Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 24 décembre 2013

Sueurs froides - Vertigo, Alfred Hitchcock (1958)

Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, possédée selon lui par l'esprit de son aïeule. Scottie s'éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu'il ne peut contrôler.

Vertigo demeure le plus beau, le plus envoutant et personnel des Hitchcock. Tous les ingrédients typiques du Maître du Suspense sont ici bien présents : une intrigue astucieuse adapté du roman D'entre les morts de Boileau et Narcejac, un couple glamour et photogénique James Stewart/ Kim Novak et toujours le nouveau gimmick visuel de rigueur avec ce croisement de zoom et de travelling arrière produisant de façon insensée le sentiment de vertige à l'écran. Ces éléments, Hitchcock ne les mets pourtant pas au service de la tension et du suspense cette fois mais en fait de purs vecteurs d'émotion propre à servir l'étrange romantisme du film.

La scène d'ouverture où le policier Scottie (James Stewart) découvre dramatiquement qu'il est sujet au vertige place ainsi d'emblée le héros dans une position de vulnérabilité. Une vulnérabilité physique mais aussi finalement émotionnelle qui le rend autant apte à tomber éperdument amoureux que d'être victime d'une terrible machination lorsqu'il se met à la filature de l'étrange Madeleine (Kim Novak) pour le compte son mari interpellé par son comportement étrange.

Hitchcock entremêle ainsi d'emblée romantisme et perversion, amour et désir, assouvissement et fantasme. Scottie se fait ainsi clairement voyeur lorsque la caméra se substitue à son regard lorsqu'il observe Madeleine derrière une porte dans la galerie de fleur, crée une ambiguïté trouble quand il emmènera Kim Novak chez lui plutôt qu'à l'hôpital après sa noyade, comme pour profiter de cette inconscience pour un viol symbolique puisqu'elle se réveillera nue sous les draps de son lit.

C'est là que le choix de James Stewart s'avérera si judicieux, l'empathie plus que le dégout naîtra chez le spectateur face au trouble de cet homme perdant de son assurance tant il est submergé par sa passion naissante qui lui inspire ces actions discutables. Dans Fenêtre sur cour (1954), ce type de situations se justifiait finalement par l'argument criminel qui se vérifiait dans l'intrigue, Hitchcock évacue cela ici pour simplement faire reposer cela par le regard fasciné, subjugué et amoureux de Scottie.

Hitchcock visualise ce sentiment tout au long d'une première partie au romantisme mystérieux et fantasmatique. La musique envoutante de Bernard Herrmann accompagne ainsi les déambulations dans un San Francisco dont la modernité s'abandonne progressivement aux fantômes du passé, à travers ses bâtiments à l'architecture européenne, les intérieurs d'église et cimetières hors du temps et crées des ponts obsédants entre les époques comme ce motif récurrent de la spirale avec le chignon de Madeleine et le portrait de Carlotta.

L'action semble comme s'exercer au ralenti, la photo de Robert Burks baignée dans un voile diaphane et rendant plus hypnotique encore cette dimension de rêve si importante chez Hitchcock.

Dans ce contexte, la présence évanescente de Kim Novak fait merveille, ici et ailleurs à la fois, vide et bouillonnante d'une folie intérieur incompréhensible et bien sûr partagée entre le simulacre et les vrais sentiments pour Scottie.

Cette dualité a cours tout au long de cette première partie où la recherche formelle nourrit le mensonge dans les scènes d'intérieurs tandis que l'extérieur dévoile une certaine vérité sous l'illusion telle cette merveilleuse séquence dans une forêt irréelle s'achevant par un baiser passionné tandis que les vagues s'abattent sur un récif en arrière-plan.

Ainsi tout en magnifiant chaque apparition de Kim Novak/Madeleine, cette flamboyance entre mirage et amour idéalisé laisse constamment un espace incertain où chacun est réellement sincère au même moment. Lors de la scène d'adieux avant le drame, on peut supposer que ce n'est plus Madeleine mais la Judy de la seconde partie qui s'arrache le cœur brisé au bras de Scottie en sachant ce qu'elle s'apprête à lui faire.

