Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 21 mars 2011

Les Neiges du Kilimandjaro - The Snows of Kilimanjaro, Henry King (1952)


Un écrivain fauché Harry Street et sa femme Helen sont en safari en Afrique, tout en sirotant consciencieusement leur whisky. Victime d'un accident de chasse, Harry voit sa plaie s'infecter et contracte la gangrène. Le moral chute, Harry commence à déprimer. Croyant qu’il va mourir, il fait un flash-back sur son passé, ses aventures sentimentales abracadabrantes, notamment pendant la guerre d'Espagne, et ne peut s'empêcher de se confier à sa femme.

Petite déception à la vision de ce film de Henry King que je traquais depuis longtemps. Les Neiges du Kilimandjaro est l'adaptation de la nouvelle (issue du recueil) éponyme de Ernest Hemingway qui relève d'un grand aspect autobiographique puisque s'inspirant des voyages, amours et expériences diverses de l'auteur (la situation inaugurale qui immobilise le héros est d'ailleurs bien arrivé à Hemingway) qui fait de son héros un double de papier. A l'écran il s'agit de Gregory Peck qui s'il fait ce qu'il peut a bien du mal à retranscrire la dimension torturée, exubérante et décadente de Harry Street son côté "américain monsieur tout le monde" et son physique lisse (qui constituent de beaux atouts dans d'autres registre) se retournant régulièrement contre lui.

L'histoire dépeint un homme brutalement amené au seuil de sa vie à se poser des questions sur la manière dont il l'a menée. Harry Street se remémore alors les temps où jeune écrivain ambitieux il souhaitait vivre diverses expériences à travers le monde pour nourrir son art. Cela exige une absence d'attaches absolue dont va pourtant se détourner Harry lorsqu'il tombe sous le charme de Cynthia (Ava Gardner) même si dernière va s'en trouvée cruellement sacrifiée et devenant le grand amour perdu du héros. La narration en flashback nous promène ainsi au gré des pérégrinations de Harry (et donc d'Hemingway) du Paris des années 20 en pleine Guerre d'Espagne, l'Afrique restant le lieux de tout les bonheurs et regrets passés.

Toute cette dimension se trouve un peu trop surligné par les dialogues et le récit peine à exprimer ce va et vient entre dimension métaphysique et romantisme. Ce dernier point est tout de même assez réussie avec une longue et belle séquence sur la romance parisienne entre Cynthia et Harry. Ava Gardner loin des beautés distante et fascinantes qui ont fait sa gloire est très touchante en femme fragile prête à tout les sacrifices pour ne pas entraver le destin de son époux. Ce poids du passé ronge le présent du couple entre Harry et Helen (Susan Hayward qui retrouve Peck devant la caméra de Henry King après le magnifique David et Bethsabée) mais là encore le tout s'avère très poussif pour exprimer la rancoeur et les non dit du couple, la dernière partie sur le calvaire de Peck s'avérant assez interminable malgré la remarquable prestation de Susan Hayward.

Le problème est d'ailleurs résumé dans le titre même, ces fameuses Neiges du Kilimandjaro au centre de tout le mysticisme de l'oeuvre écrite à côté de laquelle passe le film qui se contente de répéter la fameuse devinette existentielle pour l'exprimer. Le film s'achève d'ailleurs sur un tiède happy end alors que la nouvelle emmenait son héros vers un ultime repos poignant vers les lieux en questions.

Ces gros défauts sont vraiment regrettables tant Henry King transcende les carences du script par son brio visuel. Les séquences africaines sont de vraies splendeur tant bien que mal se profile un peu de subtilités (l'arbre aux charognards), gérant bien les paysages réels et le studio et le Paris idéalisé de carte postale des années 20 est somptueux (Leon Shamroy une fois de plus signe une photo de toute beauté et la copie du dvd lui rend bien justice), notamment la longue promenade nocturne entre Ava Gardner et Gregory Peck. Le film se laisse regarder sans déplaisir malgré les grosses longueurs mais on est loin du chef d'oeuvre qu'on pouvait espérer avec une telle additions de talents engagés.

