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samedi 7 novembre 2026

La Perversion selon Sam Raimi - Nico Prat

Sam Raimi a beau avoir révolutionné et irrigué de sa touche singulière deux genres, le film d’horreur et de super-héros, la littérature à son sujet est étonnamment mince. L’ouvrage de Nico Prat arrive donc à point pour réparer cette injustice. Le titre La Perversion selon Sam Raimi illustre parfaitement le propos du livre, soit la manière dont l’approche de Sam Raimi est de pervertir, corrompre les codes cinématographiques établis pour emmener les genres et récits abordés sur des territoires inédits.

Nico Prat divise judicieusement cette « perversion » en trois axes. Il y a d’abord celle des corps. Ces derniers, meurtris, altérés et possédés dans le premier Evil Dead (1981) pourraient sur le papier se placer dans le sillage de la trilogie des zombies de George Romero ou L’Exorciste de William Friedkin. L’approche grotesque, grand-guignol mais néanmoins terrifiante du film se déleste du propos social de Romero, ou de l’introspection religieuse et de la crudité documentaire de Friedkin pour simplement capturer son frêle héros Ash (Bruce Campbell) dépassé par les forces démoniaques qui l’assaillent. Raimi le traduit du point de vu d’Ash voyant ses amis devenir ses tourmenteurs par un biais violent et purement horrifique, mais aussi par une métaphore de son angoisse et l’expression de cet environnement instable avec cette caméra virevoltante adoptant le point de vue omniscient du démon. L’auteur explique la manière dont Raimi déplace cet argument dans d’autres œuvres, la trahison du corps par un esprit perturbé passant par la perte de pouvoir du héros sous pression de Spider-Man 2 (2004) et la possession dans ce même film par les tentacules dont la volonté font basculer la conscience de leur créateur le docteur Octopus.

Cela nous emmène vers le second axe que Prat appelle la « perversion des regards » et exprime justement la bascule mentale des protagonistes de Raimi. Là encore l’auteur montre comment Raimi traduit cette schizophrénie par l’expressivité horrifique la plus frontale avec la main possédée de Ash dans Evil Dead 2 (1987), et de façon plus subtile par les jeux de miroirs faisant émerger le double maléfique du héros. Prat est très pertinent quand il expose la façon dont le procédé se transpose très naturellement dans les œuvres plus sobres, voire réalistes de Raimi. Le mal est dans le fruit à travers l’insatisfaction domestique du couple d’Un Plan simple (1999), la contamination et/ou possession passe par un magot de dollars qui s’avère un déclencheur plutôt qu’un « virus » extérieur. Les prémices du dérapage sont déjà là dans la caractérisation des personnages dans les récits d’horreur, et sont plus subtilement sous-jacents dans les œuvres plus en retenue. Nico Prat en donne un parfait exemple dans la communauté du film Intuitions (2000), et surtout comment au sein de ce film les visions de la prescience de l’héroïne finissent par se confondre et devenir indissociables durant le twist final.

Le dernier axe et non des moindres concerne la « perversions des codes » par un Sam Raimi jamais là où on l’attend, bousculant les règles du western dans son style si singulier dans Mort ou vif (1995) et conscientisant son propre statut d’illusionniste avec Le Monde fantastique d’Oz (2013). La veine transgressive et très signifiante va, avec la maturité et certaines déconvenues au box-office, savoir se faire plus équilibrer et se fondre dans la logique de studio et star-system, ce que Prat explique dans la manière dont Raimi s’approprie l’intériorité avant l’exploit de Kevin Costner dans le film sportif Pour l’amour du jeu (1999). Les pistes explorées par Nico Prat sont constamment judicieuses, pertinentes et donnent très envie de se replonger dans la filmographie de Raimi en les ayant en tête.

Publié chez Playlist Society 

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