Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 23 juin 2013

Hollywood Babylone - Kenneth Anger


Le stupre hollywoodien n’a jamais été dévoilé avec autant de panache et de style que sous la plume corrosive de Kenneth Anger. Fasciné dès son plus jeune âge par Hollywood, Kenneth Anger y a grandi et né en 1927 a connu l’âge d’or du star-system quand les vedettes du cinéma étaient l’équivalent de demis-dieux pour le grand public. Sa fibre artistique fut toujours encouragée par sa grand-mère qui l’emmena à sa première séance de cinéma et la légende veut (bien que Warner et le générique le contredisent) qu’il joue  le Prince changelin de l’adaptation du Songe d'une nuit d'été réalisé par Max Reinhardt et William Dieterle (1935). Son homosexualité et ses premiers pas scandaleux dans la mise en scène avec le court métrage Fireworks (1947) le mirent cependant vite au ban de tout ce glamour (Il fut jugé pour obscénité) mais attira vers lui quelques-unes des personnalités les plus intéressantes de l’époque comme le sexologue Alfred Kinsey qui se servit de Fireworks pour ses travaux et se lia d’amitié avec Anger.

En 1950, Kenneth Anger s’exile en France où il retrouve d’autres expatriés victimes de la liste noire et devient la coqueluche de l’intelligentsia française notamment la rédaction des Cahiers du Cinéma. Il les régale alors des histoires et rumeurs circulant depuis des années dans la sphère hollywoodienne sur la vie dissolue de ses vedettes dont on lui conseille bientôt de réunir dans un livre. En manque de liquidités, Anger s’exécute et une première version française de Hollywood Babylone parait en 1959, éditée par Jean-Jacques Pauvert. C’est cependant une version embryonnaire (et amputée de certaines histoires sur certaines stars encore active à l’époque de la parution) qu’Anger enrichira pour la parution américaine en 1965. Le scandale est énorme et le livre est rapidement interdit avant d’être réédité cette fois sans heurts en 1974.

Hollywood Babylone narre, de l’âge d’or du muet à la fin des années 50, trois décennies de scandales d’excès divers plus ou moins secrets au sein de l’usine à rêve. L’ouvrage débute sur le tournage de l’épisode babylonien du Intolérance de D.W. Griffiths (1919), cette image reflétant la luxure constituant le quotidien Hollywoodien dès les glorieuses et insouciantes années 20 qui s’ouvrent. L’ouvrage lasse un peu sur la fin par sa lecture superficielles d’histoires finalement assez connues (l’amant mafieux de Lana Turner assassiné par sa fille, même si on savourera l’épisode où un jeune Sean Connery déjà dur à cuir corrige le petit ami trop jaloux) mais est vraiment fascinant dans son traitement de l’évolution des mœurs au fil des périodes et de la place de la morale par l’arrivée du Code Hays.   

L’industrie Hollywoodienne s’avère ainsi toute puissante et arrogante dans des dérapages que son pouvoir lui permet d’étouffer (l’incroyable meurtre impuni où le magnat de la presse William Randolph Hearst assassine par erreur un producteur alors qu’il visait Chaplin fréquentant sa maîtresse le tout sans être inquiété par la justice…). L’épisode Fatty Arbuckle vient changer la donne lorsque l’opulente vedette du splapstick verra sa carrière brisée après avoir été accusée de viol. Hollywood s’orne d’une vertu nouvelle ne calmant pas ses ardeurs mais rendant les écarts de chacun plus secrets, l’arrivée du moraliste Hays (et bientôt de son code moral) se faisant parallèlement à l’explosion de la presse à scandale traquant la moindre rumeur, faisant et défaisant les réputations à l'image des deux gossip girls Louella Parsons et Hedda Hopper.

Kenneth Anger fait d’ailleurs preuve d’un style qui fera école avec ce bagout, ce sens de la formule et un vrai talent de conteur pour nous horrifier, amuser ou réellement toucher sur certains destins tragiques. On a ainsi passé au vitriol l’attirance trouble d’un Charlie Chaplin pour les très jeunes filles, la nymphomanie vorace de Clara Bow (coupable de s’être abandonnée à tout un vestiaire de quater back…), les tournages orgiaques de Von Stroheim ou encore le journal intime quelque peu corsé de la belle Mary Astor.  C’est finalement en abordant les personnalités les moins connues ou les plus secrètes qu’Anger captive avec la vie brisée d’une Frances Farmer trop fragile pour ce monde impitoyable ou le mystère accompagnant dans la tombe les mœurs de Rudolph Valentino dans l’excellent chapitre lui étant consacré.