Sorti en dvd zone 2 français mais l'édition est épuisée et assez dure à trouver désormais donc se tourner vers le plus abordable zone 1 doté de sous titres anglais et d'une vf et bonus fort intéressants.

dimanche 20 mars 2011

Théodora Impératrice de Byzance - Teodora imperatrice di Bisanzio, Riccardo Freda (1954)


Au VIe siècle, l’ancienne danseuse Théodora a épousé l’empereur de Byzance Justinien et est devenue impératrice. Elle s’oppose à l’aristocratie et aux généraux, hostiles aux réformes qu’elle inspire à Justinien.En dépit d'élément fantaisiste destiné à donner du piquant au récit, une évocation dans l'ensemble assez fidèle de la vie de l'impératrice Théodora. La première partie du film, pleine de panache est celle qui se permet le plus de liberté et avec une pluie de rebondissement très serial. On assiste à l'ascension irrésistible de Théodora, fille du peuple né d'un dresseur d'ours qui se joue de tout les obstacles pour accéder au trône. Gianna Maria Canale, superstar du péplum italien dans ces années là (elle a déjà collaboré avec Freda dans un sympathique Spartacus) trouve de très loin son meilleur rôle. Arrogante, hautaine, séductrice et d'une intelligence supérieure c'est une vraie transposition de la femme fatale dans l'univers du péplum où personne ne résiste à son charme : un geôlier qui la libère après qu'elle lui ait lancé un regard de braise, des cages remplies de lions qui reste de marbre sans la dévorer (scène assez incroyable les acteurs côtoyant vraiment les fauves sans trucages ni doublure) ou l'empereur Justinien lui même tour à tour perturbé, agacé puis sous le charme (ce qui est vrai l'Histoire disant qu'il était sous le joug de son épouse, vraie dirigeante de l'Empire).

Le personnage acquiert aussi une dimension d'emblème du peuple au sein de la cour, ce qui se manifeste dans un premier temps par une jubilatoire course de char opposant annuellement les nobles au peuple, le vainqueur du peuple étant roi pour un jour en cas de succès. La scène est palpitante à souhait et remarquablement filmée par Freda avec un grand moment lorsque Théodora surgit au milieu de la course et révélant son identité féminine à la stupeur de tous pour gagner triomphalement.

La deuxième partie est plus classique même si revenant à la réalité historique. On assiste aux intrigues de palais des nobles contre Théodora qui poussait son mari à des mesure plus clémente envers le peuple. La religion chrétienne toute puissante en prend pour son grade également avec des dirigeants prétorien corrompus et inquisiteurs. La galerie de méchant est d'ailleurs assez mémorable avec en tête Henri Guisole excellent et fourbe en Jean de Cappadoce. En dépit d'un soucis gros narratif à la fin (L'empereur Justinien joué par George Marchal est une vrai girouette qui reprend et répudie sa femme 5 fois en 20 minutes !) le final est bien spectaculaire avec une grande bataille finale souterraine superbement filmées.

Visuellement c'est un des plus beaux films de Freda qui approche le faste hollywoodien avec un technicolor flamboyant, des décor luxueux et imposants, les quelques moments plus fauchés contournés par le savoir faire du réalisateur comme le lâcher de fauve final où on distingue à peine la différence entre les vraies bêtes et les fausses. Une belle réussite du péplum italien qui devait cependant réellement exploser quelques années plus tard avec le premier Hercule de Pietro Francisi dont on reparle bientôt en ces pages...

Film encore inédit en dvd semble t il (ou alors chercher du côté des dvd italiens) mais assez souvent diffusé sur TCM à guetter donc. Les plus chanceux l'auront vu en salle lors de la rétrospective Freda l'été dernier à la Cinémathèque française !

extrait

vendredi 18 mars 2011

Tout feu tout flamme - Jean-Paul Rappeneau (1981)


Victor Valence a quitté Paris depuis plusieurs années, laissant derrière lui sa mère et ses trois filles, pour réaliser de sombres opérations de casinos aux Bahamas et au Canada. Sa fille ainée, Pauline, est polytechnicienne, attachée au ministre des finances, et s'occupe de toute la petite famille. Victor revient à Paris et, usant de son charme habituel, persuade sa mère de lui donner procuration pour vendre son immeuble et placer l'argent dans la réfection d'un casino au bord du lac Léman. Tout ceci à l'insu de Pauline qui sent l'arnaque, mais finira par voler à son secours.

Tout feu tout flamme est un film charnière dans la filmographie de Rappeneau. Encore teinté de la frénésie des premières réalisations mais lorgnant déjà vers le ton plus sombre et mélancolique de Cyrano et Le Hussard sur le Toit, il offre un entre-deux auquel le public n’était sans doute pas encore prêt, ce qui explique son relatif échec commercial.

