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jeudi 19 février 2026

Le Nouveau Monde - Alain Corneau (1995)

 En 1959, dans un village près d'Orléans, Patrick et Marie-José, deux adolescents, découvrent avec fascination la culture américaine grâce à une base militaire des environs. Depuis l'enfance, ils s'aiment d'un amour tendre, mais la compagnie des Américains pourrait compromettre ce jeu sentimental...

Au lendemain du triomphe commercial et artistique de Tous les matins du monde (1991), Alain Corneau et Pascal Quignard éprouvent le besoin de poursuivre la belle collaboration artistique née de ce projet. Pascal Quignard avait en effet écrit l’adaptation scénaristique de son roman éponyme pour le film de Corneau avec une belle réussite à la clé. La dynamique va cependant changer sur Le Nouveau Monde, né des confidences de Corneau à Quignard sur ses souvenirs d’adolescence et dont Quignard va tirer le roman L'Occupation américaine publié en 1994. Il s’agit d’une pure fiction, mais imprégnée à la fois du vécu de Corneau et d’une certaine atmosphère de la France de la fin des années 50. Ce sera la base de Le Nouveau Monde.

C’est une période durant laquelle des troupes américaines séjournent encore en France, créant un sentiment ambivalent chez les Français. Pour les adultes, il y a un sentiment de nouvelle occupation malgré la reconnaissance dû au libérateur américain. Chez les adolescents, il y a à l’inverse une fascination totale pour tout ce qui relève de cette culture américaine, si dépaysante par rapport à leur quotidien. C’est notamment le cas du jeune Patrick (Nicolas Chatel) et de son amie Marie-José (Sarah Grappin), rêvant d’Amérique depuis l’enfance et sous le charme des sons du jazz, du rock’n’roll, et autres fétiches de la culture US comme les comics books, le coca-cola ou les jeans. 

L’amitié des deux adolescents s’est muée en romance et de la naissance d’un désir sexuel, mais que cette présence américaine va venir perturber. Patrick va en effet s’enticher de deux connaissances et passion lié à cette aura américaine. Il y a tout d’abord l’officier Will Caberra (James Gandolfini), véritable mentor lui offre un instantané yankee en l’introduisant dans les clubs des bases américaine et l’initie à la battere. Il y a ensuite la belle Trudy (Alicia Silverstone) fille de son âge de laquelle il va s’enticher au détriment de Marie-José.

Corneau montre l’envers de cette fascination en capturant des instantanés de la réalité américaine et française. Sous la ferveur se révèle le racisme régnant au sein de l’armée américaine, la cohabitation dissimule de moins en moins l’agacement des français pour cette présence à travers les slogans « US Go Home » inondant la ville. « L’exotisme » de Trudy masque sa superficialité aux yeux d’un Patrick éblouit négligeant son amie de toujours Marie-José. 

En toile de fond, les soubresauts de la société française se dévoilent comme la Guerre d’Algérie, mais notre héros s’en montre indifférent. Toute cette ambiguïté est représentée par le personnage de Will. Il symbolise à la fois l’ouverture de cette Amérique par le véritable rôle de passeur qu’il joue pour Patrick, mais s’avère férocement un produit de son pays par son attitude détestable auprès des soldats afro-américains. Il illustre aussi un certain sentiment « colonial » et de terrain conquis lorsqu’il va nouer une liaison avec Marie-José qui aurait l’âge d’être sa fille. 

James Gandolfini trouve vraiment un de ses premiers rôles majeurs en France à travers ce personnage ambigu et imprévisible, à la fois très attachant et méprisable. Alain Corneau a vraiment eu le nez creux avec son casting anglo-saxon puisque Alicia Silverstone s’apprête aussi à gagner ses galons de star cette même année avec Clueless, et révèle déjà un beau charisme. C’est plus inégal côté français avec un Nicolas Chatel un peu terne (même si on saluera les efforts pour sa crédibilité à la batterie) mais un Guy Marchand très bon en père dépassé. Sylvie Grappin est aussi une belle révélation en amoureuse torturée, même si quelques scènes de nudité complaisante et le destin de son personnage fera irrémédiablement tiquer quand on sait les accusations qu’elle proféra quelques années plus tard envers Alain Corneau et son comportement à son égard. Malgré son échec en salle, c’est un des films les plus attachants du réalisateur, et dont le propos fait d’autant plus mouche aujourd’hui alors que les Etats-Unis révèlent leur face la plus sombre.

Sorti en bluray français chez Studiocanal 

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