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dimanche 8 septembre 2019

Vif-Argent - Stéphane Batut (2019)


Juste erre dans Paris à la recherche de personnes qu’il est seul à voir. Il recueille leur dernier souvenir avant de les faire passer dans l’autre monde. Un jour, une jeune femme, Agathe, le reconnaît. Elle est vivante, lui est un fantôme. Comment pourront-ils s’aimer, saisir cette deuxième chance ?

Parmi les remerciements de Stéphane Batut dans le générique de fin de son premier film Vif-Argent, on trouve Georges Franju et George du Maurier. Le premier fut l’un de ceux qui parvint à inscrire dans un contexte français une approche moderne du fantastique tandis que le second a vu  l’adaptation d’un de ses romans s’imposer au panthéon du romanesque gothique hollywoodien avec Peter Ibbetson de Henry Hathaway (1935). Stéphane Batut réitère la prouesse de l’un et capture la magie de l’autre par une approche à la fois moderne et traditionnelle de la romance surnaturelle à travers sa vision de l’au-delà.

Juste (Thimotée Robart) est un jeune homme qui identifie les âmes invisibles, amnésiques et errantes pour les aider à accéder à l’au-delà. Nous sommes happés par le contexte urbain réaliste où s’immisce l’étrange à travers le regard de Juste traquant les égarés. Dès lors la présence apaisée du personnage rassure ses interlocuteurs qui lui confient une anecdote intime, souvent rattachée à un lieu et souvenir qui leur permettra de quitter la réalité des vivants. Le réalisateur manie un onirisme intimiste où la vérité palpable et touchante de la confidence se marie à l’étrangeté des environnements où le plus austère (le sous-bois du premier départ) côtoie le grandiloquent (le décor montagnard du second départ), ces bascules formelles se pliant à la personnalité des concernés. 

Stéphane Batut s’inspire de son premier métier de directeur de casting où il était amené à recueillir les histoires des candidats. Cette approche rappelle Afterlife de Hirozaku Kore-eda (1998) où la reconstitution du souvenir était un moyen de se délester de sa vie passée pour les disparus. Ce rappel est ici spirituel avec une réalité qui s’estompe dès que Juste ferme les yeux pour se plonger dans l’espace mental des défunts. Notre héros de par sa mission et du fait qu’il ait refusé la mise à nu qui l’aurait fait « partir », est un être coincé entre le monde des vivants et des morts. Ce souvenir qu’il a refusé d’appeler va à l’inverse venir à lui avec Agathe (Judith Chemla) qui reconnaît en lui une passion inassouvie de sa jeunesse. 

Quand cette mémoire est fuie pour ne pas disparaître dans l’inconnu pour Juste, elle n’a jamais cessé d’exister pour Agathe pour une même attente de quelque chose, de quelqu'un. Cet entre-deux émotionnel crée une complicité reposant sur une connivence des non-dits, du sensoriel et de la gestuelle. La romance s’incarne ainsi dans un réel fébrile (poignante scène de danse sur une reprise de I go to sleep) ou dans les contraintes du surnaturel pour dans un érotisme poétique qui ose toutes les audaces (sublime étreintes fantôme). Au fil des révélations, ce Paris réaliste et cosmopolite s’orne de bizarrerie en vrillant vers celui des fantômes. Cela est source d’angoisse latente tant dans la vraie nature des protagonistes (le couturier lui aussi en dans l’attente d’ailleurs) mais surtout d’une esthétique qui désertifie la ville et privilégie son incarnation nocturne. Des visions inattendues se déploient dans une photo de Céline Bozon dont les contrastes bleus et rouges expriment la libération et la peur que suscite cet ultime voyage. En sursis dans le réel et séparé par la mort, la rémanence du souvenir est le salut du couple dans un ailleurs, un entre-monde du rêve.

La mise en scène de Batut alterne alors entre la proximité charnelle extrême et l’envol romantique et mystique qui transfigure Paris (définitivement personnage secondaire, entre Château-Rouge et les Buttes Chaumont) sur une bande-son envoutante de Gaspar Claus et Benoit de Villeneuve. L’interprétation mystérieuse et à fleur de peau de Thimothée Robart (premier rôle au cinéma) et Judith Chemla n’est évidemment pas étrangère à cette belle réussite qui convoque Peter Ibbetson et L’Aventure de Madame Muir dans un contexte français. Stéphane Batut est un talent à suivre, assurément.

En salle

1 commentaire:

  1. Celui-ci je l'ai manqué. La bande annonce laissait craindre un film un peu plat, mais avec son titre, son affiche, et dans une certaine mesure l'actrice et le thème, Vif-argent me reste à l'esprit.

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