Un des motifs récurrents des premières œuvres de Rappeneau, c’est la présence systématique d’héroïnes au caractère bien trempé, insupportable et craquante à la fois. C’est leurs agissements inconsistants qui obligent le personnage masculin à se révéler à lui-même afin de les séduire. Le plus souvent agacé, il finit pourtant par succomber au charme de celle qui lui aura causé mille tourments.

Le contexte, les enjeux et les acteurs changent mais le schéma reste relativement le même durant ses trois premiers films, signe de l’influence de la screwball comedy qui fonctionne de manière identique. Philippe Noiret était poussé à devenir un héros de la Résistance par les trépignements d’ennui de Catherine Deneuve (La Vie de château), Belmondo contraint de se mêler à la grande Histoire pour reconquérir Marlène Jobert (Les Mariés de L’An II)et Yves Montand quittait sa retraite dorée pour les beaux yeux de Catherine Deneuve encore (Le Sauvage). On pourrait y ajouter la Isabelle Adjani de Bon Voyage dont les caprices faisaient le malheur de Grégory Durangère. Exception notable cependant, l’enjeu était cette fois de se débarrasser de l’influence de la femme et non pas d’y céder.

On l’aura vu, la femme est pour Rappeneau un être en ébullition et insatisfait, faisant des ravages sur son passage. Tout feu tout flamme fonctionne également sur les mêmes bases que les précédents : relations amour/haine, comédie survoltée, course poursuite… Pourtant qu’arriverait-il à ce schéma si on en détournait les fondamentaux ? Et si l’emmerdeuse était un emmerdeur ? Si à la place du couple habituel on mettait en scène une relation filiale ? Qu’y aurait-il de nouveau à raconter ? C’est ce que cherche à savoir Rappeneau en grippant volontairement la mécanique huilée qui a fait sa gloire.

Après une première collaboration compliquée sur le tournage du Sauvage, Rappeneau et Montand s'entendront à merveille sur ce second film ensemble. Il est d’ailleurs amusant de constater que les seuls films du réalisateur se déroulant à une époque contemporaine ont été faits avec Montand. Celui-ci traduit au masculin les mémorables rôles d’empêcheuses de tourner en rond des films précédents en jouant un homme d’affaire un peu roublard et escroc. Son retour impromptu va bouleverser la vie de sa petite famille qui a appris à vivre sans lui, lorsqu’il va les entraîner dans une embrouille financière alambiquée. Isabelle Adjani est la fille aînée, celle qui a dû tout prendre en charge lors des absences à répétition d'un père ne réapparaissant qu’en cas de nécessité financière. L’enjeu se déplace donc de la réunion de couple à la réconciliation père/fille.

Ce rapport nouveau dans sa filmographie ne freine absolument pas Rappeneau qui réserve à ses héros des empoignades au moins aussi survoltées que celles entre Belmondo et Jobert dans les Mariés de L'An II. Le film est toujours drôle et alerte, l’ennui ne pointe jamais mais en filigrane se dévoile un spleen inédit. Isabelle Adjani tombe le masque peu à peu, son caractère psychorigide et sévère dévoile en réalité une petite fille qui a manqué de la présence et de l'affection de son père. C’est lors d’une traque en campagne où ils sont isolés tous les deux que le rapprochement peut se faire. Rappeneau réserve alors de jolis moments de tendresse soulignant l'amour qui unit le père et la fille ainsi que le fossé provoqué par leur séparation.

Le dialogue à propos de l'orage et surtout la scène de poursuite où Adjani avoue ne pas savoir faire de vélo (faute d’avoir eu quelqu’un pour lui apprendre enfant) offre à voir une scène touchante avec un Montand donnant une leçon tardive. On retrouve là cet élément récurrent chez Rappeneau, qui consiste à utiliser un cadre naturel pour laisser ses personnages parler enfin à cœur ouvert. Evidemment, le plus frappant serait l’île isolée abritant Deneuve et Montand dans Le Sauvage, mais aussi la scène d’amour sur l’arbre des Mariés de L’An II.

Même si, toujours juste et efficace, l'intrigue policière justifiant les conflits est traitée avec légèreté (le personnage de Nash pourrait être bien plus menaçant), servant davantage de prétexte notamment par sa résolution un peu facile. La famille désormais unie, la conclusion sera douce-amère avec Yves Montand à nouveau sur le départ et qui va encore confier ses responsabilités à Adjani. En un dernier regard et sans un mot, tout est dit. La fille ne se sentira plus jamais abandonnée, son père l’aime et pense à elle. Elle veillera sur la famille en attendant son retour.