La seconde partie servira donc de reconstruction de ce fantasme initial mais, celui-ci reposant sur une manipulation, Hitchcock va à nouveau le nourrir d'une forme de perversion. Scottie vidé de toute énergie par la perte de sa chimère n'existe que pour la retrouver tant tout élément de son environnement le ramène à son souvenir. Puisqu'il ne peut plus la rejoindre, il la recréera grâce à la rencontre de la si ressemblante Judy/Kim Novak.

Hitchcock propose un brutal retour au réel par ce biais, la présence plus charnelle de Judy (le ton gouailleur à l'opposé de la mutique Madeleine, la sexualité plus agressive avec cette robe moulante où on devine l'absence de soutien-gorge quand la silhouette élégante était emmitouflée sous les tenues sophistiquées de Madeleine) et le cadre plus urbain empêchant le rêve initial de renaître.

Là encore Hitchcock baigne la romance de stupre et d'une cruauté inattendue où l'amour reposera sur un fétichisme nécrophile cherchant littéralement à reproduire ce qui n'est plus. Alors que la révélation tardive de la vraie identité de Judy/Madeleine aurait constitué un formidable retournement de situation, le réalisateur escamote le déroulement du roman de Boileau-Narcejac pour éventer le mystère à mi-parcours.

Une nouvelle fois c'est l'émotion plus qu'un habile suspense qui guide Hitchcock ici, le déchirement de Judy entre amour dévoué et culpabilité nous rendant son destin bien plus déchirant que la construction originelle qui n'aurait retenu que sa facette manipulatrice. Kim Novak est à nouveau formidable dans ce registre plus habité, au regard vide mais fascinant de Madeleine on sera plus ému par celui de dépit de Judy face un Scottie insatisfait, recherchant toujours ailleurs ce qu'il a sous les yeux.

Sans ce choix, Scottie n'aurait existé que par cette perversion quand ici l'humanité de James Stewart en fait un amoureux désespéré poignant dans son égarement. Hitchcock cinéaste fétichiste s'il en est le peintre idéal de cette obsession en s'identifiant totalement à son héros, en suscitant l'empathie pour ses égarements qu'il comprend mieux que quiconque tant il se sera plu à remodeler ses stars féminines à sa guise.

Là encore Hitchcock créera un ailleurs momentané où les passions se confondent enfin, d'abord quand le visage de Judy dans la pénombre verte (les teintes colorées de la photo se faisant de plus en plus agressives au fil de l'avancée du film, le rêve devenant cauchemar) crée l'illusion de la présence de Madeleine pour Scottie mais surtout quand la transformation se fera enfin complète. Judy se sent enfin aimée et Scottie retrouve son amour perdu le temps d'une stupéfiante séquence où le décor s'estompe le temps d'un baiser et d'un travelling circulaire laisse éclater un souffle romanesque fabuleux tout en révélant l'éphémère de ce moment.

Les fantasmes doivent pour Hitchcock en rester à cet état et chercher à les réaliser c'est obligatoirement se perdre, lui l'aura réussi à travers ses films mais Scottie va à nouveau brutalement tout perdre dans une conclusion miroir à la première partie. A la perte tragique et romantique mais guidé par un artifice qui aura laissé perdurer un souvenir désespéré répondra donc au final un épilogue sombre, lucide et où tout retour en arrière est impossible dans ces même hauteurs d'une église abandonnées.

Tout l'enjeu du film repose bien là, Hitchcock osant laisser des trous béants dans sa trame policière qu'il laisse finalement irrésolue (si ce n'est dans une scène ajoutée de certains montages européens) et sans que l'on trouve à y redire tant l'on avait d'yeux que pour les amours étranges de Scottie et Madeleine/Judy.

