Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 7 juillet 2023

A Moment of Romance 2 - Tin joek yau ching II: Tin cheung dei gau, Benny Chan (1993)

Celia (Wu Chien-lien), une Chinoise ayant immigrée illégalement à Hong Kong, travaille comme prostituée afin de réunir de l'argent pour sortir son petit frère de prison. Lors de son premier soir de travail, elle est témoin du meurtre d'un chef des triades et est bientôt accusée à tort. Tandis que des membres des triades la poursuivent, elle est secourue par Frank (Aaron Kwok), un membre d'un gang de motards qui vient d'une famille aisée mais divisée et qui est souvent déprimé.

A Moment of Romance de Benny Chan (1990) avait constitué une sorte de miracle filmique entre romance juvénile surannée, urgence et brutalité du polar urbain hongkongais et esthétique flamboyante sur fond de cantopop. Le film s'était avéré le sommet du sous-genre de la romance criminelle qui avait eu son moment de popularité à travers quelques réussites majeures comme As Tears Go By de Wong Kar Wai (1988). Benny Chan et son producteur Johnnie To remettent donc le couvert trois ans plus tard afin de surfer sur la vague qu'ils ont initiés avec ce A Moment of Romance 2

Au vu de la conclusion tragique du premier volet, ce nouveau film n'en est pas une suite directe même s'il en conserve les éléments visuels et narratifs les plus marquants. On retrouve la romance juvénile entre deux êtres issus de milieux sociaux différents, le monde des courses de moto et la menace criminelle violente des triades. Wu Chien-lien revient en tant que premier rôle féminin tandis que Andy Lau laisse sa place à Aaron Kwok (qui perpétue les liens étroits entre la cantopop et la romance criminelle puisqu'il mène une carrière de chanteur parallèlement à celle d'acteur comme Andy Lau et fait partie avec lui des "Quatre célestes de la cantopop" avec Leon Wai et Jacky Cheung).

La dynamique est légèrement différente du premier film puisque l'aspect bas-fond criminel vient du personnage féminin Celia (Wu Chien-lien), jeune migrante chinoise clandestine traquée par les triades, tandis que le héros Frank (Aaron Kwok) est un jeune homme paisible issu d'un milieu nanti et en conflit avec son père. A Moment of Romance 2 est un très joli film, plutôt intimiste, et qui d'une certaine façon s'ancre dans un cadre plus réaliste que son prédécesseur dont il renverse certains cliché (le bad boy au cœur tendre Andy Lau troublant une candide et innocente Wu Chien-lien). Mais l'emphase formelle, musicale et romantique poussés aux limites du cliché de ce premier film atteignait une sorte de moment de grâce inattendu qui finissait par cueillir le spectateur le plus endurci. Cette fois tout est plus mesuré, délicat et retenu dans l'expression des sentiments mais finalement plus convenu aussi. Aaron Kwok compose un beau héros vulnérable, Wu Chien-lien est toujours aussi attachante et les enjeux intéressants, mais la magie inexpliquée du premier film ne prend jamais vraiment. 

Un des soucis est un trop-plein d'intrigues et de personnages, entre l'argument criminel et la quête de Celia pour sauver son frère, le conflit familial de Frank, toute la partie de rivalité et d'amitié du monde de la moto, cela fait bien trop de lièvres à courir en 1h30. Le fond est bien trop chargé alors qu'à l'inverse la forme est trop timorée, ce qui était exactement l'inverse du premier film où l'aspect conventionnel et "clichesque" était transcendée par la forme flamboyante. La photogénie et le charisme du couple juvénile demeure, mais cela manque de balade à moto sur fond d'urbanité hongkongaise, de poses mélancoliques et de ralenti porté par des refrains cantopop grandiloquents (la première chanson arrive au bout d'une heure un comble !), soit de manière générale toute la part d'excès et de lâcher-prise emphatique qui font tout le sel des grands mélodrames, à Hong Kong, Hollywood ou ailleurs. 

A Moment of Romance 2 n'en reste pas moins un film agréable, porté par quelques scènes d'actions efficaces (la dernière course à moto haletante) mais qui paradoxalement, par sa retenue n'atteint pas l'accomplissement de son prédécesseur - un troisième film réalisé par Johnnie To voyant le retour d'Andy Lau toujours au côté de Wu Chien-lien sortira néanmoins en 1996.  

Sorti en dvd hongkongais

mercredi 5 juillet 2023

F… comme Fairbanks - Maurice Dugowson (1976)


 André, ingénieur chimiste, ne trouve aucune situation à sa sortie du service militaire. Autour de lui, ses proches ont une vie relativement harmonieuse, son père cinéphile est projectionniste, son amie Marie, employée de bureau le jour, répète une pièce de théâtre le soir. Usé par son inactivité, André craque...