Trouvable pour pas grand chose en dvd dans une édition modeste comparé au autres Rappeneau plus célébré et c'est bien dommage !




jeudi 17 mars 2011

Du sang sur la neige - Northern Pursuit, Raoul Walsh (1943)


Seconde Guerre mondiale, 1941, au Canada : Un groupe nazi de saboteurs débarque d'un sous-marin, mais est bientôt décimé par une avalanche. Le colonel Keller, chef du groupe, est le seul survivant. Blessé, il est pris en charge par deux agents de la police montée, Steve Wagner et Jim Austen qui décident de le remettre aux autorités...

Après la propagande sur fond d'action survoltée de Sabotage à Berlin et le drame exaltant les élans guerriers de L'Ange des Ténèbres cette troisième aventure de Errol Flynn en temps de guerre s'attaque au thriller à suspense. Ce Northern Poursuit propose donc un spectacle mené tambour battant sur un pitch excitant en diable qui au départ rappelle le 49e Parallèle de Powell/Pressburger (avec plus de profondeur pour ce dernier).

On assiste donc à l'arrivée des nazis sur les côtes canadienne dans de sombres dessein qui se révèleront au fil de l'intrigue. Face à eux se pose Errol Flynn policier qui va s'infiltrer parmi eux afin de les stopper. Souvent abonné aux nationalités les plus "exotiques" dans ses films de guerre (australien dans Sabotage à Berlin, norvégien dans L'Ange des ténèbres) Errol Flynn fait ici de sa plu culture un des moteurs de l'intrigue. Canadien d'origine allemande, il peut simuler une accointance patriotique avec les nazis afin de démanteler leur plan, tout en maintenant l'ambiguïté face à ses collègues canadiens (ambiguïté qui n'a pas lieu d'être pour le spectateur c'est Errol Flynn !). Le chef du commando nazi est incarné par Helmut Dantine déjà remarquable méchant dans L'Ange des ténèbres et qui ici excelle en stratège infaillible, impitoyable et fanatique. L'alchimie avec Flynn est toujours aussi forte et chaque échange entre eux est chargé d'électricité, aucun n'étant dupe de l'autre.

Une nouvelle fois les grands moyens ont été déployés, ce qui s'affirme dès l'impressionnante ouverture où un sous-marin allemand surgi des glaces pour accoster la côte canadienne. Au programme également une séquence d'avalanche dantesque ou encore une poursuite à ski palpitante qui anticipe celles de Au service Secret de sa majesté. D'ailleurs l'analogie à Bond n'est pas fortuite tant le mélange de tension et de décontraction animant le ton du film s'en rapproche, notamment par la personnalité de Flynn qui contrairement aux films précédents plus collectifs (comme le futur Aventures en Birmanie) il se charge ici de venir à bout seul de l'ensemble de l'ennemi nazi. Mais contrairement à Sabotage à Berlin, cette décontraction sied bien au film plus voué au divertissement pur qu'au message.

Walsh plutôt exécutant ici délivre un produit à la facture visuelle remarquable. Le cadre partagé entre vraie contrées enneigées (paysages superbes) et studio s'alterne avec fluidité et on pardonnera quelques facilités comme la manière balourde d'insérer le personnage de Julie Bishop (qui si elle n'est pas Olivia De Havilland fait preuve d'une belle fraîcheur) à l'aventure car bien évidemment il faut une figure féminine dans ce film de durs. La teneur finale du plan s'avère assez abracadabrantesque dans sa mise en place mais donne l'occasion d'un morceau de bravoure époustouflant en conclusion où Flynn affronte seul un commando nazi en plein air dans un bombardier en déroute (et une nouvelle fois on saluera le soin apporté aux maquettes par la Warner). Sans prétention et fort prenant donc, une réussite.

Sorti en dvd zone 1 dans le coffret Errol Flynn Adventures déjà évoqués précédemment et doté d'une vf et de sous titres français.

Bande annonce disponible ici

mercredi 16 mars 2011

Marie Walewska - Conquest, Clarence Brown (1937)

Marie Walewska rencontre Napoléon pour que cesse le partage du territoires par les Russes, les Prussiens et les Autrichiens. Ils seront amants et auront un enfant ensemble .

