Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 3 juin 2022

Tras el cristal - Agustí Villaronga (1987)


 Un ancien tortionnaire nazi obsédé par les jeunes garçons est rongé par ce sentiment coupable et se jette dans le vide du haut d'un toit. Quelques années plus tard, alors qu'il est réduit à vivre attaché à un appareil respiratoire, une de ses victimes apparaît dans l'habit d'un infirmier...

Premier film d'Agustí Villaronga, Tras el cristal est une des œuvres les plus troubles du cinéma espagnol postfranquiste, qui interroge sur la contamination et la porosité du mal. Nous allons plonger dans un récit oppressant où Klaus (Günter Meisner) un ancien tortionnaire nazi aux penchants pédophiles va se trouver confronter à une de ses victimes passées en la personne du jeune Angelo (David Sust). Klaus a trouvé refuge en Espagne après-guerre où il a épousé Griselda (Marisa Paredès) et avec laquelle il a eu une fille Rena (Gisèle Echevarría). Il n'a cependant pas repoussé ses anciennes pulsions et y cède ponctuellement comme nous le montrera une éprouvante scène d'ouverture où il torture un jeune garçon. Déchiré entre ses démons et sa vie en apparence rangée, il tente de se suicider et va ainsi se trouver coincé dans une sorte de caisson à oxygène qui le maintient en vie. C'est dans cette situation de faiblesse que va ressurgir Angelo en se faisant passer pour un infirmier.

Le film est un quasi-huis-clos se déroulant dans une villa que Agustí Villaronga transforme en mausolée mortifère à travers la photo glaciale de Jaume Peracaula. Ce décor prend également des allures gothiques par certains éléments de décor comme l'appareil respiratoire de Klaus aux airs de machine de Frankenstein, ainsi que tout le travail sur les cadrages, les jeux d'ombres. L'ancien agresseur et sa victime se reconnaissent rapidement et les rôles vont progressivement s'inverser de manière trouble. Désireux de rendre la pareille à Klaus, Angelo tombe sur ses journaux secrets où il s'épanche longuement par écrits sur ses fantasmes interdits, le désir et le plaisir qu'il prend à distiller la peur et à infliger la souffrance à ses victimes. Angelo fasciné par ce qu'il lit va tout d'abord reprendre ces préceptes par vengeance, puis par plaisir, comme infecté à son tour par cette monstruosité humaine. L'ambiance est malsaine et assez suffocante, Villaronga reste certes suggestif pour les écarts les plus horribles mais les situations sont bien là et déploient un malaise de tous les instants. 

Villaronga alterne approche glaciale et clinique, volonté d'éprouver la tolérance de son spectateur lors de vrais moments chocs et parfois une forme de poésie morbide et insaisissable. Le réalisateur trouve en partie son inspiration dans la figure de Gilles de Rais et plus précisément La Tragédie de Gilles de Rais de Georges Bataille. Les acteurs sont exceptionnels pour traduire justement ce frisson sordide à donner et observer la souffrance chez l'autre. La scène d'ouverture où Günter Meisner baigne entre délectation et repentir est assez stupéfiante, tout en conférant au mal un visage à la menace volontairement trop évidente. Angelo, par son prénom, ses traits juvéniles et sa beauté étrange plonge lui de plain-pied et sans remord dans cette soumission au mal et tout au long du récit on sent que cette maladie semble prête à se propager à travers la complicité qu'il entretient avec Rena, la toute jeune fille de Klaus. Tout cela nous emmène vers des territoires interdits, entre homo-érotisme, questionnement sur les liens et l'héritage entre le nazisme et le franquisme.

Par son rythme lancinant, sa noirceur froide et ses excès, Tras el cristal est un objet singulier et à ne pas mettre devant tous les yeux. Ce sera en tout cas un vrai triomphe critique qui lancera la carrière du réalisateur qui signera d'autres opus majeurs par la suite comme son El niño de la luna qui fera sensation deux ans plus tard, ou le plus récent Pain noir (2010).

Sorti en bluray amaéricain chez Cult Epics et doté de sous-titres anglais

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