Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 19 avril 2011

Green Snake - Ching Se, Tsui Hark (1993)


Désirant plus que tout devenir humaines, deux sœurs serpents (Joey Wong et Maggie Cheung) s'initient à l'amour et au désir. Un moine taoïste (Chiu Man Cheuk) doté de pouvoirs magiques, complètement aveuglé par sa mission d'éradiquer toutes les créatures vivant parmi les hommes sur Terre, se lance à leur poursuite... 

Avec Green Snake, Tsui Hark s’attaque à un conte traditionnel très populaire dans le monde asiatique, Madam White Snake. Le récit fut maintes fois transposé sur grand écran (ainsi qu'en opéra, au théâtre) et la version la plus fameuse jusque-là datait de 1956 et était signé Shiro Toyoda. On imagine aisément que Tsui Hark ait vu ce film lorsqu'il était enfant, il avouera plus tard son admiration et l'influence d'Eiji Tsuburaya (un des créateurs de Godzilla) responsable des effets spéciaux. Le film aura longtemps occupé son esprit puisqu’une première adaptation fut envisagée à la fin des années 80 avec Gong Li et Anita Mui dans les rôles de Serpent blanc et Serpent vert. Il faudra pourtant attendre 1993, une époque où, entre ses productions à succès et le triomphe des Il était une fois en Chine, il est au sommet de son art et bénéficie d’une liberté sans précédent.

En s’inspirant d’une relecture récente de l’écrivain Lilian Lee, Tsui Hark détourne les thématiques et le propos du conte originel qui, même s'il à bien évolué au fil des adaptations, est à l'origine assez puritain. En focalisant le récit sur le parcours initiatique de Serpent vert (Maggie Cheung), créature insouciante et pleine de candeur, plutôt que sur la seule histoire d'amour impossible de Serpent blanc (Joey Wong), le réalisateur permet au film d'accéder à un autre niveau de lecture.


 A travers le personnage ultra rigide du moine incarné par Chiu Man Cheuk (futur héros de The Blade dévoilant ici l’entendue de son talent en se reposant moins sur ses capacités martiales), Tsui Hark livre une véritable dénonciation de l'obscurantisme religieux (ici représenté par le bouddhisme). Le moine pose un regard manichéen sur le monde (la première scène où il voit les hommes à l'état de bête, son incapacité à distinguer les bons des mauvais démons) et lorsqu’un désir coupable lui dévoilera ses propres failles bien humaines, il se livrera à des actes révoltants sous couvert de vertu, afin de les masquer.

 Les pistes et les repères y sont brouillés. Les femmes serpents sont plus attachantes dans leur quête d’humanité et font naturellement preuve de plus de bonté que les humains et les religieux. Joey Wong en Serpent blanc trouve un rôle dans la lignée de celui d'Histoire de fantômes chinois, de nouveau en être surnaturel vivant une romance avec un humain. Le grand apport de Tsui Hark est d’adjoindre au conte classique le parcours initiatique de Serpent vert, faire-valoir à l’origine.

Son personnage est totalement immature et incapable d’émotion humaine, constamment en quête de séduction, sans réellement en comprendre le sens. Elle éprouvera ainsi ses charmes, par simple jeu sur l’époux de Serpent blanc, ou encore sur le moine Chiu Man Cheuk, provoquant ainsi des réactions en chaînes dramatiques. Immortalisée en Occident par les personnages papier glacé de Wong Kar Wai, Maggie Cheung, ici naturelle et délurée, fait preuve de bien plus de grâce et de légèreté, trouvant là un de ses meilleurs rôles. Le duo est parfait de complémentarité, Joey Wong apportant la touche romanesque classique indispensable en femme idéale (Serpent blanc aura d’ailleurs incarné des vertus de féminisme selon les adaptations), Maggie Cheung cherchant constamment à l’égaler, en vain.

 Visuellement, Green Snake est un des films les plus foisonnants de Tsui Hark avec une image gorgée de filtres, des costumes et décors kitschissimes et rococo, donnant un aspect totalement factice et irréel. Ces partis pris extrêmes s’accordent bien avec l'ambiance de conte, mais surtout avec les thématiques de l'illusion et de l'éphémère, les femmes serpents ayant le pouvoir de transformer la réalité à leurs guise. Le côté cheap et artisanal de certains effets spéciaux (la queue des serpents entre autres) étant par conséquent totalement oublié et sans doute volontaire.

Traversés tout du long par une sensualité moite grâce aux poses lascives et reptiliennes des héroïnes séductrices, les moments de pure grâce sont légions : l'arrivée sur terre des femmes serpents et la danse indienne (Tsui Hark paie ici son tribut à Bollywood) de Maggie Cheung, la séquence chantée montrant le bonheur conjugal parfait de Serpent blanc, le montage alterné entre la séduction du moine par Serpent vert et celle de Serpent blanc après la guérison de son mari...

 L’atmosphère se fait légère et onirique à la fois, comme un rêve éveillé où l’esthétique quasi expérimentale se marie à une douceur charnelle palpable, la musique envoûtante de James Wong auréolant les images d'une aura céleste. 