Marie Walewksa offre une brillante évocation romanesque des amours de Napoléon et Marie Walewska qui s'articule dans une parfaite rigueur de film historique fort scrupuleux des lieux et des évènements (tout le passage au Château de Finckenstein fut tourné sur les lieux même des amours de Napoléon et Marie Walwska). Le scénario dessine les personnages dans la même idées de va et vient entre les grandes figures historiques et romantiques qu'il représentent et un côté plus sensible, charnel et proche amené et créé par la passion pour leur histoire.

Cette facette se manifeste dès l'ouverture où Greta Garbo d'une première apparition pleine de grâce suspend une séquence bien barbare où des soldats russes paillards s'apprêtaient à mettre à sac son domaine. C'est la grande figure de la patriote rêvant d'une Pologne libre qu'on devine là en une séquence où elle tient tête aux russes et cette facette va progressivement s'estomper pour laisser place à l'amoureuse éperdue de l'Empereur.

Pour Napoléon c'est encore plus appuyé tant son mythe et sa grandeur son vanté avant son apparition effective à l'écran lorsque Marie va au devant de lui lors de son passage au relai de Blonie. Charles Boyer offre une prestation parfaite entre prestance imposante et touche plus triviale soulignant les origines modeste de Napoléon. Le mythe s'effrite donc au fil des avances insistantes qu'il fait à Marie et de l'usage de son pouvoir coucher avec elle qui cède pour qu'il assure sa protection à la Pologne. La romance ne peut réellement débuter que lorsqu'ils abandonnent simultanément leurs masques, lui de monarque, elle de patriote pour ce montrer tels qu'ils sont.

C'est le cas lors d'une des plus belles séquences du film lorsque Marie reproche à Napoléon (installé de force chez elle) son narcissisme et sa soif de pouvoir, et que ce dernier s'ouvre de manière surprenante en retournant tous les faits qui font sa gloire et la crainte qu'il inspire sous forme d'échecs personnels et politique. Un beau moment de lucidité où Charles Boyer exprime magnifiquement le doute et la fragilité intérieur de l'empereur, et où Marie entrevoit enfin un homme qu'elle peut aimer.

Tout le film n'est finalement qu'une poursuite après l'équilibre de ce moment surtout du côté d'un Napoléon dévoré par l'ambition alors que Marie Walewska s'abandonne elle totalement à cette amour. Le récit nous promène donc au quatre coins de l'Europe au fil des campagne de Napoléon et des rencontres fortuites des amants. L'ambiguïté de Napoléon s'illustre alors par diverses trahisons, le mariage sans amour avec une autrichienne pour sa lignée (Greta Garbo magnifique de douleur contenue lors de cette scène) et surtout une belle quiétude finale sur l'île d'Elbe brisée par sa soif de reconquête où il se servira de Marie comme messager de ses tractations.

Clarence Brown toujours aussi à l'aise dans le grand film historique dessine de somptueux tableaux pour accompagner son histoire, la maniaquerie du détail se disputant à la pure magnificence romantique. La scène de bal en Pologne est une merveille de tout les instants que ce soit décors, costumes idéalement mis en valeur par la mise en scène de Brown qui n'oublie jamais ses personnages pour l'apparat (la chorégraphie de danse totalement déformée par les déambulation du couple). Le baiser sous la neige après la première déclaration, les moments plus légers à Finckenstein offrent de précieuse respirations aux brefs mais saisissants moments guerriers notamment l'armée Napoléonienne au moral brisé par le climat prussien et des années de campagne harassante.

Il faut que tout soit perdu pour que les amants retrouvent cet équilibre qui les rapprocha, avant de se perdre pour toujours par l'exil à Saint-Hélène. Napoléon comprend enfin combien il donna si peu à cette femme qui lui céda tout mais il est déjà trop tard, le destin et la grande Histoire va les séparer à nouveau pour toujours cette fois.



Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mardi 15 mars 2011

Le Disque Rouge - Il Ferroviere, Pietro Germi (1955)


Le soir de Noël, Sandro accourt fièrement retrouver son père, Andrea Marcocci, un conducteur de locomotive. Mais sur le chemin du retour, ce dernier s'arrête au café et s'y attarde alors que sa femme et ses enfants l'attendent à la maison. L'année qui suit voit la famille se désagréger. Un jour, un homme se jette sous le train conduit par Andrea. Quelques heures plus tard, perturbé, ce dernier ne voit pas le signal d'arrêt et évite de peu un grave accident...Il est alors muté au transport des marchandises et voit ainsi son salaire diminuer.

l Ferroviere est une magnifique chronique sociale mâtinée de néoréalisme tardif (sorti en 1955, soit la fin du genre) dans la veine de certaines oeuvres de Vittorio De Sica. Cependant pas de grand message social ou humaniste chez Germi dont le cadre du récit ne sert qu'à révéler des travers bien humains. Ici, ils sont illustrés par un père de famille cheminot qui traîne les défauts de ces hommes bourrus : buveur, autoritaire, maladroit et emprunté pour exprimer ses sentiments... Ses tares finissent par faire imploser la cellule familiale lorsque plusieurs drames viendront perturber le quotidien.

On pense aux séquences montrant le père en train de cuver le soir de Noël, tandis que sa fille vient de faire une fausse couche ou encore sa régression professionnelle suite à une maladresse. Poussé par ses amis et les producteurs, Pietro Germi interprète lui-même le patriarche alors qu'il envisageait d'engager Spencer Tracy. Une interprétation intense où Germi s'approprie totalement le personnage qui, en dépit d'actes discutables, s'avère vraiment attachant. Brutal, grossier mais aussi père aimant au tempérament auto-destructeur qui va s'aliéner famille et amis.

Magnifiquement filmé par Germi (le noir et blanc est de toute beauté), le scénario est une merveille de subtilité où l'aspect social ne surnage que pour mieux exprimer les dérives du héros (comme le passage où il ne soutient pas la grève de ses camarades cheminots) avec une réconciliation finale idéalement amenée à la conclusion poignante. La narration du point de vue du petit garçon participe de la naïveté et la tendresse du film, en portant un regard innocent sur ce père si torturé.

Le gamin à la bonne bouille est assez épatant, tout comme les seconds rôles comme l'habitué Saro Urzi en meilleur ami (qui jouait l'adjoint au commissaire sans gêne de Meurtre à l'italienne). Le récit regorge de purs moments de grâce mélancolique, hormis la séquence finale qui serre la gorge, le passage où Andrea revient au bar parmi ses camarades qui l'acceptent sans demander de compte est un grand moment d’émotion dans le non-dit. Considéré par Germi comme un de ses meilleurs films, on aurait du mal à le contredire.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait

lundi 14 mars 2011

Sur la piste de la grande caravane - The Hallelujah Trail, John Sturges (1965)


Alors qu'en 1867 la disette d'alcool menace la cité de Denver, Colorado, l'hiver fait rage et risque d'empêcher l'arrivée d'un convoi de quarante fourgons avec six cent barils de whisky et de champagne. Les Sioux guettent, le long de la piste Hallelujah, le convoi en provenance de Julesburg, tandis que les dames de la Ligue de tempérance, avec à leur tête Cora Templeton Massingale, entendent s'opposer à l'arrivée de l'alcool. À la tête du convoi, se trouve Frank Wallingham sous la protection du détachement de cavalerie du capitaine Paul Slater.

L'habituellement très sérieux John Stuges s'essayait au western comique avec ce délirant The Hallelujah Trail. Le film se pose en énorme pastiche des grandes épopées de l'Ouest à la John Ford, Hawks ou le Convoi de Femmes de Wellman. Le scénario mêle donc traversée d'un territoire hostile avec chargement dangereux à transporter, présence de la cavalerie et encombrement féminin des plus compliqué dans les contrées arides de l'Ouest.


Ce qui change la donne de ce qu'on a l'habitude de voir et crée la dimension comique est la nature de l'enjeu. La ville de Denver menacée de pénurie de whisky à l'approche de l'hiver ordonne l'arrivée d'un convoi massif pour empêcher le drame. Divers protagoniste plus délirant que les uns que les autres vont d'autres s'agiter autour de la précieuse cargaison. La ligue de tempérance en croisade contre l'alcool menée par Cora Templenton Massingale (Lee Remick peu riante d'habitude qui se lâche bien), la milice de Denver guidée par l'Oracle à la clairvoyance développée par le whisky (Donald Pleasence en roue libre), les indiens prêt à rompre la paix pour le précieux alcool (Martin Landau en chef sioux particulièrement allumé) et le propriétaire accompagnant sa cargaison avec un Brian Keith tout en excès en caricature de républicain capitaliste réactionnaire.

