vendredi 18 juin 2010
Gendarmes et Voleurs - Guardie e ladri, Mario Monicelli (1951)
Ferdinando Esposito vit de petites arnaques à Rome. Déguisé en guide il vend de fausses pièces antiques à des touristes, l'un d'eux, Locuzzo, découvre qu'il vient de se faire avoir et jure de retrouver Esposito qui s'enfuie. Ce dernier recrute des enfants pour aller chercher des colis à une distribution de bienfaisances organisée par des Américains à destination des familles italiennes en difficulté. Mais alors qu'arrive son tour, Esposito découvre que l'Américain organisateur n'est autre que Locuzzo, qui le reconnait et envoie le sergent Bottoni à ses trousses. Au bout d'une longue poursuite le policier rattrape le voleur, mais ce dernier, par un subterfuge, arrive à s'échapper.Locuzzo est furieux et en réfère en très haut lieu. Bottoni est suspendu et menacé de procès pour négligence. S'il veut s'en tirer il va devoir retrouver Esposito avant la date du procès.
Plusieurs années avant le céléèbrissime Le Pigeon, Monicelli tentait déjà le rapprochement entre comédie et néoréalisme (qui allait trouver son aboutissement avec le film de 58 et lancer la comédie italienne féroce) à travers cette commande pour le comique Toto co réalisée avec Sténo. On est donc bien évidemment loin de la méchanceté et de la noirceur de la grande comédie italienne et le tout est encore largement imprégné de préoccupations sociales. On ressent beaucoup cela dans le traitement des personnages dans la tonalité des comédie populaires italiennes des années 50, tous très attachants malgré la provenance douteuses de certains. On assiste donc ici au redoutable jeu de chat et de la souris entre un officier de police balourd incarné par Aldo Fabrizi et un voleur sournois joué lui par Toto.
Le scénario se montre très inventif pour dépeindre leur rapport. L'opposition joue à plein lors de leur première entrevue où Fabrizi traque longuement Toto après l'arnaque de celui ci sur un touriste. La poursuite est hilarante de lenteur et de ridicule, et la séquence qui suit entre aparté improbable (Steno et fabrizi qui stoppe un temps leur poursuite pour discuter de cure thermal de repos ) ,échanges savoureux (avec un Toto irrésistible de sans gêne qui humilie Fabrizi durant leur conversation) et l'évasion finale de Toto est un grand moment de comédie.
L'histoire prend ensuite un tour étonnant, l'officier devant retrouver celui qui l'a roulé sous peine d'être sanctionné. L'idée de son enquête est fabuleuse, puisqu'il va se rapprocher de la famille du voleur et se faire bienfaiteur afin de le retrouver. Une ambiguité se fait jour, le policier adoptant une méthode tout aussi sournoise que l'escroc pour l'arrêter, avec pour victime une famille innocente quand l'autre ne s'attaquait qu'à de pauvres bougres touristes (ce que souligne un échange entre eux à la fin du film). La pression sociale poussant à des actes répréhensible finit donc par rapprocher leur deux trajectoires.
L'époque n'est pas encore à aller au fond thématique de cette dualité et finalement Fabrizzi s'attache à la famille de son ennemi, qui lui même explore la sienne de son côté avec un savoureux moment où les deux s'interceptent au téléphone, chacun étant au domicile de l'autre. La facture visuelle évoque bien évidemment le néo réalisme à travers les quartiers populaires de Rome et ces environs encore très champêtres mais Monicelli parvient à délivrer quelques moments à la limite du Tex Avery lors des innombrables poursuite entre ses deux héros, et le film est sacrément drôle du début à la fin. Très sympathique, je découvre un peu Toto avec ce film et serait très curieux de voir les autres films faits avec Steno ou Monicelli s'ils sont aussi réussis.
Facilement trouvable en dvd zone 2 français
Extrait tordant
jeudi 17 juin 2010
La femme de l'année - Woman of the Year, George Stevens (1942)
Sam Craig (Spencer Tracy), reporter sportif dans un quotidien new-yorkais, supporte mal les remarques sur le sport de sa collègue Tess Harding (Katharine Hepburn), fille de diplomate et chroniqueuse à la rubrique internationale. Ils se querellent car tout les oppose. Mais, au grand étonnement de leurs amis, ils se marient ! Commencent les difficultés.