Dans ce monde de pur artifice, Tsui Hark réussit l’exploit d’éveiller des questionnements profonds sur ce qui définit un être humain, la fantaisie apparente dégageant une émotion poignante lors de la bouleversante conclusion où tout se bouscule : les tiraillements de Serpent vert passant de la séduction aux sentiments bien réels (et versant sa première larme), le moine perdant tout trace d’humanité en cédant à son prosélytisme religieux, tandis que Serpent blanc y accède définitivement en se montrant capable d’enfanter. Tsui Hark réalisait là un de ses très grands films, sans doute le plus poétique d’entre tous.


Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo en combo avec l'excellent "L'Auberge du Dragon". L'édition est un peu dur à trouver désormais donc éventuellement se reporter vers l'édition asiatique de moins belle facture cependant.

Extrait avec l'arrivée des femmes serpent sur terre

lundi 18 avril 2011

Billy le menteur - Billy Liar, John Schlesinger (1963)


Dans une petite ville anglaise terne et ennuyeuse, un jeune mythomane mène une vie imaginaire et trompe tout son entourage.

Billy Liar, deuxième film de John Schlesinger l'installa définitivement parmi les fer de lance de la nouvelle vague britannique du début des sixties. Tout comme son précédent Un amour pas comme les autres, il se déroule dans le nord de l'Angleterre et adapte le roman culte éponyme de Keith Waterhouse qui collabore au scénario. Paru en 1959, le roman parla vraiment a toute une jeune génération anglaise et se vit transposé au théâtre (avec Albert Finney dans le rôle titre) avant le film de Schlesinger et adapté en feuilleton télévisé dans les années 70.

Le film s'ouvre sur une émission de radio consacrée à la dédicace en chanson, et le générique nous fait ainsi découvrir la grisâtre ville à travers les destinataires des titres. Tout en immeubles sinistres et en pavillons interchangeables, ce n'est pas exactement un endroit où il fait bon vivre. C'est exactement l'avis de notre héros Billy Fisher (Tom Courtenay), que nous découvrons lorsque la caméra daigne ralentir et s'introduire enfin dans une des demeures.

Modeste employé de pompes funèbres, Billy a une vie intérieure autrement plus excitante que ce quotidien rasoir. Au sein d'Ambrosia, contrée imaginaire de sa création il est le centre de tout, héros militaire, dirigeant charismatique, séducteur irrésistible. Malheureusement il est constamment ramené aux tristes réalités du cadre terne qui l'entoure alors qu'il ne rêve que de partir à Londres pour une carrière de scénariste.

Le narration offre ainsi un joyeux va et vient entremêlant avec inventivité le réel et les fantasmes de Billy. C'est ici une Angleterre provinciale et vivant encore dans l'austérité, où poser la main sur le genou de sa fiancée est indécent et où l'ouverture d'un supermarché fait office d'évènement local. C'est celle d'avant le Swinging London, les Kinks et des Beatles (même si Schlesinger saura plus tard détruire ce fantasme là dans son excellent Darling) où un jeune adulte se doit de trouver un emploi respectable et se marier le plus rapidement possible.

L'esprit bouillonnant de Billy étouffe en ces lieux même si Schlesinger ne manque pas d'égratigner malgré tout son héros. Les différents fantasmes de Billy tournent essentiellement autour de sa personne et le mettent sur un piédestal, laissant entendre que c'est plus une reconnaissance personnelle qu'il cherche plutôt qu'à s'épanouir dans la création. La scène où il commence l'écriture d'un roman et passe plus de temps à la manière dont il va formuler son propos qu'au contenu en lui même de la chose est fort parlant.

Mais dans une bourgade où tout le monde vous connaît, où vous êtes tout le monde et personne à la fois il est bien difficile de le blâmer. Le film est donc un ode à la jeunesse, à suivre ses aspirations quelle qu'elles soient en montrant le mal être qui en découlent si on ose pas franchir le pas. Dans le cas de Billy, le titre nous l'aura révélé c'est une profonde mythomanie. On en rit tout d'abord en voyant le malheureux s'empêtrer dans ses mensonges avec ses parents, ses multiples fiancées ou son patron. Tom Courtenay avait été la doublure au théâtre de Albert Finney et maîtrise donc parfaitement le rôle. Touchant, pathétique et maladroit, il délivre une prestation pleine de fougue, passant du registre le plus comique au plus dramatique en un clin d'oeil. S'inventant une future carrière prestigieuse, Billy n'ose finalement jamais réellement tenter sa chance malgré ses fanfaronnades.

La mise en scène de Schlesinger alterne une touche "réaliste" et immersive tout en sobriété dans le cadre de cette ville avec un imagerie nettement plus débridé dans les rêves de Billy où les mouvements de caméra grandiloquent, les cadrage improbables sont foison. On retrouve dans ces séquences rêvées une inventivité commune aux autre réalisateur de la nouvelle vague anglaise comme Tony Richardson puisque tout comme dans son Tom Jones, Schlesinger s'amuse à faire interpeller le spectateur par le héros ou encore faire intervenir le fantasme dans le réel en faisant apparaître les idées farfelues de Billy dans un coin du cadre comme une bulle de bd.