C'est à Burt Lancaster chef de cavalerie de gérer tout se petit monde et d'amener le convoi à bon port. Cette galerie de fous furieux est vraiment le grand atout du film qui multiplie les moments extravagants que ce soit les diverses interventions de l'Oracle, le défilé survolté de la ligue de tempérance en ouverture et surtout un gunfight en pleine tempête de sable où tout les protagonistes se croisent sans savoir qui est qui dans le tumulte.

L'aspect parodie fonctionne à plein Sturges se moque de son propre Fort Bravo mais lorgne aussi sur les grandes fresque plus récente comme La Conquête de l'Ouest (d'ailleurs l'affiche y fait allusion avec son slogan How west was fun) notamment l'intervention de la voix off sentencieuse et érudite de John Dehner qui a toujours le petit côté décalé sur les évènement qui fait mouche. Il y a pourtant un énorme problème Sturges n'a absolument aucun timing comique et alourdit grandement l'affaire qui aurait fait le bonheur d'un Black Edwards. Les gags sont trop étirés ou écourtés, le rythme ne décolle jamais réellement et de multiples situations à grand potentiel s'éssouffle complètement comme le grand échange final.

Tout ce qui est de l'ordre du spectaculaire est impressionnant et les moyens sont là mais une terrible lourdeur s'installe dès qu'il s'agit de faire rire hormis le score de Bernstein bien inspiré dans les deux registres. Reste donc un Burt Lancaster hilarant dans son sérieux stoïque contrebalançant avec l'hystérie régnant autour de lui mais sinon les 2h30 passent un peu difficilement ça aurait gagné à être plus resserré. Pas un ratage mais on sent un Sturges peu à l'aise dans sa tentative d'accompagner la déconstruction du genre en cours, d'ailleurs il reviendra à des atmosphères plus sombres dès le suivant avec le mémorable Sept secondes en enfer.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

dimanche 13 mars 2011

Le Chant de Bernadette - The Song of Bernadette, Henry King (1943)


En 1858, à Lourdes, la jeune Bernadette Soubirous a la vision d'une femme, qu'on ne tarde pas à identifier à la Vierge Marie.

Un film profondément empreint de spiritualité et non de religiosité, voilà l'exploit que réussit Henry King avec cette évocation du destin de Sainte Bernadette Soubirous. La tâche n'était pas aisé puisque plus qu'une retranscription "réaliste" des faits, le film est l'adaptation du best seller de l'émigrant autrichien Franz Werfel. Ce dernier, catholique convaincu (l'idée du livre lui viendra lorsqu'en fuite en 1940 il passe un moment à Lourdes, se promettant d'écrire sur Bernadette s'il était sauvé) a écrit une version romancée et hagiographique des faits qui parlera particulièrement à des américains baignés de croyance.

Les modifications de Werfel (et du film très fidèle) tendent d'ailleurs toutes à amplifier l'aura et les épreuves de Bernadette. On peut notamment citer la relation chaste entre Bernadette et Nicoleau décrit comme amoureux d'elle et qui gardera le célibat après son départ en invention de fiction ou encore le procureur Dutour plus sceptique que réellement menaçant dans la réalité et qui s'avère le grand ennemi incarné par Vincent Price dans le film. Le spectateur peu friand de la chose religieuse semble avoir tout à craindre de cette ample fresque de 2h30, mais c'est compter sans le brio de Henry King qui situe le film dans un bel entre deux résumé par cette phrase en ouverture :

Pour les croyant nulle explication n'est nécessaire, pour les autres nulle explication n'est possible.

Plus que l'imagerie religieuse (qui n'est pas absente et offre de superbes compositions en fin de film) Henry King dépeint donc l'expérience de Bernadette dans une pure tonalité de film fantastique que vient contrebalancer une facette plus réaliste dans la double interprétation souvent permise. C'est d'ailleurs ainsi que le récit débute lorsque nous découvrons les conditions de vie misérable de la famille Soubirous vivant à 6 dans une insalubre demeure soumise aux éléments. Celle qui a le plus a en souffrir est la jeune Bernadette (Jennifer Jones) à la santé fragile. Tout semble aller de mal en pis jusqu'à ce jour fatidique où partie accompagner sa soeur chercher du bois la jeune fille a la première de ses 15 (18 en réalité) visions de la Vierge. Ce début de film donne dans la vision rurale naturaliste, ce qui ne rendra que plus forte l'irruption du surnaturel.