Sorti en edvd zone zone 2 français et dans un superbe bluray chez Universal

lundi 23 décembre 2013

Police Story 2 - Ging chaat goo si juk jaap, Jackie Chan (1988)


Chan Ka-kui, détective au sein de la police royale de Hong Kong, a été renvoyé à la circulation. Son ennemi juré, Chu Tao, sort de prison pour raison médicale et est bien décidé à se venger de lui.

En cette fin des années 80, Jackie Chan se trouve au sommet de sa popularité par la grâce de triomphes publics et artistiques faramineux faisant de lui une marque synonyme de divertissement, au-delà des genres. Le temps était donc venu de capitaliser sur ses productions à succès et d’en faire des franchises. L’année précédente aura vu sortir un Marin des Mers de Chine 2 spectaculaire mais bien loin de la fantaisie de l’original. Plus tard viendrait un pétaradant Opération Condor (1991) faisant suite au très original Mister Dynamite (1986). Entre toutes ces suites arrive donc ce Police Story 2 qui a la lourde de tâche de succéder à Police Story, monument d’action dont certaines cascades firent clairement la légende de Jackie Chan (le rasage de bidonville d’ouverture, le final au centre commercial…).

On devine les atermoiements pour trouver un argument tout aussi percutant sur ce deuxième volet tant le film semble se chercher dans un premier temps. Suite aux évènements de Police Story, Chan Ka-Kui (Jackie Chan) bien que salué pour son courage subit les remontrances de ses supérieurs pour l’insubordination ayant conduit à ses exploits et se retrouve à la circulation. Pas pour longtemps quand ressort de prison le truand Chu Tao (Chu Yuan) son antagoniste du premier volet bien décidé à se venger. On va ainsi avoir une laborieuse première demi-heure en forme de redite de Police Story où notre héros est poussé à bout par les intimidations des truands. Les situations sont déjà vues, une pointe de spectaculaire un peu gratuit en plus (le camion venant s’encastrer dans la vitrine du restaurant après la bagarre). 

Les acolytes de Chu Tao apparaissent de manière gratuite et métronomique dès que l’action se ralenti un peu et le récit ne semble aller nulle part. L’intérêt demeure cependant par la relation plus fouillée entre May (Maggie Cheung) et Ka-Kui, la dévotion à son métier empiétant de plus en plus sur sa vie sentimentale. Surtout prétexte à des scènes de vaudeville survoltées dans Police Story, la relation prend un tour plus grave ici par l’impossibilité à se concilier à la quête de justice de Ka-Kui. On aura quand même quelques échanges tordant dont une belle crise de nerfs de Maggie Cheung dans les vestiaires du commissariat.

Cette gravité permet d’introduire une trame policière finalement plus consistant où Jackie va faire face à un gang de maîtres chanteurs spécialistes en explosif.  Alors que Police Story était un rollecoaster d’action où se greffaient des éléments de polar cette suite prend réellement son temps pour mener un vrai semblant d’enquête. 

L’action moins prononcée n’handicape pas le film grâce à d’excellent moment de suspense comme cette longue filature urbaine dans Hong Kong lorgnant sur French Connection.  Le gang de maîtres chanteurs ne possède pas le charisme hargneux de Chu Yuan dans le premier volet, mais leur intelligence et inventivité offrira son lot de moments haletant. 

Jackie Chan ne cède finalement à l’action démesurée que lors d’un climax dans un hangar désaffecté qui n’atteint pas les hauteurs de celui de Police Story faute d’ennemis impressionnant (quoique ce muet bien retors). La pyrotechnie prend nettement le pas sur les acrobaties malgré quelques bagarres et situation périlleuses (Jackie toujours aussi bon pour user de l’environnement comme éléments de combat avec ici poulie, tonneaux et autres échafaudages s’écroulant à tout va), annonçant l’américanisation perceptible dans l’épisode suivant. L’implication émotionnelle plus prononcée rend pourtant ce final prenant et même poignant lorsque les ravisseurs liront la lettre de rupture de May à Ka-Kui. 