Première des 9 collaborations du duo Katharine Hepburn/ Spencer Tracy, certainement pas la meilleure (petite préférence pour Mademoiselle gagne tout) mais plutôt agréable dans l'ensemble. Comme d'habitude l'opposition entre les deux joue à plein, cette fois dans le milieu du journalisme : il est un pur new yorkais un peu rustre et inculte couvrant le sport, elle est reporter international fille de diplomate élevée à l'étranger, en contact avec tout les grands du monde. Le début plus porté sur la comédie joue largement de cet antagonisme mais sans que ça empêche le rapprochement des deux héros qui se complètent et s'attirent dans leur différences. La première rencontre est d'ailleurs mémorable avec un Spencer Tracy hypnotisé par les jambes parfaites et interminable de Hepburn.
C'est une fois mariés que le film s'installe dans le drame conjugal avec une Katharine Hepburn totalement inadaptée à la vie en couple qui conserve son mode de vie de journaliste disponible et sur le qui vive. Une prestation intéressante de l'actrice qui prend le risque de rendre son personnage presque antipathique et manipulateur (notamment l'épisode de l'adoption) alors que Spencer Tracy conserve toute notre sympathie en mari malmené et dépassé. La scène de prise de conscience où assiste au mariage de son père acquiert ainsi une belle émotion, les poids des mots sacré du mariage lui parlant enfin tardivement.
Seul problème sorti des deux acteurs, le film peine à constamment intéresser la faute à un rythme très lâche et poussif, notamment tout le passage concernant le quotidien des mariés dont la monotonie est contagieuse chez le spectateur également. Même les gags bien amenés semble tirer un peu trop en longueur tel le final où Hepburn s'improvise ménagère d'intérieur, même si son insistance finit par toucher. Sympathique bien que ne reposant que sur le charisme de son duo vedette, qui fera bien mieux lors des collaboration suivantes, en plus de ce rapprocher en formant à l'écran et à la ville (de manière bien plus secrète et scandaleuse) un des couples les plus mythiques du cinéma américains.
Trouvable facilement en dvd zone 2
mercredi 16 juin 2010
Lord Jim - Richard Brooks (1965)
Du Kurtz dans Au cœur des ténèbres à Willems dans Un paria des îles, ou encore Nostromo dans le roman éponyme, Joseph Conrad se sera plu à dépeindre des personnages partis chercher l’aventure, la rédemption et un idéal dans des contrées exotiques tentaculaires. Cette quête les aura souvent menés à leur perte à l’image de Lord Jim, cinquième roman de Conrad et totalement dans cette veine. Au cœur des ténèbres dépeignait un tyran soumis à sa mégalomanie, Un Paria des îles un homme s’abandonnant à ses sens, et Nostromo un aventurier guidé par l’orgueil et l’ambition. Lord Jim est également autant une affaire de voyage intérieur que physique avec un héros faisant face au danger afin de guérir son terrible sentiment de culpabilité. Chacun des ouvrages précités aura donné lieu à une adaptation mémorable avec Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola ou Le Banni des îles de Carol Reed (1952), tandis que Nostromo constitue l'un des grands rendez-vous manqué de l’histoire du cinéma puisque ce devait être l’ultime film d’un David Lean qui aurait su mieux que quiconque en traduire la fureur et la complexité.
Le Lord Jim de Richard Brooks (suivant une première adaptation muette de Victor Fleming datant de 1925, malheureusement perdue) ne jouit pas exactement de la même réputation et fut un des échecs commerciaux les plus retentissants des années 60. La Columbia, au sortir du triomphe de Lawrence d’Arabie, va en effet laisser carte blanche à Richard Brooks - les exécutifs n’ayant pas lu le livre - d’autant que la présence de Peter O’Toole dans le rôle-titre entretien la continuité avec le classique de David Lean. Lui-même romancier avant d’intégrer Hollywood, Richard Brooks s’était déjà montré brillant pour transposer un matériau littéraire complexe à l’écran, que ce soit Tennessee Williams avec La Chatte sur un toit brûlant (1958), F. Scott Fitzgerald dans La Dernière fois que j’ai vu Paris (1954) et plus tard Truman Capote sur De sang-froid (1967). S’attaquer à Lord Jim est pour le réalisateur un rêve longuement préparé durant trois ans à force de relectures et d’annotations afin de capturer l’essence du propos du livre.
