Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 24 octobre 2018

Cible émouvante - Pierre Salvadori (1993)


Victor est un tueur à gages vieillissant qui vit sous l'autorité d'une mère abusive. Il se prend d'affection pour Antoine et décide d'en faire son apprenti. Pour cela, ils doivent tuer Renée et tout ne se passe pas comme prévu.

L’univers tendre et fantaisiste de Pierre Salvadori se déploie déjà de manière charmante dès cet inaugural Cible émouvante. On trouve déjà là des personnages dont les failles se dévoilent à travers des attitudes figées et identifiables. Ce sera dans la raideur pour le tueur à gage vieillissant Victor Meynard (Jean Rochefort), la maladresse pour son apprenti juvénile Antoine (Guillaume Depardieu), tandis que le mal est plus mental pour Renée (Marie Trintignant), arnaqueuse à la petite semaine. Si la trame dessine un postulat éculé du polar (le tueur à gage qui tombe amoureux de sa cible) la désinvolture du récit ôte toute volonté de réalisme pour privilégier l’étude de caractère.

La solitude de Victor se construit ainsi dans le gimmick de ses cours d’anglais où en détournant la répétition de l’enregistrement, le personnage se présente ainsi que son métier criminel. Pourtant lorsque la bande émet une phrase présentant femme et enfant, Victor stoppe la bande. Ce seul geste ainsi que la mélancolie du regard de Jean Rochefort suffit à faire comprendre sa détresse et du coup. Ainsi le rebondissement qui le voit recruter Antoine comme apprenti est certes fantaisiste sur le papier mais parfaitement logique dans la caractérisation de notre héros dépressif qui s’ignore. Salvadori affirme aussi formellement cet isolement, notamment dans les motifs mettant en scène Victor en action. La scène d’ouverture joue sur le gag en montrant successivement Victor entrer dans une bâtisse, le corps de sa « cible » en tomber et lui en ressortir guilleret. Notre tueur est ainsi séparé du monde qui l’entoure par l’image, ce détachement visuel étant aussi émotionnel et lui permettant d’exécuter sa funeste tâche. Le second meurtre après avoir brièvement montré la cible en introduction l’élimine par le montage tandis que Victor le fait physique et que la caméra en reste sur sa seule figure en action. Le procédé sera cependant perturbé face à Renée, cible plus imprévisible. La fameuse séparation visuelle et émotionnelle s’amorce lorsque Victor tire sur les rideaux d’une cabine d’essayage où devrait se trouver Renée, mais celle-ci a s’est déjà éclipsée après avoir dérobé quelques vêtements.

 La nature transformiste de la voleuse Renée la rende à la fois insaisissable tout en forçant Victor dans sa filature à observer sa victime et d’une certaine manière de se raccrocher au monde. Cela s’exprime aussi en filigrane ans la présence encombrante de l’attachant disciple qu’est Antoine. Lorsqu’un concours de circonstances force les trois personnages à cohabiter, l’armure se fend pour faire de leurs failles une manière de se rapprocher. L’instinct caméléon (après avoir changé de tenue et de coiffure à de multiples reprise durant la première partie, son allure son stabilise ensuite) de Renée s’efface en la contraignant à une relative sédentarité et l’interlocuteur cesse également d’être un « pigeon » (l’équivalent u contrat pour le tueur Victor), d’autant que Victor est aux antipodes par sa vulnérabilité fuyante des mâles dominants qu’elle se plait à duper. Salvadori se montre complémentaire dans l’observation des maux qui frappent ses personnages. 

L’origine de l’esseulement de Victor vient de sa mère abusive ainsi que d’une existence programmée où il succède à son père en tant que tueur à gage. Cela reste flou pour Renée alors que chez Antoine, un dialogue faussement anodin (le mensonge où il raconte les liens qui l’unissent à la mère (Patachou) de Victor) laisse deviner le besoin de se constituer dans l’aventure (l’acceptation de la proposition de Victor semblant moins incongrue qu’il n’y parait du coup) la famille qui lui a certainement manqué. Le motif formel de séparation devient celui de la réunion lorsqu’un champ contre champ lors d’un dialogue entre Renée et Victor, l’image s’arrêtant sur son visage pour basculer par l’ellipse sur une scène où il masse les pieds de Renée. 

 La candeur enfantine de Jean Rochefort, le charme mutin et gouailleur de Marie Trintignant et la gaucherie de Guillaume Depardieu font ainsi passer merveilleusement tout l’aspect plus lâche de l’intrigue. Pierre Salvadori saupoudre d’ailleurs l’ensemble de gags tour à tour grossiers (le running gag de Serge Riaboukine qui en prend plein la figure) ou subtils (le perroquet dans la maison de retraite) mais qui font toujours mouche. Une belle entrée en matière pour une des personnalités les plus originales e la comédie française.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo 

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