Une suite certes moins impressionnante et plus maladroite que son modèle, mais qui trouve son identité par la façon intelligente dont Jackie Chan approfondi son héros. Le spectaculaire reprendra ses droits dans un très bon troisième volet (le quatrième Contre-Attaque (1993) bien que gardant l’intitulé Police Story n’a plus grand-chose à voir l’esprit originel a disparu du trop larmoyant et récent New Police Story (2004)) où Jackie laisse la caméra à Stanley Tong et où une nouvelle casse-cou suicidaire fera son apparition, Michelle Yeoh.

Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo



dimanche 22 décembre 2013

Je suis un fugitif - They Made Me A Fugitive, Alberto Cavalcanti (1947)

Clem Morgan, un ancien pilote de la RAF plutôt cynique, lassé de la vie civile, se joint à un gang spécialisé dans le vol avec effraction. Lors de son premier coup, la voiture avec laquelle les bandits devaient prendre la fuite est accidentée et cause la mort d'un policier. On fait porter le chapeau à Morgan qui est pris pour le chauffeur et est envoyé en prison. Dès lors, il cherche à se venger. Il parvient à s'évader et part pour Londres.

Un superbe film noir qui s'inscrit dans la tradition du genre tout en étant typique d'une certaine tonalité d'après-guerre du cinéma anglais. They Made Me A Fugitive est ainsi un "spiv film", variante du film noir traitant d'une criminalité spécifique à l'après-guerre dans un pays vivant encore le rationnement et où les trafics et contrebandes diverses rapportent gros sur des denrées telles que l'alcool, l'essence, les cigarettes ou les bas nylons. Ce contexte introduit une tonalité plus âpres et violent dans laquelle sauront s'engouffrer des films comme Les Forbans de la nuit de Jules Dassin (1950) ou encore Brighton Rock (1947) de John Boulting. A cette tonalité s'ajoute un script (adapté du roman A Convict Has Escaped de Jackson Budd) qui offre une sorte de relecture bien plus sombre des 39 Marches (1935).

L'ouverture donne le ton en laissant découvrir le drôle de trafic mené par ces malfrats, une entreprise de pompe funèbres servant de couverture avec des cercueils en guise de moyens de transports pour des cargaisons diverses. L'entreprise est menée avec une main de fer par le redoutable Narcy (Griffith Jones) et va bientôt s'ajouter à la bande Clem Morgan (Trevor Howard), ancien pilote de la RAF en mal de sensation. Les deux vont s'opposer lorsque le sans scrupule Narcy ajoute la drogue à son business, ce à quoi Morgan ayant gardé quelques principes moraux s'oppose. Narcy va donc le piéger et le faire emprisonner pour un meurtre qu'il n'a pas commis.

Ayant réussi à s'évader, Morgan se met en route pour Londres pour rétablir son innocence. On trouve donc cette alternance entre la vision oppressante des faubourgs londoniens et cette fuite du faux coupable à la Hitchcock. On pense à nouveau aux 39 Marches avec ces péripéties et rencontres improbables sur le chemin du fugitif (la femme semblant vouloir l'aider mais qui a un tout autre objectif) et aussi un sens de l'ellipse surprenant lors des deux évasions de Trevor Howard restant dont on ne voit que le résultat mais pas le déroulement.

Malgré quelques pointes d'humour très noir, l'aspect ludique d'Hitchcock est ici absent pour une ambiance sordide qu'on doit en partie à un Griffith Jones absolument abject, dandy élégant qui violente les femmes avec un plaisir non dissimulé lors de séquences très dérangeantes.

Une âme noire et impitoyable qui s'avérera indomptable jusque son dernier souffle dans une conclusion implacable. L'autre point fort c'est le brio visuel de Cavalcanti qui fait parvient à donner à ce Londres de studio une oppressante aura de menace urbaine avec ces pubs enfumés truffé de trognes patibulaires, ces règlement de comptes dans des hangars désaffectés...

