Alors qu'un jeune homme rentre chez lui, sous une pluie torrentielle, après avoir passé la soirée dans un bar, il tombe sur une femme qui tente de se suicider en sautant d'un pont. Sans réfléchir, il plonge pour la sauver de la noyade. Après l'avoir emmenée chez lui, il apprend qu'elle s'est enfuie pour échapper à un mari violent et décide de la protéger. Il commence à tomber amoureux d'elle, mais découvre que son histoire est plus complexe qu'elle ne veut bien le dire au premier abord...
Parfum d’un sortilège s’inscrit dans la fructueuse collaboration entre le réalisateur Toshiharu Ikeda et le scénariste Takashi Ishii. Les deux hommes se rencontrent au sein de Nikkatsu, alors en plein dans son ère Roman Porno, soit le virage qui vit le studio se lancer avec succès dans la production érotique afin de stopper l’érosion commerciale née de la concurrence de la télévision. Parfois frustré de la tournure de ses scripts à l’écran, Takashii Ishii va trouver en Ikeda un partenaire artistique précieux dès leur première association sur Angel Guts : Red Porno (1981), un des opus les plus fous de cette franchise sulfureuse.
Ikeda se sentant comme Ishii à l’étroit dans les contraintes commerciales du Roman Porno, tout deux vont poursuivre leurs carrières, en commun comme séparément, hors du giron Nikkatsu. Ce sera notamment le cas quand ils intégreront tous les deux la Director Company, société de production indépendante créée par et pour les cinéastes au fonctionnement collégial de laquelle officieront plusieurs grands talents émergents du cinéma japonais du début des années 80 : Kiyoshi Kurosawa, Shinji Somai, Banmei Takahashi, Sogo Ishii… Toshiharu Ikeda y signera (sans Takashi Ishii) son meilleur film avec l’incandescent La Vengeance de la sirène (1984) tandis que Ishii sera au script de quelques-uns des films les plus emblématiques de la société comme Love Hotel de Shinji Somai (1985).Parfum d’un sortilège s’inscrit donc dans ce corpus mais semble néanmoins déséquilibré en comparaison d’autres travaux du duo. Les productions de la Director Company, bien qu’étant d’authentiques films d’auteurs, étaient néanmoins des produits de leur époque, notamment dans un sens de la provocation fait d’érotisme et de violence. Le regard singulier des réalisateurs faisait échapper les films à certains codes mais, ces derniers étant distribués, financés et parfois coproduits par de grands studios, ils y cédaient parfois. Parfum d’un sortilège est par exemple coproduit par Nikkatsu et intègre en quelque sorte leur catalogue Roman Porno. C’est un aspect qui parasite le film lors de ses trois longues scènes érotiques intervenant au début, au milieu et à la fin.Le scénario explicite leur raison d’être davantage que les images devant leur donner du sens, à savoir le début de la romance, la naissance de la suspicion, puis la séparation teintée de regret entre Esaka (Johnny Ôkura) et Akiko (Mari Amachi). Esaka, après avoir sauvé Akiko du suicide, l’héberge chez lui et démarre une relation amoureuse avec elle, avant que le passé trouble d’Akiko n’entraîne un climat de doute et d’ambiguïté qui va mener le couple à sa perte. Le sujet est passionnant et les moments envoutants ne manquent pas, mais la teneur trop ostentatoire des scènes érotiques et des codes qui vont avec (la présence des caches) nous font sortir du film. Le problème n’est pas la présence de ces scènes érotiques, mais leur portée. Toshiharu Ikeda avec La Vengeance de la Sirène a prouvé qu’il pouvait marier naturalisme et cette veine érotique à travers d’électrisant moments où peut exploser sa veine baroque. Quant à Takashi Ishii, lorsqu’il passera à la réalisation, il saura au contraire conjuguer atmosphères sobres et intimistes avec ses sursauts de provocations. Parfum d’un sortilège a constamment l’air d’être dans un entre-deux, par ses moments sensuels trop formulatiques pour un film d’auteur, et à l’inverse un récit trop sage pour un film d’exploitation. C’est pourtant ironiquement une des rares productions de la Director Company qui marchera commercialement, grâce à la surprise pour le public japonais de voir la star J-pop Mari Amachi jouer dans un Roman Porno. Quand il échappe à ses contraintes logistiques, Parfum d’un sortilège est pourtant une œuvre très touchante. Ikeda exprime par la symbolique et un travail sur l’onirisme l’impossibilité d’être du couple. Il crée une distance au sein du couple par ses compositions de plan les séparant à l’écran par le jeu sur le cadrage et la profondeur de champs durant les scènes d’intérieur. Le jeu sur les miroirs, les reflets de vitre traduit leur défiance mutuelle, tout en impliquant le spectateur dans cette paranoïa où l’on partage le point de vue d’Esaka et ses recoupements orientés contre Akiko.Le motif de l’eau, dans les scènes d’averse ouvrant et concluant le film, mais intervenant aussi durant une scène de rêve, constitue un ressac qui semble d’abord débarrasser le couple de ses maux passés, mais ce n’est que pour mieux les ramener à la surface dans un finale tragique. Une nouvelle rencontre, un nouvel amour, paraît insuffisant à se détacher de ce que l’on a vécu, de notre manière d’agir, mais aussi la façon dont on est perçu par l’autre. Quand le film ne s’égare plus, le sortilège en question respire le parfum de la redite et de l’inéluctable.
Sorti en bluray français chez Carlotta




















