Un jeune mendiant se révèle être le fils d'un maître des arts martiaux mort dans de mystérieuses circonstances. Reconnu par son oncle, celui-ci décide de l'élever comme son propre fils. Mais le comportement des gens qu'il côtoie est étrange et il ne tardera pas à découvrir le terrible secret qui entoure le décès de son père...
La Jeune fille dragon est une production coincée entre deux âges pour le studio Shaw Brothers. Le film s’inscrit dans le wu xia pian, genre phare de la firme, et oscille entre la poursuite d’une certaine formule et une volonté de renouvellement. Il s’agit de l’adaptation du cinquième volet de la série de romans La légende du héros chasseur d’aigles de Louis Cha. Les trois premiers livres avaient été adaptés sous forme de trilogie par la Shaw Brothers sous le titre The Brave Archer en 1977, 1978 et 1981, avec Alexander Fu Sheng en tête d’affiche. La Jeune fille dragon, ainsi que The Brave Archer and His Mate (1981) adapte donc les romans suivants tout en se détachant de l’unité de la trilogie initiale. C’est d’autant plus vrai au niveau du casting puisque Leslie Cheung reprend le rôle de Yang Guo tenu par Alexander Fu Sheng dans les autres films.
Cela s’inscrit d’une volonté de renouvellement pour la Shaw Brothers en engageant une distribution plus jeune composée de star en devenir. Leslie Cheung après un premier essai infructueux dans le récit en costume avec Erotic Dreams of the Red Chamber (1971) y revient dans une production plus prestigieuse, alors que sa notoriété naissante au cinéma s’est faite dans des films contemporains destinés à la jeunesse comme Encore (1980), Jeunes rêveurs (1982) ou encore Nomad (1982). Un des problèmes du film vient en partie de l’écriture, ce cinquième film en cinq ans au sein du même univers semblant entretenir une certaine connaissance et connivence des spectateurs. La narration est assez chaotique par l’entrée et sortie arbitraire de plusieurs personnages secondaires que l’on suppose avoir une importance plus grande dans les films précédents. C’était sans doute limpide pour les spectateurs hongkongais, mais plus nébuleux pour les occidentaux. Le film semble donc volontairement travailler un décalage qui crée malheureusement un sentiment de confusion pour le néophyte. Le film se distingue néanmoins en mettant en avant un élément différent, à savoir la romance entre le disciple Yang Guo et sa sifu et amoureuse Dragon Girl (Mary Jean Reimer Lau). Toute la partie les montrant seuls, isolés et apprenant à se connaître au fil des entraînements de Yang Guo constituent des moments pleins de charme dans leur candeur naïve. Les enjeux géopolitiques autour du souverain mongol sont en retrait et superficiellement introduits, comme pour justifier le retour des joutes martiales dans le récit. Ce point est d’ailleurs un des atouts du film. On sent que le vent de modernité de la nouvelle vague hongkongaise est passé par là à travers la folie douce de certaines chorégraphies de Liu Chih-hao et Chiang Tao-hai. On retrouve le montage très cut rappelant The Sword de Patrick Tam, avec passes d’armes câblées presques subliminales entre l’exécution et le résultat, ainsi que le plaisir de voir l’action se dérouler en décors naturels. Cela ne tient cependant que sur quelques moments du récit, le reste retrouvant le cadre studio, même si l’artificialité des environnements correspond au propos comme durant les séquences hors du temps et de la civilisation entre Yang Gao et Dragon Girl. Les vieilles gloires Cheng Kuan-tai et Lo Lieh participent à cet équilibre ténu entre convention et velléités modernistes, tandis que l’abattage de Leslie Cheung fait mouche. La vulnérabilité dégagée à la fois dans la quête du père et la romance fonctionne très bien malgré la narration confuse, et l’acteur esquisse par touches son personnage de Histoires de fantômes chinois (1987). Très inégal donc, mais pas déplaisant.Sorti en bluray chez Carlotta





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