Une chance est pourtant laissé à Billy dans la dernière partie avec le délicieux personnages de jeune anglaise radieuse jouée par Julie Christie dont c'est une des première apparition. Seule à voir clair dans les mensonges de Billy, elle a les mêmes aspirations libertaires que lui et comprend parfaitement son mal être. En quelques minutes à l'écran, une star naît sous nos yeux tant Christie illumine une réalité très suffocante jusque là par sa gouaille, sa beauté et son naturel. Schlesinger saura s'en souvenir puisqu'il collabora deux fois avec elle par la suite dans les excellents Darling et Loin de la foule déchaînée.

L'alchimie entre Courtenay et Christie est touchante (tellement que David Lean les réunira à nouveau dans Docteur Jivago) et amène enfin la respiration attendue au récit tel ce beau moment nocturne où ils se livrent l'un à l'autre dans un parc. Ce vent de folie va cependant tourner court dans une conclusion fonctionnant de manière inversée à celle du Lauréat (sorte de pendant positif américain de Billy Liar aux thèmes proches) où le réel (et le manque de courage) rattrape Billy, indéfiniment condamné à divaguer dans ses rêves.


Sorti uniquement en dvd zone 2 anglais sans sous-titres (alors que Studio Canal a les droits c'est même rageant de voir leur logo en début de film et savoir le film inédit en France) ou dans une belle édition zone 1 Criterion qui elle comporte des sous-titres anglais. ceux ci ne sont pas de trop vu l'accent fort prononcé du nord de l'Angleterre mais le film vaut l'effort !


dimanche 17 avril 2011

Yakuza - The Yakuza, Sydney Pollack (1975)



Un détective à la retraite, Harry Kilmer (Robert Mitchum), est rappelé par un ancien ami, George Tanner (Brian Keith). En effet, la fille de ce dernier a été enlevée par un chef yakuza, Tono Toshiro, qui veut forcer Tanner à lui livrer les armes promises. Pour libérer sa fille, Tanner veut faire appel aux anciennes connaissances de Harry Kilmer, qui connaît le Japon et tous les rouages du syndicat japonais du crime...

Yakuza est un des grands polars des 70's précurseur des hybridation à venir entre cinéma occidental et asiatique. Le film est le premier scénario à succès de Paul Schrader qui, épaulé par son frère Léonard Schrader fin connaisseur de culture nippone (il lui écrira plus tard le scénario du biopic Mishima consacré au controversé auteur japonais) apporte la touche d'authenticité souhaitée. Robert Towne, sommité de l'écriture hollywoodienne durant cette période (notamment pour son script oscarisé de Chinatown pour Polanski) apporte lui au script l'équilibre et le rythme souhaitée pour le grand public, le film dévoilant tout un pan d'un univers encore peu accessible au spectateur occidental sorti des cercles cinéphiles.

L'équilibre s'avère donc parfait entre la tradition du film de yakuza japonais et l'efficacité américaine, les rudiments de ce cadre nous étant subtilement dévoilés au travers des dialogues (parfois un peu démonstratif pour le public d'aujourd'hui habitué au genre) et des péripéties. S'il innove au niveau de la documentation, le principe du film (polar avec un américain perdu en terre japonaise) n'est pas totalement nouveau puisque déjà exploité dans l'excellent La Maison de Bambou de Samuel Fuller et sera repris (avec nettement moins de réussite) dans le Black Rain de Ridley Scott.

Dans Yakuza cette union se traduit essentiellement au niveau des personnages par la profonde relation qui unit Takakura Ken (stoïque, charismatique parfait) et Robert Mitchum (parfait en héros vieillissant à qui on ne la fait pas) conduite par le code de l'honneur et qui se mû progressivement en poignante amitié comme le montre la belle scène finale où Mitchum s'excuse selon les rites yakuza.

La réalisation de Pollack est au diapason avec un scope superbe et des idées directement issues des classiques japonais du genre comme ses plans en plongée de Takakura Ken armé de son sabre et encerclé d'adversaire lors du final (on pense très fort à la fin de La Vie d'un tatoué de Suzuki entre autres, mais aussi pour la facette plus gangster aux film de Kinji Fukasaku comme Combat sans code d'honneur dont on reparlera bientôt) ou ce tranchage de bras bien graphique lors du sauvetage de la fille de Tanner. La fusion est idéale entre imagerie pop, respect du genre et occidentalisation. Le sommet de ce principe est atteint lors d'un final anthologique ou Mitchum armé d'un fusil et Takakura Ken de son sabre déciment à eux deux le clan Tono, grand moments d'action où le western et le polar croise le chambarra le plus survolté.

On appréciera aussi la retenue typique des 70's, avec ce ton posé qui prend son temps pour présenter la situation et les personnages, et la manière de doser juste ce qu'il faut l'émotion sans appuyer outre mesure notamment toutes les belles séquences de conclusion. Une belle réussite qui ouvrit la voie à bien des réalisateurs et spectateurs et dont l'influence peut sans conteste remonter à d'autres hybride moderne comme la saga des Matrix.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

Bande annonce remontée par un fan, pas mal

vendredi 15 avril 2011

Il pleut toujours le dimanche - It Always Rains on Sunday, Robert Hamer (1947)


Evadé de prison, Tommy Swann se réfugie chez Rose, une ancienne conquête. Mariée et mère de famille, Rose accepte alors de bouleverser sa vie rangée pour cacher le fugitif.