 Anger aura beau jurer que toutes les histoires qu’il révèle sont vraies, le doute subsiste et c’est ce qui fait le charme du livre, aussi corrosif que le plus putassier des tabloïds et qui fascine par l’envers du décor sulfureux qu’il dépeint. Ce monde nous semble aussi lointain et abstrait que pour les lecteurs de l’époque plongés dans la Grande Dépression. Tout comme eux qui malgré la rigueur morale de façade finirent par accepter les habitudes troubles des stars du grand écran (Errol Flynn s’en sortant par exemple avec une affaire de viol qui lui aurait coûté sa carrière dix ans plus tôt et renforçant au contraire son statut d’icône virile) on tourne avec une curiosité coupable les pages de ce Hollywood Babylone symbole d’un monde révolu.

Ceci est la première traduction française de la version définitive de 1965 (dans une belle édition illustrées des photos de la collection personnelle d'Anger, dont le décolleté vertigineux de Jayne Mansfield en couverture) et on espère que les éditions Tristram sortiront le volume 2 écrit par Anger dans les années 80. Un volume 3 sur la période contemporaine fut également rédigé mais vu qu’il était fortement question  de scientologie, Anger abandonna vu la menace latente que provoqueraient ses « révélations ».

samedi 22 juin 2013

Frisco Jenny - William A. Wellman (1932)


Frisco Jenny est devenue orpheline durant le tremblement de terre de San Francisco en 1906. Plus tard, elle se retrouve patronne d'une maison de débauche. Ayant mis son fils dans une famille d'adoption, celui-ci, après avoir suivi des études de droit, devient procureur et est désigné pour instruire un procès afin d'éradiquer la prostitution dans la ville…

Un très grand mélodrame qui affirme définitivement Wellman comme un des maîtres du genre en ce début des années 30, lui qui signera l'un des plus grands de la décennie avec sa première version de une étoile est née en 1937. Avec Frisco Jenny il réalise en quelque sorte la matrice de quelques grands mélodrames "maternels" à venir comme À chacun son destin de Mitchell Leisen (1946) ou encore Madame X (1966) (encore que pour ce dernier le script de Wilson Mizner sur Frisco Jenny doit sans doute déjà pas mal à la pièce originale et antérieure de Alexandre Bisson) mais ici rehaussé par la provocation Pré-Code et le sens de la tragédie qu'instaure Wellman.

Le récit est celui d'une femme dont la maternité perdue représente le seul îlot d'une existence scandaleuse aux yeux des autres. Le début du film voit la jeune Jenny Sandoval (Ruth Chaterton) tout perdre dans le tragique tremblement de terre de 1906, sa situation, son père et son fiancé. Quelque chose a cependant survécu des décombres et constituera son seul lien émotionnel désormais : elle est enceinte. Ce fils deviendra l'objet de bien des renoncements et sacrifices pour Jenny, l'immoralité apparente du personnage (en plein ascension par la réussite dans le proxénétisme et le trafic d'alcool) contrebalançant constamment avec la mère dévouée que tout le monde ignore.

Le scénario la fait ainsi constamment naviguer entre deux eaux, le stupre et la pureté d'âme, la seconde provoquant cruellement le basculement dans la première. En début de film, ses fiançailles lui promettraient un horizon plus noble que le commerce douteux de son père mais le tremblement de terre vient briser ces beaux projets. Devenue mère, la pauvreté l'obligera à se prostituer puis à développer un talent certain dans le crime. Cette facette prendra un tour tragique dans la dernière partie où c'est celui auquel elle a tout sacrifié qui la conduira à perte, le fils adopté et devenu procureur se faisant l'inquisiteur impitoyable de sa propre mère.

Le brio narratif de Wellman fait merveille pour dépeindre cette destinée tragique, le récit fonctionnant ainsi par ellipse où nous faisant presque à chaque fois redécouvrir Jenny et son environnement toujours plus luxueux et scandaleux le rebondissement concluant la séquence précédente déterminant toujours un peu plus la dépravation croissante de la suivante.

Drame et perdition morale sont toujours constamment liés dans la trajectoire de notre héroïne, culminant lors de la formidable scène du tribunal. Le montage alternant la diatribe du procureur, le visage désapprobateur des jurés et le visage accablé de Jenny fait sonner chaque mot comme un coup de poignard quand on connaît les raisons de ses méfaits.

Ruth Chaterton (qui avait expérimenté justement ce type de personnage avec une version de Madam X en 1929) est bouleversante, visage de poupée de porcelaine progressivement altéré par la vie, tout aussi digne et déterminée des bouges sordides à la solitude de sa prison en conclusion. Dans ue magnifique idée visuelle finale, Wellman illustre symboliquement sa mort avec la brûlure des photos de son fils, la faisant disparaitre avec les images de celui pour lequel elle s'est tant raccrochée à la vie.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Pré-Code

jeudi 20 juin 2013

Assassin sans visage - Follow Me Quietly, Richard Fleischer (1949)


Une journaliste, en compagnie d'un lieutenant de police, suit la trace d'un étrangleur en série. Le meurtrier assassine les jours de pluie et laisse auprès des victimes une lettre signée "Le Juge" et dans laquelle il prétend être investi d'une mission destinée à combattre les forces du Mal.

