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mardi 29 septembre 2020

The Vast of Night - Andrew Patterson (2020)


 A la fin des années 1950, au Nouveau-Mexique. Une jeune demoiselle du téléphone, Fay et un animateur radio, Everett découvrent une étrange fréquence comportant des appels interrompus et anonymes et des signaux sonores conduisent Fay et Everett à résoudre l'énigme...

The Vast of Night est un remarquable premier film dont le réalisateur revisite brillamment l'imaginaire SF américain classique. On craint lors du générique façon The Twilight Zone le film de petit malin trop référencé mais Andrew Patterson trouve l'équilibre idéal pour captiver le spectateur. La trame est connue mais l'écrin et le ton amènent une vraie fraîcheur au sujet. Nous suivons deux jeunes gens, Fay (Sierra McCormick) et Everett (Jake Horowitz), qui sont passionné de sons et d'innovations technologique de par leur activité d'opératrice téléphonique et animateur radio. Un soir où toute la ville désertée à l'occasion d'un match de basket, des sons mystérieux envahissent les ondes radios et téléphoniques et titillent ainsi la curiosité de nos deux héros. Les indices progressivement réunis indiquent qu'il s'agirait peut-être d'une présence extraterrestre...

La mise en scène de Patterson joue constamment sur plusieurs niveaux de lecture. Il y a quelques tics méta qui voient lors de certaines séquences un cadre 4/3 se substituer au format cinémascope pour figurer un écran de télévision et ainsi nous faire l'effet de justement regarder un programme à la Twilight Zone. A d'autres moments il convoque les racines de cet imaginaire SF lors de la brillante séquence où un auditeur vient narrer son expérience de ces bruits étranges à Everett. On retrouve à la fois le sensationnalisme à la Orson Welles dans la manière qu'a Everett de "teaser" son auditeur à l'antenne, mais aussi l'intimité de ces libre-antennes nocturnes où les confidences se font.

Patterson isole totalement cet instant d'un fondu au noir où l'on entend plus que les voix des interlocuteurs, et cela crée un sentiment intermédiaire où le mystère grandit mais qui ramène également à l'expérience enfantine que l'on aurait potentiellement à l'époque en écoutant sous sa couette ce type d'émission sensationnaliste. Tout le film joue sur ce tableau, notamment quand Fay et Everett iront rencontrer une vieillarde solitaire qui semble en savoir long également. Là le mode narration, la manière d'évoquer les extraterrestres comme une entité indicible qui a toujours observé les humains lorgne sur Lovecraft notamment dans cette façon de créer un moment suspendu au récit d'un interlocuteur. Patterson là aussi amène une touche formelle qui rend fascinante une scène de dialogue par l'atmosphère étrange qui guide le monologue, la photo clair-obscur bleutée qui donne des contours inquiétant au visage de Gail Cronauer.

Les longs plans-séquences du début accompagnant les échanges enjoués entre Fay et Everett semblent initialement gratuit, mais dressent en fait la topographie des courtes proportions de la ville que nous arpenterons de long en large au fil des découvertes. C'est assez brillant et contribue une nouvelle fois à poser une ambiance très particulière qui dilate ou accélère le temps dans cette nuit étrange, notamment lorsqu'une attente de dix minutes est comblée par un mouvement de caméra entre le standard téléphonique et la station radio. Les deux personnages sont très attachants et sous l'urgence du récit révèlent leur attachement, et la façon dont ils cherchent à tromper l'ennui de cette vie provinciale (l'arrogance et le sensationnalisme radio d'Everett) ainsi que le déterminisme social (Fay dont on ressent toute l'intelligence et la curiosité mais qui n'envisage pas l'université faut de moyens).

Après nous avoir ainsi envouté par la seule force de sa mise en scène malgré l'économie de moyen, Patterson ose enfin le grand moment de révélation lorgnant sur Rencontre du Troisième Type de Steven Spielberg (1977). Contrairement à la spectaculaire symphonie son et lumière de ce dernier, ce contact se fait dans une sidération silencieuse et poétique (le final du Monsters (2010) de Gareth Edwards n'est pas loin non plus dans cette idée de gigantisme intimiste) où "l'autre" se révèle en fond de cadre avant de dominer de toute sa majesté ce décorum isolé. Une très belle réussite qui rend vraiment curieux des futurs travaux du réalisateur qui a financé seul son film en tournant des publicités.

Disponible sur Amazon Prime

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