La photo d’Otto Heller fait merveille, donna une patine quasi surnaturelle à certaines séquences comme ce meurtre sur les quais sous une lumière immaculée. Ce tournage en studio permet aussi d'amener une vraie stylisation dans la description de la ville et offrir d’époustouflants morceaux de bravoures tel ce mano à mano final sur un toit affichant l'écriteau RIP.

 Cavalcanti est cependant capable de délaisser cet apparat pour des sursauts de brutalité dont il a le secret quand Trevor Howard s'engouffre en plein guet-apens et pour une longue bagarre filmée dans un style heurté et diablement efficace. Trevor Howard, pas un habitué du film noir impose ici tout son charisme rugueux et s'avère aussi insaisissable et inquiétant que ceux qu'il affronte, le scénario malgré son innocence n'oubliant jamais son vacillement moral initial et la censure anglaise étant satisfaite lors d'une logique mais cruelle conclusion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films

Extrait

samedi 21 décembre 2013

Tam Lin - The Ballad Of Tam Lin, Roddy McDowall (1970)

L'inspiration de la ballade écossaise de Tam Lin, un guerrier des Borlands qui, tombé amoureux de la fille d'un pasteur, défie le Diable et rompt son serment.

Son exil en Europe puis la rupture de son contrat avec la MGM aura donné un tour différent à la carrière d'Ava Gardner durant les 60's. Courant les cachets avantageux qui lui étaient refusé lors de sa période MGM, la star s'illustre dans des productions luxueuses comme Les 55 Jours de Pékin (1963) de Nicolas Ray ou Mayerling de Terence Young (1968) qui exploite finalement plus son statut d'icône que ses talents dramatiques. Seul son ami John Huston saura encore lui proposer de grands rôles notamment dans La Nuit de l'Iguane (1964), le segment de La Bible (1966) où elle joue une magnifique Sara et Juge et Hors-la-loi (1972) qui donne un tour bien plus touchant à cette facette d'icône. Alors que des Bette Davis, Olivia de Havilland ou Joan Crawford se refont une santé chez Robert Aldrich (Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Chut... chut, chère Charlotte (1964)) ou qu'une Audrey Hepburn saura magnifiquement vieillir à l'écran (Voyage à deux (1967) de Stanley Donen, La Rose et la Flèche (1976) de Richard Lester), Ava Gardner passe un peu à côté des cinéastes de la nouvelle génération, excepté Sept jours en mai (1964) de John Frankenheimer où elle tient un petit rôle. Installée à Londres depuis 1968, l'actrice voit l'occasion de se reconnecter à une certaine modernité avec cet étrange film qu'est Tam Lin tout en donnant un tour plus torturé à son image de beauté surnaturelle inaccessible.

Le film est une transposition moderne d'une légende du folklore écossais, La Ballade de Tam Lin. Celle-ci voit Tam Lin, guerrier écossais, tomber sous le charme de la Reine des Fée qui le retient en captivité durant de longues années. Seule une femme l'aimant d'un amour véritable saura le faire échapper à sa prison. La légende se voit ici revue et corrigée à la sauce Swinging London et psyché par un Roddy McDowall dont ce sera la seule réalisation. Micki Cazaret (Ava Gardner) est une femme richissime qui malgré son âge mûr vit entouré d'une cour de jeune hippie qui l'idolâtre et la suit partout. Parmi eux, elle a jeté son dévolu sur Tom Lynn (Ian McShane) son amant soumis et aimant depuis de longues années.

Le film s'ouvre sur une eux enlacé au lit et malgré le contexte tendre, le poids et l'étreinte de l'amour que voue Micki à Tom se ressent déjà même si celui-ci passif n'a pas l'ai de s'en plaindre. Cela va changer lorsque Micki va emmener sa troupe dans son château écossais, le contexte laissant ainsi progressivement s'installer l'intrigue de la ballade de Tam Lin. Roddy McDowall laisse largement la modernité envahir ce cadre solennel, que ce soit les tenues criardes et multicolores de tout le monde, le parfum d'hédonisme ambiant de cette communauté et l'érotisme prononcé de certaine séquence.