Parmi les premières grandes réussites de Richard Fleischer, L'Assassin sans visage inaugure une des rares thématiques identifiable de ce touche à tout de génie. Le film aborde donc pour la première fois la figure du serial killer que Fleischer explorera avec brio dans les deux classiques du polar que sont L'Étrangleur de Boston (1968) et L'Étrangleur de la place Rillington (1971). On est loin de la tension et de la virtuosité de ces deux classiques ici avec un Fleischer encore en formation au sein de la RKO mais toutes les qualités à venir sont déjà là. Le film évoque annonce d'ailleurs grandement L'Étrangleur de Boston dans sa construction. Un meurtrier insaisissable se faisant nommé "Le Juge" assassine les jours de pluie des victimes sous couvert d'une nébuleuse quête morale et de combattre les forces du mal.

A travers la traque obsessionnelle d'un lieutenant de police (William Lundigan) l'intrigue déroule tout comme le fera le film de 1968 (avec moins de sophistication bien sûr) de manière méticuleuse l'investigation, la traque des suspects... Tout le squelette de L'Étrangleur de Boston greffé à l'esthétique et aux codes visuels du film noir. Fleischer innove ainsi avec des situations devenues communes dans le thriller moderne comme l'exploration de l'antre fétichiste du tueur parsemée des reliques de ses victimes, place la terreur plus dans la découverte de ses crimes que dans leurs vision (ce dont saura se souvenir le Seven de David Fincher ici la mort du journaliste défenestré est assez marquante) et bien sûr rend le plus longtemps possible invisible son serial killer (baigné d'une aura quasi surnaturelle lorsqu'il se substitue au mannequin de la police).

La narration resserrée et un scénario balisé réduisent cependant tous ses apports à une portion très sobre, loin de l'extravagance à venir pour Fleischer. On passe néanmoins un bon moment avec le joli couple formé par William Lundigan et la belle Dorothy Patrick avec nombres de scènes et d'échanges charmant. Fleischer réserve son sens du suspense essentiellement pour le mémorable final où le tueur est traqué dans une usine (là également on pense au futur final de L'Inspecteur Harry) avec un montage percutant et des péripéties inattendue qui rendent cet ultime duel palpitant.

Edwin Max dans un rôle quasi muet incarne bien cette démence incontrôlable, quasi enfantine et surgissant sans prévenir dans cette conclusion. Parfaitement exécuté et précurseur, un film qui sera bientôt surclassé par les autres productions RKO de Fleischer montrant une aisance et des qualités de plus en plus manifeste (les excellents polars Armored Car Robbery et L'Énigme du Chicago Express ) qui lui ouvriront la porte des studios.

Sorti en dvd zone 2 français au Editions Montparnasse dans la collection RKO

mardi 18 juin 2013

Mimi métallo blessé dans son honneur - Mimì metallurgico ferito nell'onore, Lina Wertmüller (1972)

Mimi, un manœuvre sicilien, refuse de se plier aux règles de la mafia. Privé de travail, il s’expatrie, laissant sa femme Rosalia en Sicile. À Turin, Mimi ne tarde pas à être à nouveau contacté par l’Organisation et, comprenant la menace, il se fait plus coopératif. Promu métallo, puis contremaître, il tombe amoureux fou de Fiorella avec qui il a un fils. C’est alors que la mafia le rapatrie en Sicile où sa femme légitime l’attend…

Mimi Metallo blessé dans son honneur est le film qui révèle le talent d'une Lina Wertmüller à la carrière déjà bien remplie mais relativement confidentielle. Les penchants anarchiste, féministes et la dénonciation machiste qui l'animent s'expose dans un tout cohérent, hilarant et grinçant pour ce classique qui lance un formidable cycle créatif pour la réalisatrice. Le scénario se situe à mi-chemin entre les comédies caustiques siciliennes de Pietro Germi (Divorce à l'italienne, Séduite et abandonnée) dans la dénonciation des moeurs archaïques locales et une facette politisée typique des Années de Plomb. Lina Wertmüller va faire siennes ces influences dans une sorte de comédie humaine cruelle et ironique.

Le début du film nous présente une Sicile arriérée et corrompue où se morfond notre héros Mimi (Giancarlo Giannini). Entre la vie de couple sans saveur avec sa trop prude épouse Rosalia (Agostina Belli) et sa modeste condition d'ouvrier, Mimi ne s'égaye qu'au contact des quelques sympathisants de gauche et syndicaliste qui s'opposent mollement aux règles de la mafia. C'est à leur écoute que son destin bascule lorsqu'il ne vote pas pour un candidat de la mafia aux élections et est privé de travail en représailles. C'est l'occasion pour notre héros de quitter son cocon et d'aller tenter sa chance à Turin, dans ce nord de l'Italie plus riche et supposé plus civilisé et équitable.

