Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 11 juin 2022

Demain ne meurt jamais - Tomorrow never dies, Roger Spottiswoode (1997)


 L'agent 007, alias James Bond, a pour mission de localiser l'épave du "Devonshire", une frégate de la Royal Navy perdue dans les eaux territoriales chinoises. Il doit également retrouver le coupable de l'attentat, un certain Henry Gupta, ancien gauchiste activement recherché par le FBI et, enfin, remonter jusqu'au cerveau de l'opération, Elliot Carver, le propriétaire du quotidien "Tomorrow" et patron du plus grand empire médiatique de tous les temps...

Goldeneye (1995) avait réinstallé avec succès la figure de James Bond dans le nouvel ordre mondial post-guerre froide, faisant même de cet élément la thématique centrale du film. Après cette dimension réflexive sur un héros hors du temps, Demain ne meurt jamais va donc s’appliquer à réinstaller James Bond au cœur des préoccupations contemporaine. La couverture médiatique de la première Guerre du Golfe en 1991 se fit sous l’égide de l’information spectacle de la chaîne américaine CNN et de son patron le magnat Rubert Murdoch. Demain ne meurt jamais y puise son inspiration pour sa trame voyant Elliott Carver (Jonathan Pryce) user de son empire médiatique pour provoquer les évènements propres à alimenter ses canaux d’informations. La figure d’Elliott Carver se situe à mi-chemin entre les grands magnats du 20e siècle comme William Randolph Hearst (indirectement évoqué dans le Citizen Kane de Orson Welles (1941), et au cœur de Mank de David Fincher (2021)) explicitement cité, Robert Maxwell (dont la fin mystérieuse est indirectement évoquée aussi), Rupert Murdoch donc, et anticipe également les gourous technologiques et mégalomanes façon Steve Jobs, Elon Musk ou Jeff Bezos. Le film parait encore plus moderne et visionnaire aujourd’hui à l’heure des réseaux sociaux et des fakes news faisant encore plus vite circuler la rumeur. 

Demain ne meurt jamais dans sa première heure aborde avec brio le sujet, tout en l’équilibrant avec les codes de James Bond et les impératifs du blockbuster. Elliott Carver possède l’égo démesuré des méchants bondiens tout en étant caractérisé par des éléments esthétiques le fondant dans cette problématique. Le décorum bondien marié à l’environnement numérique et tout écran naissant du 21e siècle est vraiment tangible, et les manipulations médiatiques de Carver, grandiloquentes à la sortie du film semblent désormais étonnements crédibles. Malheureusement la confection hasardeuse du film va un peu atténuer ces belles promesses. Demain ne meurt jamais fut produit dans la précipitation après le succès de Goldeneye, afin de battre le fer tant qu’il était encore chaud.  

Le scénario initial prévoyait d’évoquer la rétrocession de Hong Kong à la Chine, mais les retards de production auraient rendu le sujet obsolète (le film sortira en décembre 1997 alors que la rétrocession aura lieu en juillet). On gardera néanmoins l’idée d’une partie de l’intrigue en Asie du Sud-Est où Bond ne s’était pas rendu depuis un L’Homme au pistolet d’or (1974) de sinistre mémoire. Dans cette idée de raccrocher James Bond à la modernité, il sera question d’insérer au film les codes du cinéma d’action de Hong Kong avec l’engagement de la grande Michelle Yeoh en Bond girl. Sur ces deux axes thématiques et formels, le scénario du film souffrira de plusieurs réécritures et le tournage commencera sans qu’il soit terminé.

Cela se ressent dans la seconde heure du film où le complot médiatique devient un compte à rebours de fin du monde de plus, sans être suffisamment approfondi. On bascule dans une surenchère de pyrotechnie certes impressionnante mais qui perd de vu le fond intéressant. Sur l’action en elle-même la greffe avec le cinéma de Hong Kong est certes plus réussie que les catastrophiques tentatives de L’Homme au pistolet d’or, mais pas totalement convaincante. Michelle Yeoh a prouvé ses aptitudes physiques hors-normes à Hong Kong (Le Sens du devoir 1 et 2, Police Story 3 où elle damne le pion à Jackie Chan, Stunt Woman de Ann Hui (1996)) grâce notamment au savoir-faire casse-cou des équipes techniques locales. Ici le montage, les cadrages et le rythme des morceaux de bravoure qui la concerne sont filmés à « l’occidentale » mollassonne et ne la mette pas en valeur. 

Roger Spottiswoode et sa seconde équipe ne prennent jamais la mesure des compétences de leur interprète, tant dans l’action que sur le registre dramatique puisque Michelle Yeoh est également une excellente actrice. Tout le climax sur le bateau furtif de Carver est assez poussif et n’égale pas le final maritime épique d’un L’Espion qui m’aimait (1977). En définitive un opus qui cochait toutes les bonnes cases sur le papier mais qui pèche par une certaine précipitation dans sa confection. Il reste malgré tout quelques satisfactions comme une poursuite folle dans un parking où Bond conduit sa BMW avec son portable, un Pierce Brosnan toujours aussi à l’aise dans l’émotion contenue (la relation avec Paris Carver (Teri Hatcher) même si brève fonctionne bien) et l’action avec son Bond à l’instinct militaire/barbouze plus prononcé que ses prédécesseurs. Un épisode de plus donc, loin du vrai sentiment de renouveau de Goldeneye.

Sorti en bluray et dvd zone 2  français chez Sony

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