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mercredi 17 février 2021

L’Homme sauvage - The Stalking Moon, Robert Mulligan (1969)

Un éclaireur de l'armée, rétiré dans une ferme du Nouveau Mexique, aide et héberge une femme blanche et son enfant qui avaient été kidnappé par des Indiens. Mais, un guerrier apache, marié à la jeune femme, est à leur recherche.

L’Homme sauvage marque les retrouvailles entre Robert Mulligan et Gregory Peck après l’inoubliable Du silence et des ombres (1962). C’est un western à la croisée des chemins, marquée par la sécheresse et la violence du genre à l’orée des 70’s, tout en exploitant des situations et des thèmes plus inscrits dans le western classique. Robert Mulligan amorce tous ses éléments tout en livrant un film doté de son identité propre. Le début avec Gregory Peck éclaireur brillant de l’armée américaine face aux indiens semble anticiper le Burt Lancaster du Fureur Apache de Robert Aldrich (1972) mais on s’écarte assez vite du ton nihiliste de ce dernier. Le personnage d’Eva Marie Saint semble quant à elle un prolongement de La Prisonnière du désert (1956) dont on découvrirait l’après recherche, mais évoque aussi la Candice Bergen du Soldat bleu de Ralph Nelson (1970) sans la malice de cette dernière et sans plonger dans son pacifisme artificiel de western pro indien. 

Du coup les relations entre les personnages relèvent de questionnements plus inattendus. Mulligan s’attarde ainsi longuement sur la relation entre Warner (Gregory Peck) et Nick (Robert Forster) l’éclaireur métis indien qu’il a formé. Ce dernier vit mal le départ de son mentor pour une vie plus paisible et lorsque Warner se trouve en partie en charge de l’enfant indien, on ressent de manière sous-jacente comme une volonté de transmission autre que guerrière à ce dernier – et par extension une forme de jalousie de Nick. Toutes les scènes où se construit un semblant de nouvelle cellule familiale sont très touchantes, notamment par la prestation d’Eva Marie Saint dont on sent l’appréhension et l’émotion de goûter à la liberté après sa captivité chez les indiens. On pourra regretter le peu d’interactions entre Warner et l’enfant, le jeune acteur gardant la même présence silencieuse et taciturne sans le moindre sursaut d’émotion. Mulligan développe un pur écrin intimiste entrecoupé de piqûres de rappel sur la menace qui plane avec le chef indien Salvaje (Nathaniel Narcisco) qui sèment la mort dans sa volonté de reprendre son fils.

Il est auréolé d’une dimension funèbre quasi surnaturelle, que ce soit par les attitudes effrayées des soldats rapportant les méfaits sanglants de Salvaje ou justement par les carnages que commis dont on ne fait que découvrir le terrible résultat. La dernière partie en forme de siège minimaliste est une pure merveille de tension. Mulligan fait de Salvaje un pur spectre dans sa présence furtive à l’écran, et Mulligan joue de l’aptitude d’éclaireur de Warner pour faire de la topographie des lieux un élément essentiel qu’il rend parfaitement compréhensible au spectateur. 

Cela reprend évoque les approches brillantes qu’on trouvait par exemple dans Quand les tambours s’arrêteront de Hugo Fregonese ou du final de Fort Bravo de John Sturges (1954) dans la même idée de huis-clos à ciel ouvert. La tension se maintient jusqu’au bout d’une conclusion hargneuse à souhait. Très prenant donc mais on a tout de même le sentiment de coupes, comme s’il manquait 15/20 minutes qui aurait renforcé les relations entre les personnages alors que là la conclusion abrupte est un peu frustrante. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

3 commentaires:

  1. Un beau western, original, et typé "seventies" de Robert Mulligan. A quand un article sur son polar crépusculaire The Nickel Ride (1974) dont personne ne parle jamais, pour poursuivre vos chroniques sur ce cinéaste discret et précieux.

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    1. Je ne l'ai pas vu don je note pas un de ses plus connus on dirait même s'il fut sélectionné à Cannes en son temps. Mais si vous aimez Robert Mulligan je devrai en chroniquer d'autres prochainement vu qu'il y en a pas mal qui ressortent chez Elephant.

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    2. Oui j'aime beaucoup depuis longtemps ce cinéaste qui est redécouvert depuis quelque temps et c'est tant mieux. Pour moi, son chef-d'oeuvre est The Other (L'autre).

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