Henry King fait d'ailleurs preuve d'une sobriété bienvenue dans les séquence d'apparitions, les soumettant à la simplicité, modestie et douceur de caractère de Bernadette. L'ensemble joue sur la partition céleste de Alfred Newman, des effets de lumière discret et la mise en scène soudainement plus ample lorsque s'annonce l'arrivée d'une présence extraordinaire. Le jeu habité et retenu à la fois de Jennifer Jones fait le reste par la grâce de son regard et l'innocence, la pureté absolue qui s'y lit. La décision de faire physiquement apparaître la Vierge Marie (que seul Bernadette peut voir) est un pari risqué mais même dans son port céleste son allure semble emprunt de l'humilité et la noblesse de celle qui l'observe, Bernadette.

Son ignorance affichée en matière de catéchisme lors des premières scènes peut d'ailleurs en partie jouer sur la thèse de l'imagination en s'éloignant des clichés des descriptions de la Vierge qu'elle ne connaît pas (ou à l'inverse la vraie présence divine est plus chaleureuse et proche que l'image que s'en font les hommes). C'est Linda Darnell (nimbée de lumière et qu'on ne reconnaît réellement qu'à la toute fin) qui incarne la Vierge, au grand dam de Warfel scandalisé par l'image sexy véhiculée par l'actrice précédemment.

Le récit questionne ensuite les conséquences de cette rencontre et de celle à venir sur les autorités et la population de Lourdes, ainsi que sur la famille de Bernadette. Gagné par l'exaltation de la jeune fille, une population de plus en plus nombreuse la suit désormais à chacune de ses visites à la grotte où l'attend la Dame (c'est d'ailleurs ainsi qu'elle est nommée l'essentiel du film) provoquant l'agacement du maire peu friand de ce genre de publicité pour la ville. Tout sera mis en oeuvre pour stopper les pérégrinations de Bernadette mais sa détermination est telle qu'aucun obstacle ne pourra l'empêcher de poursuivre ce pourquoi dépend son existence désormais. King offre de prodigieux moment de cinéma durant ces instants tel la séquence où Bernadette parvient à retardement à faire jaillir la fameuse source en trouvant son emplacement à la stupéfaction de tous.

Le tout devient passionnant lorsque ces visions sont la proie de l'oeil méfiant de l'église, notamment Charles Bickford magnifique en père Peyramale. La grâce de Bernadette se trouve confrontée au scepticisme (Peyramale), à un pragmatisme scientifique presque malvenu (la longue séquence de la commission d'enquête religieuse) voir même à la jalousie pure et simple lors de la magnifique confrontation finale dans le couvent entre Bernadette et la Sœur Marie-Thérèse Vauzous. C'est la nature de la foi elle même qui est questionnée ainsi, l'abandon de toute subjectivité face à un réel prodige ou la méfiance étant déterminé par son degré de croyance. La notion de souffrance supposée attribuée aux élus (cette notion étant encore très forte dans cette France rurale du XIXe) offre également des réflexions passionnantes sur le mérite de Bernadette, résolus dans son calvaire final. Les miracles authentiques alternent avec des scènes désamorçant ou en nuançant d'autres (dont une étonnante intervention de Napoléon) mais la sincérité absolue de Bernadette n'est elle jamais remise en cause. On est ainsi autant touché par cette être détaché des réalités et par son imagination ou une vraie grâce divine la rendant désormais inaccessible au commun des mortels.

Ce destin hors norme s'avère ainsi aussi palpitant que profondément triste. Comme il lui a été dit en début de film, elle ne sera jamais réellement heureuse dans ce monde et ne trouvera la paix que dans l'autre. Ses visions lui confèrent désormais des responsabilités qui l'éloigne à jamais de l'existence simple à laquelle elle aspirait et elle semble l'accepter avec humilité. Jennifer Jones sur la corde raide de la mièvrerie trouve constamment le ton juste pour exprimer la force intérieure qui guide cette âme pure.

Une de ses plus belles prestations (récompensées par l'Oscar) qui trouve son point culminant lors du magnifique final où sur son lit de mort Bernadette trouve enfin la paix. Un bien beau film emportant autant les croyants (les derniers instants flamboyant dans une iconographie religieuse enfin assumée) que les autres qui s'ils ont aimés accompagner la douceur de Bernadette n'auront aucun mal à accepter la réalité de ses visions.


Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

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