Cinéaste au parcours fulgurant et tragique, on ne retient généralement de Robert Hamer que le brillantissime Noblesse Oblige, féroce et caustique jeu de massacre qui occasionna une des performance les plus marquantes de Alec Guiness qui y jouait neuf rôles. Il pleut toujours le dimanche est un de ses chef d'oeuvre, atypique de l'approche habituelle du studio Ealing.

Un dimanche dans le quartier d'une bourgade anglaise ordinaire va être troublé par l'annonce de l'évasion de Tommy Swann, voyou local qu'on soupçonne de revenir en ville au cours de sa cavale. Le récit choral nous dépeint donc la manière dont Tommy Swann va influencer le destin de divers personnages plus ou moins important et lié à lui. Cela va des petites frappes du cru cherchant à refourguer le fruit de leur dernier larcin à la police locale aux en aguets et surtout Rose (Googie Withers) ex fiancée de Tommy aujourd'hui mère de famille étouffant dans son foyer. Ayant retrouvée Tommy, elle ne peut s'empêcher de l'aider tandis que les souvenirs du passé afflue et que la frustration du présent se fait plus forte que jamais.

Mélange de film noir, drame et chronique sociale, It Always Rain on Sunday propose finalement un instantané peu reluisant de l'Angleterre de l'immédiat après guerre. Chacun des différents personnage qu'on accompagne tout au long de l'histoire est ainsi prétexte à soulever un aspect social marqué en toile de fond. L'enquête des policiers nous mène ainsi dans un sordide foyer d'accueil ou en quelque plan Hamer soulève une misère insoutenable. Le puritanisme ambiant pèse tel une chape de plomb sur la jeunesse le temps d'une scène où deux amoureux ne peuvent se réfugier de la pluie chez le garçon, la faute à une logeuse trop tatillonne et inquisitrice. Les rues ne sont pas sûre avec des voyous dont la bêtise poussera à un acte de violence révoltant en conclusion. Enfin, c'est la cellule familiale elle même qui s'avère instable avec une Rose frustrée et malheureuse lâchant sa rancoeur sur ses belles-filles.

Robert Hamer, grand amateur de cinéma français semble clairement avoir voulu donner un équivalent anglais au cinéma français des années 30 et du réalisme poétique qu'il admirait tant. L'esthétique évoque ainsi clairement les oeuvres de Carné au niveau de la photo tout en jeu d'ombres (excellent travail de Douglas Slocombe) et l'agencement de la ville et des décors qui rappelle (à une échelle plus réduite) Les Portes de la Nuit notamment. L'authenticité des situations, la gouaille conférée aux personnages et l'aspect grouillant de l'ensemble sont quant à eux marqués par l'empreinte de Renoir. Hamer digère toute ses influence pour un film qui ne ressemble qu'à lui finalement.

Le studio Ealing était réputé malgré ses audaces être particulièrement frileux sur la question du sexe à cause des inhibitions de son patron Michael Balcon. Hamer fait pourtant tout tourner autour de la question que ce soit les intrigues secondaires (les tromperies du patron du drugstore, l'intérêt porté sur l'avenir d'une jeune fille par parrain local) et surtout celle de Rose. Formidablement incarné par Googie Withers, ce personnage qu'on pourrait détester s'avère finalement poignant dans le réveil de son désir pour son ancien amant, qu'on ressent vraiment physiquement dans la rigidité de ses postures et son regard terne retrouvant une flamme oublié lorsqu'il se met torse nu face à elle. Le film ne peut bien évidemment pas aller trop loin mais Hamer instaure une tension sexuelle indéniable.

La facette polar n'est pas oubliée non plus et surgi réellement le temps d'une formidable course poursuite en conclusion. Une très belle réussite qui cache une grande richesse sous son récit minimaliste et sans vrais héros, anticipant grandement ce que fera bien plus tard un Robert Altman.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio canal dans la collection Ealing, coffret indispensable pour tout amateur de cinéma anglais !

Extrait

jeudi 14 avril 2011

Le Brigand bien-aimé - Jesse James, Henry King (1939)


Une âpre lutte vient de commencer entre les propriétaires ferroviaires et les ranchers qui voient d'un très mauvais œil le passage du "cheval de fer" sur leurs fertiles terres... Après avoir tué le représentant de la Compagnie des Chemins de Fer, venu exproprier sa famille, Jesse James s'enfuit dans les collines et monte une bande qui rançonne et attaque les trains de voyageurs...

Version très romancée de l'existence hors la loi de Jesse James, Le Brigand bien-aimé fait partie avec La Chevauchée Fantastique de John Ford des films qui sortirent le western de la série B auquel il était cantonné jusqu'alors dans le cinéma hollywoodien. Le genre se partageait en fait entre la pure série B et les productions plus luxueuse faisant exception comme le Dodge City de Michael Curtiz et Jesse James, avec son technicolor flamboyant et ses scènes d'actions faramineuse fait incontestablement partie de la seconde catégorie.

Le scénario de Nunnaly Johnson donne la part belle l'image de Robin des Bois associée aux frères James, parti pris qui se manifeste dès l'excellente scène d'ouverture. Des agents de chemins de fer véreux font ainsi le tour des ferme alentours afin d'exproprier par l'escroquerie ou la force de modeste fermiers illettrés. Les moments de cruauté révoltante s'enchaînent donc jusqu'au moment où ils arrivent au domaine tenu par les frères James et leur mère qui vont leur offrir un tout autre répondant lors d'une scène jubilatoire.

