Milos Forman signe avec Hair une adaptation sans doute trop tardive de la comédie musicale qui révolutionna le genre sur les scènes off Broadway à la fin des années 60. Capturant les élans contestataires d’alors à travers le mouvement hippie et les manifestations pacifistes contre la guerre du Vietnam, Hair s’ancrait dans une contemporanéité qui ringardisait les autres productions d’alors. Malgré des projets d’adaptations très vite envisagés alors que le spectacle rencontrait encore un immense succès, celle-ci n’arrive donc qu’en 1979 par un Forman auréolé de son triomphe avec Vol au-dessus d’un nid de coucou (1976).
Il y a ainsi un décalage qui se ressent dès les premiers instants du film, même avec le détachement que peu avoir un spectateur contemporain du contexte. Il y a un côté lisse, propret qui dénote d’autant que Forman a abordé ce thème du mouvement hippie et du fossé des générations dans sa première œuvre américaine, Taking Off (1971) qui avec ses qualités et ses défauts avait le mérite d’être au cœur de ces problématiques à sa sortie et dans « son jus » formel de l’époque. Le décalage est d’ailleurs double puisqu’en plus de traiter d’un mouvement dépassé alors qu’un autre émerge au même moment avec le punk, Hair est aussi en porte à faux de l’évolution de la comédie musicale. Bob Fosse a notamment rénové le genre sur Cabaret (1972) Que le spectacle commence (sorti quelques mois après Hair), Martin Scorsese avait entremêlé la noirceur du Nouvel Hollywood avec le gigantisme de la comédie musicale hollywoodienne classique sur New York, New York (1977), la liberté sexuelle prenait un tour délirant dans Rocky Horror Picture Show (1975) et Brian De Palma ancrait le genre dans le glam des seventies pour Phantom of the Paradise (1974). Les hymnes flower power et les provocations de Hair paraissent donc bien timides à côté, mais Forman se rattrape par la vraie implication émotionnelle qu’il instaure. Le déniaisement bienveillant du jeune Claude (John Savage) bientôt appelé sous les drapeaux par un groupe de hippie est très touchant. Forman retrouve, que ce soit dans la rencontre de Claude et des hippies, ou de la confrontation de ces derniers avec la haute société new-yorkaise, les élans comico-absurdes brillants et inventifs que l’on trouvait dans ses premiers films tchèques comme Au feu, les pompiers ! (1967). La candeur du propos et les personnages attachants rendent l’ensemble aussi drôle que fougueux, en montrant une jeunesse secouant les carcans des différentes formes de conformismes, qu’il soir patriotique pour Claude, social pour Berger (Treat Williams) ou bourgeois avec Sheila (Beverly D'Angelo). La naïveté qui paraissait initialement un peu forcée (même si sous la joie certains textes de chanson sont fort incisifs) se heurte finalement avec force au réel dans une dernière partie où l’ultime farce tourne au drame dans un rebondissement inattendu qui change la conclusion de la version scénique. Forman fait montre d’autant de rigueur formelle dans le côté plus flottant et chaotique des élans opiacés des hippies que dans la dernière partie voyant la facette rectiligne de la rigueur militaire venir enchaîner les chorégraphies dans un aller simple inéluctable. Malgré sa nature « dépassée », Hair est une œuvre poursuivant le travail de Forman en tant que fin observateur de sa terre d’accueil américaine.Disponible en bluray français chez Potemkine





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