Lina Wertmüller l'isole dans la grisaille urbaine le temps d'un plan d'ensemble lourd de signification. Le cadre change mais les injustices restent dans des proportions plus vastes au sein de ce nouvel environnement où Mimi sera de nouveau exploité en tant qu'ouvrier du bâtiment dans des conditions précaires. La première ambiguïté annonciatrice de la suite interviendra après la mort accidentelle d'un ouvrier que cherchent à dissimuler les sinistres employeurs mafieux. Témoin de leurs malversations lorsqu'ils voudront se débarrasser du corps, Mimi sauve sa peau en s'inventant une parenté avec le Don de sa région, y gagnant au passage une promotion pour un plus confortable emploi en usine. Dès lors toutes les manifestations d'engagement politique de Mimi sonneront faux par cet acte de lâcheté initiale qui en annoncent d'autres où sauver sa peau importe plus que la cause. Lina Wertmüller donne un possible salut à Mimi par l'amour et la belle romance qu'il va entretenir avec la trotskiste Fiorella (Mariangela Melato formant pour la première son mythique duo comique avec Giancarlo Giannini). Habitué aux siciliennes soumises, Mimi est subjugué par la gouaille et le charisme de cette femme libre, abandonnant ses manières rustres pour exprimer sa part la plus vulnérable et sensible afin de la séduire.

Le temps d'une longue séquence romantique magnifiquement filmée par Wertmüller on assiste à la détresse de l'amant repoussé, aux sentiments progressivement ébranlé de l'aimée et de l'union finale avec une sensibilité infinie pour ce qui est le moment le plus sincère du film. Le féminisme de Lina Wertmüller s'y dévoile autant par l'abandon de Mimi exprimant finalement son côté féminin (la déclaration désespérée les yeux baignées de larmes est particulièrement touchante) pour toucher Fiorella également devenue femme accomplie en cédant pour la première fois à un homme qu'elle aime. Ce bel espoir ne résiste pas pas au retour malheureux en Sicile. Les petites concessions concédées par Mimi auront dévoilé un être malléable que même cet amour ne pourra rattraper. Mimi est un être constamment coupé entre plusieurs mondes : le monde communistes et celui des patrons véreux où il s'avère un contremaître aussi impitoyable que ceux qu'il dénonçait et surtout l'écart entre l'être civilisé et moderne en lequel la ville est supposée l'avoir transformé et le sicilien machiste qu'il n'a finalement jamais cessé d'être. Le script malin l'exprime de façon outrancière (la crise de démence de Mimi lorsqu'il apprend qu'il est cocu) et inventive, la vengeance par crime d'honneur prenant un tour sophistiqué illustrant une nouvelle fois bien la lâcheté de Mimi même pas capable de faire usage de la violence brute de ces ancêtre pour se venger. 

 La scène finale d'un mimétisme cinglant avec l'ouverture montre ainsi un cycle perpétuel de la corruption (qui arbore un même visage) régnant sur cette Sicile et l'Italie de manière plus vaste. Le profit, le cynisme et l'individualisme gagne sur les idéologies dans une terrible impasse politique et morale. Une grande réussite qui vaudra à Giancarlo Gianinni de nombreuses récompenses pour sa magistrale prestation tandis que Lina Wertmüller creusera le même sillon dans une veine plus mélodramatique dans le suivant et magnifique Film d'amour et d'anarchie (1973).

Sorti en dvd zone chez SNC/M6 Video

lundi 17 juin 2013

Cloud Atlas - Andy et Lana Wachowski, Tom Tykwer (2012)


À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié. 

Le temps du succès et de la hype des Matrix semble bien loin pour les Wachowski, qui auront profité du crédit de leur saga pour se montrer de plus en plus audacieux. Matrix Reloaded (2003) avait à l'époque décontenancé en renversant et en remettant en cause le mysticisme du premier volet, volonté maladroitement poursuivie dans Matrix Revolutions (2003), qui concluait la trilogie sur une note mitigée. Les Wachowski semblaient en fait constamment coincés entre l’univers froid et technologique qu’ils avaient façonné, pas loin d’être pompeux par instant (les noms des personnages lourds de symbolique, les tirades philosophiques vulgarisant Baudrillard), et des velléités bien plus chaleureuses et candides observées dans leur film noir lesbien Bound (1996). Cet équilibre entre sophistication de la forme et vraie puissance dramatique, ils allaient l'atteindre avec le formidable Speed Racer (2008).