Toute la première partie sert donc à ancrer les frères James de l'aura la plus romantique possible, la distribution aidant bien avec un Tyrone Power (Jesse) et Henry Fonda (Franck) au sommet de leur charisme juvénile. Réajustant les évènements réels dans leur chronologie (en réalité les frères James furent auteurs d'actes criminels bien avant leurs duel avec les chemins de fer) afin de magnifier l'action des frères James, le récit appuie sur la fourberie des magnats des chemins de fer (la mort de la mère, une amnistie trompeuse) poussant malgré eux les héros sur la voie du crime. Le spectateurs se voie ainsi associé au regard des opprimés pour lesquels Jesse et Franck James apporte une revanche éclatante face aux puissants, tel ce grand moment où Jesse abat froidement l'homme qui a tué sa mère.

Heureusement ce procédé n'est là que pour nous attacher aux héros hors la loi, la seconde partie leurs méfaits sont remis en cause maintenant notre intérêt pour eux malgré tout. Le film est finalement une histoire sur la perte d'innocence, l'ouverture idyllique succédant à la transformation progressive de Jesse en authentique criminel oubliant la cause qui l'a mené sur ce chemin. Tyrone Power est excellent dans les deux registres, la douceur et la jeunesse de ses traits succédant peu à peu à une tension contenue par la paranoïa de l'homme en cavale et un regard assassin d'une terrible intensité. Henry Fonda plus en retrait est tout aussi bon en force tranquille et déterminé, seul capable de maîtriser son frère. Le récit dépeint bien le point de non retour atteint par Jesse qui abandonne femme et enfant, prenant de plus en plus de risque durant ses hold-up.

Henry King délivre un des western les plus impressionnant de l'époque, visuellement soigné (reconstitution, décors et costumes impeccable et magnifié par la photo de George Barnes) et porté par des morceaux de bravoures époustouflant. On est pas près d'oublier la première attaque de train où Jesse arpente le toit d'un train en marche, le guet-apens lors d'un hold-up de banque et surtout la course poursuite qui s'ensuit culminant par un spectaculaire saut à cheval d'une falaise. Un cascade sans le moindre trucage qui occasionnera d'ailleurs des plaintes des associations de défense des animaux, les chevaux se jetant réellement dans le vide.

On regrettera juste la faible caractérisation des acolytes des frères James (on entend absolument pas parler des frères Younger), ce qui diminue l'impact de la trahison finale de Robert Ford (néanmoins très bien interprété par John Carradine) qui si elle respecte la légende (Jesse tué dans le dos sans armes alors qu'il réajustait un tableau) ne suscite pas l'émotion attendue. Le récent film de Andrew Dominik était nettement plus grandiose à ce niveau. Le film sera un immense succès qui aura une suite dès l'année suivante réalisé par Fritz Lang, Le Retour de Frank James ou Henry Fonda reprend son rôle. Un remake verra également le jour en 1957 réalisé par Nicholas Ray. On reparle bientôt de ses deux autres opus par ici...

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

Extrait

mercredi 13 avril 2011

Hara-Kiri - Seppuku, Masaki Kobayashi (1962)


Au début de la période d'Edo, le samurai Hanshiro Tsugumo se présente au château du seigneur Kageyu Saito, expliquant que réduit à la misère par son état de rônin (samurai sans maître) il souhaite qu'on lui propose un lieu adéquat pour mettre honorablement fin à ses jours en se faisant seppuku. A cette époque de nombreux rônin utilisent ceci comme une ruse pour se faire prendre en pitié et au mieux recevoir un poste, ou du moins quelque argent pour s'en sortir. Saito lui explique qu'il ne se laissera pas prendre, et que ses samourai vassaux ont récemment obligé un samourai venu dans les mêmes conditions, Motome Chijiiwa, à aller jusqu'au bout de ses déclarations et à se suicider. Tsugumo explique que ses paroles ne sont pas en l'air, mais qu'il souhaite juste qu'on lui donne l'occasion de raconter son histoire avant de se suicider.


Cinéaste engagé s’il en est, Masaki Kobayashi n’aura cessé dans ses meilleurs films de fustiger les travers de la société japonaise de son époque. Avec sa fresque humaniste fleuve La Condition de l’homme, il fut un des premiers à oser s’attaquer au sujet tabou (car encore frais dans les esprits) des exactions japonaises en Mandchourie lors de la Seconde Guerre Mondiale. Hara Kiri forme avec Rebellion (réalisé cinq ans plus tard) une sorte de diptyque où Kobayashi, en s’attaquant au chambara (film de sabre japonais), use à nouveau du cadre historique pour dénoncer ses contemporains.

Hara-Kiri constitue la première incursion de Kobayashi dans un des genres rois du cinéma japonais, le chambara. Pourtant, sa manière même de l’aborder constitue déjà une prise de risque. La plupart des chambara choisit généralement comme cadre l’ère Meiji dans l’histoire du Japon. Cette période située entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle (1868-1912, plus précisément) est un moment charnière dans l’évolution du pays. Le règne féodal des Tokugawa (appelé l'ère "Edo") se termine pour laisser place à un Japon prêt à s’ouvrir à l’extérieur et entrer dans l’ère industrielle. Les samouraïs, symbole de la tradition et donc de la fermeture ayant cours lors de l’ancien régime, sont à cette époque déchus de leurs privilèges de guerrier et forcés, par décret, de ne plus circuler armés de leur sabre.

