sunday Morning c'est donc aussi et surtout l'histoire d'un jeune homme en colère, ce Arthur incarné avec une fougue et authenticité peu commune par le jeune Albert Finney qui crève l'écran pour son premier rôle au cinéma. La vie d'Arthur se partage entre les semaines morne où il ronge son frein à l'usine et le weekend où enchaîne les beuveries épique au pub avec ses amis et aligne les conquête féminines. Car Arthur a trouvé la solution parfaite pour s'évader de ce Nottingham grisâtre, se ficher de tout et de tout le monde et n'en faire qu'à sa tête. Albert Finney campe ainsi un personnage impulsif et imprévisible dans ses actes comme ses propos, un gamin espiègle qui n'a aucune envie de grandir comme le montre d'hilarantes scènes où il joue de bien mauvais tours à ses congénères comme placer un rat mort au poste d'une collègue d'usine ou tirer au fusil à plomb dans la fesse d'une voisine récalcitrante.

Arthur ne cherche qu'à vivre au jour le jour et sans attache, et le mariage aboutissement logique de tout les jeune gens de son âge est synonyme de prison à laquelle il faut échapper. Le film se fait le portrait d'une certaine Angleterre de l'après guerre résignée et sans perspectives. Les quidams qui ont connus la guerre et les privations se contentent aisément d'un travail modeste et monotone qui leur apporte sécurité, la télévision étant une distraction bien suffisante et ils n'aspirent finalement à rien d'autres. La génération suivante, celles de leurs enfants ne se reconnaît pas dans cette perspective toutes tracée mais le film montre finalement l'impasse de ces jeunes gens face aux possibilités d'avenir terriblement limitées.

Pour Arthur, l'étau va même se resserrer dangereusement lorsqu'il mettra enceinte une amante mariée où à travers la rencontre d'une jeune fille (Shirley Anne Field) plus délicate que ses conquêtes habituelles. Le filme nous promène ainsi au fil des pérégrinations quotidiennes et des pensées de Arthur dans une ligne narrative ténue et liées aux états d'âmes de son héros. La mise en scène de Karel Reisz est une alliance d'authenticité (qui se réperrcute dans les dialogues et situations où on évoque ouvertement le sexe, l'avortement...) et d'élégance nous faisant visiter les recoins les plus prolétaires de Nottingham avec ses pubs enfumés ou la pinte coule à flot, les plans d'ensemble de paysage avec cheminées d'usines à pertes de vues, espaces ruraaux de plus en plus restreint, petites ruelles où jouent les gamins...

La photo de Freddie Francis propose un noir et blanc somptueux et tout en nuances qui capte la vérité ce cadre tout en lui conférant une recherche visuelle toute cinématographique. La description est d'ailleurs loin d'être négative et avec le temps c'est une vraie nostalgie qui se dégage pour cette Angleterre chaleureuse et faîtes de plaisir simple comme la promenade dominicale à bicylette, les excursion à la pêche, les sorties au dancing (belle bande son mod jazzy du et bien évidemment les réunions au pub. La conclusion laisserait notre héros presque rangé mais rien n'est moins sûr tant rien ne laisse totalement penser que sa nature indomptée saura être domestiquée surtout quand on sait que la société anglaise sera amenée à être bien plus libérée dans un avenir proche.Le film est un immense succès et multipliera les récompenses en Angleterre pour son acteur principal et son réalisateur promis à un bel avenir.

Saturday Night and Sunday Morning a également un immense impact sur la culture pop anglaise jamais démentie à ce jour. La chanson des Smiths There is a light that never goes out de l'album The Queen is dead s'inspire d'une phrase de Doreen (I want to go where there's life and there's people devenant I want to see people and I want to see life) tandis que le titre du premier album des Arctics Monkeys Whatever People Say I Am, That's What I'm Not (dont la pochette affiche le visage d'un pur lads glandeur clope au bec à la Albert Finney) reprend une des répliques cultes d'Arthur. On peut ajouter un titre des Stranglers et aussi de Madness en 1999 intitulé Saturday Night and Sunday Morning en hommage au film pour mesurer son importance dans l'appel à un nouvel idéal de vie pour les jeunes anglais.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films mais l'édition est un peu chère donc éventuellement opter pour le zone 1 bien moins onéreux sorti chez MGM et dotée se dous -titres français. Ensuite pour les anglophones il existe une belle édition collector sorti en zone 2 anglais dotés de sous-titres anglais et les plus équipés peuvent même tenter le très beau bluray édité récemment et également doté de sous-titres anglais.

Bande annonce



Et pour rester dans l'esprit pop anglais un montage du film sur le morceau des Last Shadow Puppets, My mistake was made for you