Objet pop quasi expérimental au croisement de l’animation japonaise, du manga, du jeu vidéo et du cartoon, Speed Racer était un divertissement galvanisant et virtuose dont la tonalité naïve exprimait les thématiques du duo avec bien plus de force et d’efficacité que le sérieux papal des Matrix. Ce film, parmi les plus inventifs des années 2000, allait pourtant être un fiasco commercial retentissant et logique car sorti la même année que le carton The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008), mètre étalon du blockbuster dont l’ambition passait par une approche adulte lourdement assénée.

 Dans Cloud Atlas, les Wachowski semblent aller au bout de leur évolution avec cette épopée aux confins du temps et des genres, où un dispositif complexe sert un grand mélodrame et des questionnements profonds au cœur de chacune de leurs œuvres. Adaptant le roman Cartographie des nuages (2004) de David Mitchell, Cloud Atlas est un film choral où s’entremêlent six histoires étalées sur cinq siècles. Six histoires et autant d’approches, d’atmosphères et de genres différents abordés : film historique, science-fiction, comédie caustique, thriller politique, film post-apocalyptique… Si ce type d’approche n’est pas complètement neuf, le crédo et la maestria narrative ici en place en font une expérience unique.

Plutôt que de lier artificiellement les différents récits vers un crescendo dramatique commun en forme d’effet papillon temporel, l’approche est plus originale. On retrouve les mêmes acteurs d’une histoire à l’autre (plus ou moins identifiables pour certains, le générique de fin dévoilant qui est qui étant en ce sens fort amusant) qui seront tour à tour héros, méchants, en retrait ou au centre des évènements. Tom Hanks passe ainsi de l’affreux médecin empoisonneur et rapace en 1849 au savant amoureux en 1973, Jim Broadbent de l’éditeur poissard et attachant en 2012 au compositeur de génie retiré en 1936 - il en va de même pour tout le casting.

D’autres, comme Hugh Grant, creusent le même sillon négatif à travers les époques, Hugo Weaving incarnant même un mauvais génie démoniaque pour les peuplades primitives de la partie post-apocalyptique. Le lien entre tous ces moments, la manière dont se répondent toutes ces voies/voix et cette possibilité de rattraper les erreurs d’une vie dans une autre incarnation symbolisent ainsi par l’image l’idée de karma.

Les Wachowski l’avaient déjà exprimée avec le Néo de Matrix, l’Élu apte à vaincre la matrice mais venant après l’échec de bien d’autres comme le souligne la séquence de l’Architecte dans Matrix Reloaded. Le héros de Speed Racer semble également condamné à suivre une trajectoire parallèle à celle de son frère disparu, mais là aussi ce karma doit lui permettre de suivre son chemin propre. Tom Tykwer, coréalisateur avec les Wachowski, avait également exploré la question dans son Cours, Lola, cours (1999), où le récit proposait trois possibilités afin que son héroïne se sorte d’affaire.

Nécessité par l’ampleur du récit, le tournage des différents épisodes fut donc réparti entre les Wachowski et Tom Tykwer, chacun étant marqué du sceau de ses auteurs. On retiendra notamment pour les Wachowski la révolte de l’androïde serveuse Sonmi en 2144, reprenant le message sur l’endormissement des masses, chair à produire, de Matrix - ou dans leur adaptation de V pour Vendetta pour James McTeigue en 2006). Le duo reprend ses motifs avec une poésie décuplée pour signifier ce moment de libération, d’humanisation de la machine enfin consciente du monde qui l’entoure et rétive à la tyrannie.

Il en va de même dans ce monde revenu à l’âge de pierre où Zachry (Tom Hanks) cesse d’avoir peur et dépasse sa condition d’oppressé. Moins identifiable thématiquement, on reconnaît néanmoins la patte de Tom Tykwer à travers le romantisme et la noirceur du segment romantique musical de 1936 - et son acteur du Parfum (2006) Ben Whishaw -, et un peu de la tension de L’Enquête (2009) pour l’ambiance de complot de 1973.

La cohérence tenant l’ensemble aura été amorcée par le tourbillon de la scène d’ouverture, qui brasse les six histoires comme une seule. Les temporalités et univers se répondent les uns aux autres par un montage virtuose (aboutissement des expérimentations des Wachowski en la matière, notamment dans Speed Racer qui constituait déjà un vrai tour de force) faisant la bascule par un rebondissement, un détail en forme d’association d’idées ou une simple phrase dans une symphonie envoûtante.