Il se dégageait donc de tous les films dotés de cette toile de fond la nostalgie d'un Japon désormais orné d’une aura légendaire et héroïque. Le samouraï, guerrier en voie de disparition offrait une figure romantique d’un pays fier d’un passé glorieux révolu. C’est le sentiment qu’exprimait la plupart des chambara produite durant l'après-guerre. Les époques se répondaient d'ailleurs dans leur contexte, la menace étrangère du début de l’ère Meiji renvoyant à l’Occupation américaine qui avait cours alors. Kobayashi se situe à contre-courant en réalisant un film (adapté du roman de Yasuhiro Takiguchi) inscrit dans cette époque Tokugawa tant regrettée. Dans la réalité, ce régime fut bien moins idyllique que l’image que voulaient s’en faire les Japonais.

Période de paix où tous les clans s’étaient partagés le pouvoir, ce fut paradoxalement celle d’un des gouvernements les plus oppressants et autoritaires de l’histoire du Japon. Kobayashi use là du même mimétisme passé/présent en cours dans les autres chambara, mais pour fournir un propos plus provocateur que nostalgique. L’ère Tokugawa est ainsi montrée dans toute son inhumanité dans Hara Kiri. Le long métrage fait écho au régime impérial et militariste qui conduisit le Japon au désastre lors de la Seconde Guerre Mondiale. Kobayashi prolonge ainsi, à travers un contexte d’époque, les préoccupations contemporaines de La Condition de l’homme réalisé trois ans plus tôt, faisant preuve d’une cohérence sans faille.

Hara-Kiri s’ouvre sur l’image de l’armure, expression du pouvoir du clan Saito où se déroulera le récit. La musique menaçante, les choix de cadrages et surtout le fait que l’armure soit vide expriment d’emblée la thématique principale du film. L’inhumanité et l’autoritarisme du Shogunat (gouvernement de Tokugawa) se voient ainsi exposés de manière symbolique dès les premières images. Le récit manie avec brio l’émotion poignante et la cruauté révoltante, principales armes déployées par Kobayashi tout au long de son œuvre. La période de « paix » imposée par Tokugawa a plongé le samouraï dans le chômage et le profond dénuement. Ne pouvant se résoudre à une vie misérable, certains d’entre eux se sont donc présentés à des clans afin de faire acte de « seppuku ». Celui-ci désigne le suicide rituel du guerrier japonais, justifié par des motifs divers comme le déshonneur, la désobéissance ou encore la culpabilité. L’acte s’effectuait dans le temple du clan avec l’appui d’un de ses guerriers. Le revers de la médaille étant la ruse de quelques samouraï masquant l’aumône sous ce motif, avec l’espoir secret d’être adoptés par le clan qui les prendrait en pitié.

L’histoire débute donc sur une de ces situations dramatiques lorsque le personnage de Tatsuya Nakadai se présente au Saito pour être accompagné dans son seppuku. Pourtant son attitude défiante et fière est aux antipodes de la résignation attendue car le suicide camoufle une terrible vengeance. Le scénario de Shinobu Hashimoto (scénariste emblématique du cinéma japonais et notamment auteur de tous les grands Kurosawa et d’autres classiques du chambara de l’époque) offre un incroyable crescendo dramatique. Les tenants et les aboutissants s'y dévoilent progressivement au détour de flashbacks. On découvre donc que Tsugomo (Nakadai) est venu faire payer au clan Saito la mort atroce infligée à son gendre contraint d’aller jusqu’au bout de son suicide. Ayant dû vendre son arme, celui-ci doit effectuer l’acte avec un sabre de bois durant de longues et insoutenables minutes : la scène est restée légendaire pour sa violence. Soucieux de ne plus être importunés par tous les samouraï vagabonds, les Saito les obligent ainsi aller jusqu'au bout de leur acte même si ce n'était pas leur réelle intention.

Kobayashi contrebalance la tension implacable du récit par une mise en scène hiératique et tout en retenue. Les cadres offrent des compositions très géométriques dans lesquels se perdent les personnages. Ils évoluent au coeur de décors imposants. Ceux-ci sont alternés avec de nombreux gros plans sur des visages impassibles (ou fiévreux dans le cas de Tastuya Nakadai qui offre là une des prestations les plus habitées de sa carrière). Cette opposition entre sentiments exacerbés et effets savamment calculés (dans un genre totalement différent, nous ne sommes pas loin du procédé usité par Kubrick dans Shining, ce dernier étant aussi parcimonieux de ses effets) nous amène à être véritablement imprégnés de cette atmosphère lourde et prête à exploser.

Le drame familial déchirant et pathétique des flashbacks illustre les conséquences de l'autoritarisme du pouvoir du Shogun. Ce dernier plonge ses anciens membres dans la misère la plus totale, avec ses clans démantelés à la moindre incartade. Pire, laisser un homme se tuer dans d'atroces souffrances plutôt que de lui venir en aide révèle la terrible froideur d'un système. Les retours au présent renforcent progressivement l’empathie pour Tsugomo et là où visage déformé par la haine et regard exorbité exprimaient une folie latente, c’est désormais le chagrin d’un homme brisé qui se dessine.