Le cadre exotique et les moyens imposants feront illusion, mais ce n’est pourtant pas au supposé et attendu héroïsme du personnage principal qu’ils servent d’écrin mais plutôt au fantasme qu’il en a. Idéaliste en quête de gloire et de perfection, l’officier de marine Lord Jim possède un vrai code d’honneur et une éthique qu’il rêve d’exposer au monde en accomplissant de hauts faits. Ces élans vertueux vont pourtant se briser dès qu’il faudra les mettre à l’épreuve, alors qu'il abandonne son navire et ses passagers à l’approche d’une tempête. Le navire finalement sauvé sera une terrible réponse à sa lâcheté et le verra jugé et déchu par ses pairs pour son acte. Pour tout homme l’humiliation et la honte seraient déjà manifestes, mais pour Jim et ses rêves de grandeur stoppés sur l’autel de sa propre faiblesse, la vérité est encore plus cruelle. Richard Brooks césure d'ailleurs brutalement dans son montage la transition entre le capitaine vertueux et le lâche en fuite sur sa barque, comme s'il s'agissait de deux êtres différents.
S'ensuit une lente déchéance avant que son intervention dans un conflit local ne lui offre une seconde chance de devenir celui qu’il se rêvait être. Brooks cède ainsi au spectaculaire pour enfin mettre en valeur Jim, notamment un siège de forteresse à la montée en puissance stupéfiante. Les rencontres faites au cours de l’aventure poursuivent pourtant l’interrogation quant au changement opéré chez notre héros, que ce soit Eli Wallach en despote voisin d'un certain Colonel Kurtz, Curd Jurgens en Némésis haineuse et veule de Jim, ainsi que le grand James Mason parfait en mercenaire manipulateur. Jim n’a pas réellement changé et si sa lâcheté servait son propre intérêt et sa survie aux dépens de ses passagers, il en va de même de ses manifestations de courage plus au service de sa gloire que du destin des autochtones - qui le vénèrent et lui attribuent ce fameux titre de "Lord Jim".
Le vrai héroïsme s’exprime par le désintéressement et le souci d’autrui, ce que va cruellement apprendre Jim qui ne méritera ce statut que par son sacrifice final lors de l’intense climax. Peter O’Toole est absolument fascinant, arborant l’allure, l’assurance et la tenue d’un héros baroudeur en puissance (voir les affiches promotionnelles jouant à fond sur ce registre) mais avec cette lueur de doute et d’incertitude dans le regard qui le rend faillible et humain.
C’est précisément en arrêtant de se rêver en icône et en acceptant sa propre faiblesse que Jim accède à cette aura à laquelle il prétend, et que Brooks fusionne enfin l’homme et le héros dans une dernière apparition magnifique. Le voyage s’arrête et il peut devenir légende. L’acteur ne se montrera pourtant guère satisfait du rôle qu’il n’acceptera que dans la perspective d’un tournage dépaysant en Asie - Curd Jurgens étant animé des mêmes "motivations" d’ailleurs - à Hong Kong et surtout dans un Cambodge peu visité par le cinéma jusque-là, notamment Angkor. S’attendant vivre une même expérience et rapporter d’aussi beaux souvenirs que sur Lawrence d’Arabie, O’Toole déchantera vite tout comme le reste de l’équipe. Aux conditions climatiques difficiles de cette jungle s’ajoute la défiance et l’accueil hostile de Norodom Sihanouk affichant désormais sa défiance envers les Etats-Unis. Persuadé que la CIA souhaite le renverser, Sihanouk se sera rapproché de l'URSS et de la Chine et gèle en partie les avantages consentis à la production en plein tournage, notamment en remplaçant les figurants par 300 soldats cambodgiens chargés d’espionner le déroulement des opérations.
Richard Brooks se sortira tant bien que mal de ce guêpier et le plus dur est finalement à venir au moment de la sortie du film. Tout le projet se sera construit dans la perspective d’une continuité avec Lawrence d’Arabie - Brooks engageant même Freddie Young à la photo - alors que les deux œuvres n’ont rien de commun si ce n’est un personnage principal martyr mais pour des motifs différents. Les démons de Lawrence parviennent à embrasser la grande Histoire et la vraie aventure, alors que Lord Jim n’use de son cadre imposant que pour la reconstruction bien plus intimiste d’un homme torturé. Si le résultat demeure brillant, il désarçonne la critique et le grand public qui lui réservera un accueil glacial. Brooks signe l'une de ses plus belles réussites mais n’atteint pas tout à fait l’équilibre entre grand spectacle et film d’auteur, poursuivant ici superbement la thématique de la seconde chance courant tout au long de sa filmographie : Elmer Gantry (1960), Doux oiseau de la jeunesse ou, dans une veine musclée, Les Professionnels (1966) ou La Chevauchée sauvage (1975). Loin de ce contexte, il convient de redonner sans comparaison hasardeuse à Lord Jim la place qu’il mérite, celle d’un classique.
