Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 10 novembre 2020

L'Art de se débrouiller - L'arte di arrangiarsi, Luigi Zampa (1954)


 Rosario Scimoni, dit « Sasa » pour les amis, a fait de l'art de se débrouiller une manière de vivre : pour amour d'une femme, il devient socialiste, mais se découvre fasciste quand Mussolini prend le pouvoir et communiste à l'arrivée des Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Finalement, aux élections de 1948, il se retrouve démocrate-chrétien pour toutefois finir en prison...

 Alberto Sordi trouve un de ses plus grands rôles en 1961 dans Une vie difficile de Dino Risi. Après avoir promené son personnage veule, névrosé et hilarant dans de multiples corps sociaux et professionnels (policier dans L’Agent (1960), viveur immature dans Le Veuf (1959) et plus tard Il Boom (1963)) et incarné les petites tares humaines ordinaire pour notre plus grand rire (la lâcheté dans La Grande Guerre (1959), la peur de l’engagement avec Le Célibataire (1956) Sordi assumait dans ce film ce qui courait en filigrane dans sa filmographie. Toutes les variantes de la persona filmique de Sordi s’inscrivent dans une histoire de l’Italie du 20e siècle ce qu’Une vie difficile assumait pleinement. Dans ce film Sordi incarnait un personnage ayant toujours un train de retard sur les mues socio-politiques de son pays, idéaliste quand il faudrait se montrer cynique, téméraire quand il faudrait être coulant, et au final toujours perdant.

Sans égaler le chef d’œuvre de Risi, L’Art de se débrouiller le préfigure un peu en faisant incarner à Sordi quelques années plus tôt un personnage traversant les soubresauts de son pays. Le film fait même figure de prequel à Une vie difficile puisque quand ce dernier se déroulait de la fin de la Seconde Guerre Mondiale à l’ère du boom économique, L'Art de se débrouiller commence en 1912 pour se conclure dans les années 50. La différence est que si Sordi courait après l’ère du temps chez Risi, il l’endosse pleinement et cyniquement dans le film de Zampa. L’histoire se déroule en Sicile, terre fertile aux excès dans la comédie italienne, et plus précisément à Catane où Sasa (Alberto Sordi) vivote en tant que secrétaire du maire qui est son oncle. 

Là, il découvre les petits arrangements et la corruption ordinaire des notables locaux avec l’assentiment de l’administration. Un des gimmick du film voit la caméra de Zampa arpenter les rues de la ville à différents moments du récit, tandis que la voix-off de Sordi désigne les forces économiques et politiques en présence et les petites magouilles qui auxquels ils doivent leur place privilégiée. Sasa fait preuve d’une souplesse irrésistible pour se trouver dans les faveurs de chacun d’eux tout au long du film et c’est l’occasion d’assister à une vraie petite histoire de l’Italie de la première moitié du 20e siècle. 

L’ambition égoïste de Sasa va croissante. Il devient anti royaliste car tombé sous le charme de la belle Paola Toscano (Luisa Della Noce), femme d’un militant en vue qu’il trahira pour se trouver seul avec elle. Il assure ensuite son train de vie en épousant une riche héritière, devient fasciste pour échapper à la menace d’un duel et ainsi de suite jusqu’à une dernière partie où il se reconverti en producteur de cinéma un peu escroc. Chaque péripétie sert par le prisme déformant de son héros à scruter les dysfonctionnements, les opinions changeantes et l’opportunisme de tout un chacun pour s’inscrire dans le zeitgest idéologique du moment, et de se laver de tout association avec les tendances qui ont pu précéder. Cela tient à l’interprétation brillante de Sordi, mais aussi à l’approche de Luigi Zampa qui déjà dans ses premiers films plus ouvertement sérieux (Les Années difficiles (1948) et Anni facili (1953)) abordait déjà ce sujet brûlant de l’opportunisme politique dans une observation de l’Italie des années fascistes à l’après-guerre. On appréciera d’ailleurs la belle tenue formelle du film et le soin apporté à la reconstitution qui donne quelques séquences joliment chatoyantes.

On rit donc beaucoup et le seul reproche que l’on pourrait faire au film est sa narration trop elliptique sur nombre de situations hilarantes (l’épisode où Sasa se fait passer pour fou afin d’être réformé et est interné) et de personnages haut en couleur (cet intimidant mafieux qui vous lance un défi à votre insu dès qu’il ôte son chapeau) alors qu’ils pourraient constituer des sujets pour un film entier par ailleurs. Les trop courtes 1h26 frustrent donc un peu vu le potentiel mais on passe un très bon moment et tout cela sera plus fouillés dans d’autres grands films à venir de Sordi. 

 Disponible sur Amazon Prime

4 commentaires:

  1. Luigi Zampa est vraiment un metteur en scène à découvrir...

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    1. Tout à fait, ce n'est pas forcément le premier nom venant à l'esprit quand on évoque les grands auteurs italien de l'époque faisant la transition du néo réalisme vers la comédie mais il y a plein de bonnes choses à découvrir dans sa filmographie.

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  2. J'ai vu de Zampa Il Vigile, L'honorable Angelina (excellent), Rome-Paris-Rome..et j'espère bien en découvrir d'autres.
    JS CABOT

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    1. Très bon Il Vigile, j'espère aussi en découvrir d'autres de lui !

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