Le déchaînement final fait donc office de véritable exutoire où Tsugomo laisse enfin exploser une fureur longtemps réprimée. Kobayashi offre un affrontement parmi les plus intenses et virtuoses vus dans un chambara. A bout de force, Tatsuya Nakadai décime une horde d’assaillants avec une rage dévastatrice. Le tout culmine avec le flamboyant duel final face à Tetsuro Tamba dont l'issue victorieuse est suggérée par le chignon tranché de l’ennemi, signe de déshonneur. Bien que cet homme ait suivi sa logique de vengeance, le pouvoir insidieux et omnipotent reste pourtant le grand vainqueur. Répondant à la séquence d’ouverture, l’épilogue relate en effet les écrits rapportés des événements auxquels nous avons assisté. De cette journée où un homme décida de se rebeller contre la tyrannie d'un système, il ne restera rien.

En montrant le vrai visage d'une époque vénérée par un retour réactionnaire et nationaliste de ses concitoyens, Kobayashi leur renvoie en pleine face la culpabilité et la responsabilité de l'accession au pouvoir d'un régime bien plus proche qui les a menés à la ruine. Une démonstration à la fois puissante et remarquable.
Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta dans une belle édition, avec notamment une interview passionnante de Christophe Gans resituant le contexte et la démarche de Kobayashi. Quant à "Rebellion" qui forme un diptyque avec Hara-Kiri (et dont on reparlera sans doute ici) il est disponible chez Wild Side.

mardi 12 avril 2011

Les Amants Passionnés - The Passionate Friends, David Lean (1949)


Les amants passionnés étaient amoureux lorsqu'ils étaient jeunes, mais depuis se sont séparés. Elle a épousé un homme plus âgé. Puis Mary Justin revoit Steven Stratton et ils font une dernière folie ensemble dans les Alpes.

The Passionate Friends est un film semble t il mal aimé dans la filmographie de David Lean, car il a le tort d'arriver après un des films les plus célébré du réalisateur sur ce même thème de l'adultère, Brève Rencontre. Sans être aussi réussi, Les Amants passionnés (adapté d'une nouvelle de HG Wells) vaut bien plus que cette réputation de décalque et propose au contraire une belle variation du classique de 1945.

Comme presque tout les premiers film de David Lean, Brève Rencontre était scénarisé par la dramaturge Noël Coward (qui partage même la réalisation du premier Lean Ceux qui servent la mer) dont l'influence s'y faisait fortement ressentir. Brève Rencontre était ainsi un film étouffant où l'adultère était (certes pour des raisons de censures) plus désiré que réellement consommé, le poids de la moralité et des apparences pesant comme une chape de plomb sur les amants auquel aucune issue n'était offerte. The Passionate Friends est un film fort différent, lumineux, radieux et aux romantisme visuellement flamboyant qui le rapproche bien plus que Brève Rencontre de l'idée qu'on peut se faire d'un film de David Lean. Il n'en comporte pas moins des zones d'ombres angoissantes et la différences de traitement tient du fait que cette fois les personnages sont bien plus responsables de leur amours contrariées que la société inquisitrice de Brève Rencontre.

Mary Justin (Ann Todd) femme d'un banquier richissime est lors de la première nuit d'un séjour en Suisse assaillie par les souvenirs d'un amour oublié avec Steven Stratton (Trevor Howard dans un rôle voisin de Brève Rencontre), le hasard faisant que ce dernier vient d'emménager dans la chambre voisine du même hôtel. Une narration en flashback s'amorce donc où l'on découvre ce qui sépara le couple neuf ans plus tôt. Le même type de procédé dans Brève Rencontre ne nous cachait rien des sentiments les plus intimes de Celia Johnson par la voix off, mais ici c'est plus par la texture même de ce souvenir qu'il faut lire les pensées de Mary et c'est en quelque sorte Lean le visuel qui prend le pas sur Coward le littéraire. Ainsi Mary retrouve Steven le temps d'une soirée de nouvel an fastueuse et d'un coup les images de leurs passé amoureux commun affluent sans prévenir, teinté d'une photo d'un blanc immaculé opposé aux teintes réaliste du présent.

Epouse rangée au train de vie luxueux, elle a abandonnée toute sa fougue et sa passion à cette époque pour un mariage de convenance avec le riche banquier incarné par Claude Rains. C'est là toute la différence avec Brève Rencontre, Ann Todd refusant un amour réciproque qui lui tend les bras pour des raisons plus (l'abandon à l'autre que demande un amour aussi intense l'effraie) ou moins (le confort matériel de sa vie actuelle) louables. si Lean réserve quelques séquences d'une beauté sidérantes aux deux amants (le dîner chez Stratton alors que la soirée jette ses premières ombres dans l'appartement) l'ouverture même du film nous a déjà donné la réponse sur son choix malheureux.

Etonnement, les retrouvailles annoncées lors du retour au présent offre un moment finalement bref et amer. Les sentiments intacts se devine le temps d'un périple enchanteur dans les montagnes suisse mais Ann Todd à nouveau assaillie par cet amour qu'elle ne peut oublier comprend qu'elle a laissé passer sa chance. Si les époux étaient quasiment absents dramatiquement du récit dans Brève Rencontre, Claude Rains ici par sa composition poignante donne à voir le terrible regard de celui qui est trompé.