Tous les grands rôles de Patrick Dewaere sont des instantanés de sa nature dépressive, torturée et de son caractère d'écorché vif rebelle. F… comme Fairbanks s'avère être une des œuvres les plus marquantes dans cette dimension de miroir entre ses rôles et sa vie personnelle. Dewaere tourne là son second film avec le réalisateur Maurice Dugowson après avoir joué dans son premier film Lily aime-moi (1975). Il y partageait l'affiche aux côtés de sa compagne Miou-Miou avec laquelle il entretenait depuis quelques années une relation tantôt apaisée, tantôt tumultueuse, toujours follement passionnée. Entre Lily aime-moi et F… comme Fairbanks, les deux acteurs ont eu un enfant ensemble mais se sont aussi douloureusement séparés. Sur le film D'amour et d'eau fraîche de Jean-Pierre Blanc (1976), ce dernier préfère engager l'inexpérimenté Julien Clerc plutôt que Patrick Dewaere recommandé par Miou-Miou qui y figure aussi. Julien Clerc et Miou-Miou vont tomber amoureux et laisser Dewaere dans un profond désarroi. Le projet de F… comme Fairbanks avec Miou-Miou et Dewaere est maintenu malgré leur rupture et le film apparaît vraiment comme un témoignage impudique de celle-ci dans ses séquences les plus intenses.

F… comme Fairbanks se veut cependant avant tout un prolongement des thématiques sociales de Lily aime-moi, ce à quoi il parvient porté par un Patrick Dewaere qui en accentue la puissance par ses propres démons intérieurs. André (Patrick Dewaere), jeune ingénieur chimiste revient de son service militaire plein d'espoir quant à son avenir mais va progressivement déchanter. Le décalage d'André se trouve initialement justifié par cette absence, mais va finalement de plus en plus illustrer son rapport au monde qui l'entoure. Son tempérament fantasque et rêveur lui suscite l'affection de son entourage et l'amour de Marie (Miou-Miou), une jeune aspirante actrice. Ce sont pourtant ces mêmes traits de personnalité qui vont lui fermer les portes, empêchant son entrée dans la vie active et en adéquation avec ses aspirations.

Sa franchise à fleur de peau se heurte au conformisme froid des corporations que représente le personnage de Michel Piccoli, et plus le rejet sera manifeste, plus l'instabilité d'André se manifestera jusqu'au point de non-retour. Le film fonctionne en ellipses rythmée au fil des déconvenues du héros, de son déclassement social dans des métiers aliénants opposés à ses attentes, et d'un équilibre mental toujours plus vacillant. Maurice Dugowson capture (dans une période pourtant moins critique qu'aujourd'hui) un véritable malaise social et intime d'une jeunesse ne parvenant pas à trouver sa place, notamment dans des séquences entre documentaire et surréaliste à l'ANPE qui voient un encore inconnu Thierry Lhermitte totalement craquer quant à l'impasse de sa situation.

La dérive d'André le voit se saborder volontairement dans ses jobs d'appoint, et entamer une lente démarche d'autodestruction. Patrick Dewaere l'exprime par une subtile métamorphose physique qui voit le degré de négligence du personnage s'accentuer par une coiffure, une tenue vestimentaire, une gestuelle plus incertaine puis enfin la pure folie psychotique. Les séquences avec Miou-Miou sont les plus parlantes à ce titre, chaque retrouvailles témoignant du fossé grandissant entre les amants. 

Les premières scènes entre eux montre le versant joyeux de leurs excentricités respectives, avant la bascule née de l'isolation d'André ruminant sa frustration dans des rages absurdes. La frontière est mince voire absente entre fiction et réalité dans ces moments où suinte le dépit et le ressentiment réel du couple. Cela culmine dans la douloureuse séquence où André vient interrompre la pièce que joue Marie et cède à une rage incontrôlable. Il n'est tout simplement pas fait pour affronter les obstacles du monde moderne qu'il s'imaginait enjamber fougueusement à la manière du héros des films de son enfance, Douglas Fairbanks.

Sorti en bluray et dvd français chez Gaumont

dimanche 2 juillet 2023

Echoes of the Rainbow - Sui yuet san tau, Alex Law (2010)


 La famille Law mène une vie simple mais heureuse à Sheung Wan. Le plus jeune fils rêve d’être astronaute, d’épouser Petrina Fung et d’imiter la réussite scolaire et sportive de son grand frère. La corruption, la concurrence croissante et les violents typhons viennent troubler leur routine à Hong Kong.

Echoes and the Rainbow est une des rares exceptions voyant les tâches s’inverser dans le duo créatif constitué par Mabel Cheung et son époux Alex Law. Ce dernier est ordinairement dans l’ombre et au scénario des films réalisés par Mabel Cheung avec les désormais classiques du cinéma de Hong Kong que sont des œuvres comme An Autumn Tales (1987), Eight Tales of Gold (1989) ou The Soong Sisters (1997). Echoes of the Rainbow est donc seulement la troisième réalisation d’Alex Law, Mabel Cheung officiant en tant que productrice dans ce qui est un vrai récit autobiographique où Law cherche à rendre hommage à sa famille et à son frère aîné prématurément décédé.

