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mercredi 25 novembre 2020

Never Fear - Ida Lupino (1950)

Carol Williams (Sally Forrest) danse en duo avec Guy Richards (Keefe Brasselle), son petit ami et le chorégraphe officieux de leur binôme. Lorsqu’elle contracte la poliomyélite et se voit soumise à un processus en hôpital de rééducation, leur union, tant sur le plan professionnel que sentimental, se trouve violemment remise en question... Par Carol elle-même, qui ne peut pas se voir comme l’amante d’un homme moins incapacité qu'elle. Par Guy, qui ayant perdu sa partenaire envisage d’abandonner la danse pour se reconvertir en agent immobilier.

Never Fear est la seconde réalisation d’Ida Lupino après l’inaugural Not Wanted (1949) qui par un concours de circonstances marqua ses débuts derrière la caméra. Le film réunit le même couple de héros que Not wanted avec Sally Forrest et Keefe Brasselle mais surtout brasse un postulat commun de ses trois premières réalisations. Il s’agira à chaque fois d’une jeune femme traversant une épreuve terrible dont elle devra se relever. C’est une forme de marginalisation sociale pour l’héroïne de Not wanted ou le traumatisme d’un viol pour celle d’Outrage (1950). Ici nous suivons Carol (Sally Forrest) danseuse professionnelle en pleine ascension au côté de son compagnon Guy, et fauchée dans son élan par une crise de polio qui la rendra infirme. 

Si la place de la rééducation et de la description du cadre hospitalier bienveillant est importante dans le récit, c’est véritablement la solidité du couple soumis à cette épreuve qui intéresse Ida Lupino. Tout comme ce sera le cas dans Outrage, Carol ne se sent plus « femme » aux yeux de son fiancé et le rejette plutôt qu’être vu par lui en position de faiblesse. La prévenance de Guy est une blessure supplémentaire où paradoxalement chaque rechute de Carol survient après une de ses visites. Ida Lupino use notamment de la voix-off pour illustrer l’esprit tourmenté de Carol qui s’enfonce dans le désespoir ou accélère en vain sa rééducation. C’est assez conventionnel tant dans la manière dont Carol vit les choses que pour Guy, mais l’interprétation à fleur de peau et l’intensité qu’instaure Lupino à chacune de leur retrouvailles. Le découpage vise constamment à les séparer à l’écran (notamment la sortie en voiture), les rencontres constituant toujours des confrontations o chacun est inaccompli malgré son amour.

Guy renonce un temps à sa carrière de danseur pour Carol pour qui la culpabilité s’ajoute à la honte. La scène où elle s’épanouit dans un bal dansant malgré son fauteuil jusqu’à l’arrivée de Guy est donc un moment clé et douloureux. Malgré l’émotion et le vrai intérêt de l’ensemble, on ne peut malgré tout s’empêcher (comme dans Outrage à nouveau) de ne faire que du couple le pivot du redressement de l’héroïne. 

La dernière partie semble prendre un chemin plus aventureux lorsque Guy semble reprendre son propre destin en main, mais la dernière scène (très belle et touchante au demeurant) parachève ce côté mélo plus conventionnel. Le film est donc au final plus le récit d’une reconstruction de couple que celui de sa figure féminine. D’ailleurs pour échapper à cette étiquette féministe (que le sujet des trois premiers films et son statut rare de femme réalisatrice dans le Hollywood d’alors ravive forcément), Ida Lupino s’essaiera à un autre registre avec le glaçant film noir Le Voyage de la peur (1953). 

En salle (après le confinement !)

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