Déesse pour lesquels quiconque se damnerait dans des films comme Pandora, Ava Gardner prolonge cette image ici (somptueuse scène où elle déambule dans la nature en robe longue multicolore) mais McDowall la déforme progressivement, l'allégeance et soumission des prétendants subjugués étant remplacé par la crainte de son courroux d'une cour profitant de ses largesses.

Ava Gardner pour rester dans l'analogie de conte passe ainsi de la princesse capricieuse à la sorcière vieillissante avec une grande lucidité et l'intrigue va accentuer cette direction. Tom tombe en effet sous le charme de Janet (Stephanie Beacham) fille du pasteur local. Là aussi, McDowall tisse un parfum de légende, de destinée et d'inéluctable à leur passion par les effets appuyés accompagnant chacune de leur rencontre.

Le temps semble comme se figer lors de l'arrivée de Janet au château dès le moment où elle pose les yeux sur Tom à coup de ralentis avantageux et de gros plans sur le regard subjugué de la jeune femme, plus tard la rencontre en pleine lande écossaise s'affranchit de tout dialogues pour orchestrer leur rapprochement à coup d'image fixe, comme un roman photo filmé.

En opposition au stupre et à l'hypocrisie guidant la vie de la communauté au château, les mots et attitudes forcés sont inutiles pour exprimer la pureté de cette passion. Ian McShane adoptant jusque-là les attitudes de viveur antipathique parait enfin habité et voit ses traits juvéniles enfin mis en valeur quand Stéphanie Beacham allie magnifiquement sensualité et douceur immaculée. Le fait quelle soit fille de pasteur (joué par Cyril Cusack) offre d'ailleurs un envers symbolique entre religion et païen représenté par Ava Gardner.

En opposition, son pouvoir mis à mal va révéler toute la noirceur d'âme de Micki et l'envers du décor. On découvrira le sort peu enviable des précédents compagnons de Micki, congédiés quand elle s'en lasse où tués dans d'affreuses circonstances s'ils daignent la délaisser. Promis à son tour à ce funeste destin Tom va devoir subir le courroux de son ancienne amante. La dernière partie du film bascule quasiment dans le fantastique et prend un tour bien plus sombre. Ava Gardner devient véritablement une sorcière de conte, autant par son jeu outré que ses tenues extravagantes mais aussi les postures et cadrages menaçant où l'expose Roddy McDowall.

La photo de Billy Williams donne une allure baroque et cauchemardesque aux décors naturels et du château si bienveillant et bucolique en début de film et révélant leur vraies natures tandis que l'âme damnée de leur propriétaire s'affirme. La course poursuite finale est assez stupéfiante visuellement, les idées les plus folles s'entrechoquant pour un résultat flamboyant et ridicule, fascinant de too much.

Tom perdu et submergé par les "sortilèges" de Micki va se reposer sur le l'amour d'une Janet repoussant tous les démons nocturnes pour lui pour accomplir la légende. Une conclusion bluffante qui achève de faire Tam Lin une fascinante curiosité. A noter score envoutant de Stan Myers accompagné des chansons du groupe Pentangles dont la ballade de Tam Lin revisitée et croisant élans celtiques et influences indiennes psyché typique de l'époque.

  
Sorti en dvd zone  chez Olive et sans sous-titres

Extrait
 

jeudi 19 décembre 2013

Shalako - Edward Dmytryk (1968)


Une partie de chasse dirigée par un baron et une comtesse européens pénètre dans la réserve de chasse des Apaches. Heureusement, un ancien colonel de l'armée, habitué à la vie rude de ces contrées, passait par là.