Trouvable facilement en dvd zone 2 français
Extrait
mardi 15 juin 2010
La Route des Indes - A Passage To India, David Lean (1984)
A leur arrivée en Inde, Mrs Moore et Miss Adela sont choquées par l'exacerbation de la discrimination raciale. Leur visite des mystérieuses grottes de Marabar prend des allures tragiques lorsque Adela sort d'une des grottes en courant, morte de peur et couverte de sang et d'égratignures. L'incident fera le tour de l'Inde ... et portera à leur paroxysme les tensions qui régnaient déjà dans le pays.
Dernier film du grand David Lean décédé quelques années plus tard alord qu'il s'apprêtait à réaliser une adaptation du Nostromo de Joseph Conrad. Le romanesque flamboyant de Docteur Jivago et La Fille de Ryan qui ont précédés est relativement délaissé ici pour s'attacher à un récit plus intimiste et l'étude de moeurs. Plongée dans l'Inde britannique des années 20 où Lean dépeint toute l'arrogance et le mépris quotidien des anglais pour les indiens bien dans l'esprit colonialiste de l'époque. Lean décrit un rapprochement possible entre les deux communauté lorsqu'une vieille femme et sa future belle fille soucieuse de découvrir la vraie Inde se lient d'amitié avec un médecin indien local et s'engagent avec lui dans une grande expédition.
Alors que le film n'est pas loin de basculer dans la veine romantique typique de David Lean (avec un rapprochement entre Judy Davis et l'indien), un surprenant et mystérieux évènement ramène le récit sur terrain de l'opposition raciale avec les deux communauté s'opposant sur un fait divers accusant faussement l'indien. La justice sommaire et manipulatrice des anglais, les parti pris honteux et une communauté indienne au bord de l'explosion face à l'injustice montre le pays comme une poudrière des plus dangereuses tout en sonnant le glas des possibilités d'ouvertures entre les peuples malgré une conclusion plus apaisée. Même si Lean a toujours mélangé le souffle de la grande aventure avec les conflits intérieur de ses personnages, là on sent un vrai croisement entre le ton plus posé et intimiste hérité de ses premiers films anglais (comme Brève rencontre ou De grandes Espérances) et l'imagerie grandiose qu'il se doit de donner en tant que maître du grand spectacle.Du coup parallèlement à un récit essentiellement basé sur les conflits humains et les tourments psychologique, Lean délivre quelques images absolument prodigieuses dans une Indes paradisiaque et cauchemardesque à la fois. Parmi les meilleurs moments, la rencontre au clair de lune entre le médecin indien et Peggy Ashcroft, le voyage en train, la traversée à dos d'éléphant vers les cavernes le tout regorgeant de plans, cadrages et paysages inoubliables où on sent la patte du réalisateur de Lawrence d'Arabie.Les acteurs sont excellents entre une émouvante Peggy Ashcroft en vieille femme tolérante, une fascinante et ambiguë Judy Davis, l'attachant Victor Banerjee en Docteur Aziz et surtout un étonnant et méconnaissable Alec Guiness en professeur indien mystique. Beau chant du cygne d'un très grand réalisateur.Sorti en dvd zone 2 chez MGM mais le zone 1 de Columbia à l'image somptueuse (voyez les captures !) et aux nombreux bonus est nettement plus recommandé, d'autant qu'il comporte des sous titres français.
lundi 14 juin 2010
Age of Consent - Michael Powell (1969)
dimanche 13 juin 2010
A bout portant - The Killers, Don Siegel (1964)
Charlie et Lee, tous deux tueurs à gages, recherchent et tuent Johnny North, caché dans un institut pour non-voyants. Surpris par l'attitude de leur victime qui n'a pas tenté de fuir ni de leur résister, les deux tueurs cherchent à en savoir davantage.
A bout portant est une fausse nouvelle adaptation du texte de Ernest Heminghway, mais un surtout un vrai remake du classique du film noir réalisé en 1944 par Robert Siodmak Les Tueurs. Le film de Siegel reprend le parti pris de l'original, c'est à dire reprendre fidèlement la courte trame de la nouvelle lors de la scène d'ouverture, puis d'inventer une trame dramatique en flashback sous forme d'enquête.