Le karma et la destinée sont au cœur du va-et-vient qui naît de cet aspect flottant et par une symbolique marquée (la tâche de naissance en forme de comète liant certains personnages). Film total, Cloud Atlas mêle intimisme et grandiloquence, légèreté et emphase avec une foi et un plaisir de raconter réjouissants. Une œuvre ambitieuse et risquée qui, paradoxalement, par cette universalité, risque d’en laisser quelques-uns sur le côté ; comme en témoigne l’accueil américain, catastrophique, du film. Plus les Wachowski s’ouvrent, moins ils sont suivis mais plus le cinéphile est ébloui.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner et sera disponible en juillet en dvd zone 2 français

dimanche 16 juin 2013

Courage fuyons - Yves Robert (1979)


Martin Belhomme est un lâche de naissance, d'ailleurs chez lui la lâcheté se transmet de génération en génération. Après une enfance passée dans le tumulte de l'Occupation, il se "fait marier" par Mathilda qui décidera tout pour lui: ils auront deux enfants et il deviendra pharmacien, lui qui vouait une passion pour la musique. Mais au terme de cette vie monotone, survient Mai 68, et sa lâcheté va paradoxalement le conduire dans une folle aventure, loin des siens, avec Eva, ravissante blonde chanteuse dans un cabaret d'Amsterdam. Dès lors, il fera tout son possible pour séduire la belle, et passer pour un aventurier à ses yeux.

La filmographie d'Yves Robert est peuplée d'homme-enfant pour lesquels la réalité et son quotidien sont des prisons qu'il faut fuir à toutes jambes. Cette fuite peut se faire dans l'aventure (le diptyque des Grand Blond), la farce (le tordant Les Copains) ou la paresse (Alexandre le Bienheureux), La doublette Un éléphant ça trompe énormément/ On ira tous au paradis offrant une sorte d'aboutissement à cette thématique pour Yves Robert. Plutôt que de s'attaquer à un troisième volet de ce grand succès, Yves Robert et son scénariste explore une nouvelle fois la question de manière très différente dans ce Courage fuyons taillé sur mesure pour le talent de Jean Rochefort.

N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir. Jules Renard

Ce penchant à la fuite qui caractérise les personnages masculin de d'Yves Robert, Martin Belhomme (Jean Rochefort) en rêve mais ne peut s'y résoudre. La cause ? Un penchant héréditaire pour la lâcheté (génialement expliqué en flashback sur le destin malheureux de ses pères et grand-pères) qui l'enferme dans une situation de plus en plus inextricable. Epris de liberté et rêveur, il "se fait marier) par une épouse tyrannique et autoritaire (Dominique Lavanant). Il ambitionne d'être musicien ? Cette même épouse l'installe dans une sinistre carrière de pharmacien de quartier.

Les évènements de Mai 68 se déroulant parallèlement à l'intrigue offre une parfaite symbolique de la situation de notre héros. Tout comme cette jeunesse s'élevant enfin contre la rigueur de cette France Gaullienne, l'immature Martin se rebelle face à son existence conventionnelle et sans saveur. Cela se fera par le mimétisme d'une lâcheté qui ne l'a pas quitté, Martin le temps d'une hilarante scène détruisant sa propre voiture en compagnie des jeunes survoltés qui l'entourent (parmi lesquels on reconnaitra un tout jeune Gérard Darmon) et qu'il ne souhaite surtout pas froisser.

Martin va réellement changer par la rencontre de la belle Eva (Catherine Deneuve), magnifique créature qui va lui permettre enfin de sortir de sa coquille peureuse. Eva n'exige et n'attend rien de lui, ne lui pose ni condition ni ultimatum et par cet amour sans contrainte va permettre à Martin d'endosser un personnage plus assuré, charismatique et attirant. Après la narration très sophistiquée de cette première partie Yves Robert laisse s'exprimer cette liberté nouvelle et le bonheur de son héros dans une longue séquence romantique laissant déambuler le couple dans une Amsterdam idéalisée, cliché compris (la traversée d'un joli champ de tulipe).

Ses peurs ne vont pas tarder à le rattraper avec l'apparition d'un ancien amant récalcitrant le menaçant de mort et l'ampleur de la fuite sera proportionnelle à celle de l'inattendu courage initial, Martin retournant chez lui en se faisant passer pour amnésique. Retrouvant sa coquille plus profondément encore, Martin va pourtant être tiré sa médiocrité par une Eva l'acceptant et l'aimant tout trouillard qu'il est. Yves Robert offre un bonheur mérité à son héros sans pour autant le changer. Il y a d'un côté les héros et les sauveurs et de l'autre les créatures apeurées qui n'aspirent qu'à survivre et n'en ont pas moins de mérite.

La mémorable conclusion fait finalement de cette peur un surprenant trait commun au couple et plutôt que de s'unir grâce à une action téméraire qu'aucun d'eux n'ose effectuer, c'est dans cette faiblesse qu'ils se reconnaissent mutuellement qu'ils pourront s'aimer à leur manière très originale.