Le film retrouve la veine rétro et le point de vue enfantin de Painted Faces (1988), sa première œuvre. Cherchant un quartier de Hong Kong ayant conservé l’architecture de la ville durant les années 50/60, la production opte pour un tournage dans le quartier de Wing Lee Street. L’immense succès commercial du film va permettre de préserver le quartier tel quel alors qu’il était menacé de destruction par des promoteurs immobiliers. Le patrimoine et l’identité profonde hongkongaise devient d’autant plus cruciale à préserver à l’époque en 2010, le rapport s’étant inversé avec la Chine continentale en comparaison du contexte du film se déroulant en 1969 - où il y a une forme de transition entre les migrants Chinois à Hong Kong et leurs enfants qui seront plus profondément attaché à la ville devenue un foyer et plus seulement un lieu de transit. Le film brasse ainsi une nostalgie et des problématiques contemporaines qui expliquent l’accueil du public local.

Alex Law déploie une tranche de vie tendre et attachante où il va dépeindre le quotidien de la famille Law à travers le regard du turbulent fils cadet (Buzz Chung en double de Alex Law). La voix off naïve nous dépeint avec humour les autres membres de la famille, le père cordonnier et bougon (Simon Yam), la mère gouailleuse et roublarde (Sandra Ng) et le frère aîné Desmond (Aarif Lee), véritable modèle en tant que sportif accompli et élève brillant. La scène d’ouverture où le jeune héros arpente le quartier un bocal sur la tête (il rêve d’être astronaute) et voyant des images d’archives du « vieux » Hong Kong à travers celui-ci annonce la couleur nostalgique et rêvée du film. 

La reconstitution sobre et réaliste se conjugue à une photo plus stylisée de Charlie Lam qui façonne un écrin qui prolonge l’aura de passé et paradis perdu pour l’enfant. Les commentaires facétieux du garçonnet, les gags bien sentis et les protagonistes truculents illustre un idéal d’enfance insouciante et idéalisée, accompagnée de situations chaleureuses qui donne corps à ce quartier et ces habitants comme les scènes de dîner où tous les commerçants de la rue sortent leur table et partagent ensemble leur repas. Alex Law avec des effets simples notamment dans les dialogues (le père demandant au fils ce qu’il a appris à son retour d’école, et la réponse répétitive et narquoise de ce dernier) à nous inscrire dans ce quotidien de façon très attachante.

Tant que l’on reste sur cette ligne de la chronique, c’est brillant tout en laissant émerger un spleen progressif lorsque le frère aîné prend peu à peu conscience de son rang social et des sacrifices de ses parents à travers sa romance avec une camarade nantie. La seconde partie plus explicitement dramatique verse malheureusement dans le mélo un peu forcé et prévisible, malgré l’émotion indéniable fonctionnant grâce à la mise en place initiale et à l’hommage sincère que souhaite rendre Alex Law à son frère. Un très joli moment donc malgré les scories de son dernier acte.

Sorti en dvd et bluray chez Spectrum Film

samedi 1 juillet 2023

Venez-voir - Tenéis que venir a verla, Jonas Trueba (2022)

Une nuit d’hiver à Madrid, deux couples d’amis se retrouvent après s’être perdus de vue. Susana et Dani rayonnent depuis leur installation en banlieue et annoncent l’arrivée prochaine d’un bébé. La nouvelle perturbe Elena et Guillermo qui ont fait d’autres choix de vie. Pourtant au printemps, ils se décident à venir voir.

Venez voir est une sorte de projet inversé du précédent film de Jonas Trueba, Qui à part nous ?. A l'ampleur temporelle, à la multitude de "personnages" et adolescents de ce dernier on troque des jeunes adultes et un certain minimalisme narratif et géographique. Dans Qui à part nous on suivait des adolescents en pleine évolution dont les émotions à fleur de peau se lisaient comme un livre ouvert et le film s'arrêtait à la fin de ces années lycée, symboliquement au moment du premier confinement qui les faisait entrer dans l'âge adulte. 

Là c'est un peu le film de « l'après » avec ce groupe de trentenaire qui traversent les émotions de beaucoup d'urbains après les différents confinements : repli sur soi qui nous éloignent de nos amis, volonté plus ou moins aboutie de se reconstruire loin de l'urgence de la grande ville, adoption d'un carpe diem plus ou moins valable qui changera notre vision de la vie. Aucun ressort dramatique appuyé, juste deux courts instants de vie et de retrouvailles entre les couples d'amis où la finesse des dialogues et des éléments discrets de mise en scène traduisent le fossé, la distanciation, la frustration ou la satisfaction de chacun. Le récit s'arrête juste avant de devenir trop explicatif et de surligner, avec la petite mise en abime finale qui va bien. 

Malgré la frustration de cette courte durée, c’est une nouvelle fois un dispositif passionnant et porté par la touchante dimension existentielle qui parcoure tous les précédents films film de Trueba comme Les Exilés romantiques (2015), Eva en août (2020) ou Qui à part nous ? déjà évoqué.

Sorti en dvd zone 2 français chez Arizona Films