Les divers changements narratifs et visuels apporté par Siegel et le scénariste Gene L. Coon se font les symboles de la mutation du genre policier prêt à basculer du film noir au polar urbain (genre dans lequel Siegel va passer maître avec notamment Dirty Harry). Tout l'attirail esthétique typique du film noir disparait ainsi au profit d'une approche plus moderne, réaliste et percutante. Les éclairages brumeux influencé par l'expressionnisme allemands, échos de l'aspect tortueux de l'intrigue et de la psychologie trouble des protagonistes s'évaporent dès la mémorable séquence d'ouverture se déroulant en plein jour au contraire de l'original. Les fades agents d'assurances qu'on suivait chez Siodmak sont remplacés par le point de vu des tueurs eux même, brutaux et vénaux. Magistralement incarné par Lee Marvin et Clu Gulager, il exacerbent la violence par des violents de brutalités inouïe pour l'époque, chacun des témoins rencontré au cours de l'enquête étant sévèrement malmené par les deux hommes (une femme aveugles molestée, Angie Dickinson qui manque de passer par la fenêtre).
L'aspect sexuel tout en sous entendus des films noir prend également une tonalité plus directe ici. Ava Gardner était l'archétype de la femme fatale, garce et manipulatrice. Angie Dickinson qui reprend le rôle lui donne un tour plus ambigu. Réellement attirée et excitée par le malheureux John Cassavetes elle ne semble s'enticher de lui que lorsqu'il se montre dominant et masculin au volant de son bolide (dont un mon explicite où elle presse sa main sur sa cuisse pour qu'il accélère) la course automobile ayant une dimension plus sexuée que la boxe (symbole du poids de la destinée dans les classique des 40's) du premier film. L'étrange promiscuité entre les deux tueurs, l'aspect mentor fatigué/jeune chien fou pourrait aussi prêter à interprétation mais Siegel n'appuie pas plus là dessus. Dans l'ensemble, tout les personnages représentent donc des archétypes du film noir dont la perversion et le sadisme sont poussé dans leur dernier retranchements. Du coup on a guère d'empathie et d'attachement pour eux dans l'ensemble (bien que très bon Cassavetes ne suscite pas la pité d'un Burt Lancaster chez Siodmak) mais une vraie dynamique hypnotique se forme pour un récit prenant de bout en bout.
Le côté métaphysique de la nouvelle d'Heminghway qu'on retrouvait chez Siodmak est également bien présente ici. Sous l'appât du gain et la volonté de se ranger, le personnage de Lee Marvin est réellement fasciné et intrigué par l'attitude de sa victime qui s'est laissée abattre avec résignation. Qu'est ce qui a poussé cet homme à un renoncement tel qu'il ne se défend même plus pour sa vie ? C'est le puzzle qui va être reconstitué par les tueurs (le titre original prend plus de sens pour ce remake au final). Siegel y développe divers éléments qui feront école dans les films policiers à venir. Comme déjà dit, une violence sèche qui fait mal (qui vaudra au film une sortie cinéma alors qu'il était destiné à la télévision), les décors désincarnés et esthétisant du film noir laissant la place à une jungle urbaine homogène et en couleurs ainsi qu'une réalisation percutante et novatrice (les cadrages obliques signalant l'arrivée imminente des deux tueurs au début). Grande réussite dont les mutations sur le genre allaient être prolongé par John Boorman 3 ans plus tard dans Le Point de Non Retour de nouveau avec Lee Marvin.
Un coffret zone 1 réunit les deux films, le Siodmak et le remake de Siegel. En zone 2 les films sont sortis dans de belles éditions chez Carlotta.
vendredi 11 juin 2010
L'Aventure d'une nuit - Remember The Night, Mitchell Leisen (1940)
Un film porté par un couple Barbara Stanwyck/Fred McMurray, on pense immédiatement au mythique Assurance sur la mort. Remember The Night réalisé pourtant 4 ans plus tôt montrait déjà l'alchimie étincelante entre les deux acteurs. On peut d'ailleurs imaginer que Wilder ait vu le film de Leisen lorsqu'il réunit à nouveau le duo, tant Assurance sur la mort semble donner un versant sombre du profil des personnages qu'ils incarnent dans Remember the night.
Barbara Stanwyck est donc au départ la "mauvaise fille", kleptomane adepte du vol de bijou. Quand à Fred McMurray, il incarne le "bon gars" archétype de l'américain Monsieur tout le monde (mais qui distille dans la scène de procès ce côté arrogant et sûr de lui qui fera merveille chez Wilder autant dans Assurance sur la mort que La Garçonnière d'ailleurs) propre sur lui. Toutes ces façades vacillent où sont transcendées progressivement par le scénario remarquablement équilibré de Preston Sturges.