Jean Rochefort tout en charme fuyant, gouaille distanciée et lucide, est absolument parfait et Catherine Deneuve resplendit en objet fantasmatique qui va révéler un registre plus complexe. Le film n'est sans doute pas aussi équilibré que d'autres grandes réussites d'Yves Robert (quelques longueurs et des transitions peu fluides dans les gros rebondissements) mais sa tendresse et l'originalité de son propos (la fin est réellement mémorable) en font une de ses œuvres les plus attachantes.

Sorti en dvd chez Gaumont

vendredi 14 juin 2013

La Vénitienne - La Venexiana, Mauro Bolognini (1986)


A Venise, alors que la population redécouvre la joie de vivre après les années de peste noire, Valeria et Angela, deux femmes nobles et respectables, remarquent dans la foule un jeune et bel étranger, plein de charme. Chacune d'elle va, à sa manière, tenter de conquérir le jeune homme devenu objet de convoitise pour une nuit d'amour. C'est d'abord Angela qui fait rechercher l'inconnu par son valet Bernardo qui réussit à convaincre le jeune homme de le suivre...

Avant-dernier film de Mauro Bolognini, La Venexiana voit le réalisateur offrir une véritable ode au désir et son œuvre la plus charnelle. Bolognini cherche ici à capturer l'esprit régnant à une période donnée de la Venise du XVIe siècle. De la mi-juin 1575 à décembre 1576, la ville subit les ravages d'une épidémie de peste qui décime la population. Longtemps cloitrés et/ou soumis à la quarantaine, les survivants sont donc animés d'un désir de vivre pleinement se traduisant par un éveil des sens qui imprègne la ville d'un torrent de sensualité.

Bolognini explore cet état d'esprit à travers le destin de trois personnages le temps d'une nuit fort animée. Un bel étranger (Jason Connery) de passage à Venise et en quête de sensation va affoler la libido d'Angela (Laura Antonelli) veuve trop longtemps isolée et Valeria (Monica Guerritore), jeune femme mariée et également issue de la noblesse. Ce statut social (ainsi que la stricte condition de veuvage pour Angela) les soumet à une retenue d'autant plus pénible alors que le stupre submerge la ville, la caméra de Bolognini voguant joyeusement dans des ruelles où s'animent joyeusement seins nus des prostituées. Comme pour signifier le changement de mentalité, la rencontre et le coup de foudre intervient durant une procession religieuse où les regards de Valeria et l'étranger se croise, avant que ce dernier heurte accidentellement Angela. Ce désir surgissant de manière brutale et incontrôlable, Bolognini ne fait preuve d'aucune subtilité et raffinement inutile en particulier concernant le personnage de Laura Antonelli. Dès son réveil, Angela scrute avec envie les étreintes animant les tableaux qui ornent sa demeure et lorsqu'elle percute Jason Connery, son regard s'attarde autant sur ses traits angéliques que son entrejambe.

Bolognini lorgne même sur l'érotisme soft lors d'une scène presque saphique où Angela va faire part de son désarroi et demander conseil sexuel à sa servante Nena (Clelia Rondinella) dans sa chambre, le geste se joignant à la parole. La maîtrise visuelle coutumière de Bolognini évite à l'ensemble de sombrer dans la vulgarité, le réalisateur sachant faire monter la tension sexuelle puis la laisser exploser dans un savant équilibre où les étreintes se font crues et délicate à la fois. C'est d'ailleurs cette tonalité contrastée qui fait le charme du film. Le joyeux marivaudage (les échanges piquants avec le pétillant personnage d'Oria, servante de Valeria jouée par Cristina Noci) alterne avec le romantisme le plus exalté (les envolées poétiques entre Jason Connery et Laura Antonelli se dévorant des yeux) et une sensualité moite où le sexe ardent et amusé (le montage alterné sur les galipettes plus farceuses de la domestique d'Angela) cohabitent avec entrain. Ce côté décomplexé fait éviter tous les pièges aux différentes directions de l'intrigue. Chaque personnages suit ses envies et vit dans l'instant et sans s'inscrire dans un cliché. Il n'y a plus de clivage homme/femme lorsqu'ils se confrontent à leur passions comme l'annonce la citation d'ouverture.

Jason Connery (jamais nommé) pourrait paraître machiste en bellâtre profitant de deux jeunes femmes mais est au contraire aussi sincère quand il déclare sa flamme à chacune d'elle dans cette nuit sans lendemain. Monica Guerritore figure tout d'abord la noble hautaine s'amusant du désir qu'elle provoque mais abandonnée à son tour mettra toute fierté de côté pour rattraper déguisée en homme l'objet de ses fantasmes. Laura Antonelli n'est quant à elle jamais meilleure que quand elle joue des personnages inversement confiant du charme affolant qu'ils affichent à l'écran, que ce soit dans un registre comique (la femme au foyer soumise aux fantasmes de son époux dans Ma femme est un violon, l'aristocrate faussement prude de Mon dieu comment suis-je tombée si bas) ou dramatique (l'épouse trompée et introvertie de L'Innocent de Visconti). Ici elle affiche une quarantaine resplendissante pour jouer une femme mûre doutant de son attrait, dévoré par un désir incandescent et qui va s'abandonner comme jamais le temps d'une nuit torride. C'est finalement la dernière occasion d'admirer sa beauté dans un grand rôle avant les déboires dramatiques qu'elle connaîtra avec la chirurgie esthétique.