Si le western spaghetti su inventer une alternative novatrice à son pendant US, il n’a pas pas inventé le concept de western européen.  En effet, les Espagnols et surtout les allemands les avaient précédés notamment avec l’amusante série des Winetou mais dans l’ensemble cela singeait plutôt les productions américaines (tout comme les westerns italien d’avant Sergio Leone d’ailleurs) même si certains pouvaient s’avérer d’honnête divertissement. Ce qu’ont fait les Italiens, c’est lui donner une identité et des caractéristiques propres, qui le distinguent du western américain avant de carrément l'influencer. 

Dans la foulée les autres tentatives de western européen se trouveraent imprégné du western spaghetti pour des résultats très inégaux. On peut mettre dans le lot ce Shalako qui entre un grand réalisateur déjà loin de son heure de gloire, un casting improbable pour le genre entre les superstars de l'époque (Sean Connery, Brigitte Bardot), les has been et les vieux de la vieille (Stephen Boyd, Honor Blackman, Jack Hawkins, Woody Strode en chef indien !) et le tout dans une coproduction anglo-allemande a de quoi piquer la curiosité. 

Le film adapte le roman éponyme de Louis L’Amour, auteur américain spécialisé dans la fiction western et de nombreuses fois adapté à l’écran et la télévision, Hondo (1953) de John Farrow avec John Wayne restant la plus connue.  Shalako, parut en 1962, naît du désir du producteur  Euan Lloyd d’adapter un roman de L’Amour (ami de longue date) depuis des années. Une première tentative échouera avec un casting un peu plus cohérent (Henry Fonda et Senta Berger) mais échouera à cause des coût désormais élevés d’un tournage au Mexique et de la côte descendante d’Henry Fonda pas suffisante pour attirer les avances des distributeurs. 

Quelques années plus tard et avec l’avènement du western spaghetti ce sera désormais possible, bien aidé par l’intérêt de Sean Connery pressé de se départir de l’image de James Bond (Marnie d’Hitchcock lui réussira mieux) dont il vient d’abandonner le smoking.  Le tournage à Alméria (en Espagne et lieux de tournage privilégié du western transalpins) ajouté à la distribution hétéroclite brouille cependant l’identité originelle du projet et le film ne saura choisir entre classicisme, vraie originalité et dérapages issus du western spaghetti pour un résultat pas à la hauteur de ce mix étrange. 

Quelques thèmes très intéressants sont pourtant esquissés avec cette noblesse européenne confrontée aux rigueurs de l'Ouest et qui tente avec arrogance d'y appliquer sa vision colonialiste. De même le long contentieux issus des guerres indienne que semble entretenir Shalako avec le chef apache (sous-entendus par quelque dialogue et le mano à mano final) n'est jamais réellement approfondi  malgré une introduction intéressantes de ces problématiques. On a ainsi un western assez mou et prévisible qui se laisse néanmoins suivre sans trop d'ennui. 

Sean Connery tout talentueux et charismatique qu’il soit est peu crédible malgré une fière allure de cow boy puisque dès qu’il ouvre la bouche son accent écossais prononcé (aucune allusion à des origines européenne de son personnage n’étant faîtes ce qui aurait pu faire passer) sa caractérisation de vieux baroudeur de l’Ouest ne passe pas. 

Son couple avec une Bardot (qui fera bien pire en western européen avec Les pétroleuses de Christian- Jaque) belle mais peu concernée fonctionne tout juste, et quelques bonnes idées en matière d'actions étant un peu expédiées par Dmytryk (l’ attaque du fort par les indiens en infiltration, l’assaut final avec les héros coincés sur une colline et assaillis de tout part par les indiens). Preuve de cette absence de direction, une violence corsée par instants et un peu hors de propos (puisque surfant maladroitement sur la surenchère transalpine) notamment une scène ou Honor Blackman est assez cruellement tuée par les indiens. Une curiosité donc pour qui souhaite voir James Bond porter le stetson… 

Sorti en dvd zone 2 français cez Studio Canal 

Extrait