Le tout début du film annonce d'ailleurs ses futures réalisation avec cette ouverture fulgurante ou Barbara Stanwyck dérobe un bijou avant d'être rapidement arrêtée, ainsi qu'une scène de procès hilarante et hautes en couleurs. Un petit miracle se produit en suite jusqu'à la fin du film puisque une fois le pitch lancé (le procureur et son accusée cohabitant le soir de noël) l'intrigue suit les chemins sentimentaux les plus balisés avec un grâce confondante.
Le grand mérite revient à la performance fabuleuse de Barbara Stanwyck, totalement aux antipodes de ces personnages gouailleur, séducteur et plein d'assurance. Là on découvre que la voleuse a grandi dans un environnement familial détestable lors d'une entrevue glaciale avec sa mère. Dès lors son visage émerveillé lorsqu'elle a droit à toutes les attentions chez McMurray est des plus touchants, tout comme le rapprochement progressif durant le trajet en voiture avec lui qui évite l'antagonisme et l'excès de la screwball comedy pour donner dans un ton plus intimiste et posé. Les vignettes heureuses s'enchaînent donc, chant de noël, cadeaux, bal de nouvel an, sans que l'on ressente le cliché grâce à la justesse du ton et le brio des acteurs.
Leisen offre par ailleurs un film formellement splendide, tout l'épisode où les amoureux traversent le Canada est magnifique (et trop court) tel ce jeu d'ombre lorsqu'il longe à pied le dessus des chutes du Niagara. Autre bonne surprise, une belle fin mélancolique qui évite la pourtant chouette pirouette destiné à amener un happy end plus classique. Très étonnante conclusion, qui n'en rend le film que plus marquant et touchant finalement. Peut être le plus beau rôle de Barbara Stanwyck.
Trouvable en dvd zone 2 anglais et zone 1 mais désormais assez dur à trouver. le film passe cependant assez souvent sur TCM.
Extrait
jeudi 10 juin 2010
L'été en pente douce - Gérard Krawczyk (1987)
Suite à la mort de sa mère, Fane accompagné de Lilas, rejoint son frère handicapé mental dans la maison de sa mère. Voke, le garagiste voisin, a des vues sur la maison et sur Lilas.
Adapté d'un roman de Pierre Pelot, L'été en pente douce est un drame puissant qui lorgne sur Les Désaxés de John Huston (avec l'analogie évidente entre Marilyn Monroe/ Pauline Laffont objet de désir innocent et provocateur à la fois, et la réalité tragique des deux actrices) et Les Chiens de Paille (pour le milieu rural hostile et primitif) où trois paumés essaient envers et contre tout d'accéder à une existence meilleure mais se retrouvent confronté à une cruelle réalité, à la malveillance ordinaire. La réalisation inspirée de Gérard Krawcyk (et une superbe photo caniculaire de Michel Cenet) instaure une ambiance sensuelle et moite, se mélangeant étrangement à la déliquescence d'un cadre dont la solarité cache une vraie noirceur.
Les acteurs sont exceptionnels, Jean Pierre Bacri (encore chevelu et sans les tics qui populariseront sa persona filmique) trouve là un de ses meilleurs rôles, tout comme Jacques Villeret bouleversant en frère attardé. Quant à Pauline Lafont, elle est belle à se damner en femme enfant déterminée, le sex-appeal et la sensibilité à fleur de peau ramenant encore une fois à l'ombre de Marilyn. L'amour se confond au désir et à l'attrait du matériel pour le personnage de Bacri dans un choix impossible le rendant impuissant au propre comme au figuré. La très belle conclusion le voyant renoncer au futile le revitalise et concrétise son amour pour Lilas (Pauline Lafont) qui peut enfin être aussi physique. Ce magnifique film s'avérera être, à divers degrés, un chant du cygne pour ses participants.
Le destin fera que Pauline Lafont ne pourra saisir la carrière fabuleuse qui s'offrait à elle, le scénariste Jean-Paul Lilienfeld (qui joue également dans le film) va avoir une carrière de réalisateur sinistre (XY, Quatres garçon plein d'avenir), le pire restant Gérard Krawczyk devenu l'homme à tout faire des pires productions de Luc Besson.
Trouvable pour pas grand chose en dvd zone 2
Extrait




