Bolognini fait comme souvent des miracles dans sa reconstitution avec un budget qu'on devine modeste. Il saisit dans des tableaux captivant les tranches de vies de ce quotidien vénitien (gondoliers, travailleurs...) qui s'estompe la nuit venue pour illustrer l'animation des tavernes, l'ombres des couples dans les coins sombres des ruelles. Le resserrement des environnements et donc les scènes d'intérieurs laissent voir les cadres chargés de symboles et les scènes sexuelles où s'expriment l'attente, la satisfaction et la langueur de l'après avec une force rare. C'est ce sentiment d'éphémère qui fait si bien passer cette gamme d'émotion, ce dont sont bien conscient nos personnages conscient d'avoir vécu un instant unique auquel ils ne se raccrochent que par le souvenir qu’ils sauront en garder, sans s'attarder. Laura Antonelli fermant ses volets et ce plan final de gondole s'éloignant au loin dise cela de la plus belle des façons, par l'image dans les sublimes derniers instants du film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

Extrait

jeudi 13 juin 2013

Wild Boys of the Road - William A. Wellman (1933)



Pendant la Grande Dépression des années 1930 aux USA des centaines de milliers d'adolescents miséreux, les Hobos, se retrouvent à errer sur les routes, tenaillés par la faim et traqués par la police ...

William A. Wellman scrute la Grande Dépression à travers le regard adolescent pour un résultat aussi naïf que cruel et sombre dans ce superbe Wild Boys of the Road. Le film démarre dans une photographie de vie américaine ordinaire avant que la réalité rattrape déjà cette jeunesse. Eddie (Frankie Darro) et Tommy (Edwin Phillips) sont deux adolescents de sortie avec leurs petites amies mais problème, ils sont fauchés et n'ont pas de quoi payer l'entrée à la soirée dansante où ils se rendent. Une astuce amusante et le tour est joué, ils se trouvent à l'intérieur mais démasqués ils en seront chassés.

Ce premier rejet relativement anodin initie déjà la dimension de paria et de rejet que vont ressentir nos deux héros et par extension la jeunesse pauvre d'Amérique qu'ils représentent. On découvrira ainsi l'environnement démunis dans lequel les deux garçons évoluent, Tommy vivant seul avec sa mère sans travail tandis que le père d'Eddie vient de perdre le sien. La culpabilité du poids qu'ils représentent pour leur famille incitent les amis au sacrifice, en abandonnant ce qu'ils ont de plus cher d'abord d'un point de vu matériel (scène aussi simple que bouleversante quand Eddie vend sa voiture et peine à cacher ses larmes) puis en quittant le foyer pour chercher du travail.

Comme toujours dans les œuvres Pré-Code, la narration est limpide et efficace et les thématiques s'expriment dans l'action et par l'image le film durant à peine plus d'une heure. Eddie et Tommy deviennent ainsi des "hobos" précoces et si leurs aînés ne trouvent pas de job dans cette Amérique en crise, ils ne pourront guère faire mieux. Le film offre ainsi un road movie, une odyssée sans but où ils rencontreront d'autres laissés pour compte de leur âge pour former une communauté vivant au gré des voyages dans des wagons insalubres, de la fuite ou de l'affrontement des figures d'autorités (et plus généralement adultes comme le montrera un rebondissement final) néfastes que sont la police et/ou les contrôleurs, du volt et de la mendicité.

Wellman instaure une tonalité faite d'extrême candeur (malgré leurs larcins ces jeunes restent des figures pures victimes des évènements) notamment grâce à la très attachante prestation de Frankie Darro en Eddie avec une bouille respirant la bonté et la détermination.

Cet élan est régulièrement brisé par une noirceur où le monde qui les entoure se rappelle au souvenir des jeunes voyageurs lors de terrible moments : un protagoniste amputé après avoir eu la jambe écrasé par un train, une adolescente violée dans un wagon par un contrôleur de train concupiscent.

La conclusion vient amener un peu de lumière et d'espoir, soulignant ainsi que même dans la tourmente l'Amérique n'oublie pas ses enfants. L'ultime échange entre Eddie et Tommy, soulignant cette amitié indéfectible en un regard clôt le film de la plus belle des façons.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans la collection Trésors Warner Pré-Code