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mardi 26 novembre 2019

Matador - Pedro Almodovar (1986)


Diego Montes, un célèbre torero, doit prendre une retraite prématurée après une blessure mal soignée. Maria Cardenal, avocate en criminologie, aime tuer ses amants lors de leurs ébats amoureux. Diego crée une école de tauromachie, car pour lui « arrêter de tuer, c’est arrêter de vivre ». Angel, l’un des élèves de Diego, est un garçon étrange qui souffre de vertiges et de l’autoritarisme d’une mère dévote.

Chez Pedro Almodovar, le désir s’orne souvent d’une dimension rituelle, fétichiste et morbide. Le réalisateur en donne un versant étonnamment lumineux et finalement romantique dans Attache-moi (1989), tandis que les rebondissements sordide de Parle avec elle (2002) ou La piel que habito (2011). Matador contient déjà tout cela dans une intrigue tortueuse où le polar se mêle à l’étude de caractères, à l’observation d’une passion effrénée.

Le désir est ici une pulsion de mort qui s’exprime de façon très différente selon les protagonistes. Il y a tout d’abord Diego Montes, ancien toréador pour lequel ce fétichisme de la mise à mort fut un métier et dont les réflexes le poursuivent alors qu’il a été forcé de se retiré. Angel (Antonio Banderas), jeune homme étouffé par l’éducation bigote de sa mère ne peut que fantasmer ces élans mortifères sans oser les accomplir. Il tourne autour en étant élève de Montes, en testant sa virilité dans une tentative de viol qu’il ne pourra « assouvir » jusqu’au bout, et enfin en cédant à une volonté autodestructrice en s’accusant des crimes sanglants qui agite la police. C’est ce dernier évènement qui introduit Maria (Assumpta Serna) avocate d’Angel et également tourmentée par un mélange d’obsession amoureuse et des mêmes pulsions de mort, celle que l’on donne et celle que l’on fantasme de vivre. 

Le scénario sème tout d’abord le doute entre réalisation et aspiration à cette mort. La dimension fétichiste est omniprésente et obsessionnelle pour chacun des protagonistes quant à cet attrait dérangeant. Dès la scène d’ouverture, Diego se masturbe sur des images de films gores et plus tard se repasse en boucle la vidéo de l’incident de tauromachie qui fut fatale à sa carrière. Le montage alterné met d’ailleurs en parallèle les préceptes d’un cours de tauromachie avec une scène érotique se terminant en assassinat brutal, où la jouissance s’entremêle à la stupéfaction d’un dernier souffle inattendu. 

Les personnages les plus établis et respectables sont aussi les plus retors, quand Angel en apparence le plus déséquilibré est le seul incapable de franchir le pas de la transgression. La « petite mort » de la jouissance sexuelle lui est impossible, et les velléités de meurtre ne se vivront que par procuration. Même le pourtant bienveillant inspecteur de police  (Eusebio Poncela) semble trahir quelques penchant inavoués lorsqu’en vue subjectif Almodovar fait traîne son regard sur l’entrejambe et les fessiers des apprentis toréador dans leurs tenues moulante. Toute l’humanité est en fait construite de cette nature irrationnelle et passionnée (ce que prolonge le personnage d’amoureuse éperdue d’Eva (Eva Cobo) mais toute la différence se fait dans la manière de l’exprimer.

Diego et Angela se reconnaissent, s’observent et s’apprivoisent tout au long du récit, retardant par le seul plaisir de l’excitation et la frustration le moment de passer à l’acte dans la dernière séquence. Les amorces de rapprochement sont esquivées, l’extase ne pouvant être atteinte symboliquement qu’au moment de l’intrigue où ils s’apprêtent également à être démasqués – mais également dans une forme de connexion avec l’univers, les astres puisqu’intervient une éclipse. Almodovar déploie alors pleinement toute cette imagerie fétichiste où chacun des partenaires se révèle sous son jour le plus solennel (le costume de toréador est de sortie) et suicidaire dans un abandon total. Le réalisateur a un regard à la fois fasciné et distant, où l’on ne sait s’il choisit la lumière et la vie avec les personnages juvéniles/innocent qu’il choisit d’épargner, où s’il rêve aussi au plaisir ultime mais fatal qu’illustre un fascinant dernier plan. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Films sans frontières

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