Il faut voir sa détresse lorsqu'il voit le visage défait d'Ann Todd après qu'elle ait quitté une ultime fois Trevor Howard lors d'une des plus belles scènes du film. Il comprend alors qu'elle ne ressentira jamais ce genre d'émotion pour lui et en est brisé.

Le film déçoit néanmoins dans sa dernière partie en n'osant pas aller au bout de cette noirceur où Ann Todd se retrouve abandonnée par son amour et rejeté par son mari. La conclusion moins ouvertement dramatique qu'attendue (problème de censure encore ?) laisse donc place à une variante de celle de Brève Rencontre plus porté sur une résignation sereine que le romantisme désespéré, ce qui peut laisser un certain sentiment de frustration. Un très beau film néanmoins dominé par l'interprétation superbe de Ann Todd et Claude Rains, Trevor Howard semblant plus en retrait.

Sorti uniquement en dvd zone 2 anglais. Je recommande vivemen d'ailleurs l'acquisition du coffret anglais consacré à la période anglaise de David Lean qui regroupe ses dix premiers films dont celui ci (et les plus connus Oliver Twist, Brève Rencontre et De Grande Espérances tout les autres sont inédits en France) doté de sous-titres anglais, sublimement restaurés (voyez les captures !) et trouvable a prix tout à fait abordable sur amazon ou play entre autres.

lundi 11 avril 2011

Un mort en pleine forme - The Wrong Box, Bryan Forbes (1966)

Deux frères vivent dans des maisons mitoyennes sans s'adresser la parole depuis des années. Ils sont les derniers membres d'une famille, qui rapportera au dernier d'entre eux la somme de 100 000 livres. A la suite d'un accident, on croit l'un des frères mort.

The Wrong Box est l'occasion de la réunion d'un des plus fameux casting anglais des 60's où on retrouve rien de moins que Ralph Richardson, John Mills, Michael Caine et le duo comique Pete'n'Dude avec Peter Cook et Dudley Moore. Il fallait bien cela pour une adaptation de Un mort encombrant, un des romans les plus drôle de Robert Louis Stevenson, merveille d'humour noir et distancié. Très fidèle au roman la trame nous dépeint donc une entière famille soumise dès le plus jeune âge à la perspective de remporter une tontine, sorte de loterie dont la somme gonfle au fil des années et que le dernier survivant pourra empocher. Le générique fait défiler avec un humour les morts les plus délirantes et macabres des différents participants à la tontine qui au départ du récit se réduit aux deux frères joué par Ralph Richardson et John Mills.

Les deux survivants sont antinomiques aux possibles, dans leur caractères comme leur entourage. Ralph Richardson est ainsi un intellectuel verbeux et rasoir avide d'étaler ses connaissances au premier quidam venu dans une logorrhée insupportable. L'intérêt pour la tontine vient donc plutôt de ses deux neveux (Pete'n'Dude) rapaces faisant tout pour le maintenir en vie jusqu'au jour où ils pourront remporter la somme. A l'inverse John Mills ruiné est lui très concerné et n'hésiterait pas à trucider son propre frère pour assurer l'héritage à son petit fils lunaire joué par Michael Caine. Une erreur sur la mort présumée de Richardson (et l'occasion d'unextravagant accident de train) entraîne une série de réactions en chaîne où quiproquos et trahisons en tout genre vont causer leur lot de dégâts par appâts du gain.

La réalisation paresseuse et sans idées (ou alors très mauvaises comme ses inserts écrits façon cinéma muet surlignant inutilement l'action) de Bryan Forbes n'est clairement pas à la hauteur du piquant du roman malgré le respect de la trame et le rythme laborieux peine à en retranscrire la drôlerie. Heureusement le casting haut de gamme rend la chose plutôt agréable à suivre sans être inoubliable. Les vieux briscards John Mills et Ralph Richardson incarnent en quelque sorte le feu et la glace, le premier tout en nervosité cabotine irrésistible et le second poussant la caricature du flegme british très loin pour notre plus grand plaisir.

Peter Cook et Dudley Moore sont vraiment sous exploités (mieux vaut revoir le Fantasmes de Donen pour savourer leur potentiel comique) mais offre néanmoins de savoureux moments avec toujours Cook en cerveau imbu de lui même et Dudley Moore en imbécile heureux chercher à l'impressionner. C'est finalement le couple niaiseux entre Michael Caine et Nanette Newman (épouse de Bryan Forbes à la ville) qui provoque les plus grands éclats de rire, leur pudibonderie les amenant à s'émoustiller pour un rien notamment une scène d'amour décalée assez hilarante.

Parmi les seconds rôle Wilfrid Lawson en valet dépassé et sénile est excellent et Peter Sellers le temps d'une courte apparition invente un personnage farfelu dont il a le secret avec ce médecin à moitié fou à la demeure envahie par les chats. Dans l'ensemble le film offre donc quelques éclairs comiques plus par ses acteurs que son metteur en scène peu à l'aise dans ce registre comique. Au final pas désagréable mais anecdotique, une nouvelle adaptation plus enlevée serait la bienvenue.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Columbia et doté de sous-titres anglais


Générique sur le beau thème de John Barry et la délirante scène d'ouverture